‹ Murs, usages et costumes de tous les peuples du monde, d'après des documents and authentiques et les voyages des plus récents; (volume 5)Chapitre 44 sur 89 · RÉPUBLIQUE ARGENTINE · texte numérisé non relu

RÉPUBLIQUE ARGENTINE

prêts à charger et décharger les charrettes et à porter les fardeaux; mais ils sont si paresseux et si débauchés, qu'on ne peut jamais compter sur eux. Les fonctionnaires publics forment une quatrième classe; les Espagnols européens n'occupent plus les places du gouvernement; depuis l'émancipation toutes les fonctions publiques sont exercées par les indigènes. La cinquième classe est celle des hommes qui composent l'armée. La sixième classe, enfin, se compose des ecclésiastiques, entre lesquels il faut bien distinguer les séculiers d'un reste de moines, dont la crasse ignorance et la grossière superstition ne servent qu'à troubler les esprits faibles et à tourmenter les honnêtes gens.

En général, la société a ses charmes à Buenos-Ayres. Les terlulias, ou soirées dansantes, sont extrêmement agréables, grâce à la gaieté naturelle des portegnas ou jeunes filles, à l'excessive mobilité de leur imagination et à la tournure de leur esprit. En entrant, vous saluez la maîtresse de la maison , et c'est la seule cérémonie à laquelle vous soyez astreint; vous pouvez vous retirer sans aucune formalité, de sorte qu'il ne tient qu'à vous de visiter ainsi une douzaine de tertulias dans le cours d'une soirée. Les manières et la conversation des dames sont très-franches et très-gracieuses. Les attentions délicates qu'elles témoignent aux étrangers les ont fait quelquefois accuser faussement d'un excès de liberté, accusation qui les a déterminées à recevoir moins facilement les étrangers dans leur intimité. Cet abandon sied bien cependant à ces fières et piquantes portegnas, à la taille élégante et noble, qui ne pardonnent plus si facilement à un étranger sa gaucherie et son embarras à prendre le maté brûlant, ou à faire sa partie dans un grave menuet.

Les tailleurs, les marchands de modes, sont tous d'Angleterre ou de France. Les costumes sont surtout français pour l'un et pour l'autre sexe, et toujours dans le dernier goût, à quelques mois près; il faut bien leur donner au moins le temps de la traversée. Les femmes portent le corsage à la Marie Stuart, robe en satin rose, garnie de fleurs, le collier et l'inséparable éventail... (L'éventail! espèce de sceptre que ne quitte jamais une portegna.) Toutes ont le plus joli pied qui se puisse voir, pressé sous des bas de soie blancs par un soulier de même étoffe. Un ornement tout spécial distinguera toujours une portegna de toutes les femmes du monde; un ornement auquel elle tient presque autant qu'à la vie. Cet ornement, c'est un peigne immense, dessinant sur sa tête un grand éventail convexe, plus ou moins riche, plus ou moins orné, suivant son rang et sa fortune, mais qui la suit invariablement partout ; seulement les accompagnements en diffèrent et varient selon les heures et les circonstances. Les dames de Buenos-Ayres paraissent aimer beaucoup, dans leurs ajustements, l'éclat et la variété des couleurs. Leur teint est ordinairement de la plus éclatante blancheur, et contraste avec l'ébène de leur belle chevelure. Leur nez est aquilin. Leur sourire est plein de douceur, et leurs grands yeux noirs, qui rendent si justement célèbres les dames espagnoles, ont une expression qu'on ne retrouve pas dans les climats septentrionaux. Elles se distinguent, enfin, par la grâce et la majesté de leur port. Les hommes ont aussi leurs avantages et leurs bonnes qualités. Ils sont braves, libéraux et désintéressés.

Les Mendozinos ou habitants de la ville de Mendoza , capitale de la province de ce nom, aiment la danse avec passion. On les accuse d'être fiers, bigots, fantasques; mais, par compensation, on leur reconnaît de la douceur et des sentiments de bienveillance envers leurs inférieurs de toute classe. Simples dans leurs manières, ils sont très-hospitaliers; et, quoique privés d'éducation et de lumières, ils montrent, même dans les classes les plus pauvres, un sens droit, un jugement sain et une franchise qui rendent aux étrangers leur commerce très-agréable.

Les Pampas, depuis 1535 jusqu'en 1794, disputèrent leur terrain aux fondateurs

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