SOC KN AN AISE
MOEURS, USAGES ET COSTUMES
et la forme du visage est telle, qu'elle passerait pour régulière en Europe. Les femmes, comme dans toute l'Afrique, aiment passionnément la danse ; elles sont plus libres que dans les autres contrées, ce qui rend les mœurs plus dépravées. Sobres par nécessité, les Fezzanis s'enivrent pourtant de jus de dattier. Les maisons du Fezzan, extrêmement basses et ne recevant de jour que par la porte, sont construites en briques calcaires et en glaise séchée au soleil.
L'industrie des Fezzanis est peu étendue. Ils fabriquent d'assez bons tapis, des tissus grossiers de laine et de coton; mais le peuple seul emploie ces étoffes que les riches font venir de Tripoli. Ce peuple connaît la coquille appelée porcelaine cauris, ce qui fait supposer qu'ils ont des relations avec la côte de Guinée, où cette coquille sert de monnaie.
A Soka les femmes portent des chemises rayées de soie ou de toile, de larges boucles d'oreilles d'argent, des bracelets et des ornements de jambes de même métal. Chez les femmes d'une classe inférieure, ces objets de parure sont de verre ou de corne.
Royaume de Tripoli. — Le royaume de Tripoli proprement dit est, de tous les États barbaresques, le plus avancé dans l'échelle de la civilisation ; la population y est plus éclairée et le gouvernement mieux établi. On a remarqué que cette marche civilisatrice date surtout de l'époque où l'esclavage des prisonniers chrétiens fut aboli, c'est-à-dire en 1817.
Après avoir fait partie des possessions carthaginoises, ce pays fut occupé par les Romains, puis par les Sarrasins. Sous le règne de Charles-Quint, il appartint pendant quelque temps aux chevaliers de Malte; mais en 1551, Sinan-Pacha, vizir de Soliman II, s'en rendit maître, et les Turcs le gardèrent comme une partie de leurs provinces jusqu'en 1713, époque où le bey Hamet-Pacha secoua le joug de la Porte, et fit de Tripoli un État indépendant. On sait que ce prince était originaire de Caramanie, et chef de la dynastie des Caramanlis qui y régnent encore.
Quoique très-important, le commerce de Tripoli serait bien plus considérable sans les divers monopoles qui y sont établis. Le pacha se réserve la vente de certaines denrées, telles que l'eau-de-vie de dattes, le sel et la potasse; celle des vins, savons et peaux, est affermée aux juifs; les autres se vendent librement. C'est avec le centre de l'Afrique, et par les caravanes du Fezzan et de Ghadamès, que se fait la principale branche de commerce. Par ces caravanes le Tripoli reçoit un grand nombre d'esclaves noirs, beaucoup de poudre d'or, de séné, de plumes d'autruche, d'ivoire, de carbonate de soude et d'alun. Ces marchandises arrivent généralement à Tripoli à dos de chameau : les caravanes dont elles font partie se composent de musulmans se rendant à la Mecque en pèlerinage; mais depuis qu'un préjugé religieux ne s'oppose plus à ce que les musulmans s'embarquent sur des bâtiments chrétiens pour Alexandrie, elles sont devenues beaucoup plus rares et moins nombreuses. On en a vu pourtant d'assez considérables dans ces dernières années arriver de Maroc à Tripoli : elles étaient composées de 2,500 à 3,000 hommes, de plusieurs centaines de femmes et enfants, et d'environ 2,000 chameaux. Ces caravanes, à leur retour de la Mecque, qui a lieu un an après, apportent à Tripoli de l'opium, du café, des parfums, du naphte, des étoffes de l'Inde, des châles de Cachemire, des perles fines et des pierres précieuses.
On exporte de Tripoli divers objets, dont les principaux sont : la laine brute, les tapis, l'huile, le cuir de bœuf, les bœufs, les moutons et les chèvres, la potasse et la garance.
Le produit des droits de douane s'élevait, il y a peu d'années, à plus de 500,000 fr. ; ils n'en rapportent plus aujourd'hui que 200,000.
Le bey de Tripoli est tributaire de la Porte Ottomane, ce qui n'empêche en rien le
AFRIQUE. — BARBARIE
despotisme de son pouvoir; les emplois sont à sa disposition, et sa volonté fait loi au divan même qu'il n'assemble que pour la forme.