‹ Murs, usages et costumes de tous les peuples du monde, d'après des documents and authentiques et les voyages des plus récents; (volume 5)Chapitre 9 sur 89 · POPULATION DES OASIS · texte numérisé non relu

POPULATION DES OASIS

PAR LIEUE CARRÉE

Grande-Oasis.

| Petite Oasis.

| Oasis de Dakhel.

| Oasis de Syouah.

— de Farafré.

Total. . .

On a bien conjecturé sur l'origine des premiers habitants de l'Egypte ; et toutes ces conjectures n'ont servi qu'à prouver la haute antiquité de ce peuple, que quelques-uns font descendre des Chinois, d'autres des Hindous. Au reste, que cette opinion soit vraie ou que les Égyptiens aient eux-mêmes peuplé ces pays , toujours est-il qu'ils ont occupé le premier rang parmi les nations civilisées de l'antiquité, vérité clairement prouvée par les restes de leurs monuments, leurs usages et leurs mœurs. Il est aussi démontré que de temps immémorial ce peuple eut des rois qui firent fleurir leurs États par des lois sages, ainsi que par les arts, l'industrie et le commerce.

On regarde généralement comme fabuleuse l'histoire des premières dynasties de ces rois, auxquels on a donné le nom de dieux, et de demi-dieux ou héros, et qui régnèrent environ 34,201 ans.

Le premier de ces rois-hommes paraît avoir été Menés (sans doute le même que le Mezraïm de l'Écriture sainte) : on prétend qu'il vint de l'Asie, vers l'an 1816 avant Jésus-Christ, pour fonder un royaume dans ce pays; et c'est à lui que l'on attribue généralement la fondation de cette fameuse religion, dont les prêtres ne révélèrent jamais entièrement les mystères, et dont le peuple ne connaissait qu'une multitude de signes extérieurs qu'il adorait. Ce fut, dit-on, sous le règne de son fils Athotès, que prirent naissance les caractères hiéroglyphiques, qui ne furent cependant employés

AFRIQUE. — ÉGYPTE

symboliquement que longtemps après : ce fondateur fut mis au rang des dieux sous le nom d'Osiris, ainsi que ses deux fils, Athotès, sous le nom de Mercure, et Tosorthrus, sous celui d'Orus ou d'Esculape. Peu de temps après Menés, l'Egypte paraît avoir été divisée en plusieurs royaumes qui prirent les noms de leurs capitales : ainsi Thèbes, Memphis, This, Éléphanline, Heliopolis, et Diospolis, furent les sièges de plusieurs dynasties de rois; plusieurs de ces royaumes ont ensuite été conquis par les pasteurs phéniciens, qui y ont régné peu de temps. Les anciens rois finirent par expulser ces rois pasteurs, et furent ensuite vaincus par Sésostris, qui régna sur toute l'Égypte, depuis l'an du monde 2514 jusqu'en 2572, époque à laquelle cette contrée fut de nouveau partagée en trois royaumes : Thèbes, Memphis, et Diospolis, dont les rois, outre leurs noms particuliers, portèrent celui de Pharaons, c'est-à-dire souveraine puissance. En 2898, le dernier se divisa en deux parties, dont l'une conserva le nom de Diospolis et l'autre prit celui de Tanis; mais en 2924, les quatre royaumes furent réunis en un seul sous Phunésès, deuxième roi de Tanis. Cette unique monarchie en Egypte eut six dynasties, et succomba l'an 5478 sous les efforts de Cambyse, qui fit cette conquête sous prétexte d'anéantir l'idolâtrie des Égyptiens : telle fut la fin de ce grand empire égyptien, dont la durée, selon M. d'Origny, n'a été que de 1,662 ans, mais qui, selon d'anciennes chroniques dont l'autorité est loin d'être incontestée, embrasse une grande période de 36,525 ans, y compris les dynasties persanes. L'Egypte sous ses Pharaons devint très-florissante, et fut souvent l'heureuse rivale des plus grandes monarchies du monde. Cette contrée resta 493 ans sous la domination des Perses, tantôt comme sujette, tantôt comme vassale, et souvent en rébellion contre ses oppresseurs.

Alexandre le Grand l'arracha sans peine aux Perses, et parut avoir le dessein d'y établir le siège de son empire, ce qui, au dire de Napoléon, illustra plus Alexandre, en y fondant Alexandrie, et en voulant y transporter le siège de son empire, que par ses plus éclatantes victoires. Cette ville devait être la capitale du monde; située entre l'Asie et l'Afrique, à portée des Indes et de l'Europe, son port est le seul mouillage que présentent les cinq cents lieues de côtes depuis Tunis (l'ancienne Carthage) jusqu'à Alexandrette.

La mort de ce conquérant en laissa maître Ptolémée, fils deLagus. Sous ce prince et sous ses successeurs, l'Egypte recommença à briller d'un nouvel éclat, et durant trois siècles, les sciences et les arts y fixèrent leur empire; la faiblesse et l'indolence des derniers descendants de ces princes préparèrent aux Romains la conquête de ce royaume, dont Auguste s'empara après une assez longue résistance, et pendant 666 ans il fut au pouvoir des empereurs d'Occident et d'Orient. Ce fut à la fin de cette époque que le fanatique Omar, un des successeurs de Mahomet, y porta la dévastation et le carnage, et le réduisit à son obéissance. Vers l'an 1171, les Turkomans chassent les califes successeurs d'Omar, et en 1250, ils sont à leur tour chassés par les mameluks, dont ces souverains avaient récemment composé leur garde; cette audacieuse milice substitue aux Turkomans un de leurs chefs avec le titre de sultan ou Soudan, et cette nouvelle dynastie règne sur l'Egypte jusqu'en 1517. Sélim Ier s'empara alors de l'Égypte, et abolit la monarchie des mameluks ; il crut y établir d'une manière plus certaine son autorité, en y introduisant une espèce de gouvernement aristocratique composé de vingt-quatre beys ou chefs de mameluks, à la tête duquel il mit un pacha : cette forme de gouvernement répondit assez bien aux intentions des sultans pendant plus de 200 ans; mais vers la fin de celte époque, les liens en étaient relâchés, et les pachas n'avaient plus qu'un simulacre de pouvoir : les beys et les mameluks seuls exerçaient un empire absolu, et la malheureuse Egypte, pillée et dévastée, languissait dans le plus affreux esclavage.

MOEURS, USAGES ET COSTUMES

Bonaparte y débarqua alors (1798) avec une armée envoyée par le gouvernement français. Sa conquête fut rapide et brillante; après plusieurs combats, les mameluks, anéantis ou dispersés, laissèrent à la France le gouvernement de ce pays, où on crut voir naître une grande colonie européenne. Quelle espérance pour la civilisation, et combien les sciences, la géographie surtout, ne durent-elles pas applaudir à ce noble projet ! Mais l'Angleterre, haineuse et jalouse, fit que des hordes nombreuses venues du Gange, du Bosphore et des îles Britanniques, fondirent sur cette poignée de Français, qui, pendant trois années, et par des efforts inouïs, se maintinrent dans ce pays, qu'ils furent forcés d'abandonner en 1800, ne pouvant se recruter. La barbarie ressaisit alors sa proie. Les Anglais, espérant être plus heureux que leurs prédécesseurs, débarquèrent de nouveau en Egypte, le 17 mars 1807, dans l'intention de subjuguer ce pays; mais, le 14 septembre de la même année, ils se rembarquèrent sans avoir pu y réussir. Dès ce moment l'Egypte devint le théâtre de la plus affreuse anarchie. Les mameluks, essayant de ressaisir leur autorité, et les pachas envoyés par la Porte, se livrèrent de terribles combats, qui achevèrent de ruiner ce pays, épuisé par la conquête des Français et par les tentatives infructueuses des Anglais.

Enfin le choix de la Porte tomba sur un de ces hommes doués de cette fermeté de caractère, de ces grandes vues, qui rendent capables de gouverner les empires. Cet homme c'est Méhémet-Ali, le vice-roi actuel, ou plutôt le véritable souverain de l'Égypte. Par son adresse autant que par son énergie, il sut s'emparer du pouvoir que ses prédécesseurs avaient vainement tenté de saisir; et pour éviter qu'à l'avenir il ne lui fût ravi par les mameluks, si justement redoutés, il employa un de ces terribles expédients dont l'Orient a été si souvent le théâtre, et qui d'ailleurs n'était que l'exécution du projet que la Porte avait depuis longtemps conçu. Le 1er mars 1811, sous le prétexte d'une fête, il fît rassembler dans son palais tous les mameluks qui résidaient au Caire, et les fît impitoyablement massacrer. L'ordre fut donné en même temps de détruire tous ceux qui étaient répandus dans les provinces. Après s'être ainsi défait de cette milice turbulente, l'Egypte se trouva pacifiée. Le pacha porta ensuite la guerre en Arabie contre les Wahabis, dont il avait projeté d'affaiblir la puissance, et à la fin de la guerre de 1819, ce peuple fut presque entièrement détruit. A peine cette expédition était-elle terminée qu'il envoya son fils Ismayl soumettre les peuples de la Nubie, du Dongolah, du Sennaar et du Kourdofan. Dans la terrible lutte des Grecs contre leurs oppresseurs, le pacha d'Egypte se montra le fidèle vassal de la Porte, en lui prêtant le secours de ses soldats et de ses flottes, et en exerçant sur les malheureux insurgés des cruautés que la différence de croyance religieuse ne pouvait autoriser. Mais par les victoires de son fils Ibrahim, ses conquêtes sur la Porte en 1855, il a prouvé que l'empire ottoman n'était plus qu'un corps énervé et languissant que le moindre choc peut renverser.

L'Égypte, dont nous allons retracer l'état politique, était censée jusqu'ici faire partie de l'empire ottoman. Cette contrée, comme toutes les divisions de cet empire, était gouvernée par un pacha, dont l'autorité n'était pas grande, mais dont en revanche les revenus étaient fort considérables; aussi cette place, vivement sollicitée à Conslantinople, se payait fort cher aux intrigants du sérail. Le pacha occupait cette place un ou deux ans.

A son arrivée, on lui rendait de grands honneurs, et il présidait le divan à quelques cérémonies publiques. Les beys, ces chefs militaires, maîtres de l'autorité, pouvaient, selon leur volonté, renvoyer le pacha, s'ils n'en étaient pas satisfaits; et plus d'une fois la Porte a dû dévorer cette injure.

Les mulléecjnis, espèce de noblesse appelée en Turquie timariots, possédaient les

16 AFRIQUE. — ÉGYPTE

terres de l'Égypte sous le nom de fiefs, qui, presque tous, étaient possédés par des mameluks, milice commandée par les beys, lesquels ne reconnaissaient que pour la forme la suzeraineté du Grand Seigneur.

Pour l'administration intérieure, l'Egypte était divisée en vingt-quatre juridictions, nommées hïrrats. Les beys recevaient chaque année le commandement de quelque province, y faisaient une tournée, pour forcer le payement des impositions, soumettre les Arabes, et maintenir Tordre. Le plus puissant des beys résidait ordinairement au Caire, avec le titre de cheik-el-beled, ou cheik du pays.

<a Les revenus se composaient de ceux du gouvernement et de ceux qui appartenaient aux mameluks.

» Les premiers comprenaient le miri ou impôt territorial, perçu en argent ou en nature; les douanes, les droits sur le commerce intérieur, la ferme de certaines exploitations, le kharadje, ou capitation des étrangers. Ces revenus étaient affectés aux dépenses du gouvernement, et l'excédant devait être envoyé à Constantinople; mais les agents, depuis les receveurs jusqu'aux beys, s'arrangeaient si bien que le Grand Seigneur ne touchait presque jamais rien de toutes ces impositions. Il y a plus, on lui portait en compte des dépenses pour des réparations de bâtiments et de canaux qui n'avaient pas eu lieu.

» Les revenus des beys se composaient non-seulement de tout ce qu'ils recevaient des villages qui leur étaient attribués, mais aussi de ce qu'ils pouvaient extorquer de mille manières. On croit généralement que les mameluks tiraient de l'Égypte, en revenus publics et particuliers, environ 55,000,000 à 40,000,000 de francs. Ils ont varié chaque année sous les Français, selon les circonstances de la guerre; mais le général Reynier les évalue, l'un parmi l'autre, à 20 ou 25 millions. j>

L'ancienne division en quatorze provinces est encore en usage parmi ce peuple; cependant, en 1826, l'Égypte fut divisée en vingt-quatre mamourliks ou préfectures, sans comprendre Alexandrie et le Caire, qui, avec leur territoire, formaient deux juridictions à part. Dans celte division, l'Égypte est partagée en haute et basse, ainsi qu'on l'a vu précédemment.

Le vice-roi a depuis quelques années changé ces divisions administratives, afin d'assurer la centralisation du pouvoir, et l'unité de son action.

Chaque moudyrlik est administré par un moudyr ou gouverneur, ayant le nom de bey, quoique plusieurs aient le grade de pacha, et d'autres celui d'aga. Ces moudyrs visitent les départements, veillent à l'exécution des ordres du vice-roi et du conseil, ainsi qu'aux opérations du cadastre, à la division des terres, à la répartition des impôts, à l'entretien et à la construction des canaux et des digues.

Le mamour ou préfet doit déterminer les travaux agricoles, et surveiller les ouvriers de sa juridiction. Il doit punir ses administrés quand ceux-ci n'exécutent pas les ordres du gouvernement; indiquer dans chaque village la quantité de terres à affecter aux diverses sortes de culture. Il doit aussi exiger des fellahs les contributions en nature ou en argent; faire les levées d'hommes pour le service militaire et les travaux publics, et surveiller les fabriques. Le mamour porte une croix de diamants.

Le cheik-et-belecl exerce une action directe sur tous les individus qui ont recours à ses décisions dans leurs démêlés, et répond du payement des contributions; il se distingue par une décoration en argent.

Le moubasch ou inspecteur, Copte de nation, est préposé à l'administration des finances de chaque mamourlik, et choisit lui-même les agents placés sous ses ordres. Dans chaque canton il place un receveur qui perçoit les impôts à l'aide du maire ou cheik, et de l'arpenteur appelé kholy, et les envoie au caissier ou seraff, qui est chargé

MOEURS, USAGES ET COSTUMES

de les faire parvenir au receveur général du mamourlik, qui verse lui-même les fonds chez le receveur du moudyrlik. Celui-ci, après avoir acquitté les bons sur le trésor, envoie au Caire les fonds qui lui restent.

Dans chaque mamourlik il y a une force armée aux ordres du mamour, et commandée par un kascheff, qui distribue ses troupes dans toute la juridiction.

Le chahed, délégué du kady, est chargé de rendre la justice, et remplit les fonctions de notaire, pour passer les actes publics. Il y a un chahed dans chaque village.

Alexandrie, la résidence du gouvernement, est la seule ville qui ne dépende d'aucun département; elle est sous l'administration immédiate du pacha et de ses ministres.

La haute administration de l'Egypte est confiée à des agents supérieurs ou ministres, chargés de rendre compte des affaires au pacha. Tout ce qui est relatif à l'armée de terre est du domaine du ministère de la guerre. La marine constitue un département spécial; les rapports de l'Égypte avec les autres États constituent les attributions du ministre des affaires étrangères; le commerce forme aussi un département particulier; les affaires intérieures ont également leur ministère; il en est de même de tout ce qui a rapport à l'instruction. Les finances sont confiées à un ministre appelé liasnader ou trésorier, ayant sous ses ordres un grand nombre de Cophtes, d'Arabes et de Syriens ou Grecs, auxquels il confie les différents emplois de son administration; le ministère de la justice comprend tout ce qui se rattache à l'ordre judiciaire et à l'administration civile : il est confié au kiaja-bey.

La surveillance des domaines de l'État est entre les mains du rousnamasch, administrateur; mais depuis que le pacha s'est emparé, au profit du gouvernement, des biens qui appartenaient aux mosquées et aux pauvres, et des fondations de toute espèce, les fonctions de cet administrateur se bornent à tenir compte des dédommagements et des pensions à payer par l'État, des frais qu'occasionnent les caravanes de la Mecque, et de ceux qui concernent le cadastre.

Pour chaque branche de l'administration, Méhémet-Ali a créé des conseils composés d'hommes spéciaux : tels sont le conseil de guerre, de la marine, de l'agriculture, de l'instruction publique, le conseil de santé, et plusieurs autres encore.

Un conseil d'État, institué en 1826, domine tous ces conseils. Il est chargé d'examiner et défaire exécuter les changements proposés par les mamours dans leurs juridictions respectives : ce conseil soumet ses propositions au pacha, qui les adopte ou les rejette : Méhémet-Ali, dans la crainte de se laisser entraîner trop facilement à l'arbitraire que sa position lui permet, a attaché à sa personne un conseil privé, au sein duquel il discute toutes les affaires du gouvernement.

En on a établi des assemblées provinciales et un divan général (assemblée centrale) composée de 180 députés de toutes les provinces, chargés de discuter sur les intérêts des affaires intérieures de l'Égypte : réunions qui rappellent le régime des États constitutionnels de l'Europe. Ces réunions sont publiques; chacun des membres y parle en toute liberté; on y traite de l'intérêt général, et l'on y reçoit les réclamations des administrés.

Un conseil général est chargé dans chaque mamourlik de s'occuper des intérêts locaux.

Ces grandes institutions, tout à fait nouvelles en Orient, ne sont pas les seules établies par le gouvernement égyptien, qui a cherché surtout à travailler pour l'avenir, en formant des administrateurs éclairés et capables de comprendre ses vues; c'est dans ce but que l'on a fondé au Caire une école d'administration, d'où sortiront à l'avenir les préfets et sous-préfets, et où l'on enseigne la science administrative, l'agriculture pratique, et la statistique agricole des provinces. La comptabilité elle-même a subi de

48 AFRIQUE. — ÉGYPTE

grands changements. Le mode adopté dans les bureaux du gouvernement est celui de la tenue des écritures en partie double. Les places de finances, occupées jusqu'à ce jour par des étrangers, le seront à l'avenir par les habitants du pays, quelle que soit d'ailleurs la religion à laquelle ils appartiennent.

Le système judiciaire, qui, chez les mahométans, est intimement lié au Coran, d'où il tire même son origine, a subi peu de changements en Egypte; mais il y a perdu une grande partie de sa rigueur : il en résulte que les habitants se décident avec moins de peine à obéir aux lois. Cependant en 4826, Méhémet-Ali a fait traduire en turc et en arabe le code Napoléon, et a ordonné la mise en vigueur du code de commerce. Un changement plus important est l'abolition de la peine de mort pour les crimes d'assassinat et de fabrication de fausse monnaie. D'après une nouvelle loi pénale, les hauts fonctionnaires de l'État, comme les derniers agents de l'administration , accusés de concussion ou d'abus de pouvoir, sont condamnés à la prison, après avoir restitué aux particuliers ce qu'ils ont pris ou reçu : si les fonds détournés appartiennent à l'État, les coupables subissent une année de galères; les assassins et les faux-monnayeurs sont condamnés aux galères à perpétuité ou pour un temps plus ou moins considérable, selon la gravité de leurs crimes. Si l'accusateur ne peut, dans l'espace de quinze jours, prouver la culpabilité du prévenu, celui-ci est mis en liberté sous caution. Mais si le prévenu est accusé de nouveau du même crime et jugé coupable, ceux qui s'étaient portés pour lui servir de caution subissent une année de galères. Les peines portées contre les crimes que nous venons d'indiquer ne peuvent être prononcées que par le divan général, devant lequel l'accusé se présente et se défend.

L'Européen, dans la nouvelle organisation de l'Égypte, rencontre un assemblage hétérogène de l'antique système administratif des Pharaons, et d'institutions empruntées à la civilisation de l'Europe moderne. L'organisation attribuée dans la Genèse à la sagesse de Joseph 1 a été renouvelée par le pacha, avec cette seule différence, qu'il n'a pas plus ménagé les biens des prêtres que ceux des particuliers. Il a déclaré l'État propriétaire des biens fonciers, et en a assigné l'usufruit aux possesseurs actuels, qui en touchent le revenu sur le trésor public. Les fonds provenant des biens des mosquées, des églises et des couvents, des biens communaux et des établissements militaires, servent à acquitter ces charges, qui ne sont plus que des rentes viagères. L'État, d'après cette organisation, est le véritable propriétaire; les nazirs sont les régisseurs, et les fellahs ou cultivateurs, les ouvriers. L'intérêt du gouvernement est donc de faire

1 On lit dans la Genèse, ch. xlvii, v. 17, 18 et 19, qu'après une grande famine le peuple proposa à Joseph de lui vendre pour le compte de l'État toutes les terres pour du pain, à la condition de fournir au cultivateur les semences nécessaires à la culture. — 20. « Ainsi Joseph acquit à Pharaon toutes les terres j> d'Egypte; car les Égyptiens vendirent chacun son champ, parce que la famine s'était augmentée, et la d terre fut à Pharaon. — 22 . Seulement il n'acquit point les terres des sacrificateurs, parce qu'il y avait » une portion assignée pour les sacrificateurs, par l'ordre de Pharaon; et ils mangeaient la portion que » Pharaon leur avait donnée : c'est pourquoi ils ne vendirent point leurs terres. — 23. Et Joseph dit au » peuple : Voici, je vous ai acquis aujourd'hui, vous et vos terres, à Pharaon; voilà la semence pour » semer la terre. — 24. Et quand le temps de là récolte viendra, vous en donnerez la cinquième partie s à Pharaon, et les quatre autres seront à vous, pour semer les champs et pour votre nourriture, et pour » celle de ceux qui sont dans vos maisons, et pour la nourriture de vos petits enfants. — 25. Et ils dirent: » Tu nous as sauvé la vie; que nous trouvions grâce devant les yeux de notre Seigneur, et nous serons » esclaves de Pharaon. — 26. Et Joseph en fît une loi qui dure jusqu'à ce jour, à l'égard des terres de » l'Égypte de payer à Pharaon un cinquième du revenu; les terres seules des sacrificateurs ne furent » point à Pharaon. »

Les saint-simoniens, dans leurs prédications, n'ont fait qu'étendre ce système qu'ils ont dû regarder comme praticable, puisqu'il a été exécuté en Égypte il y a 57 siècles, et que le gouvernement actuel l'a remis en vigueur.

cultiver le sol par ceux qui en tirent le meilleur parti, et d'en éloigner les oisifs. D'un autre côté, les fellahs trouvent leur avantage à soigner la culture des terres qui leur sont allouées, et qu'ils peuvent considérer comme des emphytéoses qui doivent assurer l'avenir de leurs enfants; d'autant plus, que leur aisance est plus grande lorsqu'ils déploient plus de zèle et d'activité.

On est prêt, en jugeant cette organisation d'après les vues européennes, à en faire la critique; mais lorsque l'on considère combien les différentes races qui constituent le peuple égyptien sont loin d'avoir l'activité et l'instinct de bien-être qui caractérisent l'Européen, et que les fellahs, naturellement indolents et presque sans besoins, ainsi que l'ont prouvé les siècles antérieurs, laisseraient tomber en décadence l'agriculture, poussée si haut par les Égyptiens, s'ils étaient livrés à eux-mêmes, on conçoit que ce système, réalisé par Méhémet-Ali, est celui qui convient le mieux à FÉgypte.

C'est à ce système, dit M. Clot-Bey, qu'il faut attribuer les immenses progrès que l'agriculture a faits dans ces derniers temps, l'introduction de riches plantations inconnues jusqu'alors au sol égyptien, et qui lui étaient éminemment propres, et l'augmentation des produits. C'est aussi ce système qui a donné au vice-roi les moyens de porter à 60,000,000 les revenus de l'Egypte, chiffre qui se bornait à 35,000,000 en 4799.

Le miri, ou impôt sur les céréales, est fixé par le gouvernement, après qu'il a reçu des mamours la quantité de terres cultivées, et l'approximation presque certaine de la récolte, après laquelle les nazirs en font transporter les produits dans les greniers publics, ou dans tout autre lieu désigné par le conseil d'État. Le cultivateur, pouvant payer avec du papier, n'a pas le droit de demander de l'argent. Après avoir fait sa livraison au gouvernement, et conservé les semences qui lui sont nécessaires, il peut faire ce que bon lui semble des grains qui lui restent. Les impôts sont partout les mêmes; quelles que soient du reste la race et la religion des sujets, ils ont droit d'obtenir des terres à cultiver.

Le pacha perçoit en outre un impôt sur les dattiers et sur les maisons. En 1826, 6i 8,600 maisons étaient imposées, et produisaient 39,300,000 francs; les dattiers, au nombre de 6,000,000, supportaient un impôt de 20 à 65 paras par arbre, et donnaient un produit de 400,000 talaris, ou environ 1,800,000 francs.

Le gouvernement, pour augmenter ses ressources, lève encore d'autres impôts et se réserve même la culture d'un certain nombre de plantes, et l'exploitation de divers genres d'industrie. En 1827, les droits régaliens, les taxes et douanes produisirent plus de 65,000,000 de francs.

Le feddan 1 est évalué en moyenne à 10 fr. Les terres les plus fertiles se payent 14 à 16 fr. , et les qualités inférieures 6 à 8 fr. De temps en temps, les terres incultes sont données par le vice-roi à des individus en état de les faire valoir; et il affranchit ces terres du miri.

Le ficlel-el-rouss, impôt personnel, est fixé au douzième du revenu supposé du contribuable; tous les individus mâles, musulmans ou rayas, y sont soumis dès l'âge de douze ans. Dans les villes, cet impôt se lève par individu, et dans les villages par maison. Ce revenu forme le sixième des revenus du trésor égyptien.

Le bétail est également soumis à un impôt. Les bœufs et les vaches sont taxés à 20 piastres (5 fr.), lorsqu'ils sont vendus à des particuliers, et à 70 piastres (47 fr. 50), lorsqu'on les vend aux bouchers. Les chameaux et les brebis sont imposés à 4 piastres ; les barques du Nil à 200. Ces droits sont affermés par le gouvernement.

1 Le feddan égale 40 ares.

20 AFRIQUE. — ÉGYPTE

Voici comment Clot-Bey classe la population de l'Égypte : Égyptiens musulmans, 2,600,000; Égyptiens chrétiens (cophtes), 150,000; Osmanlis ou Turcs, 12,000; Arabes bédouins, 70,000; nègres, 20,000; Barabras, 5,000; Abyssiniens, 5,000; esclaves circassiens, mingréliens, géorgiens, 5,000; juifs, 7,000; Syriens, 5,000; Grecs raïas ou rayas, 3,000; Arméniens, 2,000; Grecs francs, 2,000; Italiens, 2,000; Maltais, 1,000; Français, 700 à 800; Anglais, 80 à 100; Autrichiens, 60 à 100; Russes, 20 à 30; Espagnols, 15 à 20; Belges, Hollandais, Suédois, Prussiens, Danois, environ 100. Cette évaluation, nous devons le faire observer, n'est qu'approximative et nullement officielle.

En décrivant les différents peuples de l'Égypte, nous ne ferons qu'indiquer la religion ou la secte à laquelle ils appartiennent, renvoyant nos lecteurs, pour tout ce qui concerne les cultes, à notre Histoire et cérémonies religieuses de tous les peuples.

Le fondateur de l'islamisme n'a point établi de distinction sociale entre les musulmans; l'empire ottoman n'admet point de castes privilégiées : et cependant deux races qui, malgré leur communauté de religion, ne se sont point mélangées, existent en Ëgypte et sont en présence l'une de l'autre : l'une, la race turque, a le pouvoir avec les honneurs et les profits qui en résultent; l'autre, la race égyptienne ou arabe, subit la honte, supporte les charges de la dépendance

D'où vient cela?... D'un passé de quarante siècles qui a produit cet état de choses qu'une soudaine révolution n'a pu, ne pouvait pas renverser instantanément. Doit-on accuser Méhémet-Ali? Non : il a fait tout ce que lui ont permis les circonstances; il est le seul Osmanli qui se soit appliqué à relever la race arabe. C'est à lui qu'elle doit l'instruction qui doit l'éclairer, la féconder; c'est lui qui a fait battre par les Arabes, les Turcs qu'une servitude de trois siècles leur avait appris à craindre; c'est Méhémet- Ali qui a choisi parmi les Égyptiens indigènes la plupart des mamours, et presque tous les officiers de ses armées jusqu'au grade de chef de bataillon.

Le vice-roi ne pouvait pas faire plus : les Égyptiens ont les vices et les défauts des peuples qui ont vécu longtemps dans la servitude : ils n'ont pas l'instinct du commandement, et, malgré une grande intelligence, ils ne savent rien mener à fin s'ils ne sont pas dirigés.

Il n'en est pas de même des Turcs qui, accoutumés à la supériorité, ont la tenue, la dignité, la confiance en soi, qui sont indispensables à ceux sur qui repose l'autorité. Méhémet-Ali a donc dû réserver à ceux-ci les principaux emplois dans l'administration, les gracies les plus éminents dans l'armée : le contraire eût été une maladresse, un défaut de génie ou même de simple raisonnement qui aurait pu amener des conséquences fâcheuses.

La race égyptienne proprement dite est divisée en plusieurs classes :

Les ulémas, les hommes de la loi et de la religion, occupent le premier rang. Ils doivent la considération dont ils jouissent à l'importance et à la noblesse des fonctions qui leur sont confiées, à l'instruction qui leur est nécessaire pour les remplir. Bien que tout musulman puisse être admis dans le corps des ulémas, ils se transmettent pourtant leurs charges par voie d'hérédilé, et forment comme une caste aristocratique. Mais le haut ascendant qu'ils avaient autrefois sur l'esprit du peuple a été détruit par le vice-roi, qui les a sagement dépouillés des immenses richesses territoriales qu'ils devaient aux superstitions et à l'ignorance de leurs compatriotes.

Les propriétaires, les négociants et marchands forment la seconde classe, peu nombreuse et qui ne possède que des fortunes médiocres. Cependant la crise à laquelle l'Égypte vient d'être en proie a relevé son importance; c'est à ses membres les plus influents qu'ont été remis les principaux commandements de la milice nationale improvisée dans les provinces de la basse Egypte par le vice-roi.

MOEURS, USAGES ET COSTUMES

Les artisans composent la troisième classe, qu'on peut regarder comme une véritable caste. Tous les métiers, toutes les petites industries, sont divisés en corporations qui se régissent elles-mêmes dans le cercle qu'elles embrassent, et qui ont leurs statuts, leurs coutumes et leurs chefs. La corporation des domestiques entre aussi dans cette catégorie.

La dernière classe comprend les agriculteurs, les fellahs ou paysans, qui forment la masse de la population.

De même que dans toutes les civilisations orientales, la loi, chez les musulmans, a son principe dans la religion ; et si pour ce peuple le péché est souvent un délit, le délit est toujours un péché. Leurs lois civiles et criminelles émanent surtout du Coran; s'il se présente un cas sur lequel le livre ne prononce pas, le juge cherche alors la lumière dans les traditions religieuses suivantes :

1° Le Sunnet, ou recueil des actions et des paroles du prophète : les préceptes qu'il a donnés sur certains actes, le silence qu'il a gardé sur d'autres, sont ici interprétés;

2° Les lois orales de notoriété publique, qui furent connues dans les trois premiers siècles du culte mahométan : on observe aussi des lois orales moins sacrées, que l'on considère comme une sorte de droit coutumier ;

5° Les recueils des gloses et interprétations des premiers disciples du prophète;

4° Le recueil des décisions canoniques prononcées par les imans des siècles primitifs, et principalement par les quatre grands imans fondateurs des quatre rites orthodoxes.

La majorité pour les deux sexes est fixée à l'époque de la puberté, c'est-à-dire à douze ans pour l'homme, à neuf ans pour la femme, si à cet âge ils affirment par serment être en état de puberté. S'ils ne remplissent pas cette formalité, ce n'est qu'à l'expiration de leur quinzième année que les jeunes gens sont déclarés majeurs. L'homme de condition libre est alors maître de ses actions; s'il n'a, plus son père, le tuteur peut administrer les biens jusqu'à ce que le pupille ait vingt-cinq ans révolus; mais si le jeune homme a la disposition de sa fortune, l'emploi qu'il en fait conformément aux lois est valide.

Le mariage est légalement constitué par une déclaration de consentement faite devant témoins, ainsi que par le payement, intégralement ou partiellement effectué, d'une dot à l'épouse. — La polygamie est permise, mais restreinte; le Coran défend expressément d'avoir plus de quatre épouses légitimes; et, dans le cas où. un homme appréhende quelque inconvénient de ce nombre de femmes libres, il lui est recommandé de se borner à en avoir une seule, ou de se contenter d'esclaves au lieu de femmes libres. — La faculté du divorce repose principalement dans la volonté du mari : de là un abus énorme parmi les Arabes, dont quelques-uns ont changé de femmes plus de cinquante fois. Les Osmanlis, au contraire, se montrent fort sobres du divorce. Après deux divorces, le mari peut encore reprendre sa femme; mais une troisième séparation accomplie, il ne lui est permis de l'épouser de nouveau que si, dans l'intervalle, elle a été mariée à un autre homme qui l'ait répudiée. — On doit remarquer que la condition des femmes a été améliorée en Orient par la loi de Mahomet; on ne peut épouser une femme sans lui assurer une dot en cas de répudiation ; les sœurs héritent conjointement avec les frères, et reçoivent une demi-part; l'esclave rendue mère devient libre. — Le Coran proclame la supériorité de l'homme sur la femme; mais il exige que cette supériorité se témoigne par une protection bienveillante. « Les hommes, dit-il, sont supérieurs aux femmes parce que Dieu leur a donné la prééminence sur elles, et qu'ils les dotent de biens. Les femmes doivent être obéissantes et taire les secrets de leurs époux, Les maris qui ont à souffrir de leur désobéissance peuvent les

22 AFRIQUE. - ÉGYPTE

punir, les laisser seules dans leur lit et même les frapper. La soumission des femmes doit les mettre à l'abri des mauvais traitements; attachez-les par des bienfaits. »

Le père a le droit de marier ses enfants mineurs, sans qu'ils puissent jamais élever une réclamation contre cet acte d'autorité paternelle; mais le consentement des enfants majeurs est indispensable. Le père n'est point responsable des accidents qui peuvent survenir pendant son administration des biens de ses enfants mineurs; il a la faculté de les engager s'il a des besoins réels ou des dettes.

Ces deux derniers droits exceptés, le tuteur, qui est de droit le plus proche parent de l'orphelin, a la même autorité que le père; si l'enfant n'a point d'alliés, son tuteur naturel est le magistrat du lieu.

L'incarcération du débiteur est facultative jusqu'à ce qu'il ail été déclaré insolvable. Le failli formellement interdit ne peut se passer de l'autorisation du magistrat pour tout acte civil ou relatif à ses biens.

Les cas d'interdiction sont : la minorité, l'imbécillité, la folie, l'esclavage, la prodigalité et l'état de banqueroute.

En Égypte, ainsi que dans tout l'empire ottoman, les fils héritent également de leurs pères, qu'ils soient issus d'épouses légitimes, de concubines ou d'esclaves. La femme a droit à la moitié de la part dévolue à l'homme, lorsqu'ils sont parents au même degré. Si le mort laisse des filles, quel qu'en soit le nombre, elles ont à partager les deux tiers de la succession; s'il n'y a qu'une fille, on lui accorde la moitié : le Coran le veut ainsi. Mais si le défunt ne laisse point de parents à qui ils puissent être distribués, la moitié ou le tiers en question sont reportés sur lesdites filles. En cas de survivance, le père et la mère du mort ont droit à un sixième des biens; s'il n'y a pas d'enfants, le père a les deux tiers et la mère le surplus; si le défunt laisse des frères, ils ont un sixième, ce qui diminue de moitié la portion de la mère. L'épouse ou les épouses ont un huitième si le mari laisse postérité; autrement elles ont un quart. Un mari a le quart si la femme laisse des enfants, la moitié s'il n'y en a point. — Un homme ne peut disposer en legs que du tiers de sa fortune.

Les factieux, les pirates, les brigands, les faussaires encourent la peine capitale; on sait que le blasphémateur est puni de mort par la loi musulmane.

Le meurtre, presque inconnu en Égypte, y encourt la peine du talion; il peut se racheter par une amende au profit des ayants droit, si ceux-ci y consentent. — Il en est de même à l'égard des coups et blessures.

L'adultère non marié est fustigé; il est lapidé dans le cas contraire.

Selon le Coran, la main du voleur doit être tranchée; mais une loi du Sunnet n'inflige ce châtiment que si le vol a eu lieu avec circonstances aggravantes.

En causes civiles, les faux témoins doivent être notés d'infamie, et promenés publiquement dans la ville; les mêmes coupables, dans les affaires criminelles, encourent, outre la fustigation, la peine que leur faux témoignage a fait subir à l'accusé.

L'apostasie de l'islamisme est punie de mort, à moins qu'après triple serment l'apostat ne revienne à la religion musulmane.

La justice émane uniquement du souverain, qui nomme les premiers juges. Ceux-ci, à leur tour, choisissent leurs subordonnés en hiérarchie. Le sultan envoie donc chaque année au Caire un grand cadi dont la juridiction s'étend sur toute FÉgypte, et quia sous lui les cheiks, les muftis (docteurs de la loi), et les nàibs (espèce de substituts). — L'instruction et la vertu sont deux qualités principalement réclamées du juge dont la charge, qui n'est point inamovible, ne peut se refuser.

Un greffier, kiatib, est toujours attaché au mehkemé, tribunal; ce fonctionnaire dresse les protocoles des plaidoiries. — Il n'y a point d'avocats; chaque partie défend

MOEURS, USAGES ET COSTUMES

sa cause ou la fait défendre par la personne qu'elle choisit. En général, la déposition de deux témoins suffît pour établir une preuve certaine; l'adultère seul en demande quatre, et les dépositions doivent être parfaitement identiques. Dans le jugement de ce crime, l'aveu quatre fois répété des accusés emporte condamnation ; mais le désaveu détruit tout. Le témoignage d'un seul homme n'est jamais admissible; celui de la femme ne l'est qu'en matière civile. — Les appels ont rarement du succès.

Quoique, dans les recueils juridiques ou dans le droit coutumier musulman, il se trouve des lois assez bonnes, la justice n'est nulle part plus mal rendue que chez les musulmans.

Le cadi cumule avec ses fonctions celles de notaire; c'est lui qui, moyennant un droit de 2 pour 100, passe les contrats de ventes d'immeubles entre les particuliers. Ces contrats, ou heggeh, sont revêtus de son sceau, et les archives du tribunal en conservent les minutes.

Les frais de procédure n'excèdent pas 4 pour 100. Le condamné les paye aussitôt le jugement rendu.

Méhémet-Ali, en organisant son armée, a fait adopter le code militaire français. Il a aussi établi un tribunal de commerce mixte, composé de nationaux et d'Européens.

L'Égyptien musulman conserve, même sous les haillons, un caractère de distinction; son port est droit, bien cambré; sa démarche est posée, sans affectation; ses mouvements sont pleins de calme; et, bien qu'elles ne soient pas étudiées, on dirait que toutes ses manières sont calculées avec précision; jamais la vivacitç et l'enjouement n'en troublent la lenteur et la régularité. Impassible, le regard sérieux, le visage sévère, il ne trahit extérieurement aucune des impressions intérieures qu'il ressent, et laisse s'agiter en lui, sous un masque également froid, les sentiments les plus opposés. Sa voix est forte et perçante; il parle d'un ton très-haut, ce qui ferait croire qu'il se dispute lorsqu'il ne fait que causer tranquillement. Au reste, il est sobre de ses paroles, qui paraissent toujours réfléchies.

L'Égyptien a de l'intelligence, conçoit rapidement, apprend sans difficulté; mais, soit insouciance ou défaut de mémoire, il oublie vite ce qu'il a appris. Il est doué d'une très-grande adresse manuelle, et son caractère malléable permet de l'employer aux travaux les plus divers. Pendant son enfance, l'Arabe de ce pays semble enjoué, vif, spirituel; parvenu à l'âge viril, il prend ce sérieux, cette froideur dont nous avons parlé plus haut.

La sobriété, la frugalité même distinguent les Égyptiens, parmi lesquels l'ivresse est fort rare. Le pain est considéré par eux avec un grand respect; ils lui ont donné le nom de keysek (littéralement vie), parce que, dans leur pensée, il se lie étroitement avec l'existence dont il est le principal soutien.

L'hospitalité est religieusement observée en Égypte; les mousafirs (voyageurs), de quelque pays qu'ils soient , sont partout accueillis et hébergés. Lorsque le visiteur arrive au moment où le musulman prend son repas, celui-ci l'invite à le partager. Les gens de la classe moyenne, qui soupent quelquefois devant la porte de leurs demeures, invitent à s'asseoir à leur table le passant dont l'extérieur est décent. Cependant, si les Egyptiens se témoignent entre eux une grande affabilité, il faut reconnaître que, tout en se montrant parfois généreux, ils mettent plus de réserve dans leurs rapports avec les Européens.

Accoutumé à l'oppression, ce peuple, dans les circonstances ordinaires, semble timide, et craint, dirait-on, d'attirer le danger sur sa tête. Mais devant le péril, son cou rage se réveille, et nul plus que lui n'a de résignation dans la souffrance; nul n'est plus

AFRIQUE. — ÉGYPTE

soumis aux décrets de la Providence, et il accueille les revers par ces mots stoïques : Allah-Kèrim! (Dieu est bon!).

L'amour de la patrie est si fort enraciné chez eux qu'on les voit rarement se résoudre à abandonner volontairement le sol qui les a vus naître ; ils conçoivent si peu l'existence ailleurs que chez eux, qu'ils demandent souvent aux Européens s'il y a aussi dans nos contrées un Nil et des palmiers.

Mais si jusqu'à présent nous avons fait voir ce peuple à travers un prisme avantageux, il nous faut bien aussi montrer ses défauts et ses vices, car toute médaille a son revers. Un cupide amour de l'argent bannit presque tout orgueil du cœur de l'Égyptien; lorsqu'on lui remet de l'argent à titre de cadeau ou de payement, il a pour habitude d'agiter l'index de la main droite en disant : Kâman ouâhed (encore une autre pièce de monnaie), et il n'hésite pas à mendier quelques misérables paras I. Il ne faut pourtant pas trop en vouloir à ces malheureux de cette honteuse cupidité; c'est un instinct méprisable et qui ne les porte que trop à l'escroquerie et au vol; mais qu'on ne perde pas de vue que pendant dix siècles ces infortunés ont été en butte à toutes les extorsions qu'il a plu à leurs oppresseurs de leur faire subir, et que, sans cesse volés par ces tyrans, l'argent leur est devenu d'autant plus précieux qu'il leur était plus difficile de le conserver. Aussi les Égyptiens ont-ils pour mettre leur trésor une cache nommée mekhba.

Au reste, ils sont menteurs, dissimulés, envieux, jaloux, défiants, et se montrent bien rarement reconnaissants. La paresse est innée chez eux; et s'ils étaient leurs maîtres, ils passeraient leur vie dans la plus honteuse indolence. L'Égypte leur offrant le moyen de satisfaire leurs besoins, très-bornés d'ailleurs, leur prévoyance ne va pas jusqu'à penser au lendemain; le présent est tout pour eux, et l'intérêt même se tait devant l'apathique léthargie à laquelle ils sont en proie.

L'Égyptien, se considérant comme sectateur d'une religion privilégiée, est fier de sa croyance, et ne regarde qu'avec mépris ceux qui ne professent point son culte. Un juif est pour lui un chien, un chrétien un infidèle, et il ne connaît pas d'injure plus grande, d'outrage plus sanglant à lancer à la face d'un homme que de l'appeler chrétien ou juif. Mais si jamais le doute n'a effleuré sa foi, il n'en est pas moins à tous autres égards dans une ignorance complète. L'esprit des Égyptiens en général n'a aucune espèce de culture; et aujourd'hui encore, il n'y a, à part les sujets sortis des écoles récemment fondées, que quelques personnes lettrées; et encore leur instruction ne s'étend pas au delà de la connaissance des livres religieux et d'un petit nombre de poésies. Mais ce n'est pas à l'islamisme qu'il faut attribuer cet état de ténèbres où reste leur intelligence : c'est aux mameluks qu'on doit s'en prendre, car ce sont eux qui ont étouffé les lumières en Égypte.

L'entêtement est un des traits caractéristiques des Égyptiens, à ce point qu'on en a vu plusieurs préférer recevoir jusqu'à deux cents coups d'une sorte de cravache en cuir d'hippopotame, appelée courbach, plutôt que d'acquitter leurs impôts. Ils sont aussi très-querelleurs, surtout dans les classes inférieures; et cependant on ne voit que bien rarement les coups succéder aux injures. Un des antagonistes cède toujours en disant : « La justice est contre moi; » à moins qu'un tiers intervenant ne s'écrie : « Bénédiction sur le prophète ; que Dieu le favorise ! » Les deux adversaires répètent ces paroles, récitent ensemble quelques versets du Coran, et un embrassement scelle souvent la réconciliation. Le ressentiment est encore un vice fort ordinaire chez ce peuple. Il existe parmi eux des vengeances héréditaires entre familles : Le sang appelle le sang,

1 II faut 40 paras pour égaler une piastre qui représente 25 centimes.

MOEURS, USAGES ET COSTUMES

disent-ils. Heureusement les coutumes barbares disparaîtront inévitablement devant les progrès de la civilisation.

Les Égyptiens sont naturellement satiriques, et souvent spirituels; leur langue admet les ambiguïtés, les mots à double sens, qui abondent dans leurs conversations, fréquemment licencieuses. Les idées ne sont pas moins scabreuses que les expressions; et peu de femmes, même entre les plus vertueuses, savent bannir de leur langage l'indécence et les obscénités. Les Turcs d'Egypte sont adonnés au vice odieux de la pédérastie; mais si ce crime est moins commun chez les Arabes, ils en commettent un plus repoussant, s'il est possible : nous voulons parler du crime de bestialité.

Nous ne devons rien dire ici du costume musulman primitif, encore en usage il y a peu d'années chez les mahométans de l'Egypte, et dont la description trouvera sa place lorsque nous parlerons des Turcs d'Europe; mais nous devons mentionner la métamorphose qui s'est opérée dans l'habillement des Égyptiens vers l'année 1825, et qui fut la conséquence de l'organisation des troupes réglées. La suppression du turban commença la réforme; trois ans plus tard on procéda à de nouvelles modifications; tout en laissant subsister la culotte large jusqu'au genou, et que termine une espèce de guêtre, on adopta un gilet à manches, par-dessus lequel on portait une carmagnole, à peu près semblable, quoique plus ample, aux vestes de nos hommes du peuple. On s'est bientôt aperçu combien les manches ouvertes de cette espèce de dolman, qui flottaient par derrière, entravaient les évolutions des militaires, et on les a mises à l'index.

L'influence de l'armée, devenue alors l'institution la plus importante de l'Égypte, devait s'étendre à tout, même au costume traditionnel. Qu'ils appartinssent ou non à l'armée, les dignitaires de l'État adoptèrent peu à peu l'habillement militaire : Ibrahim- Pacha donna l'exemple et le premier prit le tarbouch ; tous l'imitèrent bientôt, et le vice-roi lui-même adopta le vêtement qu'il avait intronisé.

Aujourd'hui les couleurs éclatantes, si chères aux anciens Orientaux, ne sont plus portées que par le peuple; les gens de distinction ne font cas actuellement que des beaux draps noirs, bleus, marrons, etc. Si le tarbouch avait une visière, il serait ana-

10 gue aux bonnets des chasseurs d'Afrique, et, quoique moins gracieux que le turban,

11 aurait du moins l'avantage de préserver le front et les yeux des ardeurs du soleil, chose fort utile dans un pays où la lumière est très-vive. Mais la visière donnerait au tarbouch une certaine ressemblance avec le chapeau européen, et il est douteux que les musulmans consentent à l'adopter : ils ont un tel mépris pour notre coiffure, que lorsqu'ils veulent exprimer qu'ils sont capables de tout, ils s'écrient qu'ils prendront le chapeau, ce qui pour eux équivaut à changer de religion ou à renoncer à leur nationalité.

Le mezz, espèce de chausson en peau jaune, remplace, chez les personnes aisées, les bas dont peu de musulmans font usage ; le mezz est placé dans un soulier de maroquin jaune ou rouge, qu'on nomme markoub, et qui est porté en pantoufle. Jadis les musulmans seuls pouvaient porter la couleur jaune; le noir était principalement affecté aux chrétiens qui, néanmoins, avaient droit de se passer la fantaisie des souliers rouges. Grâce à la double chaussure, les Orientaux sont libres, en entrant dans une mosquée ou dans un appartement, de déposer leurs souliers à la porte, ce qui leur permet de fouler les nattes, les tapis, les divans, sans crainte de les salir, et en même temps sans avoir les pieds nus : on s'explique facilement son utilité.

Le législateur, qui sans doute connaissait le goût passionné des Arabes pour la parure, s'est efforcé d'y remédier par une prohibition spéciale; mais ce fut en vain : l'influence religieuse, quoique immense, ne fut pas assez forte pour vaincre ce penchant. Mais si nul peuple ne fait autant profusion d'or et de pierreries, nul n'harmo-

AFRIQUE. — ËGYPTE.

nise plus mal les richesses qu'il prétend déployer; on a vu souvent un Oriental unir l'or aux guenilles. La garde-robe des Égyptiens est moins bien fournie que celle des Européens aisés ; ils n'ont pas autant d'habillements; les riches pourtant en changent assez souvent. Le linge du corps est renouvelé plusieurs fois par semaine, excepté parmi le peuple qui se montre peu fidèle aux règles de propreté. Le linge n'est pas, comme chez nous, plissé, repassé, etc. Tout est lavé à l'eau et au savon ; on n'y fait pas usage de la lessive.

Le costume du fellah est très-simple : il se compose d'une chemise et d'un caleçon de toile de lin, par-dessus lesquels on revêt une grande chemise bleue nommée herie, qui descend au-dessous du genou, et que serre autour du corps une ceinture de peau ou d'étoffe. La coiffure du fellah est le tarbouch et le turban, ou une calotte feutrée, de couleur blanche ou grise, appelée lebdeh. L'hiver il porte le zabout ou capote à manches amples.

En général, les Égyptiens musulmans ne laissent subsister de leurs cheveux qu'une petite touffe nommée choucheh, au sommet de la tête; cette infraction aux lois du Coran, qui ordonne de raser entièrement la chevelure, vient de ce qu'ils craignent que, venant à être pris par les infidèles, ceux-ci ne leur tranchent la tête, et ne trouvant pas de cheveux pour la saisir, n'introduisent leur main impure dans la bouche, la barbe ayant souvent trop peu de longueur pour la saisir. On sait que les Égyptiens, comme tous les peuples des climats chauds, ont la barbe peu fournie; ils n'en laissent guère que ce que nous appelons la royale, et jamais sa longueur ne dépasse un travers de main. Ils coupent la moustache au niveau de la lèvre supérieure, tandis que les Osmanlis la laissent croître librement. Quoique la barbe soit un symbole de virilité et de puissance physique et morale, le vice-roi l'a supprimée dans l'armée aussi bien pour les officiers que pour les soldats. Un jeune homme, s'il n'est pas majeur, ne peut porter de barbe qu'autant que son père le lui permet. Les esclaves ne peuvent que bien rarement obtenir cet honneur. L'absence de moustaches, chez ceux qui n'ont point de barbe, est stigmatisée par une épithète qui frise souvent l'outrage. Les chrétiens du pays ont pour la barbe une considération aussi grande que celle dont les musulmans font profession. A l'exception de la barbe, toutes les parties chevelues du corps sont soigneusement soumises à l'épilalion qui se fait au moyen du rasoir, ou en arrachant les poils, ou en les faisant tomber à l'aide d'un cosmétique composé de chaux et d'orpiment. Quelques hommes de la basse classe se tatouent les mains et les bras. Les bains et les ablutions sont les mêmes que chez les Turcs proprement dits; aussi n'en parlerons-nous pas ici. Il en sera de même pour tout ce qui appartient positivement aux mœurs ottomanes.

Les domestiques égyptiens sont avides, et l'on ne saurait se reposer sur leur fidélité. Dans les pays musulmans, il n'était jamais permis aux chrétiens d'avoir des serviteurs de Mahomet pour domestiques; l'Égypte seule a fait infraction à cette absurdité religieuse.

Les femmes arabes qui forment la plus grande partie de la population féminine de l'Egypte, sont de taille moyenne et de formes élégantes. Elles ont la colonne vertébrale arquée, les membres réguliers et arrondis, les mains et les pieds petits et potelés. On sait que souvent elles surpassent en vigueur l'homme dont elles partagent les fatigues. Leur nez est petit, souvent épaté légèrement, et leurs lèvres un peu épaisses. Leurs dents, parfaitement alignées et d'une blancheur éclatante, contrastent assez agréablement avec la teinte basanée de leur peau, et plus ou moins foncée selon qu'elles appartiennent à la ville ou à la campagne, à la haute ou à la basse Egypte. Mais ce qui surtout embellit leur physionomie, ce sont de grands yeux noirs, étincelants de viva-

MOEURS, USAGES ET COSTUMES

cité, et ombragés de longs cils. Leur sein, puissamment développé, ferme et bien placé, ne cède jamais aux artifices souvent funestes de la coquetterie européenne. Leur démarche élégante, leur pas sûr et allongé, leurs poses majestueuses rappellent de gracieux souvenirs de l'antiquité. La douceur de leur voix s'harmonise admirablement avec l'adorable tendresse de leurs expressions familières : lah hcny (mes yeux), lah kholbi (mon cœur), lah roliilii (mon âme). Elles se servent toujours du nom de frère ou de celui de maître lorsqu'elles adressent la parole à un homme.

La toilette préoccupe beaucoup les Égyptiennes, et leur excessif désir de plaire enfante mille pratiques curieuses : par exemple, au lieu de laisser croître librement leurs sourcils, elles en diminuent la largeur et n'en laissent qu'une ligne très-mince. Elles teignent en noir le bord de leurs paupières au moyen d'une poudre noire qu'elles nomment khôl (antimoine), qu'elles renferment dans un petit flacon en cristal ou en argent; elles introduisent dans ce flacon un stylet, qu'elles promènent ensuite sur le bord des paupières, et lorsqu'elles ne surchargent pas trop la teinte, le résultat qu'elles se sont proposé, et qui consiste à rendre les yeux plus brillants, est assez bien atteint. Elles parsèment leur visage, leur cou et leur gorge de mouches noires, et se teignent communément les ongles, l'extrémité de la face palmaire des mains, et la plante des pieds en noir ou en rouge avec des feuilles de henneh. Les femmes du peuple ont la lèvre inférieure, le menton, les mains et les bras tatoués.

Les femmes turques sont les plus belles de l'Egypte; ce sont pour la plupart des esclaves venues de Géorgie ou de Circassie, et c'est parmi elles qu'on choisit les odalisques du sérail.

Lorsqu'elles ont atteint sept ou huit ans, on fait subir aux jeunes filles une espèce de circoncision; pour cela, on les conduit au bain, et ce sont les baigneuses qui les mutilent. Cet usage, que la religion ne prescrit pas, était, dit-on, pratiqué dans l'antique Egypte; son but probable paraît être de modérer dans son principe même un penchant trop prononcé à la volupté. Dans ce pays, les femmes sont nubiles vers leur dixième ou onzième année; elles sont souvent mères à douze ans, grand'mères à vingtquatre, bisaïeules à trente-six, trisaïeules à quarante-huit, et on en voit même qui sont contemporaines de leur cinquième génération. Mais leur précocité et leur fécondité déterminent une vieillesse hâtive, et une Européenne à cinquante ans est souvent moins fanée qu'une Égyptienne à vingt-cinq. Il n'est aucun moyen qu'elles ne mettent en pratique pour devenir mères, car la stérilité n'est vue qu'avec mépris.

La richesse et la variété de l'habillement distinguent la femme de l'homme puissant. Elle porte une chemise de mousseline, de toile très-fine, de crêpe ou d'autre tissu recherché; cette chemise est blanche, de couleurs éclatantes, quelquefois noire; quelques-unes sont parsemées de paillettes brillantes; plus fréquemment elles ont une bordure de soie ou d'or. Elles sont amples, ont des manches larges, ne tombent pas tout à fait jusqu'au genou, et recouvrent un caleçon de toile ou de mousseline. Un chintyan (pantalon) fort large, fixé par une gaine à la ceinture et lié à la jambe, retombe sur les pieds, offrant ainsi l'aspect d'une jupe. Une grande robe (yàlek) serre la taille sur les hanches et descend jusqu'aux pieds; elle est échancrée de façon que la gorge n'est couverte et retenue que par la chemise; elle est boutonnée par devant jusqu'audessous des hanches, et ouverte des deux côtés à partir des hanches. Les manches pressent les bras, s'élargissent au coude et tombent ensuite jusqu'au bas de la robe, ou s'arrêtent au poignet. La taille est entourée d'une ceinture faite d'un châle de cachemire ou d'un carré de mousseline, d'indienne, selon le rang et la fortune. Le carré est plié diagonalement et placé sur le bas des reins; un de ses angles reste derrière, tandis que les deux extrémités, ramenées sur le devant , y sont fixées par un nœud ou une

AFRIQUE. — ÉGYPTE

ganse. Une espèce de surtout (gebbeli), en drap pendant l'hiver, avec ou sans broderies, est placé par-dessus le yalek; les manches s'arrêtent au coude; quelques dames le remplacent par le saltah ou spencer.

La coiffure consiste en une petite calotte de laine rouge, autour de laquelle sont roulés, en forme de turban, un ou plusieurs mouchoirs de crêpe, de mousseline blanche ou autre, brodée suivant la fantaisie. Une plaque ronde, bombée, de trois pouces environ de diamètre, et nommée (jours, est fixée à la partie postérieure du bonnet; cette plaque est en or, ou garnie de pierreries, suivant que les femmes occupent un rang inférieur ou élevé. Les cheveux de la partie antérieure de la tête sont arrangés en boucles ou en bandeaux sur les tempes. De même qu'en Europe, les dames égyptiennes rejettent la masse des cheveux en arrière, mais avec cette différence qu'au lieu de les arrêter sur la tête, elles les laissent retomber sur le dos et les divisent en petites tresses dont le nombre, toujours impair, varie depuis onze jusqu'à trente-cinq. Dans la composition de ces tresses, on fait entrer trois petits cordons de soie noire, auxquels on attache de petites paillettes ou des bijoux en or. Chaque tresse se termine par un ornement en or, une grappe de perles, ou une simple pièce de monnaie percée à son bord. L'ensemble de cette coiffure a reçu le nom de sefé.

Ce costume est celui des dames du harem; elles ne portent point de bas; la peau de leurs pieds, souvent lavés dans une eau parfumée, est aussi douce que celle de leurs mains; les ongles sont teints avec le henneh, et quelques-unes vont jusqu'à garnir leurs orteils d'anneaux non moins précieux que ceux qui brillent à leurs mains. Le mezz, en maroquin jaune ou en velours richement brodé, chausse ce pied dont la beauté naturelle est rehaussée par l'éclat et le luxe de cette chaussure très-découverte, et qui en cache à peine les extrémités; le mezz, sans rebord par derrière, laisse au talon toute sa liberté. Pour marcher ailleurs que sur les divans et les tapis, les dames ont des babouches dont la pointe aiguë est recourbée; lorsqu'elles sortent, elles ont, pour soustraire leurs jambes aux regards, de petites bottes en maroquin jaune; dans ce même cas, elles s'affublent du sableh, vaste chemise de soie noire, semblable à peu près au domino de nos bals masqués, et par-dessus laquelle elles ont un habbarah, immense voile en taffetas, noir pour les femmes mariées, blanc pour les jeunes filles, et qui enveloppe tout le corps. Un autre voile en mousseline dérobe entièrement le visage, à l'exception des yeux. Les femmes de moindre condition portent le milayeh : c'est la même chose que le habbarah, si ce n'est qu'il est en tissu de fil et de colon à fond bleu, et à carreaux.

Bien que les caprices de la mode aient peu d'empire en Égyple, le costume des femmes a, comme celui des hommes, subi quelques changements dans ces dernières années, et il n'y a rien perdu certainement. Ainsi la coiffure aujourd'hui n'est plus alourdie par des turbans massifs, surchargés de bijoux. Les cheveux tressés et relevés sur la tête ont remplacé le sefé. On ne laisse plus, comme autrefois, les chemises pardessus le pantalon. Le yalek est moins long; ses manches ne dépassent pas le poignet; il n'est plus échancré sur la poitrine, et se boutonne ou se croise sur l'estomac comme les robes des dames européennes. Legebbeh, entièrement délaissé, n'est plus porté que par les vieilles femmes. Les dames d'une classe distinguée ont adopté l'usage des bas, et les étoffes en mousseline simple sont justement préférées aux tissus brochés d'or. Si la prodigalité inintelligente y a perdu, le bon goût y a considérablement gagné.

Les femmes de la classe moyenne portent une chemise de soie et des marqoubs (souliers) dans lesquels leurs pieds sont loin d'être gênés. Beaucoup plus simple, le vêtement des femmes du peuple consiste en une chemise de toile bleue, à manches très-

larges, et sur laquelle elles ont une chemise blanche et un caleçon. Elles ne font point, en général, usage de chaussures.

Les femmes égyptiennes sont très-portées aux plaisirs voluptueux; et si l'honneur des maris est plus en sûreté dans les contrées orientales qu'en Europe, c'est moins à des principes de morale qu'il faut l'attribuer qu'à la vigilance et aux précautions dont elles sont constamment entourées.

L'Egypte, qui se distingue des autres parties de l'Orient par un grand nombre de points, ne s'est point conformée à la loi du prophète, laquelle défend la prostitution, qui, rare en Turquie, est plus que tolérée chez les Égyptiens. Les femmes publiques, qui y étaient très-répandues, formaient une corporation qui avait ses chefs, ses règlements, et payait au trésor une redevance considérable. Dans ces dernières années, le gouvernement, en supprimant la prostitution, a volontairement renoncé à ce revenu. Mais cette mesure, prise dans un but moral, a produit un effet qui l'est peu, en faisant faire des progrès à la pédérastie, vice plus repoussant mille fois que le libertinage. D'ailleurs, il existe encore un grand nombre de femmes publiques, qui, quoique d'une manière occulte, n'en exercent pas moins leur triste métier. « Je crois, dit Clot-Bey, que cette plaie sociale est alimentée plus encore par l'abus du divorce que par le tempérament voluptueux des Égyptiennes. » Et cette opinion est vraisemblable, si l'on considère que les prostituées sont, en général, des femmes répudiées auxquelles la servitude conjugale a inspiré du dégoût, ou qui, ne trouvant pas occasion de se remarier, n'ont que la prostitution pour ressource.

Quoique notre intention ne soit pas de placer ici la description du harem, nous devons parler des eunuques, puisque c'est en Égypte que la mutilation est aujourd'hui pratiquée exclusivement; cet acte ne s'accomplit que dans les villes de Syout et Girgeh. Le village de Zawy-el-Dyr, près de Syout, est la métropole des exécutions de cette œuvre ignoble. Les victimes sont de jeunes nègres de six à neuf ans, amenés par les caravanes du Sennaar ou du Darfour; ces infortunés sont vendus de 1,500 à 3,000 piastres *, suivant les chances dévie ou les qualités qu'on leur reconnaît. Les mutilateurs sont des chrétiens, des prêtres même, des Cophtes... bourreaux de l'humanité, honte et opprobre de la religion du Christ qu'ils déshonorent ! Aussi le mépris qu'ils inspirent est-il universel, et l'opinion les flétrit aux lieux mêmes où ils exercent leur ignominieuse industrie.

L'automne est regardé comme la saison la plus favorable à l'opération. On aurait tort de croire que les mutilateurs se bornent à la castration : ils tranchent avec un rasoir toutes les parties extérieures de la génération; puis ils versent de l'huile bouillante sur les blessures qu'ils ont faites, et placent un tuyau dans la portion restante du canal de l'urètre. Ils répandent ensuite sur la plaie de la poudre de h en n eh, et enfin ils enterrent le patient jusqu'au-dessus du ventre, et le laissent ainsi durant vingt-quatre heures; après quoi, ils le retirent et le pansent avec un onguent composé d'huile et d'argile. Le quart des enfants ne survivent pas à cette opération; ceux qui n'en meurent point sont condamnés à une vie étiolée et souffrante!

De leur état naissent des signes distinctifs au physique et au moral : l'eunuque est sans barbe, sa voix est féminine, et il a de l'obésité; il est orgueilleux, mais sa fierté est sombre, méchante, ombrageuse, irascible..., car il a la conscience de son infériorité; il est dévot, mais sa dévotion a moins pour but d'honorer Dieu, que de chercher dans les pratiques austères du culte une sorte de dédommagement à sa dégra-

1 325 à 750 francs.

AFRIQUE. — ÉGYPTE

dation. Et cependant, chose étrange, on voit des eunuques qui aiment les femmes, et plusieurs sont engagés par le mariage!...

Les Égyptiens font usage de beaucoup de nos mets, avec cette différence qu'ils font toujours la cuisine au beurre, et qu'ils mettent peu de soins dans la préparation de leurs plats. L'huile habituellement consommée est de qualité inférieure, et il n'y a que les Européens ou les indigènes fort riches qui emploient de l'huile de Provence ou de Lucques. Le vinaigre, fait de dattes, ne vaut pas mieux que l'huile. Le citron est communément employé. Le riz est un aliment national qui se mange en pilau (rouz moufelfel); ils le mêlent aussi à de la chair hachée, en font des boulettes qu'ils recouvrent de feuilles de vigne, et que l'on appelle ouârouk maclùe et doul ma.

Ils sont friands de pâtisseries, qu'ils composent de différentes manières et qui n'ont aucune ressemblance avec les nôtres; la plupart consistent en gâteaux plats et ronds, garnis intérieurement de viande, de crème, d'herbages, de fromage blanc ou de confitures. Mais quoique leur pâte soit assez bien feuilletée, ils sont loin d'être aussi avancés que les Européens dans l'art du pâtissier. On rencontre communément des boutiques où l'on vend des gâteaux plats, appelés foulyrs. Les Arabes aiment les confitures qu'ils font avec du miel. Les hors-d'œuvre ne sont pas communs chez eux; néanmoins ils ont du poisson salé (fessyr) , du caviar, des anchois, des olives noires, des concombres au vinaigre, des salades, etc. ; mais outre que ces entremets sont trop fortement salés et poivrés, les Européens refuseraient d'en manger, ne fût-ce que parce qu'ils sont arrangés avec de l'huile rance. Les desserts sont composés de fruits du pays, que les Égyptiens cueillent avant leur maturité, car autrement ils les trouvent trop fades.

L'usage de l'eau-de-vie est plus répandu et moins nuisible en Égypte que celui du vin; la plus commune, extraite des dattes, est de qualité médiocre; la meilleure est faite avec du raisin sec, tiré de la Syrie ou de la Grèce; dans sa plus grande force elle a 30 degrés.

Une espèce de bière, produite de la simple fermentation de l'orge, est fort goûtée des indigènes, quoique les Européens la trouvent très-désagréable au palais.

Le café est la boisson de prédilection dans ce pays : pauvres et riches en prennent le matin et après chaque repas; les personnes aisées en prennent quinze ou vingt fois dans la journée. Le café est brûlé à peu près comme chez nous; mais ils ne le mettent point dans un moulin et le réduisent en poudre en le pilant, prétendant extraire ainsi plus sûrement son huile essentielle. Pour le préparer, ils font bouillir l'eau dans une cafetière, l'écartent du feu aux premiers bouillonnements, y versent la dose de café nécessaire, et le retirent après une forte ébullition. Après l'avoir laissé infuser quelques instants, on le verse dans les tasses en le remuant.

Avant ou après le café, on prend des sorbets; le plus simple est de l'eau sucrée mêlée à de l'eau de rose, à de la fleur d'orange, ou dans laquelle on exprime le jus de l'orange ou du citron. Des amandes, des graines de melon, de pastèque, de courge, etc., servent à fabriquer une espèce d'orgeat. Le Iwuscheff est une eau sucrée, bouillie avec des raisins, des cerises, et à laquelle on joint ensuite de l'eau de rose. Le sorbet le plus recherché est celui qu'on prépare avec la violette (scliareb-el-benefseg). On dépouille de leurs pistils les violettes, dont on pétrit les pétales avec du sucre ; la pâte ainsi formée, on la fait sécher, on la réduit en poudre, et l'on obtient ensuite le sorbet en la délayant dans l'eau.

Le peuple égyptien, auquel on vend dans les rues une décoction de réglisse ou de karroub, estime fort une autre boisson nommée haschich. C'est une préparation enivrante, tirée du chanvre d'Égypte. On broie les fruits de ce végétal, qu'on réduit en une pâle que l'on fait cuire avec du miel, du poivre, de la muscade et des essences

MOEURS, USAGES ET COSTUMES

odoriférantes; après quoi on en forme de petites tablettes d'une teinte verdâtre et un peu fades au goût; il suffit d'en avaler un morceau de la grosseur d'une noisette pour en ressentir bientôt les effets. C'est surtout en boisson qu'il est employé. Quelquefois aussi on le réduit en une poudre, que l'on fume dans une espèce de nargliileh. Lehaschich produit ordinairement une sensation de bien-être qui arrive jusqu'à une exhilaration extravagante, désordonnée; il aiguise l'appétit , et, la période d'exaltation terminée, il procure un sommeil doux et des songes heureux.

L'opium, appelé afioun par les Arabes, est peu en usage en Égypte.

Dans les repas, plusieurs grands seigneurs veulent aujourd'hui copier les habitudes européennes; et c'est chose curieuse lorsqu'ils oublient nos usages pour les coutumes musulmanes. Ils font preuve d'une gaucherie vraiment grotesque dans leurs contrefaçons; les uns mangent leur potage dans le service affecté au dessert et réciproquement, boivent le vin ordinaire dans les verres à Champagne; d'autres, unissant plaisamment les façons orientales aux manières européennes, prennent la viande dans le plat avec leurs doigts, tout en ayant soin, avant de la porter à leur bouche, de la planter aux dents de leurs fourchettes; il en est encore qui, dans un dîner à la française, s'emparent du plat qu'on leur présente, et le gardent avec sang-froid devant eux.

Les fellahs ou paysans sont très-sobres; leur principale et quelquefois unique nourriture se réduit au pain de dourah. Quand leurs moyens le permettent, ils y joignent des fèves bouillies assaisonnées de sel et de beurre, et quelques autres végétaux. L'eau du Nil et le café sont les seules boissons dont ils fassent usage.

Les maisons sont généralement plus spacieuses, plus belles dans les villes que dans les villages; les premières sont construites en pierres calcaires, en grès, en briques cuites ou desséchées au soleil; elles sont rarement vastes, par la raison que chacune est occupée par une seule famille. Leur apparence extérieure est presque toujours misérable, et elles n'ont pas même un crépi sur la façade. On entre par des portes trèsbasses, formées d'une seule pièce, ouvrant en dedans, fermées intérieurement par une barre en bois qui court transversalement dans le mur, où on la fait glisser pour ouvrir et d'où on la tire pour fermer. Il y a aussi parfois des serrures de divers genres. Les façades sont percées de grandes fenêtres fermées de grillages très-serrés qui permetment au vent et à la lumière de pénétrer dans les appartements, en dérobant aux regards les personnes et les objets qui s'y trouvent. Les parties supérieures de l'édifice, dans lesquelles des baies sont ouvertes, avancent de deux ou trois pieds, et forment ainsi des balcons couverts. Les muscharabyeh , ou jalousies, sont en treillis formés de petits morceaux de bois tournés adaptés ensemble et offrant des dessins gracieux. Ces grillages sont en roseaux ou branches de palmier dans les maisons pauvres. L'intérieur des maisons riches est protégé contre le vent et la poussière par des vitrages qui ferment les croisées.

Une terrasse, bordée d'un parapet à hauteur d'homme, recouvre la toiture qui est horizontale. Cette terrasse sert d'étendoir, et surtout de lieu de récréation, dans les maisons qui sont dépourvues de cour et de jardin; le plancher en est recouvert d'un mastic léger, formé d'un mélange de chaux et de plâtre avec de la cendre des fours.

Une cour intérieure a le double avantage de procurer à la fois à la maison de la lumière et de l'air; autour d'elle se trouvent toutes les pièces accessoires, et notamment le lieu où le maître reçoit les visiteurs, et qui est appelé mandarah.

Des différents appartements qui composent une habitation égyptienne, il n'y a guère que le mandarah (salle de réception des hommes) qui mérite de fixer l'attention. C'est une pièce carrée ou rectangulaire, avec une ou deux fenêtres donnant sur la cour. Une petite partie du sol, plus basse de cinq à six pouces que le reste du parquet, et qui

AFRIQUE. — ÉGYPTE

s'étend de la porte au mur opposé à l'entrée, est appelée dourkah; une fontaine jaillissante (fiskycli) est placée, dans les maisons riches, au centre de cet espace, qui est pavé en mosaïque de marbres dont les différentes couleurs offrent d'ingénieuses combinaisons. A l'extrémité qui fait face à la porte s'élève une console de pierre semblable à une cheminée; c'est la soufali, haute de trois à quatre pieds, adossée au mur, et soutenue par des arches, supportées elles-mêmes par des colonnettes. Elle sert à recevoir les urnes à parfum, le bassin et le pot à l'eau dont on fait usage pour les ablutions, et différents autres ustensiles.

Le lewan est la partie du sol plus élevée que le dourkah ; il est pavé en pierres communes, et ordinairement recouvert d'une natte durant l'été, et d'un tapis pendant l'hiver. Le divan garnit ses trois murs.

On appelle divan un sofa composé d'une série de matelas de longueur arbitraire, larges de deux pieds et demi, épais de quatre à cinq pouces, et qui sont placés sur le sol ou sur des bancs de pierres, de bois, ou de grillages de dattiers, hauts de cinq à six pouces; ce qui, vu l'épaisseur des matelas, donne au divan l'élévation d'une chaise. Des coussins sont appuyés au mur dans tout le pourtour du divan.

Les parois des murs ne sont jamais tapissées, mais seulement blanchies à la chaux dans les maisons pauvres, et peintes à l'huile dans les riches habitations; le plafond est boisé et présente des cercles, des polygones, etc. , comme les peintures des murs.

Le pourtour du lewan est ordinairement garni d'étagères et de petites armoires; dans celles-ci on renferme les ustensiles de table; sur les autres on place des porcelaines de Chine.

Nous ne pouvons nous arrêter à décrire les villes de l'Egypte; nous dirons seulement que les principales sont le Caire, Alexandrie, Aboukir, Damiette, Rosette, Damanhour, Piamanych, Fouah, Mansourah, Mehallet-el-Kebir, Tanlah, etc. On y trouve des bains publics, des hôpitaux, des palais, des arsenaux, des mosquées, etc. Alexandrie est la clef de l'Egypte; ses ports sont les seuls que possède ce pays.

La tolérance de Méhémet-Ali a permis aux Européens d'avoir des esclaves; voici ce que dit à ce propos M. Clot-Bey : « On croirait volontiers, pour l'honneur de notre civilisation, que ce doit être un bonheur pour les esclaves d'appartenir à des maîtres qui viennent de contrées où l'esclavage n'existe pas et dont le sol hospitalier donne la liberté à quiconque le touche; en général, on se tromperait. Ces Européens, qui, en parlant de la barbarie musulmane, ont toujours le mépris à la bouche, maintiennent peu souvent leur conduite au ton de leur verbeuse philanthropie; beaucoup vendent ou troquent leurs esclaves. Ces actes peuvent être justifiés jusqu'à un certain point et dans certains cas, tant qu'ils ne dégénèrent pas en trafic. Ce serait, en effet, une cruauté que de donner la liberté à un jeune esclave qui ne pourrait subsister par son travail et dont on serait forcé néanmoins de se débarrasser. En l'affranchissant, on serait aussi barbare qu'un père qui chasserait son enfant du foyer domestique. Mais vendre un esclave qui peut gagner sa vie en travaillant, c'est faire un marché qui déshonore, et pourtant bien des Francs spéculent sur cette infamie. On en voit qui vendent des femmes enceintes de leurs œuvres, et qui abandonnent ainsi à l'esclavage leurs propres enfants, sur la naissance éventuelle desquels ils ne rougissent pas de percevoir une prime. Pour qualifier de si horribles immoralités, la langue est trop pauvre ou le cœur de l'homme d'honneur trop riche d'indignation. En les voyant, les Orientaux doivent s'enorgueillir de leur vertueuse barbarie, et prendre en mépris notre civilisation, souillée par des misérables qui couvrent leurs bassesses de ses oripeaux. Hâtons-nous de dire que des Européens hommes de cœur traitent leurs esclaves, hommes et femmes, avec bienveillance, adoptent tous les enfants qu'ils ont

Page 1