‹ Murs, usages et costumes de tous les peuples du monde, d'après des documents and authentiques et les voyages des plus récents; (volume 5)Chapitre 74 sur 89 · AMÉRIQUE SEPTENTRIONALE. — RÉGION DU NORD-OUEST · texte numérisé non relu

AMÉRIQUE SEPTENTRIONALE. — RÉGION DU NORD-OUEST

aussi à la guerre. Le chef jouit d'une puissance illimitée; cependant elle a beaucoup diminué depuis que le contact avec les nations civilisées a naturalisé le luxe chez ces peuples. Le pouvoir des chefs est héréditaire; mais il ne se transmet point à leurs enfants, il passe à leurs neveux fils de leurs sœurs. Les chamans ou prêtres occupent le second rang chez ces peuplades; toute leur science se borne à la divination, à l'art de guérir les malades, et à quelques vieilles chansons que le peuple comprend à peine. Quoique leur influence ait beaucoup diminué depuis la fondation de Nouvelle- Arkhangel, elle est encore trop grande sur quelques esprits faibles. M. Schabelski raconte à ce sujet l'anecdote suivante :

« Dans le village le plus voisin de la colonie russe, un chaman fit une déclaration d'amour à une jeune fille, et n'en fut point écouté. Résolu de se venger, il attendait une occasion favorable qui ne tarda pas à se présenter. Le chef du village tombe malade, et le chaman, appelé près de lui, déclare la maladie incurable parce qu'elle est causée par une jeune fille possédée du démon, et il désigne celle qui l'avait repoussé. A peine le frère de cette malheureuse jeune fille a-t-il entendu prononcer son nom, qu'il s'élance hors de la cabane et porte à sa sœur plusieurs coups de lance; aux cris de l'infortunée, quelques Russes accourent, la sauvent des mains de ce forcené et la transportent à l'hôpital. Les secours de l'art rétablirent celte jeune victime du fanatisme; le frère apprit les détails de cette aventure, déplora sa conduite, et le chaman fut contraint de s'absenter pendant quelque temps du village. »

Les belliqueux et féroces Kolioujis, Kolioujes ou Kalougiens habitent cette côte; munis de quelques armes à feu, ils font encore aux Russes une guerre opiniâtre. Ce fut dans le territoire des Kalougiens que l'infortuné la Peyrouse découvrit le Portées Français, immortalisé par le noble et malheureux dévouement des frères Laborde. Les voyageurs français rendent le compte le plus avantageux de l'esprit actif et industrieux des indigènes; forger le fer et le cuivre, fabriquer à l'aiguille une sorte de tapisserie, natter avec beaucoup d'art et de goût des chapeaux et des corbeilles de roseaux, tailler, sculpter et polir la pierre serpentine, telles sont les prémices de la civilisation naissante de cette tribu. Mais la fureur du vol, l'indifférence entre parents et époux, la malpropreté des cabanes, et la coutume dégoûtante de porter dans la lèvre fendue un morceau de bois, les rapprochent de leurs sauvages voisins et des Russes sibériens, qui viennent aggraver ici la barbarie primitive de tous les maux d'une barbarie vieillie.

Ces peuplades sont dans un état continuel d'hostilité les unes à l'égard des autres. La vanité des chefs et le pillage des subsistances sont les deux principales causes de guerre. Ils la font avec acharnement; pendant la nuit ils surprennent le village ennemi et en égorgent tous les habitants : ceux qui échappent au carnage sont condamnés à la plus rigoureuse captivité. Lorsqu'une peuplade déclare la guerre à une autre, les guerriers se peignent le corps en noir, afin d'inspirer plus de terreur, et se couvrent la tête avec des crânes ornés du symbole de leur race. Rarement ils se battent en rase campagne : la guerre, chez eux, est une suite de ruses réciproques à l'aide desquelles chaque parti espère surprendre le parti ennemi. Ils sont grands amateurs de cérémonies. En temps de paix, ils s'envoient réciproquement des ambassadeurs; la mort d'un chef est le sujet de pompes et de fêtes religieuses dont la magnificence s'estime par le nombre d'esclaves immolés sur son bûcher. Chez les peuples de Sitka et de ses environs, il règne sur leur origine une tradition qui porte que : lorsque Dieu parcourut le monde, la terre était couverte d'eau dans laquelle nageait une femme qui donna naissance à l'espèce humaine. Cette tradition, et beaucoup d'autres plus ou moins ridicules, s'adaptent très-bien aux idées des naturels, qui passent la plus grande partie de leur vie sur les flots ou sur les côtes de l'Océan»

MOEURS, USAGES ET COSTUMES

Les peuplades qui occupent la Nouvelle -Géorgie diffèrent en taille, mœurs et manière de vivre; mais, pour les traits principaux, toutes se rapprochent des habitants du Noutka dont nous parlerons plus loin.

La dépopulation apparente des environs du port de la Découverte contrasta singulièrement avec le grand nombre de crânes et autres ossements humains qu'on y trouva ramassés, comme si toutes les tribus voisines y eussent établi leur communcimetière. Lewis et Clarke ont observé les habitants de l'intérieur. En descendant des montagnes Rocheuses, ils virent plusieurs tribus qui ont l'habitude d'aplatir la tête de leurs enfants encore très-jeunes. Les Solkouks ont le crâne tellement aplati, que le sommet de la tête se trouve sur une ligne perpendiculaire à celle du nez. Les idiomes des tribus diffèrent autant que leur physionomie. La langue des Enouchours, comprise par toutes les tribus qui habitent sur la Columbia, au-dessus de la grande chute, est inconnue plus près de la côte, et on se sert de l'idiome des Echillouts, qui en diffère absolument. Le langage des Killamouks est très-répandu parmi les tribus qui demeurent au sud, entre la côte et le fleuve Multnomah. Ces Killamouks sont au nombre d'environ 10,000. Les Koukouses, voisins de ces derniers, mais plus reculés dans l'intérieur, sont d'une autre race; ils sont plus blancs et n'ont pas la tête aplatie. En général, le teint de toutes ces tribus, soit à tête ronde, soit à tête plate, est d'un brun cuivré, plus clair que celui des peuplades du Missouri et de la Louisiane. Vivant de pêche, ils accordent aux femmes plus de considération qu'elles n'en ont chez les peuples chasseurs. L'air maritime gâte leurs yeux et leurs dents. Les tribus aux environs de la grande chute de la Columbia construisent des maisons en bois, industrie qui ne se montre pas dans l'immense intervalle depuis cette chute jusqu'à Saint-Louis.

L'île de Noutka 1 est située devant la Nouvelle-Géorgie. Les Anglais ont un établissement dans la baie de Noutka ou Nootka.

Les indigènes s'appellent eux-mêmes Wakas ou Wakash. Leur taille est au-dessus de la taille ordinaire, mais ils ont le corps musculeux; leur visage offre des os de joue proéminents; il est souvent très-comprimé au-dessus des joues, et il semble s'abaisser brusquement entre les tempes; leur nez, aplati à la base, présente de larges narines et une pointe arrondie; ils ont le front bas, les yeux petits et noirs, les lèvres larges, épaisses et arrondies. En général ils manquent absolument de barbe, ou ils n'en ont qu'une petite touffe peu fournie sur la pointe du menton. Cependant, ce défaut a peut-être une cause factice, puisque quelques-uns d'entre eux, et particulièrement les vieillards, portent une barbe épaisse, et même des moustaches. Leurs sourcils sont peu fournis ef toujours droits; mais ils ont une quantité considérable de cheveux très-durs, très-forts, et, sans aucune exception, noirs, lisses et flottants sur les épaules. De grossiers vêtements de lin, des couvertures de peaux d'ours ou de loutres marins, les couleurs rouges, noires et blanches dont ils enduisent leur corps, tout leur costume ordinaire retrace l'image de la misère et de l'ignorance. Leur équipage de guerre est bizarre. Ils s'affublent la tête de morceaux de bois sculptés qui représentent des têtes d'aigles, de loups, de marsouins. Plusieurs familles demeurent ensemble dans une même cabane; des demi-cloisons en bois donnent à ces huttes l'air d'une écurie. Quelques-unes de leurs étoffes de laine, quoique fabriquées sans le secours d'un métier, sont très-bonnes et ornées de figures d'un coloris éclatant. Ils sculptent en bois des statues grossières. Leurs pirogues légères, plates et larges, voguent sur les flots d'une manière assurée, sans l'aide d'un balancier*; distinction essentielle entre les canots des peuplades américaines et celles des parties méridionales des Grandes-Indes et des îles de l'Océanie. Leur

1 Appelée aussi Quadra et Vancouver.

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attirail de pêche et de chasse est ingénieux et d'une exécution heureuse : on remarque surtout une espèce de rame garnie de dents, avec laquelle ils accrochent les poissons. Cet instrument, ainsi que les javelots avec lesquels ils frappent la baleine, annoncent un esprit fort inventif. Le javelot est composé d'une pièce d'os qui présente deux barbes, dans laquelle est fixé le tranchant ovale d'une large coquille de moule qui forme la pointe; il porte deux ou trois brasses de corde; pour le jeter ils emploient un bâton de douze à quinze pieds de long, la ligne étant attachée à une extrémité, le javelot à l'autre, de manière à se détacher du bâton, comme une bouée, quand l'animal s'enfuit.

Plusieurs tribus du Nouvel -Hanovre, observées par Mackenzie, se rapprochent par divers traits des insulaires de Taïti et de Tonga-Tabou. On les regarde néanmoins comme des Wakas.

Les habitants de la rivière du Saumon, ou, comme ils la nomment, YAnnahyou-Tessé, vivent sous un gouvernement despotique; ils ont deux fêtes religieuses, l'une au printemps, l'autre en automne; dans leurs réceptions solennelles, ils étendent des nattes devant leurs hôtes; le peuple s'assied par devant en demi-cercle; ils marquent leur amitié pour un individu en le revêtant de leurs propres habits; ils y joignent quelquefois l'offre de leur place au lit conjugal. Mais ces traits se retrouvent chez beaucoup d'autres peuplades de l'Amérique et de l'Asie. Ces peuples sont assez généralement d'une taille moyenne, forts et charnus; ils ont le visage rond , les os des joues proéminents, l'œil petit et d'une couleur grise mêlée de rouge, le teint à la fois olivâtre et cuivré. Leur tête prend la forme conique par la suite des pressions continuelles exercées sur elle depuis l'enfance. Leurs cheveux sont d'un brun foncé. Ils font leurs habits d'une espèce d'étoffe tirée de l'écorce de cèdre, et quelquefois enlacée avec des peaux de loutre. Ils font preuve d'habileté dans l'art du sculpteur. Leurs temples sont soutenus par des piliers de bois en forme de cariatides; parmi ces figures, il en est qui sont courbées et comme accablées sous un fardeau, tandis que les autres sont debout et dans l'attitude de vainqueurs.

Les Sloud-Couss ont la physionomie agréable et paraissent très-propres. Ils ne maltraitent point leurs femmes, et conservent les ossements de leurs parents enfermés dans des caisses ou suspendus à des poteaux. Ils dérobent tout ce qu'ils aperçoivent dans les mains des étrangers; et, chose étrange! ils sont dépositaires fidèles des objets qui leur sont confiés par les voyageurs.

Les Indiens Nanscoud ou de la Cascade, les Nagaïls ou Nagaillers, et les Atnahs parlent divers idiomesdontquelques-uns ont de la ressemblance avec les langues des nations du Canada.

Les Carriers ou Tacullies, vivent de la chasse et de la pêche, habitent des huttes, et sont vêtus de peaux d'animaux ou de draps grossiers qu'ils obtiennent des facteurs de la compagnie anglaise en échange de leurs fourrures. En hiver, ils se servent de traîneaux auxquels ils attellent de gros chiens. La polygamie est en usage chez eux. Leurs femmes ont soin du ménage et font les habits de toute la famille.

Vancouver a vu, sur la côte, des villages qui étaient placés sur une espèce de terrasse artificielle, et dont la représentation, gravée dans l'atlas de ce voyageur, rappelle un peu les peuples de la Nouvelle-Zélande.

Les Anwikmutes, les Magimutes, les Kyltschanes et les Inkalisciiluates sont de haute taille; leur chevelure est noire et hérissée. Ils se fendent la lèvre inférieure et placent dans cette ouverture de petites pierres et des perles de verre. Les femmes, qui se bornent à se faire deux raies bleues au menton, divisent leurs cheveux en deux tresses qui tombent de chaque côté de la tête et sont ornées de verroteries.

MOEURS, USAGES ET COSTUMES

Les hommes s'habillent de peaux de castor; lorsqu'il pleut, ils s'enveloppent presque entièrement dans un manteau de peau de poisson.

Les femmes sont vêtues de peaux de martre ou de lièvre.

En été, ces Indiens se disséminent sur les rivières et les, lacs voisins, où ils se livrent à la pêche. L'hiver, ils voyagent à la manière des Esquimaux.

Ces peuples ne font qu'un repas par jour. On allume un grand feu dans le Kaskim r; les hommes en profitent pour prendre un bain de vapeur général et se laver avec de l'urine, occupation pendant laquelle ils pleurent les morts et chantent leurs louanges. On éteint ensuite le feu, et les femmes leur apportent leur repas; mais avant de le prendre, ils avalent une grande quantité d'eau froide pour apaiser la soif causée par la chaleur. Les femmes des hommes mariés et les sœurs ou les mères des célibataires s'asseyent à terre et attendent avec patience qu'ils aient fini de manger ; après quoi elles emportent dans leurs cabanes particulières les restes du repas destinés à elles el à leurs enfants.

Les différentes tribus ont une telle défiance les unes des autres, qu'un indigène n'ose se hasarder à visiter un village un peu éloigné, de peur d'être traité en ennemi.

1 Maison commune destinée aux assemblées.

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