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le chaudron. On peut aussi compter comme faisant partie du mobilier les harnais des chevaux. En général, on attache seulement à la mâchoire inférieure du cheval un long cordon de poil de bison tors, ce qui sert à le fixer à la prairie. La selle ressemble beaucoup à celle dont on se sert en Hongrie; elle se compose de deux planches plates et larges, formant entre elles un angle, et qui reposent le long des côtés du dos de l'animal; par devant et par derrière, elle a un appendice qui s'élève tout droit à une assez grande hauteur, et d'où pendent des franges de cuir. Cette selle se couvre d'une peau et une autre est placée dessus. Ces deux peaux servent la nuit de lit au cavalier. Les Pieds-Noirs aiment, comme objet de luxe, de belles housses faites de peaux de panthère qu'ils tirent principalement des montagnes Rocheuses. La peau de cette panthère est placée en travers, de façon que la longue queue retombe d'un côté; elle est doublée de drap écarlate qui forme une large bordure tout à l'entour.
Au nombre des meubles indispensables aux hommes, il faut encore compter la pipe. Celles qu'ils fabriquent sont moins belles que celles des Dacotas, qu'ils estiment beaucoup et qu'ils cherchent à se procurer par des échanges. Les véritables pipes des Pieds- Noirs sont faites de talc vert, ou bien d'une pierre noirâtre que l'on trouve dans les montagnes Rocheuses. Elles sont souvent en forme de globe ou de poire, et reposent sur un pied cubique. Le tuyau est en bois, large, plat ou rond, quelquefois entaillé comme un serpent. Les plus belles sont les pipes de médecine, auxquelles nous avons donné le nom de calumet. Elles sont ornées de têtes ou de becs de pic rouge, et d'un grand éventail déplumes. On les retrouve, plus ou moins ornées, mais toujours dans le même modèle, à toutes les fêtes, à tous les traités des peuplades de l'Amérique du nord. Quand les Pieds-Noirs fument, ils placent à terre un morceau de bouse de bison desséchée, sur lequel ils posent le godet de la pipe, ou bien une espèce de gâteau rond fait avec les barbes et les cônes de certaines plantes aquatiques. Le tabac qu'ils fument se compose de petites feuilles rondes du sakakomi (ar^butus uva ursi) , qu'ils appellent liocksinn. Quand on visite un de ces Indiens dans sa tente, la première chose qu'il fait est de prendre sa pipe, qui, selon l'usage, circule dans la société, de droite à gauche. Souvent le maître de la maison envoie quelques bouffées au soleil et à la terre; puis on aspire deux ou trois fois, et l'on passe la pipe plus loin. On fait entrer la fumée dans le poumon, après quoi on la renvoie. Le dernier fumeur ne fait jamais circuler la pipe en arrière, mais il la donne à celui qui est assis en face de lui, et elle continue à passer de droite à gauche.
Les Pieds-Noirs, de même que la plupart des tribus du Missouri, sèment çà et là les graines du tabac, après avoir brûlé la place qu'ils destinent à cette culture, et la plante qui y croît ne se fume que dans les occasions solennelles.
Les Pieds-Noirs, comme tous les Américains, sont superstitieux, et il est rare de voir un homme qui ne déploie pas quelque habitude ou quelque particularité qu'il a adoptée comme un talisman, et dont il s'imagine que dépend la réussite de ses plans et de ses entreprises. Il y en a qui secouent des sonnettes avant de fumer leur pipe; d'autres crachent de divers côtés avant de boire; d'autres encore marmottent quelques paroles ou une sorte de prière avant d'entreprendre quelque travail. La plupart de ces Indiens ont adopté quelques singuliers usages de ce genre; mais, par malheur, ils n'aiment pas à communiquer leurs pensées à ce sujet, de sorte qu'il est fort difficile d'en découvrir l'usage.
Les hommes de médecine, ou docteurs des Pieds-Noirs, sont très-maladroits; ils crac hent sur les plaies des blessés, de l'eau qu'ils prennent dans la bouche, et quelquefois aussi de la salive. Du reste, ils ne lavent jamais ces plaies, et le second jour le sang caillé y est encore. Ces médecins possèdent quelques remèdes actifs tirés du règne
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végétal, qui sont d'un effet très-efficace contre la morsure des serpents. Ils ont, du reste, toujours recours au tambour dont le fracas insupportable inspire la plus grande conGance. Les Pieds-Noirs confectionnent leur aouanaï (chickikoué) , espèce de tambour, avec du cuir, du bois et de la peau de vessie. Ils mettent aussi beaucoup de confiance dans la médecine des blancs, dont ils recherchent souvent les secours; mais il y en a parmi eux qui sont tellement affectés de maladies syphilitiques, qu'il est impossible de penser à les guérir. Quand les Indiens sont guéris par leurs médecins, ce qui a quelquefois lieu au moyen de bains de vapeur, ils leur font de grands présents, ou bien l'homme de médecine fait monter fort haut son mémoire.
Quand un Pied-Noir vient à mourir, on ne l'enterre point, s'il est possible. On le couvre de ses plus beaux habits, qu'on lui attache sur le corps; on lui peint le visage en rouge, puis on l'enveloppe, sans ses armes, dans une robe de bison, et on le dépose dans quelque lieu inaccessible, dans une forêt, une caverne, un rocher, sur une rive escarpée, et l'on couvre son corps de pierres et de bois, afin d'empêcher les loups de s'emparer du cadavre. Quand il est impossible de trouver un emplacement solitaire, on laisse le mort dans une espèce de cabane, et souvent on est obligé à la fin de l'enterrer, ou d'en faire aux blancs un présent précieux, ce qu'il n'est pas permis de refuser. Les parents se coupent leurs longs cheveux, les couvrent, ainsi que le visage et les vêtements, d'une argile gris blanchâtre; et tant que dure le deuil, ils s'habillent le plus mal qu'ils peuvent. Il leur arrive aussi souvent de se couper une phalange d'un doigt, pour témoigner leur douleur. La croyance de ces Indiens, quant à la destinée des morts, c'est qu'ils sont dans un autre pays, où il ne leur manque rien , et où on les a souvent entendus s'appeler les uns les autres, pour fumer ensemble et se réunir. Aux funérailles des riches Indiens, on a coutume de tuer plusieurs chevaux sur leurs tombeaux. A la mort d'un de leurs parents, les Pieds-Noirs s'assemblent chez le décédé, et les hommes même pleurent et se lamentent. Le corps est enseveli d'ordinaire dans la journée, et si le défunt est mort dans la nuit, l'ensevelissement a lieu dès le lendemain matin.
La langue des Pieds-Noirs ne manque pas d'harmonie, et, comme tous les idiomes du nord de l'Amérique, elle n'est pas difficile à prononcer pour les Allemands.
Ce peuple tire sa nourriture et ses vêtements principalement des troupeaux de bisons qu'il poursuit, et contre lesquels il dispose souvent, en hiver, de grands parcs fermés, Les cabris et surtout les grosses-cornes leur fournissent le cuir dont ils ont besoin pour la confection de leurs habits les plus fins. Ils mangent pour ainsi dire de tous les animaux, excepté toutefois de l'ours. Ils ont aussi une grande aversion pour les amphibies. Le règne végétal leur fournit encore plusieurs espèces de racines. Les femmes et les enfants déterrent ces racines avec un outil de bois fait exprès, et les vendent aux blancs, enfilées à des cordons. Il y a surtout une racine qui est amère, et qu'on fait cuire avec du jus de viande; alors elle est très-nutritive, et une fois qu'on s'est accoutumé à sa saveur, on ne la trouve plus désagréable. La racine de tabac des Canadiens est une espèce de navet que l'on enfonce dans la terre avec des pierres échauffées, et aussitôt qu'elle est mangeable, elle devient noire comme le tabac. Ces racines, mêlées à la queue de castor, forment un morceau des plus friands des Indiens. Les Pieds-Noirs obligent leurs enfants à mâcher delà viande dès que leurs premières dents paraissent, et, en revanche, on voit des enfants déjà grands teter encore leur mère. L'eau-de-vie est pour ces Indiens l'objet de la plus grande prédilection; pour en obtenir, ils donnent, tout ce qu'ils possèdent , jusqu'à leurs vêtements. Dans l'ivresse, ils sont moins dangereux que d'autres peuples, et on assure même qu'ils ont le vin tendre. Il n'est pas rare de voir un Indien échanger sa femme contre une bouteille d'eau-de-vie.
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L'habit des Pieds-Noirs est fait de cuir tanné, et leurs plus belles chemises de cuir sont fabriquées de peau de grosse-corne qui, lorsqu'elle est neuve, est d'un blanc jaunâtre et fait un effet fort agréable. Tout autour de ces chemises se trouve, en général, une bordure à laquelle on a laissé le poil. Elles ont des- demi-manches, et les coulures en sont garnies de touffes de cheveux d'homme ou de crins de cheval teints de différentes couleurs, et dont la racine est entourée de piquants de porc-épic. Autour de l'ouverture par laquelle passe le cou, elles sont garnies d'un rabat doublé de drap rouge et orné de franges ou de rangs de piquants de porc-épic, jaunes et bigarrés, ou bien de grains dé verre bleu. Quelques-uns font tous ces nombreux cordons qui retombent, d'étroites bandes d'hermine, ornement devenu fort coûteux par la rareté de ces petits animaux de proie. Aussitôt que la chemise commence à devenir sale, on la peint en rouge brun, mais neuve elle est beaucoup plus belle. Leurs leggings ou culottes sont faites comme celles des autres Indiens, et ornées, comme elles, de touffes de cheveux ou de cordons bigarrés dépiquants de porc-épic; leurs souliers, qui sont faits avec le cuir de bison ou d'elk, sont aussi brodés de piquants de porc-épic, mais avec celte différence que la couleur des ornements change dans chacun; ainsi, si les ornements de l'un sont jaunes, ceux de l'autre sont blancs, mode qui n'existe pas dans le bas Missouri, où les deux souliers sont d'une couleur uniforme.
La peau de bison, qui forme la principale pièce de leur costume, est toujours teinte du côté tanné. On y remarque des lignes noires parallèles, avec un petit nombre de figures variées, telles que des pointes de flèches ou autres mauvaises arabesques; il y en a qui représentent les exploits de guerre, en noir, en rouge, en vert et en jaune. Ces figures peignent la prise des prisonniers, des morts, des blessés, des armes et des chevaux enlevés, du sang qui coule, des balles traversant les airs et autres objets semblables. Ces robes sont brodées des plus vives couleurs et ornées d'une bande transversale de piquants de porc-épic, partagée en deux parties égales par une rosette semblable. Le fond de la peau est presque toujours rouge brun avec les figures noires. Pendant l'élé, on porte ces robes avec la fourrure en dehors; l'hiver, on met le poil en dedans; l'épaule et le bras droits restent ordinairement libres. Les Pieds-Noirs portent à la main une aile d'aigle ou de cygne, ou une queue d'oiseau de proie, en guise d'éventail; la poignée en est garnie de cuir ou de drap de couleur. Chaque individu lient à la main son fouet, ainsi que son arme, son fusil, et porte sur le dos, en bandoulière, son carquois ou sac de peau contenant ses flèches, et auquel s'attache un étui pour l'arc, de même genre, mais plus étroit. Il place à une courroie passée sur l'épaule, sa giberne et son cornet à poudre, tandis qu'un grand couteau de chasse est fixé par derrière, dans sa gaîne, à un ceinturon de cuir.
Le costume des femmes est semblable à celui des autres Indiennes du Missouri; il consiste en une longue chemise de cuir qui descend jusqu'aux pieds et qui est nouée au-dessus des hanches avec une ceinture, souvent ornée de plusieurs rangées de dents d'elk, de boutons de métal et de grains de verre que Ton y a cousus. Sur la poitrine, ce vêtement se ferme en travers, un peu largement; il a les manches courtes et larges, garnies de beaucoup de franges, qui retombent comme dans le costume national polonais, mais seulement à la hauteur, à peu près, du coude. L'avant-bras demeure nu. Le bas de la chemise est également garni de franges, et découpé en festons. Les femmes ornent leur costume de cérémonie de piquants de porc-épic peints, et d'étroits cordons de cuir, ou bien de rangs diversement disposés de grains de verre bleus et blancs sur le bord supérieur et autour du haut du bras. Les Indiens n'aiment pas à voir sur la peau des grains de verre d'autres couleurs, de rouge, par exemple; quant au contraste des nuances, leur goût est juste; c'est ainsi qu'ils portent dans leurs cheveux noirs, du
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rouge, et sur la peau, qui est brune, du blanc, du bleu de ciel ou du jaune. Les femmes sont fort adroites à travailler les habits et à tanner le cuir; les hommes ne confectionnent que l'appareil à fumer et les armes. Comme dans les autres tribus, ce sont les femmes qui sont chargées de tous les travaux pénibles. Elles savent fort bien teindre, et se servent, pour la couleur jaune, d'une espèce de mousse jaune citron, qui croît sur les arbres des montagnes Rocheuses. Une racine donne la belle couleur rouge, et ils tirent plusieurs autres couleurs très-vives des matières que leur fournissent les blancs. Les petites filles des Pieds-Noirs sont vêtues de la même manière que les femmes, et souvent leur costume est garni, autour des bords, de dents d'elk, que les Indiens achètent fort cher.
Les mariages chez les Pieds-Noirs ne sont accompagnés d'aucune cérémonie particulière; on pare la femme et on l'emmène. On fait savoir le prix d'achat au père, par un ami ou par quelque autre homme; s'il accepte, on remet la jeune fille et le mariage est conclu. Si l'homme en est fatigué , ou si la femme ne se conduit pas bien, il la renvoie sans façon; cela ne cause aucune querelle. Elle prend ce qui lui appartient et se retire; les enfants restent la propriété du mari. Cependant, quelquefois, ils punissent avec une grande sévérité l'infidélité de leurs femmes, auxquelles ils coupent le nez. Ils leur coupent aussi les cheveux comme punition, et ces malheureuses ont honte, après cela, de montrer leur tête qu'elles s'efforcent de couvrir. Celle qui a eu le nez coupé , est répudiée sur-le-champ par son mari; personne ne l'épouse plus, et ces femmes sont obligées de travailler moyennant un certain salaire, ou de soigner les enfants pour vivre. On a vu des maris qui ont tué leurs femmes dès qu'elles avaient eu des relations avecun autre homme; souvent même, ils se vengent sur l'amant, à qui ils enlèvent ses chevaux et d'autres objets de valeur, tandis que celui-ci est obligé de les laisser faire. On voit de ces Indiens qui ont jusqu'à six ou huit épouses, dont, par un singulier contraste avec ce que nous avons dit plus haut, ils se montrent fort généreux envers les blancs, auxquels ils offrent aussi de petites filles toutes jeunes. Les Pieds-Noirs ont souvent beaucoup d'enfants, qui courent tout nus, jouent et nagent dans la rivière comme des canards. Les garçons vont nus jusqu'à treize ou quatorze ans ; mais les filles reçoivent plus tôt leur petit vêtement de cuir. Les Pieds-Noirs sont tranquilles dans leur intérieur, mais ils ont plus de colère que les autres nations. Des duels ont quelquefois lieu, et la vengeance du sang s'exerce dans la plupart des cas. Quand un Indien est tué, ses parents se vengent, s'ils le peuvent, sur le meurtrier; et s'ils n'en trouvent pas l'occasion , ils s'en prennent au premier membre de sa famille qu'ils rencontrent; mais aussi la vengeance du sang se rachète par des objets de valeur.
On trouve chez les Pieds-Noirs les associations dont nous avons déjà parlé pour les Assiniboins. Tous les nouveaux admis dans ces associations sont obligés de payer un droit d'entrée, qui est plus considérable pour les hommes de médecine et pour les riches. Si une femme, dont le mari fait partie d'une association, a eu des relations avec un autre homme, toute la bande s'assemble dans une tente; on y fume, et, la nuit, quand tout est plongé dans le sommeil, après être entré de force dans la tente de cette femme, chacun agit comme il lui plaît avec elle; puis on la renvoie, non sans lui avoir coupé le nez. Le mari n'a pas le pouvoir d'empêcher cette exécution ; il est obligé de répudier une telle femme. On lui dit alors le motif pour lequel on a agi de la sorte, et il a son recours contre le séducteur.
Dans leurs combats, les Pieds-Noirs vont quelquefois à demi nus; d'autres fois, ils montent à cheval dans leur plus beau costume; quelques-uns se distinguent par des boucliers richement ornés, et par de magnifiques bonnets déplumes. Les guerriers distingués ont une touffe de plumes de hiboux ou d'oiseaux de proie, qui pend sur le
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derrière de la tête, et parfois des peaux d'hermine ornées de sonnettes, de bandes de drap ou déboutons brillants. Leur manière de combattre ne diffère en aucune façon de celle des autres Américains du nord. De petits détachements se glissent autour de l'ennemi et essayent de le vaincre par les embuscades, la ruse ou les attaques imprévues; ces attaques ont toujours lieu au point du jour. Ils forment de longues lignes de tirailleurs, et tirent de fort loin et très-mal. Les femmes et les enfants soignent les blessés; ils poussent de grands cris et des lamentations. L'ennemi tue sans distinction, les hommes, les femmes et les enfants, à coups de fusil, de flèche, de lance et de couteau; il scalpe aussi les femmes, que souvent encore on fait prisonnières et que l'on emmène en esclavage; dans ce cas, elles ne sont pas maltraitées. Quant aux tourments que les nations de l'Amérique du nord faisaient subir autrefois à leurs prisonniers, on n'en trouve plus aucune trace chez les Pieds-Noirs.
Lorsque les guerriers se rapprochent du camp, après un combat, ils se mettent à chanter, et l'un d'eux court en avant, à pied ou à cheval, s'avançant vers les tentes, en serpentant. On lève en même temps les scalps en l'air, on les secoue et on les montre de loin. Si quelqu'un s'est emparé d'une arme, il la lève également en l'air, se nomme et crie que c'est lui qui l'a prise. Après un combat heureux, les hommes entonnent le chant qu'ils appellent Anênaï, ce qui veut dire : « Ils sont peints en noir. » Ils se rassemblent alors à côté des tentes, s'asseyent en plein air, le visage peint en noir, leurs leggings et robes tachetées de noir, et se mettent à chanter sans accompagnement de musique. Ce chant n'a point de paroles. Les armes des Pieds-Noirs ne diffèrent pas beaucoup de celles des autres Indiens; mais elles ne sont pas aussi belles, ni aussi bien travaillées que chez les Corbeaux. Leur pays ne produisant pas de bois propre à faire des arcs, ils échangent un cheval pour se procurer le bois nécessaire à ces armes, et le carquois de peau de panthère. Au bout de ce carquois, ils laissent pendre la queue de l'animal; elle est garnie de drap rouge du côté de la chair, brodée en grains de verre et ornée des deux côtés de bandelettes de peau en forme de glands. Ils se servent encore de boucliers ou pare-flèches; ces boucliers sont ronds, faits de cuir épais, ordinairement peints en vert ou en rouge, et ornés de plumes et de toutes sortes de signes superstitieux. Quand ils se disposent à combattre, ils roulent autour de leur tête, comme un turban, la gaine de leur fusil, qui est en cuir; des peaux de loup leur sont alors fort utiles, surtout quand ils veulent observer l'ennemi. Ils les portent en sautoir sur l'épaule, s'en enveloppent la tête quand ils veulent approcher de l'ennemi sans en être vus, et se couchent par terre, derrière une hauteur, de telle façon qu'on les prendrait pour des loups blancs.
Les Pieds-Noirs sont de terribles mendiants; ils ne cessent de vous harasser de leurs supplications. Le vol des chevaux est devenu chez eux un art véritable; le plus adroit voleur de chevaux est un personnage distingué.
Ces Indiens ont imaginé plusieurs espèces de jeux pour se divertir. Dans l'un, ils se placent en demi-cercle et forment plusieurs petites piles de grains de verre ou d'autres objets qui font les enjeux. L'un d'eux prend en main de petits cailloux, et les remue de côté et d'autre, en chantant et avec des mouvements mesurés, pendant qu'un autre doit deviner le nombre de ces cailloux. Des sommes considérables sont souvent gagnées et perdues à ce jeu. Les Pieds-Noirs ont aussi des danses de divers genres. Nous n'en décrirons que deux, qui sont les principales. La première, qui s'appelle danse de la médecine, et qui est exécutée par les femmes, n'a pas lieu tous les ans. On construit une grande cabane de bois ; les femmes revêtent leur plus beau costume, et toutes portent unfgrand bonnet en plumes sur la tête. Les femmes qui ne figurent pas dans cette danse, et les hommes, forment les spectateurs. Quelques-uns de ces derniers battent le
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tambour et secouent Vaouanài ou chicliikouê. Pendant plusieurs jours de suite, la danse continue sans aucune variation; mais le dernier jour, en terminant, on figure des parcs de bisons. Les hommes, les enfants et les femmes qui ne dansent pas, forment deux lignes divergentes qui partent de la loge de médecine, dont les femmes sortent en se traînant sur les mains et les pieds, en imitant la manière des bisons femelles. Plusieurs hommes jouent le rôle des bisons mâles, qui sont d'abord repoussés par les femmes; mais alors, ainsi qu'il est d'usage dans cette espèce de chasse, on allume des feux au vent de la loge, dans laquelle les femmes se retirent dès qu'elles commencent à sentir la fumée, ce qui termine la fête.
La danse de la chevelure a lieu quand on a tué des ennemis. Les femmes s'habillent, alors comme les hommes, et prennent aussi leurs armes. Si les femmes ont assisté à l'expédition dans laquelle ces ennemis ont été tués, elles se peignent la figure en noir. Une femme porte la chevelure du vaincu, et quelquefois plusieurs, selon le nombre que l'on en a; d'autres fois, elle est portée par une vieille femme, qui se tient alors à part et danse seule, tandis que toutes les autres forment un rond, et que les hommes accompagnent la danse sur le tambour. Il y a aussi pour les hommes la danse des braves ou guerriers. Ceux-ci forment un cercle, et plusieurs d'entre eux dansent au milieu, imitant tous les gestes d'un combat et déchargeant leurs fusils. Dans cette circonstance, ils sont peints comme pour aller combattre.
Les Ojibuais, que les Anglais appellent Chipewais, et les Français Sauteurs, habitent le vaste pays qui s'étend entre le lac Supérieur, le Red-River, l'Assiniboin-River, et plus loin, vers le nord, près du Lake-Winipick. Ils forment une nation nombreuse et brave, mais divisée en plusieurs petites compagnies.
Les Indiens ojibuais n'ont rien de bien remarquable; ils sont de moyenne taille, mais avec les membres forts; ils portent les cheveux retombant naturellement sur les épaules; du reste, ils diffèrent fort peu des Grihs, dont ils ont les mœurs et les usages.
Les Ojibuais parlent la langue algonquine, qui est en même temps celle des Potowatamis, des Ottawais, des Crihs, des Muscotins et d'autres tribus. Les Français avaient donné, dans l'origine, à toutes ces petites bandes d'une seule et même nation, des noms différents, ce qui a jeté une grande confusion dans l'histoire de ces peuples. Quelques voyageurs prétendent qu'ils sont anthropophages.
Les Corneilles forment une des tribus les plus guerrières, les plus rusées et les plus pillardes des montagnes. Ces Indiens sont surtout grands voleurs de chevaux. Ils ont l'air belliqueux, et sont d'un caractère inquiet, porté au brigandage; ils ont quinze cents hommes d'armes; mais leurs hostilités perpétuelles avec les Pieds-Noirs et leurs mœurs vagabondes les minent insensiblement.
Leur pays renferme plusieurs curiosités naturelles, entre autres une abondante source jaillissante de naphte; on y trouve aussi deux solfatares, dont l'une s'appelle la Montagne-Brûlante, et qui contient beaucoup de houille anthracite; on fait la description la plus terrible de ses feux cachés, de ses vapeurs pestilentielles.
La conduite des Nez-Perces est empreinte de dévotion, leur probité est sans tache, leurs intentions sont pures et l'observance des rites de la religion qu'ils professent est uniforme et très-remarquable. « On croirait voir, dit le capitaine Bonneville dans son ouvrage intitulé : Aventures et expéditions dans l'intérieur de l'Amérique septentrionale , une nation de saints plutôt qu'une horde de sauvages. »
Il y a des Haut-Nez-Percés et des Bas-Nez-Percés; ils ont le caractère aimable. En voici deux exemples rapportés par le capitaine Bonneville :
Ce voyageur fut accueilli, chez les Bas-Nez-Percés, avec les plus grandes prévenances et logé dans la maison du vieux chef. Au moment du départ, le bon vieillard prit le capitaine
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à part pour lui exprimer combien il l'aimait, et pour lui dire qu'il désirait lui offrir un beau cheval comme une marque de son estime. En achevant ces mots, il fît un signe à un de ses gens qui amena en effet un jeune cheval bai superbe. Le capitaine fut touché de cette marque d'affection ; mais il connaissait trop bien les Indiens pour ne pas savoir qu'un présent en appelle un autre; en conséquence, il présenta au vieux chef un beau fusil. Après avoir ainsi amplement acquitté la dette de la reconnaissance, et tandis qu'il se disposait à transporter sa selle sur le cheval qui venait de lui être donné, le vénérable patriarche le tira par la manche, et lui présenta une vieille Indienne ridée, vraie momie, et qui s'approcha de lui en pleurant.
« Voici ma femme, dit le chef; c'est une bonne femme;, je l'aime beaucoup; elle aime le cheval, elle l'aime infiniment; elle pleurera longtemps sa perte; je ne sais comment faire pour la consoler; elle m'afflige le cœur. » Il fallait bien que le capitaine essayât de calmer la douleur de la tendre vieille. Quoiqu'elle eût passé l'âge de la coquetterie, il lui offrit une paire de boucles d'oreilles de verre. Elle s'empressa de s'en parer, et, à compter de ce moment, elle cessa de regretter le coursier. Le capitaine se crut, après cela, maître de partir ; mais, comme il allait mettre le pied dans l'étrier, le vénérable chef s'avança une seconde fois, tenant par la main un jeune Nez-Percé qui paraissait bouder. « Vous voyez mon fils, dit-il; il est très-bon, excellent cavalier; c'est lui qui a toujours pris soin de ce très-beau cheval; il l'a élevé, il en a fait ce qu'il est; il l'aime comme un frère; il aura le cœur bien gros quand ce beau cheval quittera le camp. » Que pouvait faire le capitaine? Il lui restait une hache qu'il présenta au jeune homme. Aussitôt sa figure s'épanouit, et il se retira aussi satisfait que sa mère l'avait été de ses boucles d'oreilles. Cette fois, le capitaine se flattait que rien ne le retarderait plus; mais le vieux chef lui adressa la parole une troisième fois, en posant une de ses mains sur la crinière du cheval, et en soulevant le fusil de l'autre. « Ce fusil, dit-il, sera ma grande médecine. Je le presserai contre mon cœur; je l'aimerai toujours à cause du bon ami qui me l'a donné. Mais un fusil, par lui-même, est muet; je ne saurais le faire parler. Si j'avais un peu de poudre et quelques balles, je le prendrais avec moi, et j'irais, de temps en temps, tirer un cerf; et puis, quand je rentrerais chez moi, je dirais, en posant le gibier devant ma famille affamée : Voilà ce que j'ai tué avec le fusil de mon bon ami le chef blanc, celui à qui j'ai donné ce très-beau cheval. Il n'y avait pas moyen de résister à une pareille invocation. Le capitaine donna de la poudre et des balles, mais se hâta de mettre le beau cheval au galop pour éviter de nouveaux témoignages d'amitié de la part du vieux Nez-Percé.
Le capitaine trouva parmi eux le véritable propriétaire d'un cheval qu'il avait acheté quelque temps auparavant à un sauvage d'une autre tribu. L'Indien, après avoir prouvé jusqu'à l'évidence l'identité de l'animal, ajouta : « N'importe, vous l'avez acheté de bonne foi : vous avez plus besoin de chevaux que moi; gardez-le; c'est un bon cheval; traitez-le bien. »
Les Shoshokors, malgré leur pauvreté et leur indolence, ne sont pas absolument dépourvus d'industrie; ils fabriquent d'assez bonnes cordes et même du fil assez fin, qu'ils tirent d'une espèce de graminée; ils font aussi des vases avec de petits morceaux de bois entrelacés, qu'ils mettent en état de contenir de l'eau au moyen d'un peu de cire. Ces sauvages donneraient tout ce qu'ils possèdent pour le plus petit morceau de miroir cassé, afin de pouvoir contempler leurs figures pâles et décharnées. Ils sont, en général, très-pauvres, privés de presque tous les agréments de la vie, et extrêmement indolents. Ils ont une assez singulière manière de chasser l'antilope. Quand la neige a disparu, et lorsque la terre s'est ramollie, les femmes cueillent de l'absinthe dans les champs où elle croît la plus touffue ; puis elles en construisent une haie d'environ trois
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pieds de haut, donl elles entourent un espace de terrain d'une centaine d'arpents, ne laissant qu'une seule ouverture pour que le gibier y puisse entrer. Cela fait, les femmes se cachent derrière l'absinthe, ferment l'entrée et attendent patiemment qu'il se présente des antilopes, qui entrent souvent en grand nombre dans cette enceinte. Dès qu'elles y ont pénétré, les femmes donnent le signal, et les hommes accourent. Un seul entre dans l'enclos, et se met à pourchasser ces animaux, courant jusqu'à ce qu'il soit fatigué; après quoi il est remplacé par un de ses camarades. A la fin, les pauvres antilopes sont si harassées, que quand les hommes entrent tous à la fois, il ne leur reste plus qu'à les abattre à coups de pioche. Ce qu'il y a de plus remarquable dans cette chasse, c'est qu'un animal agile et prompt comme l'antilope continue à faire le tour de ce fatal enclos sans jamais essayer de franchir la barrière peu élevée qui l'entoure.
Les Indiens surnommés Dignes-de-Pitié sont extrêmement misérables, ne possèdent point de chevaux, et sont privés de tous les objets qu'ils auraient pu se procurer par des relations avec les blancs. Ils ont pour armes des arcs et des flèches à pointes de caillou, avec lesquels ils chassent le cerf, l'élan et le mouton des montagnes. lis sont répandus dans les pays des Shoshokors, des Tètes-Plates, des Corneilles et des Pieds-Noirs ; «nais ils habitent toujours les cavernes et les lieux les plus isolés. Les traqueurs remarquent souvent les traces de leurs pas dans les montagnes ; ils voient de loin se dérouler la fumée de leurs feux ; mais il est fort rare qu'ils les rencontrent , et bien plus rare encore qu'ils parviennent à leur parler, tant leur timidité est grande, tant ils ont peur des étrangers. Ces êtres infortunés, qui semblent former le dernier chaînon qui lie l'homme à la brute, sont des êtres dignes de mépris pour les traqueurs créoles.
Les traqueurs indépendants , quoique d'origine européenne, se sont façonnés à loutes les coutumes des indigènes. Parmi les chasseurs qui s'engagent au service des compagnies de pelleteries, les uns ont des traitements fixes et reçoivent des armes, des chevaux, des pièges , etc. Ceux-ci sont sous les ordres des commandants, dont ils doivent suivre les instructions. On les appelle traqueurs à gages. Les traqueurs indépendants vont et viennent, au contraire, où il leur plaît; ils ont leurs propres chevaux, ieurs armes et leurs équipements, ils traquent et trafiquent pour leur propre compte, et disposent de leurs peaux et de leurs pelleteries en faveur de ceux qui leur en donnent le plus haut prix. Parfois, quand ils se trouvent dans les parages dangereux, ils s'attachent au camp de quelque trafiquant; alors ils sont obligés de se soumettre aux règles ordinaires du traquage, et de prendre leur part de service établi pour le maintien du bon ordre et de la sûreté du camp. En retour de la protection qu'ils reçoivent, ils sont tenus de vendre au commandant du camp tous les castors qu'ils prennent pour un prix stipulé d'avance, et s'ils préfèrent en disposer ailleurs, ils lui payent une somme de trente ou quarante dollars, comme droit de rachat.
On ne saurait faire un compliment plus flatteur à un traqueur indépendant que de l'assurer qu'on l'a pris pour un Indien; à dire vrai, l'imitation est parfaite. Ses cheveux, qu'il laisse croître, sont peignés avec soin : tantôt ils retombent négligemment sur ses épaules, tantôt ils sont tressés et noués avec des peaux de loutre ou des rubans de diverses couleurs. Une chemise de chasse de calicot, de couleurs brillantes, ou de cuir verni , lui tombe jusqu'aux genoux; puis des jambards de forme singulière, ornés de cordons, de franges et d'une foule de grelots, rejoignent sur les pieds une paire de riches mocassins des meilleures fabriques indiennes, élégamment brodés en grains de verre. Une couverture écarlale ou quelque autre couleur éclatante, pend sur leurs épaules et est nouée autour de la ceinture par une écharpe rouge, dans laquelle ils placent leurs pistolets, leur couteau et le tuyau de leur pipe. Le fusil est couvert d'ornements de cuivre et renfermé dans une gaîne de peau de daim frangée et ornée de
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plumes. Le cheval du traqueur est encore plus richement et plus bizarrement harnaché. La bride et la croupière sont couvertes d'une profusion de grains de verre et de cocardes; la tête, la crinière et la queue sont entremêlées de plumes d'aigle qui flottent au vent. Pour compléter ce grotesque équipement, le fier animal est fardé de vermillon ou d'argile blanche, nuances qui forment le plus singulier contraste avec la couleur naturelle de la robe.
Lorsqu'il reste célibataire, le traqueur indépendant n'a pas d'objet plus cher que son cheval; mais du moment où il prend femme, et son choix se fixe toujours sur une Indienne, il s'aperçoit bientôt qu'une créature plus capricieuse va devenir désormais l'objet de ses soins et de ses attentions. La beauté qu'il honore de sa main sent ses idées s'élargir avec sa nouvelle dignité; elle dispose de la bourse de son mari et même de son crédit pour paraître avec l'éclat convenable. L'épouse d'un traqueur indépendant ne doit pas ressembler à une squaw ordinaire. En premier lieu, il faut qu'elle ait un cheval pour son usage particulier, et ce cheval ne doit pas être une vieille rosse telle que les Indiens en donnent à leurs squaw pour les porter, elles et leurs enfants, mais le plus bel animal qu'elle a pu trouver. Il faut qu'il soit caparaçonné avec une richesse extraordinaire. De chaque côté de la selle pend un esquimoul, espèce de poche dans laquelle elle dépose les ornements et les bijoux qu'elle n'a pu placer sur son cheval ou sur sa personne. Par-dessus elle étend avec soin un drap et des couvertures de coton imprimées. Elle est, comme de raison, plus prodigue encore d'ornements quand il s'agit de sa personne. Ses longs cheveux, artistement nattés, retombent, avec une apparente négligence, des deux côtés sur sa poitrine; son chapeau est orné de plumes bigarrées, sa robe, qui pour la forme ressemble à celles des femmes blanches, est d'une étoffe rouge, verte et quelquefois grise, mais toujours la plus fine possible. Ses jambards sont du travail le plus recherché, et ses mocassins lui serrent exactement le pied et la cheville, que les Indiennes ont en général fort jolis; ses bijoux, ses bagues, ses pendants d'oreilles, ses colliers sont en aussi grand nombre et aussi riches que le permet la forlune de son mari. Pour achever sa toilette, elle jette sur ses épaules une couverture d'une couleur très-éclatante, et s'élançant sur la selle de son coursier caracolant, elle suit partout son mari avec amour et fidélité, jusqu'au dernier soupir.
Quand il y a plusieurs femmes de traqueurs indépendants dans le même camp , la concurrence la plus vive s'établit entre elles pour ce qui regarde la toilette, au grand détriment de la bourse de leurs maris. Elles ne songent qu'à s'éclipser l'une l'autre, et ne le cèdent en rien à cet égard aux directrices de la mode de nos contrées civilisées.
L'équipement d'un traqueur se compose d'un fusil, d'une livre de poudre, de quatre livres de plomb, d'un moule à balle, de sept pièges, d'une hache, d'une cognée, d'un couteau, d'une alêne, d'un poêlon, de deux couvertures de laine; et quand les provisions sont abondantes, il emporte sept livres de farine. Il a en général deux ou trois chevaux pour lui, son bagage et ses pelleteries. Deux traqueurs vont ordinairement ensemble afin de se prêter un mutuel appui. S'ils étaient plus nombreux, ils échapperaient difficilement aux poursuites des Indiens.
Leur service est périlleux, et bien plus aujourd'hui qu'il ne l'était autrefois, car depuis que les Indiens ont pris l'habitude de trafiquer sur les pelleteries avec les blancs, ils ont appris à connaître le prix du castor; aussi regardent-ils les traqueurs comme des braconniers qui viennent leur enlever les trésors de leurs eaux; aussi n'hésitent-ils pas à assassiner tous ceux qu'ils rencontrent isolés ; ils se délivrent à la fois d'un compétiteur, et s'enrichissent de ses dépouilles. Il faut malheureusement convenir qu'ils sont souvent poussés à ces actes d'hostilité par des trafiquants qui cherchent à nuire à leurs rivaux.
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Lorsque deux traqueurs entreprennent une grande rivière, ils commencent par cacher Jeurs chevaux dans un endroit solitaire où ils puissent paître sans être aperçus. Ils construisent ensuite une petite cabane et un canot avec un tronc d'arbre. Dans cette frêle embarcation, ils suivent la rivière en silence, et le soir ils dressent leurs pièges. Ils y retournent dans le même silence au point du jour, et quand ils ont pris un castor, ils le rapportent à la cabane, l'écorchent, étendent la peau sur des piquets pour la faire sécher, et en mangent la chair. Le corps, suspendu devant le feu, tourne par son propre poids et se rôtit ainsi parfaitement ; la queue est le morceau de roi; ils la coupent et la font griller devant le feu au bout d'un bâton; elle passe pour un mets plus délicat encore que la langue ou la moelle d'un buffle.
CANADA
AVEC TERRE-NEUVE, LA NOUVELLE-ECOSSE, etc.
Cette vaste contrée de la Nouvelle-Bretagne est située entre 42° 12' et 52° 16' de latitude nord, et entre 66° 30' et 97° de longitude ouest; sa superficie est de plus de 53,000 lieues carrées; mais en n'y comprenant que les terres, elle est de 39,400 lieues; et la population est portée à 900,000 individus environ.
La température du haut et du bas Canada est beaucoup plus rigoureuse que ne pourrait le faire supposer son élévation modérée en latitude. Il y règne l'hiver des froids beaucoup plus rigoureux qu'en d'autres pays situés sous la même zone, et cette différence provient, soit de la grande quantité de forêts et de terres en friche, soit des lacs immenses et nombreux qui se succèdent sur ce territoire. Bien que froid, ce climat est salubre : en été les chaleurs y sont plus fortes qu'en Europe. On attribue la découverte du Canada à Jean et Sébastien Cabot; elle eut lieu en 4497. Depuis cette époque, un grand nombre de voyageurs parcoururent cette contrée, et la firent connaître aux Européens.
Le Canada est, en général, très-fertile, et produit toutes sortes de grains, du lin, du chanvre, du tabac, et des plantes potagères. Les forêts sont nombreuses et peuplées d'excellents bois de construction, de charpente, etc.; elles servent de retraite à des ours, des cerfs, des élans, des renards, des martes, des chats sauvages, des furets, des belettes, des écureuils d'une grosse espèce et de couleur grise, des lièvres et des lapins. Elles renferment aussi des serpents à sonnettes de quatre à six pieds de long; des serpents noirs de six à huit pieds, qui ne sont pas venimeux, et une grande variété d'autres plus petits. On remarque parmi les oiseaux de ce pays l'aigle, le vautour, le hibou, le pélican, le cygne, le cormoran, la grue, le faisan, la perdrix, l'outarde, et un nombre infini de petits oiseaux d'un agréable ramage; les volailles n'y sont pas rares. Les lacs, les étangs et les rivières fourmillent de bons poissons ainsi que de loutres, de castors blancs et noirs très-estimés , et de tortues.
Le Canada a été divisé en deux parties ou provinces, par un acte du parlement britannique de 1791, sous les noms de haut et bas Canada. Ces deux provinces ne sont pas moins distinctes par les lois que par les mœurs. Dans l'une et dans l'autre, il existe un conseil législatif et une chambre des représentants. Ces deux assemblées ont la faculté de proposer des lois à l'acceptation du gouvernement anglais. Le conseil législatif est composé de vingt-deux membres dans le haut Canada, et de vingt-huit dans la province basse.
L'administration supérieure des deux Canadas se compose du conseil législatif, de la chambre des députés, et d'un gouverneur, aidé d'un conseil exécutif. Il est à remarquer qué dans le bas Canada, qui a conservé les anciennes lois fran-
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CANADA
çaises, les terres qui ont ie titre de seigneurie sont encore soumises au régime féodal, et que dans le haut Canada, où les lois anglaises sont seules en vigueur, les propriétés coloniales, appelées townships, et qui consistent en terres qui ont été distribuées à des militaires de tous grades, sont au contraire régies par les lois communes.
Les dépenses d'administration sont évaluées à 620,000 francs; l'Angleterre en paye îa moitié. Le seul profit que la Grande-Bretagne tire du Canada provient de son commerce avec cette colonie, qui occupe environ 7,000 tonneaux. Le Canada est, en temps de paix, le débouché de plusieurs produits des manufactures anglaises qui entrent aux États-Unis, soit légalement, soit en fraude. Les produits du sol même du Canada, et ceux que le commerce anglais tire par cette voie de l'intérieur de l'Amérique septentrionale , fournissent les objets d'un échange et d'une navigation considérables.
Le bas Canada a environ 500 lieues de longueur sur 140 dans sa plus grande largeur; sa superficie en terre est de 27,000 lieues. Il est divisé en seigneuries ou francs-fiefs, concédés par la couronne de France aux premiers colons. Ces seigneuries subsistent toujours, malgré la nouvelle division administrative adoptée par le gouvernement. Ces seigneuries sont au nombre de 210. Mais depuis 1810, le pays est divisé en cinq districts qui se subdivisent en quarante comtés. Us s'étendent le long du fleuve Saint-Laurent. Le reste du territoire est habité par les indigènes.
L'accroissement de la population du bas Canada, de ses revenus, de son commerce, a été très-rapide sous la domination anglaise.
Québec, capitale du bas Canada, a un aspect imposant et vraiment magnifique, et se développe majestueusement en forme d'amphithéâtre. Les habitants, au nombre de 25,000, ou 50,000, selon quelques auteurs, se dédommagent des froids longs et rigoureux de l'hiver par des parties de traîneaux et par des réunions où l'on danse. La garnison soutient un mauvais théâtre anglais, et des courses de chevaux, récemment introduites, contribuent à l'amélioration de la race. Québec est la résidence du gouverneur général de l'Amérique anglaise.
Montréal, la seconde ville du bas Canada, renferme plus de 50,000 âmes. Son commerce consiste en fourrures qui arrivent des environs du lac Ouinipeg ou Bourbon, pour le compte de la compagnie anglaise. Sa population est toute française au fond, quoique de nombreux émigrants anglais y soient arrivés dans le cours de ces quinze dernières années. Le caractère des habitants est, en général, bienveillant et hospitalier; la société y est agréable, douce, communicative et spirituelle. C'est un mélange heureux des éléments qui constituent le caractère anglais et français et qui unit à la sûreté des rapports l'élégance des manières. Les hommes de la classe inférieure que l'on rencontre dans les rues ont un air de vigueur, de satisfaction et de gaieté qui plaît à voir. Jusqu'ici Montréal est restée étrangère à cette lèpre du paupérisme qui infeste presque toutes les grandes villes et les grands États de l'Europe,
Le haut Canada a environ 550 lieues de longueur et 150 dans sa plus grande largeur; sa superficie, en n'y comprenant que les terres, est de 12,400 lieues carrées. Sa frontière, commençant au lac Français, longe ensuite la rivière d'Ottawa. Il a été divisé en quatre districts et vingt-cinq comtés.
York, siège des autorités et du gouvernement et capitale du haut Canada, est une ville assez régulière dont les rues sont coupées à angle droit. Elle renferme à peu près 5,000 habitants et cinq cents maisons, dont la plupart sont bâties en bois. On y trouve cependant quelques jolies habitations en briques ou en pierres.
Kingston est la ville la plus importante et la plus populeuse du haut Canada; sa population est évaluée à 5,500 âmes. Elle pourrait passer pour jolie, si ses rues, qui sont droites et garnies de maisons en pierres, étaient pavées.
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Au commencement de 1835, la colonie anglaise du haut Canada a pris un développement prodigieux qu'elle doit au commerce, à la civilisation, à des capitaux considérables, à un sol fertile et à un esprit entreprenant. Les établissements de Brockville, Sainte- Catherine, Hamïlton, Kobourg, Queenston, et plusieurs autres qui naguère étaient considérés comme de simples villages, peuvent prendre rang parmi les villes.
Le voyageur qui traverse les parties défrichées et cultivées du haut Canada, admire la fertilité du sol, et la beauté de la culture, les simples habitations de troncs d'arbres à peine équarris, mais commodes et abondamment pourvues de tout ce qui sert aux nécessités de la vie. Frappé de ce tableau charmant, qui ne respire que le calme et le bonheur, il ignore sans doute que ces biens, cette prospérité, cette aisance, sont le fruit de plusieurs années des privations les plus dures, des travaux les plus pénibles, qui ne peuvent être supportés et vaincus que par un courage et une persévérance indomptables. Rien n'est plus rude que les premières années de la vie des pionniers. Qu'on se représente deux personnes, ayant le plus souvent de jeunes enfants, perdues au milieu des forêts, éloignées des villes, dans une contrée qu'aucune route ne traverse, se procurant avec beaucoup de peine les provisions les plus grossières, manquant souvent dans l'hiver, durant des semaines entières, du plus strict nécessaire et même de pain : tel était, il y a peu d'années, le sort de tous les pionniers au début de leur carrière aventureuse; c'est encore aujourd'hui celui des familles pauvres ou fort éloignées des habitations. Aussi n'est-il pas surprenant que, trompés par les brillants tableaux des voyageurs, plusieurs émigrants se laissent bientôt rebuter par les diiBcultés qu'ils rencontrent, et préfèrent même une indigence moins laborieuse dans la mère patrie.
L'émigrant, en prenant possession de la partie de la forêt qu'il a acquise, commence par se construire une chétive cabane. Une coutume fraternelle, qu'une nécessité commune a consacrée à ces extrêmes limites de la civilisation et du désert, lui procure assistance dans ce premier travail. Sur son appel, ses voisins les moins éloignés accourent l'aider à élever les murs du shanty, misérable hutte où il cherche un premier abri, et qui est au log-house ce que la cabane est à la maison, car il ne faut pas songer d'abord à une demeure commode et spacieuse; des nécessités plus pressantes lont négliger les agréments de la vie. Le shanty n'est guère qu'un hangar formé de troncs d'arbres bruts dont on remplit les intervalles avec de la mousse et de la boue. Le toit est fait de troncs fendus avec la hache et grossièrement juxtaposés. Le plus souvent le shanty ne reçoit la lumière que par l'ouverture qui sert de porte et de passage à la fumée de l'âtre, formé de quelques pierres plaies rangées en cercle. C'est dans ces misérables cabanes que les pionniers, même les plus aisés, passent les premiers temps de leur établissement, et souvent plusieurs années. C'est dans ces huttes, pêlemêle avec les bestiaux et la volaille qui servent à leur subsistance, que se confinent souvent des familles qui ont joui de toutes les délicatesses de la civilisation la plus avancée. L'espérance et les joies pures de la vie domestique sont leur seul soutien. Au milieu des misères et des souffrances de cette première existence, on voit les femmes anglaises déployer la force d'âme qu'elles ont puisée dans leur première éducation et dans les graves enseignements d'une sévère religion.
Les Indiens vagabonds qui rôdent dans le haut Canada ont perdu plus qu'ils n'ont gagné à leur contact avec les Européens. Ils ont vu disparaître tout ce qui pouvait leur rester de vertus sauvages, et ils ont acquis des vices qu'ils eussent toujours ignorés an fond de leurs déserts. L'ivrognerie leur a enlevé cette finesse de sens, si remarquable parmi les indigènes de l'Amérique du nord.
Le gouvernement anglais a un soin tout paternel de ces peuplades; un certain nombre de personnes forment ce que l'on appelle le département des Indiens, veillent
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à leurs intérêts et gèrent leurs affaires. Deux fois l'année, un médecin visite leurs villages, donne des avis et distribue des médicaments parmi les habitants. Annuellement aussi une distribution de présents a lieu sur les bords de l'Ouse et à l'extrémité occidentale du lac Ërie. Chaque Indien reçoit quelque bagatelle qui peut lui être utile; chaque Indienne un objet de parure. Il est vrai que ces distributions manquent leur but, et qu'aussitôt qu'elles sont faites, les Indiens cherchent à revendre à tout prix les objets qu'ils ont reçus, pour acheter en échange des liqueurs fortes. Cequ'en fait le gouvernement anglais tend plutôt à obtenir, de la part de ces sauvages, une attitude pacifique et la neutralité en cas de guerre. Les Indiens sont des alliés faibles et inutiles, mais des ennemis dangereux. Quand les Anglais les ont eus pour auxiliaires, ils n'ont jamais pu les plier à la discipline. Ils prenaient la fuite au commencement de l'action, et revenaient seulement pour dépouiller les morts. Cependant la connaissance qu'ils ont des localités et leur adresse au tir les rendent redoutables dans une guerre d'escarmouches. Ils possèdent des secrets qu'ils ne veulent révéler à personne; ils teignent les piquants du porcépic et autres substances de couleurs brillantes et durables, et connaissent les propriétés de plusieurs plantes douées de vertus médicales très-énergiques. Ils savent aussi tendre des appâts qui ne manquent jamais d'attirer certains animaux au piège, i
C'est dans cette partie favorisée du Canada que l'on rencontre parfois des serpents qui, plus que d'autres, ont de grandes propriétés de fascination sur le regard et sur l'odorat. Voici, à ce sujet, un fait que raconte un voyageur anglais. « Un fermier me dit qu'un jour d'été qu'il faisait très-chaud, sa fille était allée étendre du linge sur des buissons voisins de la maison , pour le faire sécher. La mère trouvant qu'elle ne venait pas assez tôt, et la voyant debout sans rien faire, à une certaine distance, l'appela plusieurs fois; elle ne répondit pas. A la fin, la mère s'approcha : la fille était pâle, immobile et comme fixée à sa place; la sueur lui découlait du front; ses mains étaient fermées par un mouvement convulsif. Un gros serpent à sonnettes étendu sur une poutre, vis-à-vis de la jeune fille, tournait sa têle de côté et d'autre, et tenait ses yeux constamment attachés sur elle. La mère lui donna un coup de baguette; il décampa. La fille, revenue à elle, fondit en larmes; elle était si faible et si agitée, qu'elle n'avait pas la force de marcher. »
Il existe encore un contraste frappant entre les fermiers du haut et du bas Canada, comme on peut s'en assurer à la Chine, village situé sur le Saint-Laurent; c'est autour de ce village que commencent à se développer de belles et fertiles plantations, exploitées par des fermiers canadiens, établis de père en fils. Ces paysans ont le teint brun et les traits caractérisés; ils sont, en général, maigres, quoique d'une structure athlétique; ils ont les yeux petits, brillants et vifs; ils sont, en général, d'une politesse affectueuse et familière envers les étrangers. Adroits, spirituels, prévenants, ils convient les voyageurs à venir boire un verre de cidre avec eux, leur pressent la main avec une sorte d'effusion, et se montrent fort empressés autour d'eux.
Les Canadiens vont peu à pied; tout fermier est à peu près en état d'avoir un cheval et une calèche. Les chevaux canadiens, bons au fond, sont en apparence les plus misérables que l'on puisse imaginer. Ils sont longs, lourds et d'un poil rude; mais ils s'animent sous le fouet du conducteur. On ne peut se faire une idée de la fierté du paysan canadien, qui conduit son cheval chétif et sa voiture mal assurée; c'est l'être le plus vif, le plus gai, le plus pétulant que l'on puisse voir. La calèche et le cheval, tels sont les premiers meubles d'un Canadien, ce qu'il nomme son établissement. Dans ces hommes qui arpentent la grande route, on rencontre la même politesse, la même prévenance que dans les fermiers sédentaires. Jamais ils ne passeront devant un étranger sans lui ôter leur chapeau, et les enfants, pour peu que le voyageur soit con-
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venablement vêtu, ne manqueront pas de le saluer profondément. Si^deux postillons sont à portée de s'entendre, ils se diront mutuellement un bonjour cordial, en se traitant de monsieur.
Dans son excursion au Canada, M. d'Orbigny fît la rencontre de deux pirogues d'Indiens; les femmes étaient assises; les hommes debout maniaient leurs pagaies avec une rapidité remarquable. Ces Indiens ont la tête ornée d'un cercle d'acier et de plumes; le reste de leur vêtement se compose de peaux de bêtes fauves et de longs manteaux écarlates couverts d'ornements en oripeaux. Leur langage est dur, heurté, guttural, bizarre; ils semblent imprimer à tous leurs entretiens un caractère de querelle et de dispute.
« Ayant pris terre presque en même temps que nous, dit M. d'Orbigny, ces Indiens ne parurent pas intimidés par notre présence. Sans s'inquiéter autrement de nous, les femmes se mirent aussitôt à couper du bois pour le feu, et les hommes ayant rassemblé des perches et de l'écorce de bouleau, commencèrent à construire un wighwam. Quand nous fûmes tous installés, eux de leur côté, nous du nôtre, chaque caravane commença son repas, et celui des Indiens eût été fort maigre, si nous n'y avions ajouté un peu de nos provisions, accompagnées d'une bouteille de rhum. »
Ce dernier présent fut une véritable fête pour ces sauvages. Ils remercièrent les voyageurs par des cris bruyants, et se passèrent l'un à l'autre, à la ronde, la boisson spiritueuse jusqu'à ce qu'il n'en restât plus une seule goutte. Bientôt les Indiens, i entassés dans leur wighwam, autour du feu où rôtissait leur gibier, se ressentirent du rhum qu'ils avaient bu, et prirent les poses les plus comiques, les allures les plus singulières. Ceux-ci affectaient un regard belliqueux et féroce; ils frottaient leurs tomahawks avec une sorte de rage, et poussaient par intervalle des cris de guerre comme s'ils eussent voulu défier un ennemi lointain; les femmes se livraient à un bavardage intarissable, et les enfants jouaient de la guimbarde. Enfin, peu à peu, toutes ces manifestations bruyantes cessèrent, et ils tombèrent dans un profond sommeil.
La population française est resserrée principalement sur la rive septentrionale du fleuve Saint-Laurent, depuis Montréal jusqu'à Québec. Les premiers colons français paraissaient être venus de la Normandie. Contents de peu, attachés à leur religion, à leurs usages, soumis au gouvernement qui respecte leur liberté, ils possèdent, à côté de beaucoup d'indolence, un fonds naturel de talents et de courage qui n'aurait besoin que d'être cultivé par l'instruction : ils se livrent avec ardeur aux travaux les plus rudes. Ils fabriquent eux-mêmes les étoffes de laine et de lin dont ils s'habillent à la campagne; ils tissent ou tricotent eux-mêmes leurs bonnets et leurs bas, tressent leurs chapeaux de paille, et tannent les peaux destinées à leur fournir les mocassins ou grosses bottes; enfin leur savon, leurs chandelles, leurs charrues, etc.
Ils ont le visage long et mince; leur teint brunâtre et hâlé devient quelquefois, sans doute par l'effet du mélange avec la race indigène, aussi foncé que celui des Indiens; leurs yeux, petits et noirs, ont beaucoup de vivacité; leur nez avancé tend à la forme aquiline; les lèvres sont peu épaisses, les joues maigres et les pommettes saillantes. Une politesse noble et aisée règne dans leur conversation ; ils se présentent avec un air qui les ferait prendre pour les habitants d'une grande ville, plutôt que pour ceux d'une contrée demi-sauvage. La plus parfaite harmonie existe entre eux : souvent les enfants de la troisième génération demeurent dans la maison paternelle.
Quoique le climat, en rendant nécessaire l'usage des poils et fourrures, donne aux Canadiens l'apparence des Russes, la gaieté française y conserve son empire. Les plaisirs y ont le caractère simple et un peu grossier qu'ils avaient en France avant le raffinement introduit sous Louis &ÏV : les parents et les amis s'assemblent tous les jours
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autour d'une table chargée de mets solides; à côté d'un énorme quartier de bœuf ou de mouton, on voit de vastes terrines remplies de soupes ou de lait caillé. Immédiatement après un dîner qu'anime une gaieté franche et bruyante, les violons se font entendre; tout le monde se livre à la danse, les menuets et les gigues se succèdent sans interruption.
Les femmes du Canada sont remarquables par leurs grâces et leur brillante santé. Par l'éclat de leur teint, la régularité de leurs traits et la beauté de leur taille, elles ressemblent aux Cauchoises ; leurs grands yeux noirs tranchent agréablement avec l'incarnat de leurs joues fraîches et vermeilles. Bonnes épouses, mères tendres, ménagères soigneuses, elles font la félicité de leurs familles. Les Canadiens suivent avec une scrupuleuse exactitude les modes dont ils reçoivent les modèles de Paris.
Dans l'éducation des jeunes personnes de bonne famille, les arts d'agrément ne sont point négligés; le dessin forme une partie importante de l'instruction qu'elles reçoivent; la musique compte des élèves jusque dans les fermes et les villages. Enfin, dans la classe inférieure, une jeunesse joyeuse répète en chœur d'anciennes chansons normandes.
La sobriété n'est pas la vertu des Canadiens; l'habitude de l'ivresse y produit des accidents tragiques.
Quoiqu'une longue paix ait répandu de l'aisance et quelques germes d'industrie parmi les classes supérieures , et quoique le cultivateur du Canada jouisse d'un bonheur sans égal, le goût des études a besoin d'être encouragé.
Les deux Canadas ont fait dans l'industrie des progrès récents et assez rapides depuis quelques années. Considéré comme position militaire, le Canada forme le principal anneau de cette chaîne de possessions britanniques du nord, qui, depuis l'Acadie et Terre-Neuve, vient se perdreaux environs du lac Ouinipeg, chaîne qui enveloppe les Ëîats-Unis par le nord-est et le nord.
Nous ne nous étendrons pas sur les mœurs des tribus sauvages qui habitent dans les limites du Canada. Les Hurons, qui s'étendent au nord et à l'est du lac qui porte leur nom, jouirent autrefois d'une certainecélébrité; mais ce peuple ne se compose plus aujourd'hui que de quelques familles. Quelques restes des tribus appelées les Six-Nations, et principalement des Moiiarohs, ont quelques villages sur la rivière d'Ure. Les Missisagues, tribu alliée des Algonquins, habitent encore dans la péninsule du Canada, aux sources de la rivière de Crédit; on porte leur nombre à 16,000. La branche principale des ïroquois occupe les bords de l'Ottawa; c'est un faible reste de cette nation généreuse et redoutable.
Les Agniers habitent le misérable village de Cachenonaga, non loin de Montréal; c'est une tribu d'Iroquois qui a adopté la religion chrétienne. Cette peuplade a une dévotion particulière à la sainte Vierge.
Les Tummiskamings ou Timmiscameins habitent au nord des sources de l'Ottawa. Ils liassent pour être les plus nombreux des indigènes du haut Canada, et parlent la langue aîgonquine ou knistenane. Les Algonquins s'étendent vers la rivière Saint-Maurice. Les Pikouagamis, aux environs du lac Saint-Jean; les Mistissinnys, sur le lac du même nom, et les Papinaciiois , au nord de la rivière Saguenay, mènent aujourd'hui une vie paisible et commencent à se livrer à quelques essais de culture.
Le Gaspé ou la Gaspésie , qui renferme environ 4,000 habitants, est la patrie ancienne d'une tribu indienne, remarquable par ses mœurs policées et par le culte qu'elle rendait au soleil. Les Gaspésiens distinguaient les aires du vent, connaissaient quelques étoiles et traçaient des cartes assez justes de leur pays. Une partie de cette tribu adorait la Croix avant l'arrivée des missionnaires, et conservait une tradition curieuse sur un homme
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vénérable qui, en leur apportant ce signe sacré, les avait délivrés du fléau d'une épidémie.
Le Nouveau-Brunswick s'étend, d'un côté, sur le golfe Saint-Laurent; de l'autre, sur la baie de Fundy. Le climat de ce pays est plus froid que ne l'indique sa latitude entre le 45e et le 48e parallèle.
La tribu indigène des Maréchites est réduite à 440 guerriers. Les Européens y dépassent le nombre de 80,000.
Frédérictown, autrefois Sainte-Anne, est la capitale du Nouveau-Brunswick, la résidence du gouverneur et des principales autorités.
La Nouvelle-Écosse est une presqu'île qui partage avec toute cette partie du globe un climat fort rigoureux en hiver. Sa population est d'environ 140,000 âmes.
Halifax, capitale de la Nouvelle-Écosse et l'une des plus importantes échelles marilimes du Canada, est une ville charmante et régulièrement bâtie. Elle est peuplée de 16,000 à 20,000 habitants.
L'île du Cap-Breton est séparée de la Nouvelle-Écosse par le détroit de Causo; elle est importante par ses vastes et excellentes baies, par les pêcheries et par le commerce considérable auquel elles donnent lieu. On cite Sidney, petite ville de cinq cents âmes, aux environs de laquelle sont des houillères; Louisbourg, jadis la ville principale du Cap-Breton.
L'île du Prince-Édouard, quoique voisine de celle du cap Breton, lui est bien supérieure par la fertilité de son sol. On y trouve Charlotte-Town , petite ville avec un beau port et 5,400 habitants; Belfast, colonie agricole d'Écossais ; Charlotte-Town et Murray-Harbour, importants par leurs ports.
Terre-Neuve. — Cette île, appelée par les Anglais Neiv-Foundland , ferme, au nord, l'entrée clu golfe Saint-Laurent. Elle passe généralement pour stérile, les bords des rivières exceptés. Cependant elle produit diverses sortes de bois employés soit à l'établissement des nombreux échafaudages dressés tout le long de la côte pour la préparation de la morue, soit à la construction navale.
Parmi les animaux, on distingue une race particulière de chiens remarquables par leur grande taille, leur long poil soyeux, et surtout par la grande dimension de la peau entre les doigts de pied, ce qui les rend propres à nager. Il paraît que cette race descend d'un dogue anglais et d'une louve indigène.
Longtemps considérée comme un pays inhospitalier, comme une simple station de pêcheurs, Terre-Neuve a, depuis quelques années, vu doubler son industrie et sa population.
Cette population se compose de colons, de pêcheurs et d'Indiens sauvages qui vivent dansp'intérieur des terres. Les colons se divisent en sédentaires et en pêcheurs, car un çrand nombre d'entre eux suivent l'exemple de ces marins intrépides, qui, pour un bénéfice quelquefois fort modique, vont risquer leur vie au milieu des écueils du littoral. On conçoit qu'il est assez difficile d'évaluer avec exactitude une telle population.
La -condition intellectuelle des habitants n'est pas, on peut bien le penser, des plus satisfaisantes, et l'état social de cette réunion d'hommes laborieux, mais grossiers, n'est guère propre à faire envie à leurs voisins de Saint-Pierre et Miquelon. La cause de cette situation n'est pas difficile à deviner : pendant longtemps Terre-Neuve n'a, ainsi que nous l'avons déjà dit, été qu'un établissement de pêche, et les pêcheries appartenaient exclusivement à des négociants résidant en Angleterre qui les faisaient exploiter. Ceux-ci estimaient que le nombre, alors fort petit, des planteurs fixés dans la colonie même, n'avait aucun droit d'intervenir dans la discussion des intérêts de nie; en^conséquence, ils s'opposaient toujours aux mesures qui auraient pu améliorer
AMÉRIQUE SEPTENTRIONALE. — TERRE-NEUVE, etc.
la position d'une population qu'ils traitent comme un troupeau de vassaux ou d'esclaves. Mais l'augmentation continuelle du nombre des habitants sédentaires, les progrès de l'agriculture et, du commerce parmi les résidants, autorisent ces derniers à se mettre au-dessus des caprices des armateurs, et îe parlement impérial avisera sans doute à les doter d'institutions en harmonie avec leurs besoins actuels.
Les indigènes y forment deux ou trois tribus de 100 à 300 individus chacune. Les Indiens rouges s'étendent au sud, dans l'intérieur, jusqu'au grand lac.
Les Micmacs habitent les environs de la baie de Saint-George, de celle du Désespoir, et les bords de la rivière Great-God-Rey. Ces peuplades font avec les Anglais le commerce de fourrures, et sont loin de vivre en bonne intelligence.
Les îles Saint-Pierre, Miquelon et Langlade ou Petite-Miquelon, sont des colonies françaises voisines de Terre-Neuve.
RÉGION DU NORD-OUEST
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