‹ Murs, usages et costumes de tous les peuples du monde, d'après des documents and authentiques et les voyages des plus récents; (volume 5)Chapitre 42 sur 89 · CHILIEN · texte numérisé non relu

CHILIEN

MOEURS, USAGES ET COSTUMES

des Napolitains. Quelquefois, à un mouvement très-lent, triste et monotone, succède un air vif et animé, accompagné de coups de tambour et de chorus de voix. Les pieds des danseurs touchent la terre avec une extrême rapidité; ils se présentent leurs mouchoirs d'une façon affectueuse, mais à une certaine distance, et décrivent des ronds autour d'un mât surmonté de banderoles ou de fleurs. Les orgies du carnaval des Chiliens durent trois jours, pendant lesquels les grâces du sexe perdent de leurs charmes : les cheveux épars, la figure barbouillée d'un mélange de terre, de farine, de noir de fumée, et même de bouse de vache, elles ressemblent à des furies qui courent les unes après les autres pour se jeter à la figure ce qu'elles trouvent sous leur main, en criant : Chaia. Le dernier jour on se rend à la campagne; et sur le gazon, à l'ombre du feuillage, on sert un modeste repas; point de nappes, point de serviettes, quelques couteaux et une ou deux fourchettes. Chacun se sert, et on dévore à qui mieux mieux. On verse le vin à rasade, et les femmes rivalisent avec les hommes, qui ne quittent le festin que lorsqu'ils n'ont plus rien à boire. Le repas fini, on se jette réciproquement à la figure des sauces et la lie de vin; puis on recommence la chaia, et la fête se termine en se rendant sur le bord de l'eau, où les hommes s'emparent des demoiselles pour les y plonger

La ciueca est leur jeu de prédilection. Le nombre des joueurs est indéterminé, et ils se divisent en deux troupes. Chacun est armé d'un bâton recourbé à son extrémité, qui lui sert à pousser une balle vers un but donné, tandis que le parti contraire cherche à l'en empêcher, et à faire passer sur son propre champ l'objet en litige.

Le jeu de los porotos n'exige que deux joueurs. Les porotos sont des fèves blanches teintes en noir d'un côté; il s'agit de les faire tomber, selon les conventions, sur la partie blanche ou sur la partie noire, en les faisant passer par un anneau adapté à un bâton planté en terre. Les deux adversaires sont nus jusqu'à la ceinture, et se frappent la poitrine avec force.

Les habitants de la campagne se livrent encore aux plaisirs de la danse et du jeu en de certaines occasions qui, partout ailleurs, sont accompagnées de deuil et de pleurs. Quand un enfant meurt avant l'âge de sept ans, ses parents, persuadés que son âme va droit au paradis, célèbrent cet heureux événement par une fête à laquelle concourent les voisins et les amis. La jeune victime, parée et couverte de fleurs, est placée sur un petit lit de parade entouré de flambeaux, dans une pièce où se réunissent les conviés, et ceux-ci passent la nuit à jouer, à danser, à rire et à boire en présence du cercueil!...

Les Chiliens ont adopté une grande partie des usages anglais. Les personnes riches ont des équipages, des gens à livrée, des habits de luxe, et se parent volontiers de titres nobiliaires.

Ils ont en outre les assemblées nocturnes appelées chinganas, uniquement consacrées aux divertissements. Là, ainsi que dans nos estaminets, les hommes fument et passent le temps à jouer et à boire. Les tertulias sont des réunions où la bonne société se livre aux plaisirs des jeux européens, de la danse et de la conversation.

Généralement l'éducation est fort négligée, surtout pour les femmes ; mais il y a d'honorables exceptions.

Les habitants de Santiago se distinguent de ceux des autres villes du Chili par un plus grand degré de culture intellectuelle, et sont d'une amabilité charmante.

Les Guassos vivent dans la campagne ; ils forment la partie la plus inculte de la population chilienne. Ce sont des métis issus de l'union des anciens colons espagnols et des Indiens indigènes.

Depuis plusieurs années, l'agriculture a fait au Chili de rapides progrès. Indépendamment du blé, l'orge et le maïs y sont cultivés avec succès. Le chanvre et le lin y

réussissent bien. La vigne, l'olivier, la canne à sucre, les orangers, les citronniers et la plupart des arbres fruitiers de l'Europe donnent à peu près les mêmes produits que sur leurs terrains primitifs. Le vin est généralement sucré; dans certains districts on fait un vin muscat très-estimé.

Le cheval a été importé au Chili par les Européens, ainsi que l'âne, le bœuf , le mouton, la chèvre et divers autres animaux domestiques. Il n'est pas rare d'y voir des troupeaux de dix à douze mille têtes. Les chevaux ne le cèdent point, pour l'apparence, aux plus beaux andalous. Les mulets et les ânes y ont acquis un développement supérieur à celui de la race primitive. Les bœufs, et généralement les bêles à cornes, sont de la plus grande taille.

Les articles du commerce d'exportation sont : les métaux, le blé, le vin, les laines, le suif, la graisse, les bois de construction, les cordages, les fruits, les légumes, la viande sèche, et autres. L'exportation de l'or ou de l'argent en lingots est prohibée. Ceux d'importation sont : les étoffes d'Europe, les articles de modes, la quincaillerie, le coton, le riz, le sucre, etc.

Les ports du Chili sont ouverts aux navires de toutes les nations neutres et amies.

Récemment quelques manufactures se sont établies au Chili, telles que des papeteries, des fabriques d'éloffes, de flanelle et de gros draps, etc. De nombreuses imprimeries ont succédé à celles qui, la première, fut introduite au Chili en 1811.

Il n'y a au Chili que trois routes praticables pour les voitures; la première est celle qui de Santiago mène à Valparaiso. La seconde, également ouverte entre ces deux villes, passe à Mélepilla. La troisième, enfin, conduit de Santiago à la Concepcion.

Le costume le plus remarquable est celui des habitants de la Concepcion. Les hommes ajoutent à l'habit européen un élégant poncho ou un riche manteau. Les femmes portent un corsage très-orné ; leur jupon plissé, de flanelle aux vives couleurs, de velours noir ou de brocart, est supporté par un large panier. Les dames couvrent leur tête d'une pièce de flanelle, ou quelquefois d'un chapeau assez semblable à celui des hommes; mais le plus souvent elles vont nu-tête, pour étaler les longues tresses de leurs cheveux. Ce riche habillement est complété par des rosaires, des bagues et des bijoux de toutes les formes. Dans les autres parties de la république, le costume des hommes appartenant à la classe aisée est généralement anglais ou français, à l'exception du poncho. Celui des dames tient à la fois de l'européen et du péruvien; elles portent de petits ponchos d'un travail exquis, des chapeaux ornés de plumes, des paniers de petite dimension, et des robes de couleurs variées.

Le costume des Guassos se rapproche beaucoup de celui des Araucans. Ils ont des guêtres de serge et des éperons d'une grandeur démesurée; on en voit même qui portent l'éperon sans chaussure.

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