AUPRES VILLES
Santiago
Aconcagua
Santiago
Coquimbo ou la Serena. .
Cauquen ou Gauquenes. .
ValnQrûîen tarifa— f!i»ii7 T Aorpnnn i dl[MlaloU, ud II la \jl Ut*5 JLjUI^IUHU*
Quillota, Saint-Martin de la Coucha, ;
Casa-Blanca, Santa-Rosa de los
Andes, Ligua, Petorca.
Huasco ou Guasco, San-Francisco de
la Selva, Copiapo.
San-Fernando, Talca.
Chillan, Quiluc.
Angeles, Aruco, Hualqui, Talcahuano.
Osorno.
Castro, Chacao.
La population du Chili est de 1,500,000 âmes; l'armée consiste en 29,400 hommes dont 8,400 de troupes régulières, et le reste appartenant à la milice. La marine se compose d'une frégate et de cinq bâtiments inférieurs. La dette publique est de 56,000,000 de francs; les revenus s'élèvent à 12,000,000 de francs.
Le pouvoir exécutif de la république esl confié à un président élu pour quatre ans, et le pouvoir législatif à un sénat de neuf membres nommés pour six ans, et à une chambre nationale composée de cinquante membres au moins et de deux cents au plus, élus pour huit ans et renouvelés par huitième chaque année. Un conseil d'État permanent est chargé de tous les projets de loi, de toutes les affaires importantes et de la nomination des ministres. Pour être électeur, il faut être citoyen , être âgé de vingt et un ans, posséder un immeuble de la valeur de mille francs, ou exercer une industrie exigeant un capital de deux mille cinq cents francs, ou bien être à la tête d'une fabrique, ou enfin avoir importé dans le pays une industrie, une invention dont Futilité ait été reconnue et approuvée par le gouvernement.
Le Chili proprement dit, ou la partie basse de cette contrée, forme deux divisions, dont la première s'étend, au nord, depuis le Pérou jusqu'au fleuve Biobio : c'est le Chili espagnol; la seconde partie commence au Biobio, va jusqu'à l'archipel de Chiloé, c'est-à-dire qu'elle est située entre 56° 49' et 41° de latitude : c'est le Chili indien, ou partie indépendante.
Ce dernier pays est habité par les Araucans ou Molouches *. Ce sont les fils aînés de la famille chilienne; jamais on n'a pu les dompter; ils sont le seul peuple qui ait repoussé l'invasion en opposant la force à la force. Les Espagnols avaient élevé des
1 Le mot Araucans, tiré de la langue chilienne, équivaut aujourd'hui, chez les Espagnols, à une injure; il est synonyme de brigands, hommes féroces, etc. Quant à la dénomination de Molouches, comme ils s'appellent entre eux, elle signifie guerriers. Ces Indiens se donnent encore le nom d'Jucas, qui veut dire hommes libres, et traitent les Espagnols de chiapi, ou mauvais soldats, et de huinca, ou assassins.
villes importantes sur leur territoire; telles furent : Villarica, Impériale, Canette, Angol, Chillan, Osorno et Valdivia. Ces deux dernières sont les seules que possèdent encore la république. Parmi les autres, il en est dont il serait difficile de retrouver même l'emplacement : les trois premières que nous avons nommées sont de ce nombre.
Les Araucans sont d'une taille élevée, mais de formes peu agréables; ils ont le visage aplati, les pommettes saillantes comme les Mongols, le regard féroce, méfiant; le teint cuivré ou brun rougeâtre, le nez court, la bouche fort grande, le menton épilé; ils portent très-longs leurs cheveux noirs; ils sont robustes, adroits et excellents cavaliers; les premiers ils se sont adonnés à dompter ces chevaux espagnols dont la race sauvage s'était prodigieusement augmentée depuis la conquête. Une simple lanière de cuir leur sert de bride, une peau ou un morceau d'étoffe remplace la selle; quelques-uns cependant, mais en très-petit nombre, se servent d'étriers de bois et de selles grossières, assez semblables à celles dont on fait usage pour les mulets. Leurs armes de guerre consistent en lances, flèches, massues et laços. Les Espagnols leur ont procuré quelques armes à feu, mais ils en font rarement usage; c'est la lance qu'ils préfèrent à tout; aussi s'en servent-ils avec une adresse prodigieuse. Cette arme, dont le fer a quelquefois deux pieds de longueur, est emmanchée d'une longue tige de bambou. Ils manient le laço avec la même habileté, le faisant tournoyer sur leur tête jusqu'à ce qu'ils aient jugé le moment favorable pour lancer les terribles bolas, et arrêter ainsi dans sa fuite l'ennemi qui se croyait à l'abri de leurs atteintes. Les Araucans, ainsi que les Llaneros de la Colombie, combattent sans ordre et sans tactique, à la manière des Cosaques. Ils se suspendent à la crinière de leur cheval, se cachent derrière son flanc, et, la lance en arrêt, ils se précipitent sur leurs adversaires, et les frappent avant de se montrer. Leurs armes défensives consistent en cuirasses, casques de cuir et boucliers.
Le gouvernement des Araucans est celui d'une aristocratie militaire. Les emplois y sont héréditaires de mâle en mâle, mais cependant par élection et non par ordre de primogéniture. Le pays, divisé en tétrarchies, appelées uthal-mapus, est gouverné par des toqués ou caciques. Les tétrarchies sont les suivantes : 1° le pays de la mer, Languen-Mapu ; 2° le pays de la plaine, Lelbun-Mapu; 5° la basse cordilière, Mapire-Mapu ; 4° la cordilière, Pire-Mapu. Ces gouvernements sont autant de zones parallèles avec la mer d'un côté, la cordilière de l'autre, et à peu près égales entre elles. Chacune d'elles embrasse cinq provinces ou allarégues, et chaque province neuf districts ou régues. Les gouverneurs des cinq provinces d'une létrarchie prennent le titre de apo-ulmènes, et les chefs de districts celui & ulmènes . On voit que ce mot indique à la fois un pouvoir spirituel et une autorité temporelle; dans les cieux, les ulmènes sont les divinités bienfaisantes; sur la terre, ce sont des hommes revêtus du pouvoir. La marque distinctive de l'autorité des toqués est une hache de porphyre ou autre pierre; les apo-ulmènes portent un bâton surmonté d'une tête d'argent; un anneau du même métal est enchâssé dans le milieu du bâton. Les simples ulmènes portent également cette marque d'honneur, mais sans anneau. Les divers fonctionnaires d'une tétrarchie forment le conseil simple ou yog, chargé de statuer sur les affaires civiles ou militaires qui ne concernent que la province. L'assemblée, composée des fonctionnaires de toutes les tétrarchies, constitue le grand conseil, appelé ciucaco ou butaco-yog. C'est là que se débattent les affaires qui intéressent la confédération, telles que les traités de paix, les déclarations de guerre, les alliances, etc.
Lorsque le grand conseil a résolu de faire la guerre, il envoie de côté et d'autre des messagers ou guercliénis, en porter la nouvelle. Alors les guerriers se rassemblent au son de la trompe, chacun apportant avec lui ses provisions et ses armes. Les lances, les piques, les dards, les flèches, les frondes, les massues hérissent la plaine. Les fantassins,
namuntulicos, s'organisent en régiments; les chevaux hennissent et caracolent, et les femmes courent çà et là afin de tout préparer pour le départ des guerriers. Bientôt le cacique paraît, tout rentre dans le silence et dans l'ordre, et la troupe, affamée de carnage, enthousiaste, se dirige à marche forcée vers le lieu désigné pour le rendez-vous général. Le commandement en chef est déféré à l'un des quatre toqués; mais il n'est cependant pas rare de le voir confié à un simple ulmène, quand celui-ci en est jugé plus digne. Ces expéditions militaires se font ordinairement avec tant de célérité, que l'ennemi n'a pas le temps de prendre ses mesures de défense. Autrefois les Araucans ne faisaient pas de prisonniers; mais aujourd'hui la coutume barbare de les immoler est à peu près entièrement éteinte, et peut-être doit-on cette circonstance à l'introduction qui s'est opérée parmi eux d'une population métisse, provenant de l'union des indigènes purs avec les femmes espagnoles qu'ils ont enlevées. Des couvents de religieuses ont plus d'une fois servi de motifs à la guerre. La passion de ces Indiens pour les femmes blanches est si grande, qu'on n'a pas d'exemple de prisonnières rendues à leur famille. Les hommes faits prisonniers sont emmenés dans l'intérieur du pays et réduits à l'esclavage. L'étendard des Araucans porte une étoile blanche sur champ d'azur.
Le mari a droit de vie et de mort sur sa femme, et le père sur ses enfants ; la société n'en exige aucun compte. Le thaulonco est la peine du talion, qu'ils infligent dans les circonstances les moins graves; l'homicide prémédité, la trahison, l'adultère, le vol et la sorcellerie sont punis de mort, mais le coupable a la faculté de racheter sa vie en transigeant avec la famille qu'il a offensée.
La polygamie est permise chez les Indiens de l'Araucanie; mais la première femme est seule considérée comme épouse en titre; les autres habitent séparément, et chacune a sa cabane; aussi compte-t-on les femmes d'un guerrier par le nombre de ses cabanes. Quand un Araucan veut se marier, il rassemble ses parents et ses amis pour enlever sa fiancée, et, à cette occasion, les deux familles se livrent des combats de convention, qui dégénèrent quelquefois en mêlées sanglantes.
La condition des femmes est des plus malheureuses; ce sont elles qui sont chargées des soins les plus pénibles, non-seulement dans l'intérieur du ménage, mais encore dans les travaux de l'agriculture, à la chasse et même à la guerre. Partout, elles remplissent un rôle de servitude cruel et humiliant; ce sont elles qui pansent les chevaux, nettoient les armes, portent les fardeaux et préparent les aliments, pendant que leurs maris se promènent, fument, ou se reposent. Le même usage existe d'ailleurs chez bien d'autres nations sauvages, et il est à remarquer que, parmi celles où cette coutume n'est pas établie, l'infériorité de la femme diminue d'autant plus que la civilisation tend à s'améliorer.
Lorsqu'un guerrier vient à mourir, ses amis et ses parents enlèvent son corps processionnellement; les femmes se joignent au cortège et chantent les hauts faits d'armes de celui qui n'est plus. Le convoi funèbre se dirige vers Yeltun, ou cimetière de famille, dans lequel une fosse a été préparée. Le guerrier mort est mis en terre avec ses armes, ses habits de luxe, des provisions de bouche, et quelques objets de valeur destinés à payer le prix du passage à la vieille Tempu-Laggi, le nocher des enfers, qui conduira l ame au séjour de l'immortalité. Si c'est une femme qui a succombé, on enferme avec elle des ustensiles de ménage ou autres objets à son usage; puis les assistants comblent la fosse, élèvent au-dessus un tertre en pierres, et l'arrosent de chïcha, leur boisson de prédilection. Les jeux commencent ensuite, et la cérémonie se termine par un festin auquel tous les parents et amis du défunt prennent part. Les Indiens araucaniens appellent cette cérémonie le curica-huïn, ou divertissement noir. Cette coutume res-
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semble beaucoup aux jeux funèbres de la Grèce ; mais on a pu s'apercevoir déjà que les Molouches ont plus d'un point de ressemblance avec les Spartiates : leurs vices les plus détestables ne sont en quelque sorte que l'exagération de la vertu.
Les Araucans ne se sont jamais élevés au même degré de civilisation que les Mexicains, les Péruviens et les Muyscas. Cependant on ne saurait nier que, de toutes les nations indiennes qui vivent encore indépendantes dans l'Amérique du sud, il n'en est pas d'aussi avancée dans les voies de la civilisation. La passion de ce peuple pour la guerre a imprimé à ses mœurs un caractère de cruauté et de violence qui le rend l'effroi de ses voisins; mais il a plusieurs qualités estimables, parmi lesquelles il faut surtout remarquer la bonne foi dans les traités, les devoirs de l'hospitalité, le respect du serment et l'urbanité pour les étrangers qui voyagent sur son territoire avec la permission des chefs. Quand un marchand étranger veut trafiquer avec les Araucans, il se rend directement chez l'ulmène, et s'assied devant lui sans prendre la parole; ce qui serait une infraction à l'étiquette et aux habitudes de ces peuples. Après un instant de silence, le chef lui dit : Es-tu venu? A quoi le marchand répond : Je suis venu. — El que m'apportes-tu ? — Du vin, des étoffes, etc. Ici l'étranger fait le détail des présents qu'il destine à l'ulmène. La cérémonie terminée, le chef fait publier dans son district qu'un marchand étranger est arrivé, et qu'il apporte avec lui des objets d'échange. Aussitôt chacun accourt, choisit ce qui lui convient, et retourne à ses occupations. Au bout de quelques jours, quand le marchand veut partir, l'ulmène fait avertir ses administrés qu'ils aient à venir payer le prix de la marchandise qu'ils ont choisie, et chacun alors, avec une exactitude religieuse, vient remettre à l'étranger la valeur en nature des articles qu'il a achetés. Ce commerce d'échange consiste, pour l'importation, en étoffes européennes, en couteaux, haches, boutons, colliers, bracelets, etc., et, pour l'exportation, en ponchos, bœufs, chèvres, moutons, etc.
Plusieurs voyageurs ont dit que les Araucans avaient des notions en géométrie, qu'ils cultivaient la poésie, la médecine et la rhétorique. La vérité est qu'ils ont dans leur langue des mots pour exprimer la ligne, le point, l'angle, le cube, le cône et la sphère; que les poètes, appelés gempir ou seigneurs de la parole, improvisent des chansons guerrières; que leurs amfibes, décorés par les Espagnols du nom de médecins, connaissent assez bien les qualités de certaines plantes médicinales, et qu'ils ont enfin des chirurgiens, ou gutarves, habiles à guérir les plaies et les blessures; mais on peut faire ces mêmes observations chez d'autres peuples dont l'ignorance n'est pas mise en question, et l'on ne saurait voir en cela qu'une simple tendance vers le progrès. Du reste, les Araucans ne connaissent ni l'art d'écrire, ni celui de la lecture. C'est à l'aide de nœuds, semblables aux quipos péruviens, qu'ils conservent leurs traditions historiques et leurs souvenirs domestiques. La connaissance des quipos passe chez eux pour une science importante, et ce n'est souvent qu'à son lit de mort qu'un père dévoile à son fils les mystères des nœuds de famille. A ce sujet, nous citerons le fait suivant, rapporté par W. B. Stevenson :
« En l'année 1792, on arrêta à Valdivia des Indiens soupçonnés de tramer une conspiration. L'un d'eux, nommé Marican , avoua qu'un des principaux instigateurs du complot lui avait envoyé une pièce de bois longue d'environ un quart de verge; que ce bois avait été fendu, et qu'on y avait trouvé, dedans, un doigt humain. Ce doigt était entouré d'un cordon, au bout duquel se trouvait une frange de laine rouge, bleue, blanche et noire. Sur la laine noire on remarquait quatre nœuds, ce qui indiquait que le porteur de ce message était parti de Paqui-Pulli le quatrième jour après la pleine lune. Sur la laine blanche on voyait dix nœuds, c'est-à-dire que dix jours après le départ du messager la révolte éclaterait. Si l'Indien à qui le message était adressé con-
senlail à prendre part à cet événement, il devait faire un nœud sur la laine rouge; dans le cas contraire, il en devait faire un sur la laine bleue et la rouge réunies ensemble, afin que les conjurés pussent connaître, au retour du chasqui ou héraut, le nombre d'amis sur lesquels ils pouvaient compter. »
Le salut de ces Indiens consiste dans les mots marry-marry; et lorsqu'un chef envoie le marry-marry à un Espagnol, celui-ci peut compter sur son amitié, et même sur son alliance en temps de guerre.
Les femmes indiennes fréquentent les villes espagnoles voisines de leur territoire; elles y apportent des fruits, des légumes, de la volaille et du poisson qu'elles échangent contre d'autres marchandises à leur usage, et principalement contre le sel, dont la plupart des tribus manquent entièrement.
Les jeunes gens, désignés sous le nom de mosotones, fréquentent également les mêmes villes, en temps de paix, dans l'espoir d'y rencontrer des étrangers qui les prendront pour guides, moyennant un salaire convenu. Ces jeunes gens sont des conducteurs fidèles et intelligents; ils sont surtout utiles pour un voyage dans les montagnes, ou pour le passage des rivières à ponts suspendus.
Les Araucans cultivent le blé, le maïs et autres céréales, quelques plantes potagères et plusieurs arbres utiles. Les hommes et les femmes bêchent la terre; celles-ci seules ensemencent et récoltent. La principale occupation des premiers, en temps de paix, est de courir, le laço à la main, après les chevaux et les taureaux sauvages. Comme nous l'avons déjà dit, les chevaux sont issus de ces beaux coursiers castillans que les Espagnols introduisirent dans le Nouveau-Monde. Ils y ont multiplié considérablement, et n'ont rien perdu ni de leur beauté ni de leurs qualités ; mais on remarque une vieillesse plus précoce chez ceux que les Araucans ont domptés. Les soins qu'ils donnent à leurs grands troupeaux de bœufs prennent encore une large part de l'existence des Indiens. Les intrépides Araucans, les Guaycurus, les Pehuenches, les Huilliches, et bien d'autres encore, montés sur de rapides chevaux, armés de longues lances, et poussant devant eux de nombreux troupeaux de bœufs, ressemblent plus aux Tatares ou aux Arabes qu'à leurs propres ancêtres, dont l'indolente existence végétait sur les bords des rivières ou se traînait sous les hautes graminées des Pampas.
Les femmes des Araucans se livrent avec quelques succès à la fabrication des étoffes. Les ponchos, qui forment la principale pièce du vêtement des guerriers, sont leur ouvrage. Le poncho est un morceau d'étoffe de laine quadrilatère, de trois aunes de long sur deux de large, percé au centre d'une ouverture pour y passer la tête, et destiné à couvrir les épaules et le haut du corps jusqu'aux hanches. Ce vêtement, qui peut servir de manteau pendant le jour et de couverture pendant la nuit, a maintenant été adopté dans tout le Chili. Les ponchos araucaniens , tissus avec la laine du guanaco, le chamois des Alpes, sont très-eslimés. La fabrication d'un poncho de luxe occupe une femme pendant près de deux ans, et vaut cent dollars (environ 500 francs). Il est ordii ement bleu-turquoise ; c'est la couleur favorite des Chiliens, qui l'extraient de diverses substances végétales. Les autres couleurs sont le jaune, le vert et le rouge. Cette nation se livre encore à la fabrication d'une grossière poterie, et à celle des armes. Avant l'arrivée des Européens, les Indiens se servaient, au lieu de fer, de pierres dures ou d'une sorte de bronze natif, appelé campanile par les Espagnols, mélange de zinc, de cuivre et d'antimoine. Cependant ils connaissaient l'art d'extraire l'or et l'argent du minerai qu'ils faisaient fondre clans des vases d'argile au moyen d'un courant d'air. Les Araucans connaissent encore l'art de se servir du coton pour tisser de la toile et des hamacs, ouvrages grossiers, il est vrai, mais qui prouvent que ce peuple a déjà fait plus d'un pas dans la voie de la civilisation. La chasse et la guerre étant l'occupation
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favorite des hommes, la navigation et la pêche tiennent peu de place dans l'histoire de leur industrie. Ils font usage sur les côtes et les rivières d'une sorte d'embarcation appelée balsa. Elle consiste en deux peaux de phoque cousues avec soin et ballonnées au moyen de l'air atmosphérique, de manière à former deux énormes vessies qui conservent encore assez bien la forme de l'animal. Ces deux ballons supportent des bandes transversales, recouvertes de peaux de bêtes fauves et de branches d'arbre. Le navigateur s'assied sur ce pont en tâchant de maintenir en parfait équilibre sa frêle embarcation.
Le territoire araucan est une vaste contrée aussi riche que fertile, et bien propre à éveiller la convoitise des Européens. Arauco est la seule ville du territoire indépendant; partout ailleurs, les Araucans ne possèdent que des villages ou des campements provisoires. Arauco est entourée de murs; mais sa principale défense consiste dans une fortification peu importante, élevée sur une colline, au pied de laquelle la ville est bâtie. Du temps que cette ville appartenait aux Espagnols, la population n'excédait pas 400 âmes. Les maisons, couvertes en chaume, sont divisées intérieurement en plusieurs cases, où l'on trouve quelques meubles qui rappellent le voisinage de la civilisation. Dans les autres résidences, les habitations indiennes ne sont que des cabanes grossières ou des tentes en peaux disposées circulairement. La place du milieu est réservée au pacage des bestiaux ; et dès que ceux-ci n'y trouvent plus une nourriture suffisante, la peuplade enlève ces tentes et va camper ailleurs.
Les Araucans mangent peu d'herbages et de fruits; leur nourriture habituelle se compose de viande de mouton ou de bœuf, de charque (viande broyée), de poisson, de volaille, et de milcow, pâte faite avec des citrouilles ou des pommes de terre pétries dans du lait. Ils assaisonnent leurs mets avec du piment et du poivre. Dans leurs expéditions, ils emportent de la viande desséchée au soleil et coupée en minces lanières, et du maïs. Ils mangent également dans ces circonstances de la chair de cheval et de mulet. Le cici et la chïcha sont des boissons faites avec du maïs ou des fruits fermentes. La préparation de la chicha est réservée aux vieilles femmes, qui triturent et mâchent le maïs, leur salive ayant une propriété convenable à cette opération. Avant l'arrivée des Espagnols, les Indiens du Chili ne connaissaient ni le blé, ni l'orge, ni l'avoine, ni les légumes, ni les fruits qu'ils cultivent aujourd'hui avec succès. Ils aiment passionnément l'eau-de-vie et les liqueurs fortes qu'ils se procurent à Valdivia et à la Concepeion.
Quoique farouche et sérieux, ce peuple aime la danse avec passion. La sapatera, qui est leur danse favorite, offre des allusions érotiques telles, qu'il semble qu'une femme ne saurait les tolérer sans un excès d'impudence, ou sans une grande ingénuité.
Au poncho, qui est la partie essentielle des vêtements d'un Araucan, il faut joindre une veste qui descend jusqu'à la ceinture, une culotte courte, une ceinture de cuir, un chapeau en pain de sucre, des sandales de peau appelées ojoles, et quelquefois une paire d'éperons. Les femmes vont la tête et les pieds nus; elles portent des robes longues, de couleur bleue, ouvertes sur le côté et sans manches. Un manteau de la même couleur, retenu sur les épaules par des agrafes d'argent; des pendants et des bracelets de même métal, complètent à peu près leur costume. Leurs cheveux, qu'elles portent très-longs par derrière, sont tressés et coupés courts sur le front. Ces Indiens sont assez propres; ils se baignent souvent, et nettoient leurs cheveux avec l'écorce du quillay. Les hommes s'arrachent la barbe au moyen de pinces faites avec des coquilles.
Un grand nombre de tribus habitent le Chili; mais on n'en dit rien de remarquable. Quant aux Puelches et aux Pampas, dont quelques peuplades errent sur le territoire chilien, nous en parlerons dans la description des provinces unies du Rio de la Plata.
Quoique pleins de vivacité, d'enjouement, d'avidité pour les plaisirs, les Chiliens sont, en général, insouciants, paresseux, et chérissent les procès et le jeu. Ces vices datent d'un temps où l'on pouvait penser que le travail des esclaves suppléerait à la nonchalance des hommes libres; cependant ils vont chaque jour en diminuant, et, selon toute apparence, les nouvelles institutions restitueront à ce peuple son énergie primitive : alors seulement ils apprécieront toute la richesse du sol qu'ils occupent.
Aujourd'hui, les bourgades de la campagne ont un aspect déplorable : à côté de maisons de chétive apparence, construites en boue, on voit des huttes en bambous qui ne sauraient même garantir leurs misérables propriétaires de l'intempérie des saisons. Étendue sur le plancher intérieur, une natte sert de lit commun à toute une famille.
Depuis l'établissement des Espagnols au Chili, la race européenne s'est mêléeàlarace indienne, et de ce mélange est née une race intermédiaire qui constitue aujourd'hui une partie considérable de la population du pays, et dans laquelle l'orgueil espagnol avait introduit les distinctions subtiles de demi-blanc, tiers, quart, huitième de blanc, suivant que les familles s'étaient mêlées avec les Indiens ou avec les blancs. On voit en effet au Chili toutes les teintes, depuis le rouge foncé jusqu'à l'incarnat du plus beau teint européen. Les esclaves africains ont introduit une autre race, la noire; elle est peu considérable, et heureusement l'esclavage cessera au Chili, en vertu d'une loi qui a affranchi les enfants des esclaves. Il en résulte que la population se compose de créoles, d'Européens, d'Indiens, de nègres, de mulâtres et de métis ou guâssos.
Toutefois, le teint des Chiliens est, en général, légèrement basané; ils sont bien faits, de taille moyenne, robustes, adroits, excellents cavaliers. Élevés à l'école de la guerre, ils ont pour eux la bravoure, la sobriété, la patience, la résignation après la défaite; mais la victoire les rend cruels. Ils aiment avec toute la jalousie des Espagnols et toute l'ardeur des créoles. Les femmes sont généralement fort agréables; elles sont vives, légères, ardentes et crédules; elles ont été en butte aux sarcasmes les plus méchants de la part de quelques voyageurs ingrats. Les Chiliens ont fait de rapides progrès dans la voie de la civilisation, depuis leur indépendance; ils sont respectueux devant les vieillards, hospitaliers et polis. On est certain d'être bien reçu chez eux. Ils mettent un grand empressement à offrir à l'étranger qui les visite un siège, de la liqueur, de la limonade glacée et des fruits, qu'ils présentent de très-bon cœur.
Les jeux chevaleresques, de hasard, les combats de taureaux, les danses, etc., absorbent une grande partie de leur existence. Il est rare que dans les combats de taureaux ces animaux soient tués. Cependant, lorsque dans une circonstance solennelle on veut sacrifier un taureau, les torreadores s'attachent à le mettre en fureur et le poursuivent avec des perches de douze pieds de long, surmontées d'un instrument en forme de croissant, appelé lune. C'est au moyen de cette arme qu'ils arrêtent l'animal en lui coupant les jarrets avec une cruelle dextérité, et le jettent, sanglant, dans le milieu de l'arène, aux applaudissements de la multitude. Les élégantes viennent, dans ces occasions, étaler tout ce que leur garde-robe offre de plus riche; leurs raynadas ou loges sont de petits salons de réception, convertis quelquefois en salles à manger. Dans le carnaval, elles y viennent masquées; les hommes fument le cigare et parient, dans des pièces voisines, à la rouge et noire, tandis que des joueurs de harpe, de tambour et de guilare font assaut d'énergie et de dextérité, le plus souvent aux dépens des oreilles de l'auditoire. Les chanteurs entonnent leurs airs sur un ton élevé, auxquels un étranger a de la peine à s'habituer; mais généralement ils ont la voix juste.
Parmi leurs danses nationales qui sont nombreuses, on cite, entre autres, la sapatera, le menuet, le quando, le pericon, et d'autres qui ressemblent à la tarantelle