‹ Mœurs, usages et costumes de tous les peuples du monde, d'après des documents and authentiques et les voyages des plus récents (volume 4)Chapitre 71 sur 83 · CANADA · texte numérisé non relu

CANADA

AVEC TERRE-NEUVE, LA NOUVELLE-ÉCOSSE, src.

Cette vaste contrée de la Nouvelle-Bretagne est située entre 49° 49 et 52 16 de latitude nord, et entre 66° 30’ et 97° de longitude ouest; sa superficie est de plus de 53,000 lieues carrées ; mais en n’y comprenant que les terres, elle est de 39,400 lieues; et la population est portée à 900,000 individus environ.

La température du haut et du bas Canada est beaucoup plus rigoureuse que ne pourrait le faire supposer son élévation modérée en latitude. Il ÿ règne l'hiver des froids beaucoup plus rigoureux qu'en d’autres pays situés sous la même zone, et cette différence provient, soit de la grande quantité de forêts et de terres en friche, soit des lacs immenses et nombreux qui se succèdent sur ce territoire. Bien que froid, ce climat est salubre : en été les chaleurs y sont plus fortes qu’en Europe. On attribue la découverte du Canada à Jean et Sébastien Cabot; elle eut lieu en 1497. Depuis cette époque, un grand nombre de voyageurs parcoururent cette contrée, et la firent connaitre aux Européens.

Le Canada est, en général, très-fertile, et produit toutes sortes de grains, du lin, du chanvre, du tabac, et des plantes potagères. Les forêts sont nombreuses et peuplées d'excellents bois de construction, de charpente, etc.; elles servent de retraite à des ours, des cerfs, des élans, des renards, des martes, des chats sauvages, des furets, des belettes, des écureuils d’une grosse espèce et de couleur grise, des lièvres et des lapins. Elles renferment aussi des serpents à sonnettes de quatre à six pieds de long; des serpents noirs de six à huit pieds, quine sont pas venimeux, et une grande variété d’autres plus petits. On remarque parmi les oiseaux de ce pays l'aigle, le vautour, le hibou, le pélican, le cygne, le cormoran, la grue, le faisan, la perdrix, l'outarde, et un nombre infini de petits oiseaux d'un agréable ramage; les volailles n'y sont pas rares. Les lacs, les étangs et les rivières fourmillent de bons poissons ainsi que de loutres, de castors blancs et noirs très-estimés, et de tortues.

Le Canada a été divisé en deux parties ou provinces, par un acte du parlement britannique de 4791, sous les noms de haut et bus Canada. Ces deux provinces ne sont pas moins distinctes par les lois qué par les mœurs. Dans l’une et dans l’autre, il existe un conseil législatif et une chambre des représentants. Ces deux assemblées ont la faculté de proposer des lois à l'acceptation du gouvernement anglais. Le conseil législatif est composé de vingt-deux membres dans le haut Canada, et de vingt-huit dans la province basse.

L'administration supérieure des deux Canadas se compose du conseil législatif, de la chambre des députés, et d’un gouverneur, aidé d’un conseil exécutif.

IL est à remarquer que dans le bas Canada, qui a conservé les anciennes lois fran-

çaises, les terres qui ont le litre de seigneurie sont encore soumises au régime féodal, et que dans le haut Canada, où les lois anglaises sont seules en yigueur, les propriétés coloniales, appelées townships, et qui consistent en Lerres qui ont été distribuées à des militaires de Lous grades, sont au contraire régies par les lois communes.

= Les dépenses d'administration sont évaluées à 620,000 francs; l'Angleterre en paye la moitié. Le seul profit que la Grande-Bretagne tire du Canada provient de son commerce avec cette colonie, qui occupe environ 7,000 tonneaux. Le Canada est, en temps de paix, le débouché de plusieurs produits des manufactures anglaises qui entrent aux États-Unis, soit légalement, soit en fraude. Les produits du sol même du Canada, el ceux que le commerce anglais tire par cette voie de l'intérieur de l'Amérique septentrionale, fournissent les objets d’un échange et d’une navigation considérables.

Le bas Canada a environ 300 lieues de longueur sur 140 dans sa plus grande largeur; sa superficie en terre est de 27,000 lieues. IT est divisé en seigneuries ou francs-fiefs, concédés par la couronne de France aux premiers colons. Ces seigneuries subsistent toujours, malgré la nouvelle division administrative adoptée par le gouvernement. Ges seigneuries sont au nombre de 210. Mais depuis 1819, le pays est divisé en cinq districts qui se subdivisent en quarante comtés. Ils s'étendent le long du fleuve Saint-Laurent. Le reste du territoire est habité par les indigènes.

L’accroissement de la population du bas Canada, de ses revenus, de son commerce, a été très-rapide sous la domination anglaise.

Quégec, capitale du bas Canada, à un aspect imposant et vraiment He et se développe majestueusement en forme d’amphithéâtre. Les habitants, au nombre de 23,000, ou 50,000, selon quelques auteurs, se dédommagent des froids longs et rigoureux de l'hiver par des parties de traîneaux et par des réunions où l’on danse. La garnison soutient un mauvais théâtre anglais, et des courses de chevaux, récemment introduites, contribuent à l'amélioration de la race. Québec est la résidence du gouverneur général de l’Amérique anglaise. |

MonrTréaL, la seconde ville du bas Canada, renferme plus de 30,000 âmes. Son commerce consiste en fourrures qui arrivent des environs du lac Ouinipeg ou Bourbon, pour le compte de la compagnie anglaise. Sa population est toute française au fond, quoique de nombreux émigrants anglais y soient arrivés dans le cours de ces quinze dernièrés années. Le caractère des habitants est, en général, bienveillant et hospitalier; la société y est agréable, douce, communicativeet spirituelle. C’est un mélange heureux des éléments qui constituent le caractère anglais et français et qui unit à la sureté des rapports l'élégance des manières. Les hommes de la classe inférieure que l’on ren- . contre dans les rues ont un air de vigueur, de satisfaction et de gaieté qui plait à voir. Jusqu'ici Montréal est restée étrangère à cette lèpre du paupérisme qui infeste presque. toutes les grandes villes et les se États de l’Europe.

Le haut Canada a environ 350 lieues de longueur et 130 dans sa plus grande largeur; sa superficie, en n'y comprenant que les terres, est de 12,400 lieues carrées. Sa frontière, commençant au lac Français, longe ensuite la rivière d'Ottawa. Il a été divisé en quatre districts et vingt-cinq comtés.

York, siége des autorités et du gouvernement et capitale du haut Canada, est une ville assez régulière dont les rues sont coupées à angle droit. Elle renferme à peu près 8,000 habitants et cinq cents maisons, dont la plupart sont bâties en bois. On y trouve cependant quelques jolies habitations en briques ou en pierres.

KinGsTon est la ville la plus importante el la plus populeuse du haut Canada; sa population est évaluée à 5,500 âmes. Elle pourrait passer pour jolie, si ses rues, qui sont droites et garnies de maisons en pierres, étaient pavées.

Au commencement de 1835, la colonie anglaise du haut Canada a pris un développement prodigieux qu’elle doit au commerce, à la civilisation, à des capilaux considérables, à un sol fertile et à un esprit entreprenant. Les établissements de Brockville, Sainte-Catherine, Hamilton, Kobourg, Queenston, et plusieurs autres qui naguère étaient considérés comme de simples villages, peuvent-prendre rang parmi les villes.

Le voyageur qui traverse les parties défrichées et cultivées du haut Canada, admire

la fertilité du sol, et la beauté de la culture, les simples habitations de troncs d’arbres à peine équarris, mais commodes et abondamment pourvues de tout ce qui sert aux nécessités de la vie. Frappé de ce tableau charmant, qui ne respire que le calme et le bonheur, il ignore sans doute que ces biens, cette prospérité, cette aisance, sont le fruit de plusieurs années des privations les plus dures, des travaux les plus pénibles, qui ne peuvent être supportés et vaincus que par un courage et une persévérance indomptables. Rien n’est plus rude que les premières années de la vie des pionniers. Qu'on se représente deux personnes, ayant le plus souvent de jeunes enfants, perdues au milieu des forêts, éloignées des villes, dans une contrée qu'aucune route ne traverse, se procurant avec beaucoup de peine les provisions les plus grossières, manquant souvent dans l'hiver, durant des semaines entières, du plus strict nécessaire et même de pain : tel était, il y a peu d'années, le sort de tous les pionniers au début de leur carrière aventureuse; c’est encore aujourd'hui celui des familles pauvres ou fort éloignées des habitations. Aussi n'est-il pas surprenant que, trompés par les brillants tableaux des voyageurs, plusieurs émigrants se laissent bientôt rebuter par les difficultés qu'ils rencontrent, et préfèrent même une indigence moins laborieuse dans la mère patrie.

L'émigrant, en prenant possession de la partie de la forêt qu’il a acquise, commence par se construire une chétive cabane. Une coutume fraternelle, qu’une nécessité Commune a consacrée à ces extrêmes limites de la civilisation et du désert, lui procure assistance dans ce premier travail. Sur son appel, ses voisins les moins éloignés accourent l'aider à élever les murs du shanty, misérable hutte où il cherche un premier abri, et qui est au log-house ce que la cabane est à la maison, car il ne faut pas songer d’abord à une demeure commode et spacieuse; des nécessités plus pressantes font négliger les agréments de la vie. Le shanty n’est guère qu’un hangar formé de troncs d'arbres bruts dont on remplit les intervalles avec de la mousse et de la boue. Le toit est fait de troncs fendus avec la hache et grossièrement juxtaposés. Le plus souvent le shanty ne reçoit la lumière que par l'ouverture qui sert de porte et de passage à la fumée de l’âire, formé de quelques pierres plates rangées en cercle. C’est dans ces misérables cabanes que les pionniers, même les plus aisés, passent les premiers temps de leur établissement, et souvent plusieurs années. C’est dans ces huttes, pêlemêle avec les bestiaux et la volaille qui servent à leur subsistance, que se confinent souvent des familles qui ont joui de toutes les délicatesses de la civilisation la‘plus avancée. L’espérance et les joies pures de la vie domestique sont leur seul soutien. Au milieu des misères et des souffrances de cette première existence, on voit les femmes anglaises déployer la force d'âme qu’elles ont puisée dans leur première éducation et dans les graves enseignements d’une sévère religion.

Les Indiens vagabonds qui rôdent dans le haut Canada ont perdu plus qu'ils n'ont gagné à leur contact avec les Européens. Ils ont vu disparaître tout ce qui pouvait leur rester de vertus sauvages, et ils ont acquis des vices qu’ils eussent toujours ignorés au fond de leurs déserts. L'ivrognerie leur a enlevé cette finesse de sens, si remarquable parmi les indigènes de l'Amérique du nord. |

Le gouvernement anglais a un soin tout paternel de ces peuplades ; un certain nombre de personnes forment ce que l’on appelle le département des Indiens, veillent

à leurs intérêts et gèrent leurs affaires. Deux fois l’année, un médecin visite leurs villages, donne des avis et distribue des médicaments parmi les habitants. Annuellement aussi une distribution de présents a lieu sur les bords de l’Ouse et à l'extrémité occidentale du lac Érie. Chaque Indien reçoit quelque bagatelle qui peut lui être utile; chaque Indienne un objet de parure. Il est vrai que ces distributions manquent leur but, et qu'aussitôt qu'elles sont faites, les Indiens cherchent à revendre à tout prix les objets qu’ils ontreçus, pour acheter en échange des liqueurs fortes. Gequ’enfaitlegouvernement anglais tend plutôt à obtenir, de la part de ces sauvages, une attitude pacifique et la neutralité en cas de guerre. Les Indiens sont des alliés faibles et inutiles, mais des ennemis dangereux. Quand les Anglais les ont eus pour auxiliaires, ils n’ont jamais pu les plier à la discipline. Ils prenaient la fuite au commencement de l’action, et revenaient seulement pour dépouiller les morts. Cependant la connaissance qu’ils ont des localités et leur adresse au tir les rendent redoutables dans une guerre d’escarmouches. Ils possèdent des secrets qu'ils ne veulent révéler à personne; ils teignent les piquants du porcépic et autres substances de couleurs brillantes et durables, et connaissent les propriétés de plusieurs plantes douées de vertus médicales très-énergiques,. Ils savent aussi tendre des appâts qui ne manquent jamais d’attirer certains animaux au piége.

C’est dans cette partie favorisée du Canada que l’on rencontre parfois des serpents qui, plus que d’autres, ont de grandes propriétés de fascination sur le regard et sur l’odorat. Voici, à ce sujet, un fait que raconte un voyageur anglais. « Un fermier me dit qu'un jour d’été qu'il faisait très-chaud, sa fille était allée étendre du linge sur des buissons voisins de la maison, pour le faire sécher. La mère trouvant qu’elle ne venait pas assez tôt, et La voyant debout sans rien faire, à une certaine distance, l’appela plusieurs fois; elle ne répondit pas. A la fin, la mère s’approcha : la fille était pâle, immobile et comme fixée à sa place; la sueur lui découlait du front; ses mains étaient fermées par un mouvement convulsif. Un gros serpent à sonnettes étendu sur une poutre, vis-à-vis de la jeune fille, tournait sa têle de côté et d’autre, et tenait ses yeux constamment attachés sur elle. La mère lui donna un coup de baguette; il décampa. La fille, revenue à elle, fondit en larmes; elle était si faible et si agitée, qu’elle n’avait pas la force de marcher. » |

Il existe encore un contraste frappant entre les fermiers du haut et du bas Canada, comme on peut s’en assurer à la Chine, village situé sur le Saint-Laurent; c’est autour de ce village que commencent à se développer de belles et fertiles plantations, exploitées par des fermiers canadiens, établis de père en fils. Ces paysans ont le teint brun et les traits caractérisés; ils sont, en général, maigres, quoique d’une structure athlé- | tique; ils ont les yeux petits, brillants et vifs; ils sont, en général, d’une politesse affectueuse et familière envers les étrangers. Adroits, spirituels, prévenants, ils convient les voyageurs à venir boire un verre de cidre avec eux, leur pressent la main avec une - sorte d’effusion, et se montrent fort empressés autour d’eux.

Les Canadiens vont peu à pied; tout fermier est à peu près en état d’avoir un cheval et une calèche. Les chevaux canadiens, bons au fond, sont en apparence les plus misérables que l’on puisse imaginer. Ils sont longs, lourds et d’un poil rude; mais ils s’animent sous le fouet du conducteur. On ne peut se faire une idée de la fierté du paysan canadien, qui conduit son cheval chétif et sa voiture mal assurée; c’est l'être le plus vif, le plus gai, le plus pétulant que l’on puisse voir. La calèche et le cheval, tels sont les premiers meubles d’un Canadien, ce qu’il nomme son établissement. Dans ces hommes qui arpentent la grande route, on rencontre la même politesse, là même prévenance que dans les fermiers sédentaires. Jamais ils ne passeront devant un étranger sans lui ôter leur chapeau, et les enfants, pour peu que le voyageur soit con-

venablement vêtu, ne manqueront pas de le saluer profondément. Si’deux postillons sont à portée de s'entendre, ils se diront mutuellement un bonjour cordial, en se traitant de monsieur.

. Dans son excursion au Canada, M. d’Orbigny fit la rencontre de deux pirogues d’Indiens; les femmes étaient assises ; les hommes debout maniaient leurs pagaies avec une rapidité remarquable. Ces Indiens ont la tête ornée d’un cercle d’acier et de plumes; le reste de leur vêtement se compose de peaux de bêtes fauves et de longs manteaux écarlates couverts d’ornements en oripeaux. Leur langage est dur, heurté, guttural, bizarre; ils semblent imprimer à tous leurs entretiens un caractère de querelle et de dispute. -

« Ayant pris terre presque en même temps que nous, dit M. d’Orbigny, ces Indiens ne parurent pas intimidés par notre présence. Sans s'inquiéter autrement de nous, les femmes se mirent aussilôt à couper du bois pour le feu, et les hommes ayant rassemblé des perches et de l'écorce de bouleau, commencèrent à construire un wighwam. Quand nous fûmes tous installés, eux de leur côté, nous du nôtre, chaque caravane commença son repas, et celui des Indiens eût été fort maigre, si nous n’y avions ajouté un peu de nos provisions, accompagnées d’une bouteille de rhum. »

Ce dernier présent fut une véritable fête pour ces sauvages. Ils remercièrent les voyageurs par des cris bruyants, et se passèrent l’un à l’autre, à la ronde, la boisson spiritueuse jusqu'à ce qu’il n’en restât plus une seule goutte. Bientôt les Indiens, entassés dans leur wighwam, autour du feu où rôtissait leur gibier, se ressentirent du rhum qu’ils avaient bu, et prirent les poses les plus comiques, les allures les plus singulières, Ceux-ci affectaient un regard belliqueux et féroce; ils frottaient leurs tomahawks avec une sorte de rage, et poussaient par intervalle des cris de guerre comme s'ils eussent voulu défier un ennemi lointain; les femmes se livraient à un bavardage intarissable, et les enfants jouaient de la guimbarde. Enfin, peu à peu, toutes ces manifestations bruyantes cessèrent, et ils tombèrent dans un profond sommeil.

La population française est resserrée principalement sur la rive septentrionale du fleuve Saint-Laurent, depuis Montréal jusqu’à Quebec. Les premiers colons français paraissaient être venus de la Normandie. Contents de peu, attachés à leur religion, à leurs usages, soumis au gouvernement qui respecte leur liberté, ils possèdent, à côté de beaucoup d’indolence, un fonds naturel de talents et de courage qui n’aurait besoin que d'être cultivé par l'instruction : ils se livrent avec ardeur aux travaux les plus rudes. Ils fabriquent eux-mêmes les étoffes de laine et de lin dont ils s’habillent à la campagne; ils tissent ou tricotent eux-mêmes leurs bonnets et leurs bas, tréssent leurs chapeaux de ‘paille, et tannent les peaux destinées à leur fournir-les mocassins ou grosses bottes; enfin leur savon, leurs chandelles, leurs charrues, ele.

Ils ont le visage long et mince; leur teint brunâtre et hâlé devient quelquefois, sans doute par l'effet du mélange avec la race indigène, aussi foncé que celui des Indiens ; leursiyeux, petits et noirs, ont beaucoup de vivacité; leur nez avancé tend à la forme aquiline; les lèvres sont peu épaisses, les joues maigres et les pommettes saillantes. Une politesse noble et aisée règne dans leur conversation ; ils se présentent avec un air qui les ferait prendre pour les habitants d’une grande ville, plutôt que pour,ceux d’une contrée demi-sauvage. La plus parfaite harmonie existe entre eux : souvent les enfants de la troisième génération demeurent dans la maison paternelle.

Quoique le climat, en rendant nécessaire l'usage des poils et fourrures, donne sue Canadiens l'apparence des Russes, la gaieté française y conserve son empire. Les plaisirs y ont Le caractère simple et un peu grossier qu'ils avaient en France avant le raffinement introduit sous Louis XIV : les parents et les amis s'assemblent tous, les jours

autour d’une table chargée de mets solides; à côté d’un énorme quartier de bœuf ou de mouton, on voit de vastes terrines remplies de soupes ou de lait caillé. Immédiatement après un diner qu'anime une gaieté franche et bruyante, les violons se font entendre; tout le monde se livre à la danse, les menuets et les gigues se succèdent sans interruption.

Les femmes du Canada sont remarquables par leurs grâces et Rx brillante santé. Par l'éclat de leur teint, la régularité de leurs traits et la beauté de leur taille , elles ressemblent aux Cauchoises ; leurs grands yeux noirs tranchent agréablement avec l’incarnat de leurs joues fraiches et vermeilles. Bonnes épouses, mères tendres, ménagères soigneuses, elles font la félicité de leurs familles. Les Canadiens suivent avec une scrupuleuse exactitude les modes dont ils reçoivent les modèles de Paris.

Dans l'éducation des jeunes personnes de bonne famille, les arts d'agrément ne sont point négligés; le dessin forme une partie importante de Lisetedet oi qu'elles reçoivent; la musique compte des élèves jusque dans les fermes et les villages. Enfin, dans la classe inférieure, une jeunesse joyeuse répète en chœur d'anciennes chansons normandes.

La sobriété n’est pas la vertu des Canadiens; l'habitude de l'ivresse y produit des accidents tragiques.

Quoiqu’une longue paix ait répandu de l’aisance et quelques germes d'industrie parmi les classes supérieures, et quoique le cultivateur du Canada jouisse d’un bonheur sans égal, le goût des études a besoin d’être encouragé. |

Les deux Canadas ont fait dans l’industrie des progrès récents et assez rapides depuis quelques années. Considéré comme position militaire, le Canada forme le principal anneau de cette chaîne de possessions britanniques du nord, qui, depuis l’Acadie et Terre-Neuve, vient se perdre aux environs du lac Ouinipeg, chaine qui enveloppe les États-Unis par le nord-est et le nord.

Nous ne nous étendrons pas sur les mœurs des tribus sauvages qui habitent dans les limites du Canada. Les HurONS, qui s'étendent au nord et à l’est du lac qui porte leur nom, jouirentautrefois d'une certainecélébrité; mais ce peuple ne secompose plus aujourd'hui que de quelques familles. Quelques restes des tribus appelées les Srx-Nariows, et principalement des Monarous, ont quelques villages sur la rivière d'Ure. Les Mussr- SAGUES, tribu alliée des Algonquins, habitent encore dans la péninsule du Canada, aux sources de la rivière de Crédit; on porte leur nombre à 16,000. La branche principale des Iroquois occupe les bords de l’Ottawa; c’est un faible reste de cette nation géné-

reuse el redoutable.

Les AGniErs habitent le misérable village de Cachenonaga, non Join. de Montréal ; c'est une tribu d’Iroquois qui a adopté la religion Phetiett Cette peuplade a une dévotion particulière à la sainte Vierge. |

Les TUMMISKAMINGS ou RES habitent au nord des sources de l'Ottawa. Ils passent pour être les plus nombreux des indigènes du haut Canada, et parlent la langue algonquine ou knistenane. Les ALGoNQuiINS s'étendent vers la rivière Saint-Maurice. Les PIKOUAGAMIS, aux environs du lac Saint-Jean; les Mrsrissinnys, sur le lac du même nom, et les PAPINAGHOIS, au nord de la rivière Saguenay, mènent aujourd’hui une vie paisible et commencent à se livrer à quelques essais de culture.

Le Gaspé ou la GASPÉSIE, qui renferme environ 4,000 habitants, est la patrie ancienne d'unetribu indienne, remarquable par ses mœurs policées et par le culte qu’elle rendaitau soleil. Les Gaspésiens distinguaient les aires du vent, connaissaient quelques étoiles et traçaient des cartes assez justes de leur pays. Une partie de cette tribu adorait la Croix avant l’arrivée des missionnaires, et conservail une tradition curieuse sur un homme

vénérable qui, en leur pui ce signe sacré, les avait délivrés du fléau d’une épidémie.

Le Nouveau-Brunswicx s'étend, d’un côté, sur le golfe Saint-Laurent: de l’autre, sur la baie de Fundy. Le climat de ce pays est plus froid que ne l'indique sa latitude entre le 45° et le 48e parallèle.

La tribu indigène des Marécnires est réduite à 140 guerriers. Les Européens y dépassent le nombre de 80,000,

FRÉDÉRICTOWN, autrefois Sainte-Anne, est la capitale du Nouveau-Brunswick, la résidence du gouverneur et des principales autorités.

La NouveLLE-ÉCcosse est une presqu’ile qui partage avec toute Séti partie du globe un climat fort rigoureux. en hiver. Sa population est d'environ 140,000 âmes.

Hazrrax, capitale de la Nouvelle-Écosse et l’une des plus importantes échelles maritimes du Canada, est une ville charmante et régulièrement bâtie. Elle est peuplée de 16,000 à 20,000 habitants.

L'ile du Cap-BRuTON est séparée de la Nouvelle-Écosse par le détroit de Causo: elle est importante par ses vastes et excellentes baies, par les pêcheries et par le commerce considérable auquel elles donnent lieu. On cite Srnney, petite ville de cinq cents âmes, aux environs de laquelle sont des houillères ; Louisbourg, jadis la ville prineipale du Cap-Breton.

‘île du PrINCE-ÉnouaRD, quoique voisine de celle du cap Breton, lui est bien supérieure par la fertilité de son sol. On y trouve Charlotte-Town, petite ville avec un beau port et 3,400 habitants; Belfast, colonie agricole d'Écossais ; Charlotte-Town et Murray-Harbour, importants par leurs ports. ÿ

Terre-Neuve. — Cette ile, appelée par les Anglais Mew- Foundland, ferme, au nord, l’entrée du golfe Saint-Laurent. Elle passe Ne pour stérile, les bords des rivières exceplés. Cependant elle produit diverses sortes de bois employés soit à l’établissement des nombreux échafaudages dressés tout le long de la côte pour la préparalion de la morue, soit à la construction navale.

Parmi les animaux, on distingue une race particulière de chiens remarquables par leur grande taille, leur long poil soyeux, et surtout par la grande dimension de la peau entre les doigts de pied, ce qui les rend propres à nager. IL paraît que cette race descend d’un dogue anglais et d’une louve indigène. |

Longtemps considérée comme un pays inhospitalier, comme une simple station de pêcheurs, Terre-Neuve a, depuis quelques a années, vu doubler son industrie et sa PRDUE lation. | Cette population se compose de colons, de pêcheurs et d’[ndiens sauvages qui vivent dans l’intérieur des terres. Les colons se divisent en sédentaires et en pêcheurs, car un grand nombre d’entre eux suivent l'exemple de ces marins intrépides, qui, pour un bénéfice quelquefois fort modique, vont risquer leur vie au milieu des écueils du littoral. On conçoit qu’il est assez difficile d'évaluer avec exactitude une telle population.

La’condition intellectuelle des habitants n’est pas, on peut bien le penser, des plus salisfaisantes, et l’état social de cette réunion d'hommes laborieux, mais grossiers, n’est guère propre à faire envie à leurs voisins de Saint-Pierre et Miquelon. La cause de cette situation n’est pas difficile à deviner : pendant longtemps Terre-Neuve n'a, ainsi que nous l'avons déjà dit, élé qu’un établissement de pêche, et les pêcheries appartenaient exclusivement à des négociants résidant en Angleterre qui les faisaient exploiter. Ceux-ci estimaient que le nombre, alors fort pelit, de planteurs fixés dans la colonie même, n’avait aucun droit d'intervenir dans la discussion des intérêts de l'île; en conséquence, ils s’opposaient toujours aux mesures qui auraient pu améliorer

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la position d’une population qu'ils traitent comme un troupeau de vassaux ou d’esclaves. Mais l’augmentation continuelle du nombre des habitants sédentaires, les progrès de l’agriculture et du commerce parmi les résidants, autorisent ces derniers à se mettre au-dessus des caprices des armateurs, et le parlement impérial avisera sans doute à les doter d'institutions en harmonie avec leurs besoins actuels.

Les indigènes y forment deux ou trois tribus de 100 à 300 individus chacune. Les INDIENS ROUGES s'étendent au sud, dans l’intérieur, jusqu’au grand lac.

Les Micmacs habitent les environs de la baie de Saint-George, de celle du Désespoir, et les bords de la rivière Great-God-Bey. Ces peuplades font avec les Anglais le commerce de fourrures, et sont loin de vivre en bonne intelligence.

Les îles SAINT-PIERRE, MIQUELON et LANGLADE ou Petite-Miquelon, sont des colonies françaises voisines de Terre-Neuve. |

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