‹ Mœurs, usages et costumes de tous les peuples du monde, d'après des documents and authentiques et les voyages des plus récents (volume 4)Chapitre 70 sur 83 · RE PRAT NS · texte numérisé non relu

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s'étend, autour du Bighorn-River, jusque vers les sources de la Chayenne et les montagnes Rocheuses.

Ges Indiens sont un peuple nomade et chasseur, qui ne demeure point dans des villages stables, comme les Ariccaras, les Meunitarris et les Mandans:; ils ne se livrent à aucune culture, si on en excepte une très-petite quantité de tabac, qu’ils ont coutume de semer. Ils voyagent avec leurs tentes de cuir, chassent le bison et toutes sortes de gibier, élèvent beaucoup de chevaux et de chiens; mais ils ne se nourrissent point de la chair de ces derniers. De même que chez tous les Indiens du Missouri, il existe parmi les Corbeaux diverses associations. Ces associations ont chacune une danse qui leur est particulière; le droit d'y prendre part s’achète, comme chez les autres tribus indiennes.

Les Corbeaux sont les plus fiers d’entre les Indiens. Ils méprisent souverainement les blancs, qu'ils ne tuent point, mais qu'ils pillent souvent. Pour ce qui regarde le physique de ces Indiens, et leur manière de s’habiller, ils ressemblent aux Meunitarris, les deux peuples n'en ayant formé, dans l'origine, qu’un seul, ainsi qu’il est aisé de le reconnaitre au rapport de leur langage. Les femmes des Corbeaux sont très-habiles aux travaux manuels; leurs costumes de euir de bigorne, brodés et peints, et leurs chemises brodées en piquants de porc-épic coloriés, sont d’une beauté extraordinaire, ainsi que leurs robes de bison, aussi peintes et brodées. Les hommes fabriquent leurs armes, qu’ils parent avec beaucoup d'élégance, surtout leurs grands arcs, incrustés de corne de bigorne ou d'elk, et souvent aussi recouverts de la peau d’un serpent à sonneltes.

Ces sauvages sont très-superstitieux ; par exemple, ils ne veulent jamais fumer leur pipe quand'il y a une paire de souliers suspendus dans leur cabane. Ils éprouvent encore une espèce de crainte à la vue d’un bison femelle. Quand un Corbeau rencontre un de ces animaux, il se tourne vers le soleil et lui adresse ces mots : « Je veux te la donner. » Il s'efforce alors de tuer l’animal, et quand il a réussi, il le laisse à terre, et dit encore au soleil : « Prends-la, elle t’appartient. » Du reste, ils ne font pas de là peau de ces bisons femelles le même usage que les Mandans. Les objets les plus sacrés pour ces peuples sont le soleil, la lune et... le tabac; aussi tous les enfants portent-its une petite portion de ce végétal autour du cou, bien enveloppée comme une amulette.

Les Corbeaux vendent quelquefois leurs femmes, qui du reste sont les plus dissolues de toutes les nations du Missouri. Is n’enterrent pas leurs morts ; mais, de même que les Mandans, ils les placent au milieu de la prairie, sur des échafaudages isolés. Une femme de la nation des Corbeaux, étant sur le point de mourir, témoignait une grande inquiétude, dans la crainte qu'après sa mort on ne la déposât dans la terre à la manière des blancs. Dès qu’on l’eut tranquillisée à ce sujet, elle rendit le dernier soupir avec la plus grande tranquillité d'âme.

Ils se frottent de castoreum, dont ils trouvent le parfum agréable; ils le délayent avec une couleur rouge; mais cet usage n’est pas exclusif à celle nalion.

Par l'apparence extérieure, les AssiniBoins diffèrent peu des Dacotas, dont ils sont une tribu anciennement détachée; ils ne sont cependant pas aussi grands et aussi efflanqués que ceux-ci. Leur visage est large, avec les pommettes proéminentes et de larges bajoues. Ils ne portent pas les cheveux aussi longs que les Dacotas, et chez plusieurs, ils ne descendent guère plus bas que les épaules; quelques-uns pourtant Îles portent fort longs, partagés en deux ou trois queues, et retombant quelquefois autour de la tête et sur le visage comme la crinière d’un lion. Ils se coiffent de bonnets de cuir ronds et blancs, d’étroites bandelettes de peau nouées en travers de la tête, ou portent simplement des plumes dans les cheveux. Leur coiffure la plus remarquable est

celle qui représente deux cornes; cette coiffure est faite de bandes blanches d’hermine, ayant par derrière une large bande de drap rouge retombant jusqu’au mollet, et sur laquelle est attachée une crête droite de plumes d’aigle, blanches et noires, qui commence à la tête et se prolonge jusqu'au bout en rang serré. Le tout est orné de deux cornes de bœuf. Il n’y a que les guerriers distingués qui aient le droit de porter ce bonnet.

Les Assiniboins vivent, comme les Dacotas, en simples ban, dans leurs tentes de cuir qu’ils emportent avec eux, et ne se livrent à aucune espèce d'agriculture. Leur nourriture principale leur est fournie par les troupeaux de bisons qu’ils poursuivent, en été, dans les prairies, loin des rivières, et, en hiver, dans les forêts qui bordent ces rivières, où, dans cette saison, ces troupeaux viennent chercher de la pâture et un abri. C’est avec la chair de ces animaux desséchée, pulvérisée et mêlée de suif, que les femmes préparent le pemmican, qui forme le principal aliment des sauvages dans leurs courses. Souvent, quand les chasses leur ont été défavorables, ces Indiens sont en proie à la famine. Alors des familles entières meurent de faim; ils sont obligés de manger toutes sortes d'animaux, et la chair des chiens morts est pour eux un mets très-délicat; ils se nourrissent beaucoup de chevaux pour obvier au manque de vivres dans les temps de disette. En comparaison des autres nations, ces indigènes ne possèdent pas beaucoup de ces derniers animaux ; ils les sellent et les brident de la même manière que les Meunitarris. La corde de poil de bison, attachée à la mâchoire inférieure du cheval en guise de rênes, est toujours longue, et l'animal la traîne après lui sur le payé, quand il n’est pas attaché. Beaucoup se servent de grands étriers de parchemin, en forme de souliers, et tous tiennent à la main un petit fouet court, fait de bois d’elk et orné de différentes manières. Les chiens allégent les travaux des femmes. Ce sont eux qui trainent les fardeaux.

Les Assiniboins partagent les coutumes et les superstitions des Dacotas. Ils sont braves dans les combats; ils se glissent dans les villages des Mandans et des Meunitarris, tuent les habitants à coups de fusil, et enlèvent les At au milieu des habitations. Les hommes qui, pendant leur vie, ont montré de la bravoure, ne doivent poiut être placés, après leur mort, sur des arbres; leurs corps doivent être exposés par terre, attendu qu’ils sauront bien se tirer d'affaire eux-mêmes; ce qui n'empêche pas les loups de les dévorer, bien qu’on les couvre de pierres et de bois. Les autres corps sont exposés comme ceux des Dacotas, et souvent on en met trois ou quatre sur un même arbre.

Les Assiniboins sont vêtus de robes de bison et se parent de la manière la plus variée et la plus fantastique. La plupart se peignent la figure avec du cinabre, d’autres sont tout à fait noirs; ils portent des plumes d’aigle et d’autres oiseaux de proie dans leurs cheveux; quelques-uns fabriquent des bonnets de peau de loup qu’ils colorent en rouge; d’autres attachent des feuilles vertes autour de leur tête, et traînent par terre après eux de longues queues de loup, marque d'honneur indiquant les ennemis tués.

Les Indiens Preps-Norrs forment une nation nombreuse qui se subdivise en trois tribus parlant la même langue. A l'extérieur ils ne diffèrent pas beaucoup des autres habitants du haut Missouri. Ils sont vigoureux, bien faits, souvent beaux ; quelques-unes de leurs femmes et de leurs filles sont fort jolies. Ces Indiens ont les bras et les jambes plus minces que les blancs; leurs mains et leurs pieds sont ordinairement petits, d’un brun noirâtre, avec les veines très-marquées. Chez la plupart des Pieds-Noirs, le nez est aquilin, les yeux brun noir. Leurs cheveux sont noir de jais, assez roides, mais moins brillants que ceux des Brésiliens. Ils ont la barbe et le poil peu épais, et ils l’arrachent avec soin au . moyen d'un fil tordu ou d’un morceau de fer-blanc recourhé. Chez les vieillards, les

cheveux sont gris. La couleur ordinaire de ces Indiens est d’un beau brun rouge vif, quelquefois cuivré. Cette teinte se voit déjà chez les petits enfants ; les nouveau-nés sont seuls un peu plus clairs. De même que les enfants brésiliens, les jeunes Pieds-Noirs ont le ventre gros et proéminent , et les membres minces.

Les Pieds-Noirs ne déforment pas leur corps. Aucune des nations du Missouri ne se perce le nez ni les lèvres, à l'exception de la seule tribu des Chopouniche ou Pierced-Nose- Indians, qui habite les montagnes Rocheuses, et qui se perce la cloison du nez. Ce n’est qu'aux oreilles seulement que les Pieds-Noirs pratiquent un ou deux petits trous, dans lesquels ils portent des rangs de grains de verre alternant avec des cylindres blancs de dentalium, qu’ils reçoivent en échange des nations de l’ouest des montagnes Rocheuses, et même beaucoup d’entre eux n’en portent-ils pas, et leurs longs cheveux touffus cachent ces parties. Ils ne pratiquent pas le tatouage, mais plusieurs portent au bras des entailles parallèles, et beaucoup manquent d’une ou de deux phalanges des doigts. Ils se fardent avec du rouge de vermillon, que les marchands leur procurent et qu’ils rendent luisant en y mêlant de la graisse. Les Pieds-Noirs ne se peignent pas le corps. Il y en à qui ne se peignent en rouge que le tour des paupières, ou qui se font quelques raies sur les joues; d’autres, enfin, se peignent le visage tout entier en noir, les paupières et quelques raies Seulement en rouge. Chez les femmes et les enfants, on ne remarque que la couleur uniformément rouge de cette partie. Les cheveux de ces Indiens pendent en désordre sur les yeux et autour de la tête; mais les jeunes gens qui tiennent à l’élégance, les séparent régulièrement, les peignent et les lissent. Souvent on voit des deux côtés, près des tempes, un petit coquillage attaché à une mèche de cheveux; d’autres portent sur le côté gauche du front une mèche de cheveux entourée d’un fil d’archal ou de fer, et parfois ils portent cette même mèche des deux côtés.

Les Pieds-Noirs habitent sous des tentes de cuir dont la distribution intérieure est la même que chez les Dacotas, les Assiniboins et les autres hordes errantes et chasseresses du haut Missouri. Ces tentes de bison tanné ne durent guère plus d’un an; au commencement , elles sont blanches et propres ; plus tard, elles deviennent brunes el même noires autour de l'ouverture par où s'échappe la fumée; plus tard encore, elles

-se montrent transparentes comme du parchemin et fort claires à l'intérieur. On voit rarement des tentes peintes ou ornées de figures dessinées; il n’y a que quelques chefs qui en possèdent. Quand ces cabanes sont démolies, elles laissent après elles un cercle de mottes de gazon. Elles sont souvent entourées de quinze à vingt chiens, que l'on ne mange point, mais dont on se sert pour tirer ou pour porter des fardeaux ; la manière dont ils les chargent, ainsi que les chevaux, est celle des autres nations dont nous avons parlé plus haut. A côté des tentes, les Indiens placent leurs travails, qu’ils appellent manesté, et qu’ils empilent en forme de cône, ce qui les fait ressembler aux tentes, si ce n’est qu’ils ne sont pas recouverts de cuir. C’est là que l’on suspend les boucliers ou pare-flèches, les sacs d'emballage, les selles et les brides; et très-haut, sur des cordes, à l'abri des dents des chiens, la viande, les peaux et autres objets semblables, coupés par bandes et sur des couches étroites. Souvent aussi on suspend et l’on attache à une perche séparée, ou bien au-dessus de l'entrée de la tente, le sac ou le paquet de médecine, c’est-à-dire l'appareil magique. Le mobilier de la case consiste en robes de bison, en couvertures de laine pour coucher dessus, et plusieurs sacs de parchemin peint, parfois en forme de croissant, garnis de cordons de cuir et de franges ; en plats de bois, en grandes cuillers faites de la corne de bigorne, qui est très-large et RP TER en vases à boire faits de corne, en chaudrons, quelquefois aussi en batterie de cuisine de fer-blanc qu'ils achètent des marchands, et en différents autres petits objets. Au milieu de la tente brüle le pelit feu, dans un cercle formé de pierres, au-dessus duquel on suspend

le chaudron. On peut aussi compter comme faisant partie du mobilier les harnais des chevaux. En général, on attache seulement à la mâchoire inférieure du cheval un long cordon de poil de bison tors, ce qui sert à le fixer à la prairie. La selle ressemble beaucoup à celle dont on se sert en Hongrie; elle se compose de deux planches plates et larges, formant entre elles un angle, et qui reposent le long des côtés du dos de l'animal; par devant et par derrière, elle a un appendice qui s'élève tout droit à une assez grande hauteur, et d’où pendent des franges de cuir. Cette selle se couvre d’une peau et une autre est placée dessus. Ces deux peaux servent la nuit de lit au cavalier. Les Pieds-Noirs aiment, comme objet de luxe, de belles housses faites de peaux de panthère qu’ils tirent principalement des montagnes Rocheuses. La peau de cette panthère est placée en travers, de facon que la longue queue retombe d’un côté; elle est doublée de drap écarlate qui forme une large bordure tout à l’entour.

Au nombre des meubles indispensables aux hommes, il faut encore compier la pipe. Celles qu’ils fabriquent sont moins belles que celles des Dacotas, qu’ils estiment beaucoup et qu’ils cherchent à se procurer par des échanges. Les véritables pipes des Pieds- Noirs sont faites de talc vert, ou bien d’une pierre noirâtre que l’on trouve dans les montagnes Rocheuses. Elles sont souvent en forme de globe ou de poire, et reposent sur un pied cubique. Le tuyau est en bois, large, plat ou rond, quelquefois entaillé comme un serpent. Les plus belles sont les pipes de médecine, auxquelles nous avons donné le nom de calumet. Elles sont ornées de têtes ou de becs de pic rouge, et d’un grand éventail de plumes. On les retrouve, plus ou moins ornées, mais toujours dans le même modèle, à toutes les fêtes, à tous les traités des peuplades de l'Amérique du nord. Quand les Pieds-Noirs fument, ils placent à terre un morceau de bouse de bison desséchée, sur lequel ils posent le godet de la pipe, ou bien une espèce de gâteau rond fait avec les barbes et les cônes de certaines plantes aquatiques. Le tabac qu’ils fament se compose de petites feuilles rondes du sakakomi (arbutus uva ursi}, qu’ils appellent locksinn. Quand on visite un de ces Indiens dans sa tente, la première chose qu'il fait est de prendre sa pipe, qui, selon l’usage, circule dans la société, de droite à gauche. Souvent le maitre de la maison envoie quelques bouffées au soleil et à la terre; puis on aspire deux ou trois fois, et l’on passe la pipe plus loin. On fait entrer la fumée dans le poumon, après quoi on la renvoie. Le dernier fumeur ne fait'jamais circuler la pipe en arrière, mais 1l la donne à celui qui est assis en face de lui, et elle continue à passer de droite à gauche.

Les Pieds-Noirs, de même que la plupart des tribus du Missouri, sèment çà et là les graines du tabac, après avoir brülé la place qu’ils destinent à cette culture, et la plante qui y croit ne se fume que dans les occasions solennelles. |

Les Pieds-Noirs, comme tous les Américains, sont superstitieux, et il est rare de voir un homme qui ne déploie pas quelque habitude ou quelque particularité qu’il a adoptée comme un talisman, et dont il s’imagine que dépend la réussite de ses plans et de ses entreprises. Il y en a qui secouent des sonnettes avant de fumer leur pipe; d’autres crachent de divers côtés avant de boire; d’autres encore marmottent quelques paroles ou une sorte de prière avant d'entreprendre quelque travail. La plupart de ces Indiens ont adopté quelques singuliers usages de ce genre; mais, par malheur, ils n'aiment pas à communiquer leurs pensées à ce sujet, de sorte qu'il est fort difficile d'en découvrir l'usage. :

Les hommes de médecine, ou docteurs des Pieds-Noirs, sont très-maladroits ; ils crachent sur les plaies des blessés, de l’eau qu ’ils prennent dans la bouche, et quelquefois aussi de la salive. Du reste, ils ne lavent jamais ces plaies, et le second jour le sang caillé y est encore, Ces médecins possèdent quelques remèdes actifs tirés du règne

végétal, qui sont d’un effet très-efficace contre la morsure des serpents. Ils ont, du reste, toujours recours au tambour dont le fracas insupportable inspire la plus grande confiance. Les Pieds-Noirs confectionnent leur aouanaï (chichikoué), espèce dé tambour, avec du cuir, du bois etde la peau de vessie. Ils mettent aussi beaucoup de confiance dans la médecine des blancs, dont ils recherchent souvent les secours; mais il y er a parmi eux qui sont tellement affectés de maladies syphilitiques, qu’il est impossible de penser à les guérir. Quand les Indiens sont guéris par leurs médecins, ce qui a quelquefois lieu au moyen de bains de vapeur, ils leur font de grands présents, ou bien l’homme de médecine fait monter fort haut son mémoire.

Quand un Pied-Noir vient à mourir, on ne l’enterre point, s’il est possible. On le couvre de ses plus beaux habits, qu’on lui attache sur le corps; on lui peint le visage en rouge, puis on l'enveloppe, sans ses armes, dans une robe de bison, et on le dépose dans quelque lieu inaccessible, dans une forêt, une caverne, un rocher, sur une rive escarpée, et l'on couvre son corps de pierres et de bois, afin d'empêcher les loups de s'emparer du cadavre. Quand il est impossible de trouver un emplacement solitaire, on laisse le mort dans une espèce de cabane, et souvent on est obligé à la fin de l’enterrer, ou d'en faire aux blancs un présent précieux, ce qu’il n’est pas permis de refuser. Les parents se coupent leurs longs cheveux, les couvrent, ainsi que le visage et les vêtements, d’une argile gris blanchâtre; et tant que dure le deuil, ils s’habillent le plus mal qu'ils peuvent. Il leur arrive aussi souvent de se couper une phalange d’un doigt, pour témoigner leur douleur. La croyance de ces Indiens, quant à la destinée des morts, c’est qu’ils sont dans un autre pays, où il ne leur manque rien, et où on les à souvent entendus s'appeler les uns les autres, pour fumer ensemble et se réunir. Aux funérailles des riches Indiens, on a coutume de tuer plusieurs chevaux sur leurs tombeaux. À la mort d’un de leurs parents, les Pieds-Noirs s’assemblent chez le décédé, et les hommes même pléurent et se lamentent. Le corps est enseveli d'ordinaire dans la journée, et si le défunt est mort dans la nuit, l’ensevelissement a lieu dès le lendemain matin.

La langue des Pieds-Noirs ne manque pas d'harmonie, et, comme tous les idiomes du nord de l'Amérique, elle n’est pas difficile à prononcer pour les Allemands.

Ce peuple tire sa nourriture et ses vêtements principalement des troupeaux de bisons qu’il poursuit, et contre lesquels il dispose souvent, en hiver, de grands parcs fermés. Les cabris et surtout les grosses-cornes leur fournissent le cuir dont ils ont besoin pour la confection de leurs habits les plus fins. Ils mangent pour ainsi dire de tous les animaux, excepté toutefois de l'ours. Ils ont aussi une grande aversion pour les amphibies. Le règne végétal leur fournit encore plusieurs espèces de racines. Les femmes et les enfants déterrent ces racines avec un outil de bois fait exprès, et les vendent aux blancs, enfilées à des cordons. Il y a surtout une racine qui est amère, et qu’on fait cuire avec du jus de viande; alors elle est très-nutritive, et une fois qu’on s’est accoulumé à sa saveur, on ne la trouve plus désagréable. La racine de tabac des Canadiens est une espèce de navet que l’on enfonce dans la terre avec des pierres échauflées, et aussitôt qu’elle est mangeable, elle devient noire comme le tabac. Ces racines, mêlées à la queue de castor, forment un morceau des plus friands des Indiens. Les Pieds-Noirs obligent leurs enfants à mâcher de la viande dès que leurs premières dents paraissent, et, en revanche, on voit des enfants déjà grands teter encore leur mère. L’eau-de-vie est pour ces Indiens l’objet de la plus grande prédilection ; pour en obtenir, ils donnent tout ce qu’ils possèdent, jusqu’à leurs vêtements. Dans l'ivresse, ils sont moins dangereux que d’autres peuples, et on assure même qu’ils ont le vin tendre. Il n’est pas rare de voir un Indien échanger sa femme contre une bouteille d’eau-de-vie.

L’'habit des Pieds-Noirs est fait de cuir tanné, et leurs plus belles chemises de cuir sont fabriquées de peau de grosse-corne qui, lorsqu'elle est neuve, est d’un blanc jaunâtre et fait un effet fort agréable. Tout autour de ces chemises se trouve, en général, une bordure à laquelle on a laissé le poil. Elles ont des demi-manches, et les coutures en sont garnies de touffes de cheveux d'homme ou de crins de cheval teints de différentes cou- | leurs, et dont la racine est entourée de piquants de porc-épic. Autour de l'ouverture par laquelle passe le cou, elles sont garnies d’un rabat doublé de drap rouge et orné de franges où de rangs de piquants de porc-épic, jaunes et bigarrés, ou bien de grains de verre bleu. Quelques-uns font tous ces nombreux cordons qui retombent, d'étroites bandes d'hermine, ornement devenu fort coûteux par la rareté de ces petits animaux de proie. Aussitôt que la chemise commence à devenir sale, on la peint en rouge brun, mais neuve elle est beaucoup plus belle. Leurs leggings ou culottes sont faites comme celles des autres Indiens, et ornées, comme elles, de touffes de cheveux ou de cordons bigarrés de piquants de porc-épic; leurs souliers, qui sont faits avec le cuir de bison ou d’elk, sont aussi brodés de piquants de porc-épie, mais avec cette différence que la couleur des ornements change dans chacun; ainsi, si les ornements de l'un sont jaunes, ceux de l’autre sont blancs, mode qui n’existe pas dans le bas Missouri, où les deux souliers sont d’une couleur uniforme.

La peau de bison, qui forme la principale pièce de leur costume, est toujours teinte du côté tanné. On y remarque des lignes noires parallèles, avec un petit nombre de figures variées, telles que des pointes de flèches ou autres mauvaises arabesques ; il y en à qui représentent les exploits de guerre, en noir, en rouge, en vert et en jaune. Ces figures peignent la prise des prisonniers, des morts, des blessés, des armes et des chevaux enlevés, du sang qui coule, des balles traversant les airs et autres objets semblables. Ces robes sont brodées des plus vives couleurs et ornées d’une bande transversale de piquants de porc-épic, partagée en deux parties égales par une rosette semblable. Le fond de la peau est presque toujours rouge brun avec les figures noires. Pendant l'été, on porte ces robes avec la fourrure en dehors; l'hiver, on met le poil en dedans; l'épaule et le bras droits restent ordinairement libres. Les Pieds-Noirs portent à la main une aile d’aigle ou de cygne, ou une queue d'oiseau de proie, en guise d'éventail; la poignée en est garnie de cuir ou de drap de couleur. Chaque individu lient à la main son fouet, ainsi que son arme, son fusil, et porte sur le dos, en bandoulière, son Carquois ou sac de peau contenant ses flèches, et auquel s'attache un étui pour l'arc, de même genre, mais plus étroit. Il place à une courroie passée sur l'épaule, sa giberne et son cornet à poudre, tandis qu’un grand couteau de chasse est fixé par derrière, dans sa gaine, à un ceinturon de cuir.

Le costume des femmes est semblable à celui des autres Indiennes du Missouri; il consiste en une longue chemise de cuir qui descend jusqu'aux pieds et qui est nouée au-dessus des hanches avec une ceinture, souvent ornée de plusieurs rangées de dents d’elk, de boutons de métal et de grains de verre que l’on y a cousus. Sur la poitrine, ce vêtement se ferme en travers, un peu largement; il a les manches courtes et larges, garnies de beaucoup de franges, qui retombent comme dans le costume national.polonais, mais seulement à la hauteur, à peu près, du coude. L’avant-bras demeure nu. Le bas de la chemise est également garni de franges, et découpé en festons. Les femmes ornent leur costume de cérémonie de piquants de porc-épic peints, et d’étroits cordons de cuir, ou bien de rangs diversement disposés de grains de verre bleus et blancs sur le bord supérieur et autour du haut du bras. Les Indiens n’aiment pas à voir sur la peau des grains de verre d’autres couleurs, de rouge, par exemple; quant au contraste des nuances, leur goût est juste; c’est ainsi qu’ils portent dans leurs cheveux noirs, du

rouge, et sur la peau, qui est brune, du blanc, du bleu de ciel ou du jaune. Les femmes sont fort adroites à travailler les habits et à Lanner le cuir; les hommes ne confectionnent que l'appareil à fumer et les armes. Comme dans les autres tribus, ce sont les femmes qui sont chargées de tous les travaux pénibles. Elles savent fort bien teindre, et se servent, pour la couleur jaune, d’une espèce de mousse jaune citron, qui croît sur les arbres des montagnes Rocheuses. Une racine donne la belle couleur rouge, et ils tirent plusieurs autres couleurs très-vives des matières que leur fournissent les blancs. Les petites filles des Pieds-Noirs sont vêtues de la même manière que les femmes, et souvent leur costume est garni, autour des bords, de dents d’elk, que les Indiens achètent fort cher.

Les mariages chez les Pieds-Noirs ne sont accompagnés d'aucune cérémonie particulière; on pare la femme et on l’'emmène. On fait savoir le prix d'achat au père, par un ami ou par quelque autre homme; s’il accepte, on remet la jeune fille et le mariage est conclu. Si l’homme en est fatigué, ou si la femme ne se conduit pas bien, il la renvoie sans façon; cela ne cause aucune querelle. Elle prend ce qui lui appartient et se retire; les enfants restent la propriété du mari. Cependant, quelquefois, ils punissent avec une grande sévérité l’infidélité de leurs femmes, auxquelles ils coupent le nez. Ils leur coupent aussi les cheveux comme punition, et ces malheureuses ont honte, après cela, de montrer leur tête qu’elles s'efforcent de couvrir. Celle qui a eu le nez coupé , est répudiée sur-le-champ par son mari; personne ne l'épouse plus, et ces femmes sont obligées de travailler moyennant un certain salaire, ou de soigner les enfants pour vivre. On a vu des maris qui ont tué leurs femmes dès qu’elles avaient eu des relations avec un autre homme; souvent même, ils se vengent sur l'amant, à qui ils enlèvent ses chevaux et d'autres objets de valeur, tandis que celui-ci est obligé de les laisser faire. On voit de ces Indiens qui ont jusqu’à six ou huit épouses, dont, par un singulier contraste avec ce que nous avons dit plus haut, ils se montrent fort généreux envers les blancs, auxquels ils offrent aussi de petites filles toutes jeunes. Les Pieds-Noirs ont souvent beaucoup d'enfants, qui courent tout nus, jouent el nagent dans la rivière comme des canards. Les garçons vont nus jusqu'à treize ou quatorze ans; mais les filles reçoivent plus tôt leur petit vêtement de cuir. Les Pieds-Noirs sont tranquilles dans leur intérieur, mais ils ont plus de colère que les autres nations. Des duels ont quelquefois lieu, et la vengeance du sang s'exerce dans la plupart des cas. Quand un Indien est tué, ses parents se vengent, s'ils le peuvent, sur le meurtrier; et s'ils n’en trouvent pas l’occasion, ils s’en prennent au premier membre de sa famille qu’ils rencontrent; mais aussi la vengeance du sang se rachète par des objets de valeur.

On trouve chez les Pieds-Noirs les associations dont nous avons déjà parlé pour les Assiniboins. Tous les nouveaux admis dans ces associations sont obligés de payer un droit d'entrée, qui est plus considérable pour les hommes de médecine et pour les riches. Si une femme, dont le mari fait partie d’une association, a eu des relations avec un autre homme, toute la bande s’assemble dans une tente; on y fume, et, la nuit, quand tout est plongé dans le sommeil, après être entré de force dans la tente de cette femme, chacun agit comme il lui plaît avec elle; puis on la renvoie, non sans lui avoir coupé le nez. Le mari n’a pas le pouvoir d'empêcher cette exécution; il est obligé de répudier une telle femme. On lui dit alors le motif pour lequel on a agi de la sorte, el il a son recours contre le séducteur.

Dans leurs combats, les Pieds-Noirs vont quelquefois à demi nus ; d’autres fois, ils montent à cheval dans leur plus beau costume; quelques-uns se distinguent par des boucliers richement ornés, et par de magnifiques bonnets de plumes. Les guerriers distingués ont une touffe de plumes de hiboux ou d’oiseaux de proie, qui pend sur le

derrière de la tête, et parfois des peaux d’hermine ornées de sonnettes, de bandes de drap ou de boutons brillants. Leur manière de combattre ne diffère en aucune façon de celle des autres Américains du nord. De petits détachements se glissent autour de l'ennemi et essayent de le vaincre par les embuscades, la ruse ou les attaques imprévues ; ces attaques ont toujours lieu au point du jour. Ils forment de longues lignes de tirailleurs, et tirent de fort loin et très-mal. Les femmes et les enfants soignent les blessés ; ils poussent de grands cris et des lamentations. L’ennemi tue sans distinction, les hommes, les femmes et les enfants, à coups de fusil, de flèche, de lance et de couteau;/il scalpe aussi les femmes, que souvent encore on fait prisonnières et que l’on emmène en esclavage; dans ce cas, elles ne sont pas maltraitées. Quant aux tourments que les nations de l'Amérique du nord faisaient subir autrefois à leurs prisonniers, on n’en trouve plus aucune trace chez les Pieds-Noirs.

Lorsque les guerriers se rapprochent du camp, après un er ils se mettent à chanter, et l’un d’eux court en avant, à pied ou à cheval, s’avançant vers les tentes, en serpentant. On lève en même temps les scalps en l'air, on les secoue et on les montre de loin. Si quelqu'un s'est emparé d’une arme, il la lève également en l’air, se nomme et crie que c'est lui qui l’a prise. Après un combat heureux, les hommes entonnent le chant qu'ils appellent Anénaï, ce qui veut dire : « Ils sont peints en noir. » Ils se rassemblent alors à côté des tentes, s’asseyent en plein air, le visage peint en noir, leurs leggings et robes tachetées de noir, et se mettent à chanter sans accompagnement de musique. Ce chant n’a point de paroles. Les armes des Pieds-Noirs ne diffèrent pas beaucoup de celles des autres Indiens; mais elles ne sont pas aussi belles, ni aussi bien travaillées que chez les Corbeaux. Leur pays ne produisant pas de bois propre à faire des arcs, ils échangent un cheval pour se procurer le bois nécessaire à ces armes, et le carquois de peau de panthère. Au bout de ce carquois, ils laissent pendre la queue de l'animal; elle est garnie de drap rouge du côté de la chair, brodée en grains de verre et ornée des deux côtés de bandelettes de peau en forme de glands. Ils se servent encore de boucliers ou pare-flèches; ces boucliers sont ronds, faits de cuir épais, ordinairement peints en vert ou en rouge, et ornés de plumes et de toutes sortes de signes superstitieux. Quand ils se disposent à combattre, ils roulent autour de leur tête, comme un turban, la gaine de leur fusil, qui est en cuir ; des peaux de loup leur sont alors fort utiles, surtout quand ils veulent observer l'ennemi. Ils les portent en sautoir sur l'épaule, s’en enveloppent la tête quand ils veulent approcher de l’ennemi sans en être vus, et se couchent par terre, derrière une hauteur, de telle façon qu’on les prendrait pour des loups blancs.

Les Pieds-Noirs sont de terribles mendiants; ils ne cessent de vous harasser de leurs supplications. Le vol des chevaux est devenu chez eux un art véritable; le plus adroit voleur de chevaux est un personnage distingué.

Ces Indiens ont imaginé plusieurs espèces de jeux pour se divertir. Dans l’un, ils se placent en demi-cercle et forment plusieurs petites piles de grains de verre ou d’autres objets qui font les enjeux. L'un d’eux prend en main de petits cailloux, et les remuc de côté et d’autre, en chantant et avec des mouvements mesurés, pendant qu’un autre doit deviner le nombre de ces cailloux. Des sommes considérables sont souvent gagnées et perdues à ce jeu. Les Pieds-Noirs ont aussi des danses de divers genres. Nous n'en décrirons que deux, qui sont les principales. La première, qui s'appelle danse de la médecine, et qui est exécutée par les femmes, n’a pas lieu tous les ans. On construil une grande cabane de bois ; les femmes revêtent leur plus beau costume, et toutes portent un grand bonnet en plumes sur la tête. Les femmes qui ne figurent pas dans cetie danse, et les hommes, forment les spectateurs. Quelques-uns de ces derniers battent le

tambour et secouent l'aouanaï où chichikoué. Pendant plusieurs jours de suite, la danse continue sans aucune variation, mais le dernier jour, en terminant, on figure des pares de bisons. Les hommes, les enfants et les femmes qui ne dansent pas, forment deux lignes divergentes qui partent de la loge de médecine, dont les femmes sortent en se trainant sur les mains et les pieds, en imitant la manière des bisons femelles. Plusieurs hommes jouent le rôle des bisons mâles, qui sont d’abord repoussés par les femmes ; mais alors, ainsi qu’il est d'usage dans cette espèce de chasse, on allume des feux au vent de la loge, dans laquelle les femmes se retirent dès qu’elles commencent à sentir la fumée, ce qui termine la fête.

La danse de la chevelure a lieu quand on a tué des ennemis. Les femmes s’habillent alors comme les hommes, et prennent aussi leurs armes. Si les femmes ont assisté à l'expédition dans laquelle ces ennemis ont été tués, elles se peignent la figure en noir. Une femme porte la chevelure du vaincu, et quelquefois plusieurs, selon le nombre que l’on en a; d’autres fois, elle est portée par une vieille femme, qui se tient alors à part et danse seule, tandis que toutes les autres forment un rond, et que les hommes accompagnent la danse sur le tambour. Il y a aussi pour les hommes la danse des braves ou guerriers. Ceux-ci forment un cercle, et plusieurs d’entre eux dansent au milieu, imitant tous les gestes d’un combat et déchargeant leurs fusils. Dans cette circonsance, ils sont peints comme pour aller combattre. |

Les OsiBuais, que les Anglais appellent Chipewais, et les Français Sauteurs, habitent le vaste pays qui s'étend entre le lac Supérieur, le Red-River, l’Assiniboin-River, et plus loin, vers le nord, près du Lake-Winipick. Ils forment une nation nombreuse et brave, mais divisée en plusieurs petites compagnies.

Les Indiens ojibuais n’ont rien de bien remarquable; ils sont de moyenne taille, mais avec les membres forts; ils portent les cheveux retombant naturellement sur les épaules; du reste, ils diffèrent fort peu des Crihs, dont ils ont les mœurs et les usages.

Les Ojibuais parlent la langue algonquine, qui est en même temps celle des Potowatamis, des Ottawais, des Crihs, des Muscotins et d’autres tribus. Les Français avaient donné, dans l’origine, à toutes ces petites bandes d’une seule et même nation, des noms différents, ce qui a jeté une grande confusion dans l’histoire de ces peuples. Quelques voyageurs prétendent qu’ils sont anthropophages.

Les CorNeILces forment une des tribus les plus guerrières, les plus rusées et les plus pillardes des montagnes. Ces Indiens sont surtout grands voleurs de chevaux. Ils ont l'air belliqueux, et sont d’un caractère inquiet, porté au brigandage; ils ont quinze cents hommes d’armes; mais leurs hostilités perpétuelles avec les Pieds-Noirs et leurs

mœurs vagabondes les minent insensiblement.

Leur pays renferme plusieurs curiosités naturelles, entre autres une abondante source jaillissante de naphte; on y trouve aussi deux solfatares, dont l'une s'appelle la Montagne-Brûlante, et qui contient beaucoup de houille anthracite; on fait la description la plus terrible de ses feux cachés, de ses vapeurs pestilentielles.

La conduite des Nez-Percés est empreinte de dévotion, leur probité est sans tache, leurs intentions sont pures et l’observance des rites de la religion qu'ils professent est uniforme et très-remarquable. « On croirait voir, dit le capitaine Bonneville dans son ouvrage intitulé : Aventures et expéditions dans l'intérieur de l'Amérique septentrionale, une nation de saints plutôt qu’une horde de sauvages. » s

Il y a des Haut-Nez-Percés et des Bas-Nez-Percés; ils ont le caractere aimable. En voici deux exemples rapportés par le capitaine Bonneville :

Ce voyageur fut accueilli, chez les Bas-Nez-Percés, avec les plus grandes prévenances et logé dans la maison du vieux chef, Au moment du départ, lebon vieillard prit le capitaine

à part pour lui exprimer combien il l’aimait, et pour lui dire qu’il désirait lui offrir un beau cheval comme une marque de son estime. En achevant ces mots, il fit un signe à un de ses gens qui amena en effet un jeune cheval bai superbe. Le capitaine fut touché de cetle marque d'affection; mais il connaissait trop bien les Indiens pour ne pas savoir qu’un présent en appelle un autre; en conséquence, il présenta au vieux chef un beau fusil. Après avoir ainsi amplement acquitté la dette de la reconnaissance, et Landis qu'il se disposait à transporter sa selle sur le cheval qui venait de lui être donné, le vénérable patriarche le tira par la manche, et lui présenta une vieille Indienne ridée, vraie momie, et qui s’approcha de lui en pleurant.

« Voici ma femme, dit le chef; c’est une bonne femme; je l'aime beaucoup; elle aime le cheval, elle l'aime infiniment; elle pleurera longlemps sa perte; je ne sais comment faire pour la consoler; elle m'afilige le cœur. » Il fallait bien que le capitaine essayât de calmer la douleur de la tendre vieille. Quoiqu’elle eût passé l’âge de la coquetterie, il lui offrit une paire de boucles d’oreilles de verre. Elle s’empressa de s’en parer, et, à compter de ce moment, elle cessa de regretter le coursier. Le capitaine se crut, après cela, maître de partir ; mais, Comme il allait mettre le pied dans l’étrier, le vénérable chef s'’avança une seconde fois, tenant par la main un jeune Nez-Percé qui paraissait bouder. « Vous voyez mon fils, dit-il; il est très-bon, excellent cavalier; c’est lui qui a toujours pris soin de ce très-beau cheval; il l’a élevé, il en a fait ce qu’il est; il l'aime comme un frère; il aura le cœur bien gros quand ce beau cheval quittera le camp. » Que pouvait faire le capitaine? I lui restait une hache qu’il présenta au jeune homme. Aussitôt sa figure s’épanouit, et il se retira aussi satisfait que sa mère l'avait été de ses boucles d'oreilles. Cette fois, Le capitaine se flattait que rien ne le retarderait plus; mais le vieux chef lui adressa la parole une troisième fois, en posant une de ses mains sur la erinière du cheval, et en soulevant le fusil de l’autre. e Ce fusil, dit-il, sera ma grande médecine. Je le presserai contre mon cœur; je l’aimerai toujours à cause du bon ami qui me l’a donné. Mais un fusil, par lui-même, est muet; je ne saurais le faire parler. Si j'avais un peu de poudre et quelques balles, je le prendrais avec moi, el j'irais, de temps en temps, tirer un cerf; et puis, quand je rentrerais chez moi, je dirais, en posant le gibier devant ma famille affamée : Voilà ce que j'ai tué avec le fusil de mon bon ami le chef blanc, celui à qui j'ai donné ce très-beau cheval. IL n’y avait pas moyen de résister à une pareille invocation. Le capitaine donna de la poudre et des balles, mais se hâta de mettre le beau cheval au galop pour éviter de nouveaux témoignages d'amitié de la part du vieux Nez-Percé. |

Le capitaine trouva parmi eux le véritable propriétaire d’un cheval qu’il avait acheté quelque temps auparavant à un sauvage d’une autre tribu. L’Indien, après avoir prouvé jusqu'à l'évidence l'identité de l'animal, ajouta : « N'importe, vous l’avez acheté de bonne foi : vous avez plus besoin de chevaux que moi; gardez- -le; c’est un bon cheval; traitez-le bien. »

Les SHosaokors, malgré leur pauvreté et leur indolence, ne sont pas absolument dépourvus d'industrie; ils fabriquent d’assez bonnes cordes et même du fil assez fin, qu'ils tirent d’une espèce de graminée; ils font aussi des vases avec de petils morceaux de bois entrelacés, qu'ils mettent en état de contenir de l’eau au moyen d’un peu de cire. Ces sauvages donneraient tout ce qu’ils possèdent pour le plus petit morceau de miroir cassé, afin de pouvoir contempler leurs figures pâles et décharnées. Ils sont, en général, très-pauvres, privés de presque tous les agréments de la vie, et extrêmement indolents. Ils ont une assez singulière manière de chasser l’antilope. Quand la neige a disparu, et lorsque la terre s’est ramollie, les femmes cueillent de l’absinthe dans les champs où elle croit la plus touffue ; puis elles en construisent une haie d'environ trois

pieds de haut, dont elles entourent un espace de lerrain d’une centaine d'arpents, ne laissant qu'une seule ouverture pour que le gibier y puisse entrer. Cela fait, les femmes se cachent derrière l'absinthe, ferment l'entrée et attendent patiemment qu’il se présente des antilopes, qui entrent souvent en grand nombre dans cette enceinte. Dès qu’elles y ont pénétré, les femmes donnent le signal, et les hommes accourent. Un seul entre dans l’enclos, el se metà pourchasser ces animaux, courant jusqu’à ce qu’il soit fatigué ; après quoi il est remplacé par un de ses camarades. A la fin, les pauvres antilopes sont si harassées, que quand les hommes entrent tous à la fois, il ne leur reste plus qu’à les abattre à coups de pioche. Ce qu’il y a de plus remarquable dans cette chasse, c’est qu'un animal agile et prompt comme l’añtilope continue à faire le tour de ce fatal enclos sans jamais essayer de franchir la barrière peu élevée qui l'entoure.

Les Indiens surnommés DiGnes-DE-Pirié sont extrêmement misérables, ne possèdent point de chevaux, et sont privés de tous les objets qu’ils auraient pu se procurer par des relations avec les blancs. Ils ont pour armes des arcs et des flèches à pointes de caillou, avec lesquels ils chassent le cerf, l'élan et le mouton des montagnes. Ils sont répandus dans les pays des Shoshokors, des Têtes-Plates, des Corneilles et des Pieds-Noirs ; mais ils habitent toujours les cavernes et les lieux les plus isolés. Les traqueurs remarquent souvent les traces de leurs pas dans les montagnes ; ils voient de loin se dérouler Ja fumée de leurs feux ; mais il est fort rare qu'ils les rencontrent, et bien plus rare encore qu’ils parviennent à leur parler, tant leur timidité est grande, tant ils ont peur des étrangers. Ces êtres infortunés, qui semblent former le dernier chaïnon qui lie l'homme à la brute, sont des êtres dignes de mépris pour les traqueurs créoles.

Les TRAQUEURS INDÉPENDANTS, quoique d'origine européenne, se sont façonnés à toutes les coutumes des indigènes. Parmi les chasseurs qui s'engagent au service des compagnies de pelleteries, les uns ont des traitements fixes et reçoivent des armes, des chevaux, des piéges, etc. Ceux-ci sont sous les ordres des commandants, dont ils doivent suivre les instructions. On les appelle traqueurs à gages. Les traqueurs indé- . pendants vont et viennent, au contraire, où il leur plait; ils ont leurs propres chevaux, leurs armes et leurs équipements, ils traquent et trafiquent pour leur propre compte, et disposent de leurs peaux et de leurs pelleteries en faveur de ceux qui leur en donnent le plus haut prix. Parfois, quand ils se trouvent dans les parages dangereux, ils s’attachent au camp de quelque trafiquant; alors ils sont obligés de se soumettre aux règles ordinaires du traquage, et de prendre leur part de service établi pour le maintien du bon ordre et de la sûreté du camp. En retour de la protection qu'ils reçoivent, ils sont tenus de vendre au commandant du camp tous les castors qu'ils prennent pour un prix stipulé d'avance, et s'ils préfèrent en disposer ailleurs, ils lui payent une somme de trente ou quarante dollars, comme droit de rachat.

On ne saurait faire un compliment plus flatteur à un traqueur indépendant que de l'assurer qu’on l’a pris pour un Indien; à dire vrai, l’imitation est parfaite. Ses cheveux, qu'il laisse croître, sont peignés avec soin : tantôt ils retombent négligemment sur ses épaules, tantôt ils sont tressés et noués avec des peaux de loutre ou des rubans de diverses couleurs. Une chemise de chasse de calicot, de couleurs brillantes, ou de cuir verni, lui tombe jusqu'aux genoux; puis des jambards de forme singulière, ornés de cordons, de franges et d’une foule de grelots, rejoignent sur les pieds une paire de riches mocassins des meilleures fabriques indiennes, élégamment brodés en grains de verre. Une couverture écarlate ou quelque autre couleur éclatante, pend sur leurs épaules et est nouée autour de la ceinture par une écharpe rouge, dans laquelle ils placent leurs pistolets, leur couteau et le tuyau de leur pipe. Le fusil est couvert d'ornements de cuivre et renfermé dans une gaîne de peau de daim frangée et ornée de

lumes. Le cheval du traqueur est encore plus richement et plus bizarrement harnaché. La bride et la croupière sont couvertes d’une profusion de grains de verre et de cocardes ; la tête, la crinière et la queue sont entremêlées de plumes d’aigle qui flottent au vent. Pour compléter ce grotesque équipement, le fier animal est fardé de vermillon ou d'argile blanche, nuances qui forment le plus singulier contraste avec la couleur naturelle de la robe. :

Lorsqu'il reste célibataire, le traqueur indépendant n’a pas d’objet plus cher que son cheval; mais du moment où il prend femme, et son choix se fixe toujours sur une Indienne, il s'aperçoit bientôt qu’une créature plus capricieuse va devenir désormais PORIÉE de ses soins et de ses attentions. La beauté qu’il honore de sa main sent ses idées

s’élargir avec sa nouvelle dignité; elle dispose de la bourse de son mari et même de son ar pour paraître avec l'éclat convenable. L’ épouse d’un traqueur indépendant ne doit pas ressembler à une squarw ordinaire. En premier lieu, il faut qu’elle ait un cheval pour son usage particulier, et ce cheval ne doit pas être une vieille rosse telle que les Indiens en donnent à leurs squaw pour les porter, elles et leurs enfants, mais le plus bel animal qu’elle a pu trouver. Il faut qu’il soit caparaçonné avec une richesse extraordinaire. De chaque côté de la selle pend un esquimout, espèce de poche dans laquelle elle dépose les ornements et les bijoux qu’elle n’a pu placer sur son cheval ou sur sa personne. Par-dessus elle étend avec soin un drap et des couvertures de coton imprimées. Elle est, comme de raison, plus prodigue encore d’ornements quand il s’agit de sa personne. Ses longs cheveux, artistement nattés, retombent, avec une apparente négligence, des deux côtés sur sa poitrine; son chapeau est orné de plumes bigarrées, sa robe, qui pour la forme ressemble à celles des femmes blanches, est d’une étoffe rouge, verle et quelquefois grise, mais toujours la plus fine possible. Ses jambards sont du travail le plus recherché, et ses mocassins lui serrent exactement le pied et la cheville, que les Indiennes ont en général fort jolis; ses bijoux, ses bagues, ses pendants d'oreilles, ses colliers sont en aussi grand nombre et aussi riches que le permet la for- Lune de son mari. Pour achever sa toilette, elle jette sur ses épaules une couverture d’une couleur très-éclatante, et s’élançant sur la selle de son coursier caracolant, elle suit partout son mari avec amour et fidélité, jusqu’au dernier soupir.

Quand il y a plusieurs femmes de traqueurs indépendants dans le même camp, la concurrence la plus vive s'établit entre elles pour ce qui regarde la toilette, au grand détriment de la bourse de leurs maris. Elles ne songent qu’à s’éclipser l’une l’autre, et ne le cèdent en rien à cet égard aux directrices de la mode de nos contrées civilisées.

L'équipement d'un traqueur se compose d’un fusil, d’une livre de poudre, de quatre livres de plomb, d’un moule à balle, de sept piéges, d’une hache, d’une cognée, d’un couteau, d’une alène, d’un poêlon, de deux couvertures de laine; et quand les provisions sont abondantes, il emporte sept livres de farine. Il a en général deux ou trois chevaux pour lui, son bagage et ses pelleteries. Deux traqueurs vont ordinairement ensemble afin de se prêter un mutuel appui. S'ils étaient plus nombreux, ils Se raient difficilement aux poursuites des Indiens.

Leur service est périlleux, et bien plus aujourd’hui qu’il ne l'était autrefois, car depuis que les Indiens ont pris l'habitude de trafiquer sur les pelleteries avec les blancs, ils ont appris à connaitre le prix du castor; aussi regardent-ils les traqueurs comme des braconniers qui viennent leur enlever les trésors de leurs eaux; aussi n’hésitent-ils pas à assassiner tous ceux qu'ils rencontrent isolés ; ils se délivrent à la fois d’un compétiteur, et s’enrichissent de ses dépouilles. IL faut malheureusement convenir qu’ils sont souvent poussés à ces actes d’hostilité par des trafiquants qui cherchent à nuire à leurs rivaux.

Lorsque deux traqueurs entreprennent une grande rivière, ils commencent par cacher

leurs chevaux dans un endroit solitaire où ils puissent paitre sans être aperçus. Ils con- struisent ensuite une petile cabane et un canot avec un tronc d'arbre. Dans cette frêle embarcation , ils suivent la rivière en silence, et le soir ils dressent leurs piéges. Ils y retournent dans le même silence au point du jour, et quand ils ont pris un castor, ils le rapportent à la cabane, l’écorchent, étendent la peau sur des piquets pour la faire sécher, et en mangent la chair. Le corps, suspendu devant le feu, tourne par son propre poids et se rôlit ainsi parfaitement ; la queue est le morceau de roi; ils la cou- - pent et la font griller devant le feu au bout d’un bâton; elle passe pour un mets plus délicat encore que la langue ou la moelle d’un buffle.

: j À LAS AMÉRIQUE, #4 Â1-42

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