ZOUAVE
(Algérie.)
MOEURS, USAGES ET COSTUMES
est très-riche, et même élégant. Elles ont les cheveux tressés, et, sur le sommet de la têle, un grand bonnet, pointu comme celui des Cauchoises, orné de lames de métal el de rubans, o'élève en s'inclinant en arrière. Du bas de ce bonnet tombe jusqu'à terre une large bande de drap d'or terminée par des franges. De leurs oreilles pendent des boucles plus ou moins belles, selon leur fortune; leur cou est chargé de colliers, dont la richesse varie aussi suivant les rangs. Sur une chemise très-blanche, fixée aux poignets par des bracelets, elles ont une veste à manches courtes richement ornée de broderies d'or; un pantalon, qui descend jusqu'à mi-jambe et qui est brodé comme la veste, passe par-dessous celle-ci, tandis qu'une riche ceinture les arrête tous les deux sur les hanches; enfin un grand châle de soie, passé par derrière et noué élégamment par devant, entoure le bas du corps, cache une des jambes et vient traîner à terre. A ce costume vraiment éblouissant se joint le contraste d'une jambe nue, ornée sur le coude-pied d'un grand anneau doré, tandis que le pied est à peine maintenu dans des souliers de velours brodés d'or. Quand les Moresques sortent, elles mettent un large pantalon de toile ou de calicot blanc qui vient s'attacher en fronçant au-dessus de la cheville; par-dessus le pantalon, un foulard qui leur sert de jupon; une chemise courte qui entre dans le pantalon, et sur la chemise une ou deux vestes assez semblables à celles des hommes. Sur tous ces vêtements, elles jettent une tunique de gaze de laine blanche; elles portent sur la figure un petit mouchoir blanc attaché par derrière, et qui la cache depuis le menton jusqu'aux yeux. Coiffées de leur grand bonnet métallique, elles s'enveloppent d'un manteau de laine blanche qui descend jusqu'aux genoux et dans lequel elles cachent leurs mains, ne laissant voir absolument que leurs yeux. Elles marchent d'un pas grave et lent dans les rues.
L'établissement des Turcs dans l'Algérie date de l'époque où, envoyés au secours des Mores sous le commandement du fameux corsaire Barberousse, et de l'Arabe Sélim-Eutem, ils chassèrent les Espagnols d'Alger. Ce nouvel État se mit sous la protection de la Porte Ottomane. Ces Turcs ont le regard sévère, les traits du visage fortement prononcés, et la peau aussi blanche que celle des Européens.
Les caractères physiques des juifs africains sont absolument les mêmes que ceux des juifs qui habitent l'Europe. Leur costume est assez semblable à celui des Mores, aux couleurs près. Un turban plus petit, deux vestes, dont une à manches longues, un bernous, petit châle de drap qu'ils jettent sur l'épaule, une ceinture, une large culotte qui descend jusqu'aux genoux, les jambes nues et des souliers en peau de couleur. Celui des femmes, qui sont généralement jolies, a quelque analogie avec celui des paysannes de certaines parties de la Normandie. Leur haute coiffure est le seul ajustement qu'elles aient emprunté aux Moresques; le reste se compose d'une robe de laine noire ou bleue très-large, à manches courtes, qui laissent dépasser celles de la chemise. Elles portent aussi des caleçons; mais leurs longues jupes ne laissent voir que le bas de la jambe nue, et que leurs pieds chaussés avec une espèce dejpanloufle sans quartier qui ne couvre que les doigts du pied. Lorsqu'elles sortent, elles s'enveloppent, depuis le haut du bonnet jusqu'au talon, d'une gaze légère de laine blanche, qu'elles relèvent de la main gauche de manière à laisser voir la moitié du visage, et surtout les yeux, qu'elles font jouer avec art et coquetterie.
Les nègres du pays d'Alger, dont le costume est absolument le même que celui des Mores, sont originaires du centre de l'Afrique; quant à l'habillement des femmes, il ne diffère de celui des Moresques que par le grand bonnet pointu qu'elles ne portent pas.
Les Arabes se divisent en deux grandes classes : les cultivateurs et les nomades, ou Arabes-Bédouins. Ils sont généralement grands, bien faits et d'une couleur un peu
AFRIQUE. — BARBARIE
brune. Ce que leur costume a de particulier, c'est le bernous, grand manteau de laine auquel tient un capuchon.
Quelques femmes se tatouent les membres et la poitrine; leur habillement se compose d'une chemise de laine blanche, fort large, à manches courtes, qui est liée avec une corde au milieu du corps.
Les Berbers vivent dans les montagnes, depuis le royaume de Tunis jusqu'à l'empire de Maroc. Ils se divisent en un grand nombre de tribus. Leur taille est moyenne; leur teint est brun, quelquefois même noirâtre; leurs cheveux sont également bruns et lisses; et bien que leur corps soit maigre, ils sont généralement bien faits. Leur tête est plus ronde que celle des Arabes; mais rarement on trouve chez eux ces beaux nez aquilins, si communs chez ces derniers. Ce qui les distingue surtout de ceux-ci, c'est l'expression de leur figure qui a quelque chose de sauvage et même de cruel. Ils sont les plus belliqueux des habitants des États barbaresques.
« L'habit le plus simple des Berbers, dit Malte-Brun, est une chemise ou tunique à manches courtes, et le chaïk, longue pièce de laine blanche dont ils se drapent à la manière des anciens; leur tête est couverte d'une petite calotte blanche en feutre; et lorsqu'il fait froid, ils mettent le bernous comme les Arabes. Les femmes s'habillent à peu près comme les hommes. »
La partie méridionale de la province d'Oran est soumise au gouvernement d'Abdcl-Kader; elle se divise, d'après les naturels, en deux régions : l'orientale ou le Cherk, et l'occidentale ou le Gharb, peuplées l'une et l'autre par un grand nombre de petites tribus.
Les Algériens regardent comme un péché de porter YAlcoran sous la ceinture, de laisser tomber une goutte d'urine sur leurs vêtements. La croyance où sont les Barbaresques que c'est une pollution de se salir avec de l'urine, a donné lieu chez eux à une coutume singulière, c'est que les hommes s'accroupissent comme les femmes pour uriner, et il est défendu de paraître en justice comme témoin à quiconque a été vu uriner debout. Il est encore défendu de se servir de plume au lieu de pinceau pour écrire, d'avoir des livres imprimés, des peintures ou images quelconques qui représentent des hommes ou des animaux, de se servir de cloches, de laisser entrer des chrétiens ou des femmes dans les mosquées, d'échanger un Turc pour un chrétien, de toucher de l'argent, de tirer du sang et de panser une plaie avant d'avoir fait la prière du matin; de manger des escargots qu'ils regardent comme sacrés; de châtier les enfants en d'autres parties du corps que sous la plante des pieds; et de fermer les portes pendant la nuit.
Les Algériennes, celles surtout qui sont riches, mènent une vie oisive, et passent tout leur temps à leur parure, sur un sofa, à aller au bain, à visiter les tombeaux de leurs parents et de leurs saints, et à s'amuser dans les jardins où leurs maris viennent fumer leur pipe et prendre le café.
Les Algériens mènent un genre de vie fort rude en mer : ils ne prennent avec eux ni lits ni malles; et toutes leurs provisions consistent en biscuit, en eau, en un peu de riz et d'autres denrées communes d'assez mauvais goût.
L'uniforme des Zouaves consiste en une large culotte rouge, tombant au-dessous du genou, sur de grandes guêtres en cuir; une veste bleue à parements rouges, et pardessus un petit bernous qui couvre la tête. Les Zouaves portent la barbe fort longue.
Nous avons donné le costume d'un grand chef arabe du désert, et celui d'une esclave servante à Alger.
Jusqu'à ce jour, on n'a pas encore pu obtenir le chiffre exact de la population de la ville d'Alger. Le maire ayant projeté un dénombrement qu'il s'efforça de rendre plus
DUVERGEfi