‹ Murs, usages et costumes de tous les peuples du monde, d'après des documents and authentiques et les voyages des plus récents; (volume 5)Chapitre 24 sur 89 · MAROC · texte numérisé non relu

MAROC

Le Maroc, appelé par les Arabes Mogh'rèb-out-Akssa , c'est-à-dire Y 'extrême Occident, est un débris des grandes monarchies africaines fondées par les Arabes. Cet empire du nord-ouest de l'Afrique se trouve entre 28° 20' et 35° 50' de latitude nord, et entre 3° 40' et 12° 40' de longitude ouest. Il est borné au nord par la Méditerranée et le détroit de Gibraltar, à l'ouest par l'Atlanlique, au sud et au sud-est par le Sahara, et à l'est par le royaume d'Alger. Sa superficie est d'environ 24,379 lieues carrées; sa longueur, du nord au sud, est de 190 lieues, sa largeur moyenne de 190 lieues. Il est traversé du sud-ouest au nord-est par le grand Allas, cette majestueuse chaîne de montagnes qui y montre ses sommets les plus élevés, couverts de neiges continuelles, et qui le coupe en deux parties, dont l'une, sur le versant occidental de la chaîne, comprend les deux royaumes de Fez au nord et de Maroc au sud, et dont l'autre, sur le versant opposé, renferme ceux de Tafilett et de Souze, et les provinces de Sidjelmessa et de Draha.

On vante la fertilité de cet empire; le climat en est agréable et sain : de mars en septembre, le ciel est rarement couvert, et dans la saison pluvieuse, qui comprend les autres mois de l'année, les pluies ne tombent pas sans interruption ; il se passe même peu de jours sans que le soleil se montre. La culture est très-négligée; la fécondité du sol est en général telle, que les productions croissent avec une vigueur et une abondance extraordinaires. Ce pays, qui produit jusqu'à trois récoltes dans l'année, exporte une grande quantité de céréales, principalement en Espagne. Il pourrait approvisionner l'Europe entière de froment, d'orge et de riz; l'avoine y croît spontanément. On voit partout dans les plaines et sur les collines, l'olivier et le figuier dans leur plus grande force, le citronnier, l'oranger, l'amandier, le dattier, le mûrier blanc, le cotonnier, etc. On cultive avec succès plusieurs variétés de la vigne dans les parties septentrionales de l'empire. Cette contrée nourrit une grande quantité d'animaux; on y remarque principalement plusieurs espèces de chameaux, de beaux chevaux de race arabe, et des chèvres, parmi lesquelles celles de Tafilett sont renommées pour fournir les peaux les plus estimées des fabriques de maroquin. On compte parmi les animaux sauvages le lion, la panthère, la gazelle, l'hyène, le furet, quelques singes, et une espèce de marmotte; presque tous ces animaux ne fréquentent guère que les forêts et les frontières du Sahara où l'on rencontre aussi beaucoup d'autruches. Il y a des mines de fer, de cuivre, d'étain, d'antimoine, etc. ; mais on en tire un très-faible parti. On extrait l'antimoine avec assez de soin, pour la fabrication des cosmétiques d'Orient. Le sel gemme s'y trouve en abondance et forme un article considérable d'exportation.

L'industrie se réduit à la fabrication d'objets de nécessité : les manufactures les plus importantes sont celles de maroquin rouge et jaune qui est très-estimé; on fabrique aussi quelques étoffes de soie et de laine.

MOEURS, USAGES ET COSTUMES

Le Marocain a le maintien grave el silencieux; il est peu communicalif ; l'orgueil national lui fait mépriser les aulres peuples; cependant on ne trouve chez lui aucun sentiment d'honneur individuel. 11 est strict observateur de la foi musulmane. La réclusion des femmes est des plus rigides dans les villes. Les femmes des Arabes errants et des Berbers sont assujetties aux travaux les plus durs, et leur continuelle exposition aux ardeurs du soleil détruit bientôt toute trace de beauté et les garantit ainsi d'une rigueur inutile. La condition des esclaves chrétiens chez ce peuple cruel et inhumain est affreuse.

Les Marocains sont très-scrupuleux dans l'observance de leur carême appelé ramadan, pendant lequel ils se garderaient bien de prendre une seule goutte de café, et de fumer depuis le lever jusqu'au coucher du soleil.

Les chérifs 1 ou empereurs fondent l'absolutisme de leur pouvoir sur l'aveugle superstition de leurs sujets. Ce monarque prend les titres les plus pompeux, mais sa cour n'a aucune magnificence; il ne se distingue de ses courtisans que parce qu'il ne va jamais qu'à cheval, et qu'il porte un parasol, attribut de la souveraineté. Dans les jours d'audiences publiques ou de cérémonies seulement, il est entouré d'un cortège plus nombreux que brillant.

Comme les Mores en général, ces souverains sont naturellement sombres; ils ont une nourriture uniforme, et les restes de leur table servent à leurs officiers. Le service intérieur du palais est confié à des Mores qui sont habillés à neuf tous les ans, et ne reçoivent qu'un modique salaire. Les ouvriers qui travaillent pour l'empereur ne reçoivent aucune rémunération.

Une garde nommée hariffe, composée et commandée par des femmes, est chargée de se rendre dans les provinces pour faire subir la torture aux épouses des grands qui ont été arrêtés, afin d'obtenir d'elles les renseignements que l'empereur désire connaître.

Les femmes de l'empereur ne se font pas remarquer par leur luxe, et il en est qui restent oubliées dans la ville impériale, abandon étrange si l'on considère que ces femmes, ayant le titre d'épouses d'après la loi, ne sont point esclaves, ont souvent le titre de princesses, ou sont filles de chérifs ou d'autres grands. La première épouse a la prééminence sur les autres, et est appelée grande reine.

Mariées ordinairement à des fils de chérifs auxquels elles apportent une dot considérable, les filles du monarque restent maîtresses d'elles-mêmes et continuent à habiter le palais durant la vie de leur père. Quant aux enfants mâles, l'empereur les investit, aussitôt qu'ils sont mariés, d'un gouvernement de ville ou de province, dans lequel ils ne se font pas faute d'exercer toutes sortes d'exactions. Lorsqu'ils poussent les choses trop loin, ils encourent des confiscations au profit du trésor; mais bientôt ils recommencent les extorsions, et c'est toujours le peuple qui souffre.

Il n'y a pas de loi qui assure la succession au trône, et, quoique l'opinion des Mores y porte de préférence le fils aîné en qui on suppose plus d'expérience que chez ses frères, l'élection du souverain ne repose guère que sur des éventualités.

Quel que soit le lieu où l'empereur se trouve, il donne quatre audiences par semaine; le public y est admis, et les plaintes sont écoutées sans aucune distinction. Les magis- J rats qui prennent part aux soins du gouvernement sont ecclésiastiques ou militaires: le mufti et le cadi ont la juridiction des affaires civiles et religieuses; les pachas, les

1 Les Marocains nomment quelquefois leur souverain iman; les Mores l'appellent sultan, plus souvent sidna ou scidna (notre seigneur) ; ils ajoutent encore emphatiquement à ce titre celui de moulana (maître).

AFRIQUE. — BARBARIE

alcades et autres officiers militaires décident de celles qui ont rapport à l'État ou à l'armée. Mais les uns et les autres, servilement soumis au chérif, n'ont en réalité aucune espèce d'influence ni de volonté.

Le respect des Marocains pour la loi qui prohibe les jeux de hasard est tel qu'ils ont les cartes et les dés en aversion. Peut-être cela provient-il de ce que, en cas d'infraction à la loi, le cadi, outre qu'il oblige le gagnant à la restitution, le condamne à une amende ou à un certain nombre de coups de bâton.

Les chrétiens et les juifs ne peuvent pénétrer dans les mosquées, ni avoir aucun rapport avec les femmes du pays, à moins de se faire mahométans; ils ont encore le droit d'opter entre l'empalement ou le bûcher. Les supplices sont cruels dans ce pays, et beaucoup sont analogues à ceux en usage au Japon.

L'armement et la solde de l'armée ne coûtent rien à l'empereur, puisque chaque ville et chaque village sont dans l'obligation d'entretenir un nombre de soldats toujours prêts à marcher. Les cavaliers sont tenus de subvenir à l'entretien de leur monture. Les hommes mariés sont de préférence appelés à servir; en cas d'urgence on prend des jeunes gens; mais on ne leur donne pour arme qu'une lance ou un sabre, et quelquefois un simple bâton.

La marine est peu considérable, et la moitié à peu près appartient à l'empereur. Les Marocains sont moins pirates que leurs voisins de Tunis.

Comme presque tous les Barbaresques, les habitants du Maroc sont mahométans. Ils croient que ceux qui meurent, à quelque secte qu'ils appartiennent, sont sauvés s'ils meurent avant l'âge de quinze ans ; mais que plus lard ils sont damnés à moins qu'ils ne professent l'islamisme. Les femmes étrangères au giron mahométan et qui meurent vierges avant leur quinzième année, sont destinées à complimenter les soixante et dix femmes que Mahomet promet à chacun de ses sectateurs dans son paradis.

Les Marocains portent une chemise fort courte avec des manches larges, pendantes ou retroussées. Ils ont sous cette chemise des caleçons de toile qui n'arrivent que jusqu'au genou, et leur laissent la jambe nue : leur chaussure consiste en pantoufles qui n'ont ni tirants ni talons. Ils portent pour vêtement une espèce d'habit à la turque qui se serre sur le devant, et est garni de cordons qui leur servent d'ornement. Cet habit, appelé hayke, est d'une étoffe de laine blanche, et a par derrière un capuchon avec un gland au bout. Il se serre sur les reins avec une écharpe de soie, à laquelle est adaptée une gaine qui renferme deux ou trois couteaux dont le manche est un objet précieux. Leur coiffure se compose d'un simple bonnet de laine, entouré quelquefois d'un morceau de mousseline pour en faire un turban.

Les femmes font usage d'une robe fermée jusqu'à la ceinture, aux manches de laquelle sont attachés plusieurs morceaux de mousseline. Les caleçons leur cachent tout le gras de la jambe. Elles arrangent leurs cheveux comme les Espagnoles, et les laissent tomber par derrière en deux tresses entremêlées de rubans. Elles portent des pendants d'oreilles d'or ou de pierres précieuses, des bracelets, et des pantoufles de maroquin rouge quelquefois enrichies d'or. Lorsqu'elles sortent, elles se couvrent la tète d'un voile blanc, qui ne leur laisse que les yeux à découvert. Dans les rues elles ne parlent jamais aux hommes, pas même à leur mari, auquel il est impossible de les reconnaître. Quand elles vont rendre visite à quelqu'une de leurs amies, elles laissent leurs pantoufles à la porte de l'appartement, ce qui en interdit l'entrée au maître même de la maison, et alors elles ôtent leur voile.

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