‹ Mœurs, usages et costumes de tous les peuples du monde, d'après des documents and authentiques et les voyages des plus récents (volume 4)Chapitre 48 sur 83 · JET · texte numérisé non relu

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indigènes sur le plancher, des tables pour écrire, des canapés en étoffe de soie et de coton, un lit doré et teridu de damas dans une alcôve richement sculptée, complètent : l’'ameublement des bonnes maisons de Quilo. Parmi les pièces, on compte le vestibule, fort sale, et servant, au besoin, de magasin à fourrage; la cuisine, les dortoirs des domestiques, et l’obrador, chambre de travail, boudoir émaillé de fleurs, où se retirent les femmes. La vie est assez chère à Quito; le bœuf y est rare, le.mouton peu choisi. En revanche, les confitures et le chocolat y sont parfaits, et les pommes de terre excellentes. Le peuple boit de la rapsadura, espèce de chicha que fournissent les moulins à sucre d’Ibarra. Les autres fruits ou légumes sont les poires, les pommes, diverses espèces de pêches, les fraises, les tunas, les aguapates, les guabas, les melons et les papayes. |

Les habitants excellent dans la plupart des arts et métiers. Ils fabriquent surtout des draps et des colons, qu’ils teignent en bleu; ils en fournissent tout le Pérou. Le commerce de la ville est aussi très-actif; elle est le siége d’un tribunal suprême et d’un évêché.

Les Indiens de Quito sont les plus habiles industriels du pays. La mollesse des créoles les éloignant de tout travail manuel, les mulâtres et les nègres esclaves forment avec les Indiens toute la classe ouvrière. C’est à eux que l’on doit des draps, des cotonnades grossières, des tapis, des ponchos, et surtout celte étoffe imperméable en gomme élastique qui s’est popularisée en Europe. Elle se fabrique dans le district de Pasto. Outre les Indiens de Quito, qui ont une foule d'analogies avec ceux de Bogota, on en voit d’autres accourir dans cette ville, comme les Indiens de Maynas, des vallées de l’'Amazone, etc.

Leur costume, extrêmement pittoresque, consiste, pour les deux sexes, en uneespèce de tunique faite d’une étoffe à carreaux qui couvre le corps depuis le cou jusqu'aux genoux, et laisse à découvert les bras et les jambes. La tête est nue; les cheveux sont quelquefois ras, le plus souvent longs et lisses. Un petit nombre de ces Indiens porte une zagaie;. mais l’arme la plus ordinaire pour eux est une sarbacane de six ou sept pieds de long, avec laquelle ils lancent à une soixantaine de pas de petites flèches en bois dur, dont la pointe est empoisonnée. Ces naturels viennent échanger, sur les marchés de Quito, les productions les plus précieuses de leurs vallées contre les objets d'industrie américaine ou européenne. Quant aux créoles aisés qui habitent la ville, leur costume ne diffère que très-peu de ceux que nous décrirons à Bogota.

Quito a acquis, en France, quelque célébrité par le séjour qu'y ont fait, en 1736, les académiciens envoyés par l’Académie des science de Paris, pour mesurer un degré du méridien. Ces intrépides géomètres élevèrent sur l’une des cimes du Pichincha la croix qui devait leur servir de signal.

En allant du sud au nord, le second État est celui de la NOUVELLE-GRENADE, qui à pour ville principale Bocora, laquelle est aussi la capitale de la Colombie. Siége du gouvernement, d’un archevêché et d’une université, elle renferme environ 40,000 habitants, des églises, des maisons magnifiques, ainsi que cinq ponts superbes. Fondée en 1558; elle est située près la rive gauche du Bogota, dans une des plus belles et des plus fertiles vallées de l'Amérique méridionale.

Le climat de Bogota demande qu’on se précautionne contre de brusques variations atmosphériques. Des vêtements chauds suffisent à peine, l'hiver, pour s’y garantir des atteintes du froid. L'année est ainsi partagée pour les saisons : six mois pendant lesquels le ciel est nuageux et la température pluvieuse; trois mois de jours incertains et variables; trois mois seulement de journées sèches et belles. Cependant, malgré son humidité, Le climat n’est point malsain, et les Européens n'éprouvent à Bogota d'autre

maladie qu’ une fièvre de quelques jours, résultat de la raréfaction de l'atmosphère, ou d’un long voyage dans les plaines. Il est plus difficile de s’accoutumer à la cuisine qui a pour base la chair de porc assaisonnée d'ail.

Bogota possède un théâtre qu elle doit à la munificence d’un particulier passionné pour les représentations scéniques. Le parterre est vaste, dégarni de bancs et disposé en talus. On s’y tient debout. L'art dramatique est encore dans l'enfance; aussi les sujets patrioliques sont- ils toujours les mieux accueillis du public. Mais par une curieuse singularité, la manière d'exprimer la satisfaction est, au théâtre de Bogota, celle qui nous sert à témoigner le mécontentement : on accueille par des sifilets les pièces qui plaisent.

Pour bien saisir les diverses nuances de la population de Bogota, il faut se rendre aux environs de la bourse : d’un côté ce sont les portefaix de la douane, transportant les colis à l’aide de courroies, soit sur le front, soit sur les épaules; plus loin, ce sont des dames en toilette de visite ou se rendant à la messe. L’habit d'étiquette consiste dans la sayä, jupon de satin noir un peu court, terminé souvent par des franges d’un pied et demi de long, et dans la mantilla, pièce de drap fin, bleu de ciel ou bleu de lapis, taillée en demi-cercle, et qui se dispose de manière à tomber de la tête sur les épaules, comme un long béguin de nonne, Assez souvent ces dames portent, en outre, des chapeaux de feutre et des souliers de satin ou de peau. La chaussure est ce qui distingue les femmes des hautes classes. Les filles du peuple vont nu-pieds. Quand leur beauté ou un caprice de la fortune les élève à la classe qui a le droit de porter chaussure, elles sont obligées d’user de certains ménagements, et de se faire beatas, c'est-à-dire de prendre un costume en tout pareil à celui des religieuses, noir ou marron, costume qui leur permet de se chausser. A côlé de ces femmes, bourgeoises, beatas, ou simples servantes, on voit des prêtres en manteau noir, coiffés d’un chapeau à la Basile; enfin des mendiants, race qui pullule à Bogota. Rien de hideux comme ces hommes qui, pour Îa plupart, élalent des plaies dégoûtantes, et font parade de la lèpre et de l’éléphantiasis, Parmi les nombreuses variélés de mendiants, on remarque celle des frères quêteurs, qui s’en vont ployant sous Le poids de leurs besaces; puis celle des hommes qui, vêtus de noir et munis d’une sonnette, parcourent les rues en criant : Priez Dieu pour les trépassés.

L'usage de fumer est général, même parmi les femmes qui ne quittent presque jamais le cigare. Cependant la guerre de l'indépendance a été l’occasion d’une réforme à cet égard. A l’arrivée des volontaires, plusieurs liaisons se formèrent, et les blonds officiers disaient à leurs amies : « Nos Anglaises ne fument pas; voilà pourquoi nous les aimons. » Dés Lors, le cigare fut mis à l'index par les jeunes femmes. Vives, belles, passionnées, elles ne se piquent ni d’un esprit sérieux, ni d’une grande austérité de mœurs; et leur vie s'écoule entre les plaisirs et les pratiques d’une dévotion sans doute peu profonde.

À Bogota, comme dans les autres villes de la Colombie, les hommes ont conservé le costume espagnol, c’est-à-dire l’habit européen, couvert du manteau castillan, sur lequel la fantaisie place souvent de riches broderies.

Le Cundinamarca, dont Bogota est la ville principale, fournit les plus riches lavages d'or de la Colombie. Les eaux qui descendent de la cordilière roulent souvent des paillettes d’or, des pyrites ferrugineuses et des émeraudes. Quelques esclaves, dressés à ce travail, lavent ces sables pour en extraire les matières précieuses. On a remarqué que les nègres excellent particulièrement dans ce genre d'industrie.

À MariquirA, dans la même province, on voit des mines d’or et d'argent exploitées par une compagnie de capitalistes anglais. Ces insulaires ont le monopole de l’exploilation des mines de la Colombie; mais, jusqu’à présent, ils ont enfoui, sans résultat

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