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BIRMAH.— Au xvi° siècle, quand les Portugais parurent dans l'Inde, le Birmah élait un puissant empire conquis par une armée mongole sur le roi de Mien, ancien nom de | la contrée. Le royaume d’Aracan et le Bengale en relevaient alors. À quelque temps.de là, les Birmans ÿ ajoutèrent le Pégou, et un aventurier portugais, Mendez-Pinto, prit part à cette campagne. Vers 1740 la guerre civile éclata, et en 1749 Iles Pégouans, vainqueurs des Birmans, finireut par s'emparer d’Ava, leur capitale, et de Douypdy, leur roi. Mais l’année suivante, un vengeur se leva pour les Birmans. C'était un | chasseur de profession, Alompra, chef d’un petit village. Il finit par asseoir sa dynastie | sur le trône d’Ara. Il s’y maintint, malgré toutes les attaques des Pégouans et malgré les dissidences intérieures. LR :
Deux factoreries, l’une francaise, l’autre anglaise, existaient dans le port du Pégou, l’une soutenait le parti des Pégouans, l’autre celai des Birmans. il en résulta que deux vaisseaux envoyés par Dupleix, avec quelques troupes auxiliaires, furent saisis par. | Alompra qui fit tout massacrer, soldats et équipages français. Dès que son pouvoir fut constitué, il envahit le royaume de Siam, et mourut pendant cette expédition en 1760. |
Son fils ainé Mandodjy-Prâ, qui lui succéda, eut à défendre ses droits contre des | émeutes et des complots. Lui mort (1764), on proclama son fils encore en bas âge; | mais ce prince fut bientôt détrôné par son oncle et tuteur Shembuan, qui fit la conquête du royaume de Siam (page 258), et repoussa une armée de 50,000 Chinois descendue dans les plaines de l’Iraouaddy. 11 mourut en 1776. Tchengusæ, son succes- | seur, fut renversé par une révolution du palais en 1782; Minderadjy fonda la ville |
* Dans la distribution que nous avons faite de nos cent feuilles de texte, nous avons dû donner à l'Asie sa part proportionnelle; la partie du monde la plus grande et la plus peuplée, - demandait un!
plus large part dans la répartition du texte. Le volume de l’Asie sera done plus fort que ceux des autres parties du monde,
d'Oummerapoura, où il transporta le siége du gouvernement. Gé souverain conquit le royaume d’Aracan et se fit céder, en 4795, une portion du territoire siamois, de sorte que tous les ports du golfe de Martaban jusqu’à Mergui, dépendirent de son autorité.
Ces événements furent suivis d’une période plus calme. Peu s’en fallut néanmoins qu'un conflit n’eût lieu vers ce temps entre les Birmans et un nouvel antagoniste. Des pirates malais;, soutenus par le comptoir anglais d’Islim-Abad, dans le district de Tehittagong, commirent en 1795 plusieurs déprédations sur les biens des sujets birmans. L'empereur en demanda justice et fil marcher une armée contre le poste anglais; mais des négociations ayant élé ouvertes par le major Erskine, commandant de la place; l'affaire en resta là, et la même année une ambassade officielle, sous les ordres du capitaine Symes, fut envoyée à la cour de l'empereur birman. Deux ans après, le capitaine Cox fut nommé résident à Rangoun.
On demeurà en bonne intelligence pendant dix-sept ans. Vers 1811, un seigneur bifman, nommé Kimberrin, puissant dans le royaume d’Aracan, se réfugia sur le territoire anglais de Tchittagong à la suite de quelques démêlés avec le gouvernement d'Oummerapoura. Il y organisa les tribus guerrières des Mogs et marcha contre l’Aracan, qu'il soumit tout entier, à part la capitale. Toutefois Kimberrin fut hautement désavoué, et jusqu'à sa mort, survenue en 1815, l'attitude des Birmans envers le comptoir anglais fut toute de défiance et d'observation. Get état de choses se prolongea plus longtemps encore, car les Mogs persistaient à tenir la campagne, et battus, ils se réfugiaient sur le terrain neutre qui leur garantissait l'impunité. Il y eut même “un instant où les Birmans voulurent tendre la main aux Maharattes, alors en pleine révollé, et ce projet n’échoua que par la soumission de ces peuplades en 1818. La mort de l'empereur Minderadjy-Prà, en 1819, ne fit que ranimer les rancunes toujours croissantes. vs
L'un des premiers actes de son successeur Tarraouaddy fut un changement de résidence:Quittant Oummerapoura, il fixa sa capitale à Ava. De 1819 à 1824 se succédèrent des incidents assez graves pour déterminer une rupture ouverte. Elle éclata à l’occasion de la conquête de l’Assam que l’empereur joignit à ses États: Le Brahmapoutra formait la frontière de la Birmanie et des possessions anglaises. Sur ce fleuve existait une île nommée Chapary, occupée par un poste anglais. L'empereur prétendit qu’elle formait une dépendance de lAssam. Il s’en empara sans déclaration de guerre, ainsi que d’un schooner qu’il rendit, mais en gardant l'ile. Ce fut là le premier acte d'hostilité, et le 5 mai 4824 la guerre fut officiellement déclarée. “Après deux années de succès et de revers alternatifs, la partie resta aux Anglais. En vertu du traité de paix du 2 janvier 1826, ratifié dans leur camp de Yandabo, à vingt lieues de la capitale, cession formelle fut faite à la Grande-Bretagne des pro- Yinces d'Aracan: Martaban, Yé, Tavaï et Tanasserim; le traité stipule en outre que PASsam, le Katchar, le Mounnapoura, seraient gouvernés par des rajahs au choix de la compagnie anglaise; enfin il fixe à 10 millions de roupies (24 millions de francs) les frais de guerre à charge de l'empereur.
- Après ce traité politique, la Compagnie songea à faire une convention commerciale, ét M. Crawfurd se rendit en 4827 à Ava pour cet objet. Sur sa route il examina le pays, comme l’ävaient fait les capitaines Symes et Cox, et rectifia quelques observations de ses devanciers.
De retour de sa mission, M. Crawfurd fonda sur le cap qui domine la belle rade de Martäban, une ville avec un port france, qui reçut le nom du gouverneur général de l'Inde. Cette ville d'Amherst, destinée à devenir l’entrepôt de tout le Birmäb , compte aujourd’hui plus de 20 mille habitants.
Tels sont les résultats des premiers actes du drame dont le dénoûment sera sans doute la transformation politique momentanée de l'empire des Birmans; alors l'Angleterre, se trouvant en contact avec la province de Yun-Nan, aura par là une entrée immédiate en Chine. Aussi l'empereur Céleste et l’empereur aux pieds dorés, unis dans un même sentiment d'inquiétude, se sont-ils alliés dans une commune défense. Déjà, | dit-on, une nouvelle série d'hostilités a commencé, et cent mille Birmans descendent vers le golfe de Martaban où se concentre une flotte anglaise. Au reste, qu'importe à | l'avenir de la société humaine que ce soit l'Angleterre ou toute autre puissance européenne qui agisse dans ces contrées ! ce qui lui importe réellement, c’est que la civilisation européenne, quelle qu'elle soit aujourd'hui, continue son action décomposante dans le monde oriental, qui aussi bien gravite de lui-même vers le même but.” |
HINDOUSTAN.—Selon les Brahmanes, l'Inde sedivisaitoriginairement en dix grands | royaumes, et l'existence de ces divisions générales paraît être confirmée par cellede | dix dialectes principaux correspondant à chacune de ces divisions. Environ deux mille | ans avant l'ère chrétienne, selon les livres sacrés, le Bharata-Khand aurait compris | quatre riches et puissants royaumes. Tous les autres États secondaires de l’Indeauraient été tributaires de l’un ou de l’autre de ces empires, et ceux-ci auraient, à leur tour, | formé, à de certaines époques, une confédération soumise à un seul chef.
Sésostris, Darius, Alexandre, les Yué-Tchi, les Saks, les Chinois, firent, à diverses | époques, la conquête d’une partie de l’Inde, et Rome, pendant près de deux siècles, lui livra son or pour obtenir d'elle des pierreries et des perles. Pline évalue à cent millions de sesterces par an (22,500,000 fr.) les ressources que le commerce de l'Inde, de. la Sérique et de l’Arabie enlevait à l'empire (ist. nat., liv. XII) ; et il déclare ailleurs | que le seul commerce de l'Inde produisait la moitié de cette somme: qu'il n’y a pas d'année que l’Inde ne dévore cinquante millions dé sesterces sortis de l'empire romain (Hist. nat., Liv. VI, p. 26). . 4
Dès l'an 711 de notre ère, l'indépendance politique des races hindoues fut détruite par les invasions successives des Arabes mahométans. Ces envahisseurs, que les Perses appelaient Afghans (destructeurs), et les Hindous Patânes, se nommaïient eux-mêmes Poushtanéh. Cependant leur domination ne put se consolider. Les rajahpouts retranchés dans les Ghattes leur firent-une guerre continue. | ‘4
En 1599, Tamerlan pénétra dans l'Inde à la tête de cent mille cavaliers mongols. Il marcha sur Delhi, l’enleva d'assaut, la livra au pillage, et poursuivit les Patânes jusque dans les montagnes de Kandahar. Après lui régna Geham-Guir, ‘qui vécut peu et fut remplacé par Mirza-Miram-Cha, chef de la dynastie mongole qui règne encore: Ges nouveaux maîtres eurent à défendre leurs trônes, et contre les Patânes, et contre les Rajahpouts. Les premiers furent défaits par Mohammed-Baber à la bataille de Maltia; les seconds se virent chassés de Goudjérate en 1355, et du Bengale en 1540: Quelques années plus tard, une nouvelle réaction eut lieu en faveur des Patânes: leur sultan Tchir-Khan enleva Delhi à Mohammed-Hemaïoun, qui se réfugia en Perseet implora le secours de Sophi-Cha-Tamas, fils du célèbre Cha-Ismaïl. Après cinq ans d’exil, il recouvra ses États indiens, grace à ses auxiliaires, et son fils Mohammed Akbar, qui vint après lui, consolida l'autorité mongole jusqu'alors mal assise.
Geham-Guir et Cha-Geham passèrent ensuite sur le trône de Delhi sans qu'aucun fait saillant caractérisât leurs règnes; mais Aureng-Zeb, qui parvint au pouvoir en dépossédant violemment son père Cha-Geham, marqua son époque par une série de victoires et par l’organisation politique de l'Hindoustan. Ce fut lui qui soumit en parlie la presqu’ile du Dekhan et en fil une dépendance de la couronne mongole. Sous son règne, cel empire compla dix-huil provinces : Delhi, Agra, Adjémir, Gorrah,
pendjab, Aoude, Moultan, Kaboul, Cachmyre, Goudjérate, Bahar, Sindhy, Boulatabab, Malvah, Berar, Kandeych, Beyder, Benga, Orissa, Golconde, Visapour. On nommait ces provinces, en langue mongole, Soubas. Leur population s'élevait à 64,000,000 d'habijants, et leur revenu dépassait 860,000,000 de francs. Chaque province avait son soubab dont la dignité équivalait à la dignité arabe d’émir, et que l’on qualifiait de nabab ou seigneur.
Ce fut à l’époque d’Aureng-Zeb que l'autorité mongole précisa mieux.son Caractère vis-ivis des populations vaincues : au lieu d'adopter, comme les Patänes, un système de-violence envers les croyances religieuses et les habitudes domestiques des naturels, les empereurs de Delhi posèrent en principe, comme les Tartares Mantchous Pavaient fait en Chine, le respect des usages établis; ils laissèrent subsister les vieilles
distinctions de castes, tolérèrent les pratiques extérieures du culte, et maintinrent l'organisation des propriétés et Les codes de Menou en vigueur depuis tant d'années.
Aa mort d'Aureng-Zeb, arrivée en 1707, une guerre de succession éclata entre ses trois fils, et dès lors la porte fut ouverte à l'invasion étrangère. Chacun des compé-
{iteurs s'étant mis en campagne avec une armée de 300,000 hommes, la victoire resta aurfils ainé Bahader-Cha. Après lui, les émirs, devenus tout-puissants, déposèrent
tour à Lour trois empereurs et finirent par porter sur le trône Mohammed-Cha, qui était destiné à subir les plus éclatants revers. Ce fut en effet sous lui qu'apparut dans l'Hindoustan, comme un sanglant météore, ce célèbre Nadir-Cha, plus connu sous le nom de Thamas Kouli-Khan. Appelé par la trahison de l'émir él-Moulouk, cet avenlurier persan entra sur le territoire mongol en 1739, batiit, avec 160,000 soldats, Mohammed-Cha qui en comptait 200,000 et 5,000 pièces de canon, marcha sur Delhi, lalivra à feu et à sang, pilla les maisons, les mosquées et les pagodes, y égorgea 150,000 âmes, hommes, femmes, vieillards et enfants, imposa aux vaincus une rançon de près de 3,000,000,000, se fit céder tout le pays situé à l’ouest de la rivière Altock ; et reprit ensuite le chemin de la Perse avec 1,000 éléphants, 7,000 chevaux ét 10,000 chameaux, tous chargés de butin et de bagages; puis,-comme si ce n’eût pas été assez de tant de tributs d’or et de sang, il mit sur sa route toutes les villes à contribution, et massacra encore plus de 20,000 naturels. Quand cet ouragan fut passé, d’autres tourmentes arrivèrent. Forts de l’affaiblissement des Mongols, les Patänes et les Rajahpouts reprirent les armes. Mais l'héritier présomptif du trône de Delhi, Ahmed-Cha, se trouva être un héros adolescent : il attaqua les Patânes, les {ailla en pièces, les rejeta hors de l'empire, et vengea après celte glorieuse campagne lé meurtre de son pèré que les émirs avaient assassiné. Malheureusement les plaisirs du harem énervèrent le bras du jeune empereur : comme las d’une victoire, il s'arrêta, laissa les Patânes et les Rajahpouts se disputer l'influence de la contrée, ne croyant pas devoir se mettre en souci de leurs excursions, tant que leurs chevaux ne venaient pas hennir sous les remparts de Delhi. Au point d’affaissement où il était tombé, chacun des deux partis militaires en qui était la force aurait pu le pousser hors du {rône; mais se tenant en échec l’un l’autre, ils conservaient Ahmed-Cha comme un pouvoir neutre qui laissait toujours indécise entre eux la question de supériorité, Gel élat de choses dura plusieurs années, pendant lesquelles des révolutions de palais accomplies à Delhi conservèrent intactes ceite pondération d'influence et cette néces- Sité d'un moyen terme entre deux ambitions rivales. Seulement les Patânes empiélèrent au nord, et les Rajahpouts s’arrondirent dans la contrée centrale, tandis que les
Soubabs du Dekhan, du Bengale et du Gondjérate, se créaient de leur côté un petitcentre d'action indépendante. Toutefois ces symptômes intérieurs de morcellement devaient bientôt s’effacer devant l'invasion rapide et graduelle de la prépondérance anglaise.
Depuis le xvr° siècle, toutes les nations européennes s'étaient tour à tour essayées dans ces mers lointaines. Les Portugais, débarqués les premiers sur le territoire mongol, avaient contracté alliance avec le roi de Delhi, Akbar. Les Vénitiens étaient venus ensuite, puis les Hollandais, qui restèrent tout-puissants pendant près d’un demi-siècle, ensuite les Français, les Danois et les Anglais. Ces derniers, arrivés presque de la veille, ne tardèrent pas à se placer en tête des autres. "4
Ce fut à la. suite des essais de Drake, de Stephens, de Cavendish, et en 1599, que se fonda, sous le règne d’Élisabeth, la Compagnie anglaise des Indes. À une époque où les principes de liberté commerciale étaient plutôt dans les coutumes que dans les lois, un privilége d'exploitation, accordé à un comité de négociants, à l'exclusion des autres, blessa vivement les membres des communes, et il fallut que le décret d'Élisabeth limitât cette concession à quinze années, terme au bout dugüelle privilége cesserait s’il était reconnu nuisible à la prospérité publique. Ainsi le monopole indien devait expirer d’abord en 1615; mais telle est la ténacité des gros traitants, que, bien qu’il soit aboli depuis 1834, la Compagnie peut éventuellement aux termes du nouveau contrat, avoir le droit de recommencer son commerce exclusif, |
Les premiers essais de la Compagnie se réduisirent à l'envoi de quatre vaisseaux qui partirent, en 1601, sous la conduite de Lancaster, et revinrent à bon port, chargés d'épices et de poivre. Elle fit ensuite de petites opérations, fonda quelques factoreries, où la conduite de ses agents, mesurée et bienveillante, forma un contraste avec le fana: tisme portugais et la légèreté française. Ne trouvant pas de secours dans les souyerains qui gouvernaient alors la Grande-Bretagne, la Compagnie chercha à se suffireà. elle-même; elle persévéra seule, suppléa à tout par d'excellents choix, et accrut peu à peu la liste de ses comptoirs. Elle s'était constituée avec un capital de quatre cent mille livres sterling seulement et des actions de cinquante livres sterling chacune. Bientôt ces valeurs atleignirent un chiffre nominal très-élevé. Des bénéfices énormes se réalisaient : Thomas Best s’établissait à Surate en 1612, malgré les Portugais ; Le marché de Bender-Assi s'élevait florissant et rival de celui de Goa. Mais cette prospérité de la Compagnie ne fut pas durable : en 1635, Cromwell supprima son privilége pour le rétablir deux ans après. Reconstiluée en 1676, elle parcourut une phase de troubles et de dépérissement. Les brutales déprédations de Jean Child, frère du directeur, attirèrent sur elle toutes les forces de l'empereur Aureng-Zeb ; et humiliée, déchue de son importance commerciale, la Compagnie traina une existence précaire jusqu’en 1702, où une nouvelle société de marchands de Londres se réunit aux anciens coprivilégiés du commerce indien. De cette fusion naquit la nouvelle Compagnie anglaise, venue jusqu'à nous, el fondée sous le titre de Compagnie réunie de marchands pour le conunerce des Indes-Orientales. Les statuts de la Compagnie, délibérés et signés à cette époque, n'ont éprouvé depuis lors que de légères modifications. Dans les assemblées générales, toul possesseur annuel d’une action de mille livres sterling a le droit de voter. Ces porteurs d'actions concourent par le scrutin au choix des trente-quatre directeurs, y compris le président et les secrétaires, On ne saurait être directeur si l’on ne possède pas pour vingt mille livres sterling d'actions. Trois mille livres sterling donnent deux votes; six mille, trois; dix mille, quatre. Les directeurs doivent s’assembler au moins une fois par semaine. Outre cette réunion, il existe une foule de comités spéciaux pour les achats, la correspondance, la comptabilité, le fret et l'équipement des vaisseaux, enfin pour les affaires contentieuses.
De cette organisation data pour la Compagnie une période de prospérité graduelle. Son privilége, fixé en 1750 à une durée de trente-quatre années, fut depuis renouvelé à chaque expiration par un vote du parlement.
. Au temps où ces choses se passaient, toutes les nations européennes, de quelque importance maritime, avaient dessiné leur siluation dans l'Inde. Les Français occupaient Pondichéry et-Chandernagor, les Hollandais Chinsura, les Danois Tranquebar et Sérampour. Quant à la Compagnie anglaise, elle porta ses efforts sur trois points, Calcutta, Madras et Bombay. 1 À Calcutta, l'établissement fut fondé avec l'autorisation du nabab du Bengale, qui, mourant, disait encore à son successeur : € Regardez les comptoirs des Européens comme autant de ruches d’abeilles dont vous recueillerez le miel ; mais, si vous troublez leur travail, craignez leurs piqûres. » La tolérance des Mongols et de leurs dignitaires pro- Vinciaux alla même au point de permettre la construction de quelques ouvrages pour défendre Calcutta contre les déprédations des peuplades enyironnantes. En même temps, autour du poste principal, s’élevaient des comptoirs de moindre importance, des” suceursales fondées à Kassem-Bazar, Dakka, Patna, Belasore et ailleurs. L'harhonie entre les autorités indigènes et les nouveaux colons dura jusqu'à la mort du soubab Aly-Verdi-Khan; mais Chiragi-él-Doulad, qui gouverna après lui, se montra moins accommodant. Un Mongol, officier de sa cour, coupable de péculat, s'était dérobé au châtiment par la fuite. À l’aide de riches cadeaux, il avait acheté la protection anglaise, et vivait à Calcutta, défiant la justice de son maître. Le soubab, à diverses reprises, réclama le coupable; puis, voyant qu'on ne lui répondait que par des refus ou par des paroles évasives, il marcha vers le comptoir britannique avec soixante mille hommes, força son gouverneur à une fuite honteuse, s’empara du fort et livra la ville au pillage le 19 juin 1756. Cent quarante-six soldats de la garnison furent jetés dans un éachot , si étroit et si dépourvu d'air, que cent vingt-trois moururent asphyxiés dans Ja nuit. L'un des vingt-trois survivants, Holwell, a depuis fait élever sur le lieu même un cénotaphe en l'honneur des victimes. À la suite de ce désastre, toute considération de rivalité cessa parmi les Européens du Bengale. Les Français de Chandernagor, les “Hollandais de Chinsura vinrent en aide aux malheureux colons de Calcutta, entassés sur quelques navires mouillés dans le Gange.
… Cependant, le colonel Clive et l'amiral Watson reparurent bientôt devant Calcutta pour venger l’affront subi par les armés anglaises. La ville fut reconquise sur les Mongols dans les premiers jours de janvier 1737, et, à son tour, le soubab se vit alors menacé dans ses possessions. Hougly se rendit au colonel Clive; elle expia, par de sanglantes représailles, les massacres commis à Calcutta. Dès ce jour, le dignitaire mongol fut à la discrétion des Anglais; il signa avec eux un traité désastreux; il fut obligé d’as- Sister, sans intervenir, à la prise du comptoir français de Chandernagor dont les Anglais rasèrent les ouvrages et déportèrent les habitants. La ruine de ce chef-lieu des établissements français sur le Gange fut suivie de l'abandon de tous les postes secondaires. l En même temps qu'ils opéraient ainsi par la force, les chefs anglais se ménageaient d’autres avantages en liant des connivences dans le camp ennemi. Le général et parent du soubab, Jaffer-Aly-Khan, devint leur créature dévouée. A la bataille de Plassy, livrée le 7 juin 1757, une partie de l'armée mongole se révolta, et le malheureux soubab, “saisi par ses propres officiers, fut étranglé et trainé ensuite nu sur un éléphant. Ainsi réalisait le plan principal du colonel Clive, qui avait été de faire investir son parlisan Jaffer-Aly de la soubabie du Bengale. La cour de Delhi se résigna à un fait accompli; elle poussa même la bonhomie jusqu'à envoyer au colonel anglais le titre d'émir de l'empire avec le surnom de Sabet-Zing (guerrier intrépide). Ce fut à la suite de celte campagne décisive que commencèrent les travaux du fort William à Calcutta; le Bengale était aux Anglais.
Ce qui suivit en effet ne peut être regardé que comme le corollaire de ce premier! acte d'autorité.
Nous nous bornerons donc à rappeler en un seul tableau les accroissements progressifs de la puissance anglaise dans l'Inde depuis la fondation de la Compagnie.
4611. Première permission obtenue du Grand Mogol pour l'établissement de quatre comptoirs. ste | 1648. Établissement fondé à Madraspatan et érection du fort Saint-George. 1652. Commencement de la puissance anglaise dans le Bengale. — Établissement à Hougly, subordonné à la présidence de Surate. | | 1653. Le fort Saint-George érigé en présidence. | 1666. Le roi Gharles IT cède à la compagnie l'ile de Bombay. | 1698. Établissement à Calcutta et érection du fort William. | 1707. Calcutta, jusqu'alors soumise à Madras, forme une présidence séparée. | 1717: La Compagnie obtient du Grand Mogol la permission d'acheter des terres contiguës au comptoir, ainsi que la confirmation des exemptions précédemment |
accordées. |
1757. Acquisition des vingt-quatre pergunnahs du nabab du Bengale.
1759. — de Masulipatam du Nizam, ainsi que de Surate du Grand Mogol.
1760. — de Burdwan, Midnapore et Tchittagong du nabab du Bengale.
1765. 1e de Bengale, Bahar, etc., du Grand Mogol, ainsi que du Jughire et | de Madras du nabab d’Arcot. ‘V0 |
1766. — des provinces des Circars du Nord, du Nizam.
1775. —— de la zamindary de Bénarès, du vizir d'Aoude.
1776. — de l'ile de Salsette, des Maharattes.
1778, — de Nagore, du rajah de Tanjore, ainsi que du Circar de Gountour, ! du Nizam.
1786. — de Poulo-Pénang, du roi de Quédah.
1792. — de Malabar, Dundigul, Salem, Burramahal, ete., du sultan-de
| Mysore. | S
1799. —. de Caïmbétour, Kanara, Naynaad, etc., du même, ainsi que de
| Tanjore du rajah de Tanjore.
1800. — des districts acquis par le Nizam en 1799 et 1799, du sultan de Mysore, el cédés par le Nizam à la Compagnie.
1802. — du Karnatic, du nabab de Karnatic; plus, de Gorrukpore, du Doab
inférieur et de Baurilly, -du vizir d’Aoude, ainsi que des districts de Bundelcund, du Peishwva.
1804. — de Cuttack et Belasore, du rajah de Bérar, ainsi que du Doab supé-
: rieur, Delhi, etc., de Daoutat Rao Sindhya.
1805. — de plusieurs districts dans le Goudjérate, du Guykavar..
1815. — de Kémaoun et d'une partie du Tarraïe, du rajah de Népal.
AS — de Sangur, Huttah Darwart, etc., du Peishwa , ainsi que de la ferme |
d'Ahmed-Abad, du Guykavar.
1818. — deKhandeych, de Holkar, d'Adjémir, de Daoulat Rao Sindhya, ainst |
que de Pounah, Concan, le pays méridional des Maharattes, etc, du Peishwa. :
1820. — de quelques terres au midi de Concan, du rajah de Schwanhtwari. 1822. — de quelques districts dans le Bedjapour et Ahmed-Nagor, du Nizam.
1824, —— de Sincapour, du rajah de Djohor.
1895. Acquisition de Malacea, du roi des Pays-Bas.
| AEMOONL. 2 — d'Assam, Aracan, Tavaï, etc., de l’empereur des Birmans, ainsi que 14 de quelques districts sur la Nerbedha, Patna, Sumb, elc., du ET,” rajah de Bérar.
1833. — de la principauté du rajah de Courg, dans le Malabar.
Le 22 avril 4834 était le terme de la charte octroyée à la compagnie des Indes orien- {ales. Dès l'an 1830, cet important sujet commença à occuper les délibérations du parlement, et le gouvernement de la Grande-Bretagne n’hésita pas à déclarer que son intention n’était pas de renouveler ce privilége exclusif. IL fallait cependant mettre à couvert les intérêts dés actionnaires, et cette grande affaire fut terminée le 28 août 4833. En vertu de cet arrangement, la compagnie des Indes céda àu gouvernement tout l'actif formant son capital commercial, et renonça à faire aucun commerce pour son compte. Le commerce de l'Inde et celui de la Chine furent déclarés libres pour tous les sujets anglais, sans exception.
La compagnie reste chargée pendant vingt ans du gouvernement des possessions anglaises dans l'Inde, ainsi qu’elle l’a été jusqu’à présent, et en perçoit les revenus. Quelques modifications furent apportées dans le mode d'administration, dans la posilion-des gouvernements particuliers à l'égard du gouverneur général, dans les attributions du conseil suprême et dans la position sociale des habitants. « Ainsi les lois rendues par le gouverneur général, n'étant pas approuvées par le gouvernement britannique, seront annulées par ce gouverneur; aucun Indien ou sujet britannique résidant dans les Indes ne pourra être écarté d'aucune place ou emploi à raison de sa religion, du lieu de sa naissance, de son origine ou de sa couleur. L’esclavage sera immédiatement adouci, modifié et aboli le plus tôt possible. »
La domination anglaise dans l'Inde s’est établie par des moyens compliqués et s’est développée par des causes souvent imprévues. Depuis un siècle et demi le commerce a rcessé d'être exclusif ou même le but principal de la compagnie. Le pouvoir, les possessions territoriales, l'empire, voilà ce qu’elle à convoité sans presque oser le fouloir, voilà le résultat matériel vers lequel elle a été providentiellement entrainée. L'avenir en révélera le résultat humanitaire. Car il s'agit finalement, dans cette con- quéle de quelques marchands de Londres, de tout autre chose que des intérêts matériels de la Grande-Bretagne.
Depuis quelques années des symptômes assez alarmants ont appelé toutelasollicitude, loute l'activité et toutes les ressources du gouvernement suprême. Les intrigues de la Perse et de la Russie d’un côté, l'attitude du Népäl et de l'empire des Birmans de
lautre, les dispositions douteuses de certains États tributaires dans le nord-ouest et dans le Dekhan : enfin les complications que pouvaient amener d’un instant à l’autre la mort de Randjit-Singh, et l'incapacité reconnue de l'héritier présomptif de ce maharajah de Lahore; toutes ces causes réunies firent une loi au gouverneur général lord Auckland de s'occuper, avant tout, du renversement de toute opposition inté- EH à l'influence de son gouvernement, el de faire avorter toute tentative extérieure Contre le maintien de cette influence. Plusieurs démonstrations importantes, plusieurs
expéditions ont eu lieu pour atteindre ce but, et la chaine de ces entreprises haïdies,
après avoir fixé son premier anneau Sur le plateau de l'Afghanistan (1838-1859), vient
de traverser les mers pour aller trouver en Chine un nouveau point d'appui.
Le souverain légitime de l'Afghanistan, Schâh-Choudjà, chef des Douranis, dépos-
sédé par Dost-Mohammed-Khan, chef des Barekzaïs, avait trouvé un asile auprès du gouvernement général de l'Inde. Celui-ci fit alliance avec Randjit-Singh le 26 juin 1838,
et déclara « qu'une nécessité pressante, aussi bien que les principes de la politique el de la justice, l’autorisait à épouser la cause de Schäh-Choudjà-Oul-Moulk, dont la popularité, dans toute l'étendue de l'Afghanistan, avait été établie aux yeux de Sa Seigneurie par le témoignage aussi fort qu’unanime des meilleures autorités. » L’expédition se mit en marche le 10 décembre 1838. Elle triompha de tous les obstacles, et le 8 mai suivant Schäh-Choudjà reprit solennellement possession du trônede l'Afghanistan, à Kandahar, siége primilif du pouvoir de ses ancêtres. : LE Le but de l'expédition élant atteint, un corps de cinq à six mille hommes resta cantonné à Kaboul, à Kandahar et dans la province de Chäl; le reste reprit, en septembre, la route de l'Hindoustan par le Pendjab et par la passe du Bolan et Quélta. Ainsi s’est introduite dans celte partie de l'Asie l'influence des idées curopéennes. Cependant jamais les Afghans, dans leur ardent patriolisme, ne pardonneront à leur souverain légitime d’être remonté sur le trône à l’aide d’une invasion étrangère, Depuis cet événement, l'Afghanistan fut extrémement agité; Dost-Mohammed, reliré chez les Usbecks, a tenté de reconquérir le pouvoir, les Beloutchis se sont insurgés plusieurs fois. Nous reprendrons ces événements en leur lieu. ds Un soulèvement général a éclaté en 1842, au moment où le corps d'occupation franchissait les défilés pour rentrer dans l'Hindoustan. Le massacre de ces troupes entraine une nouvelle expédition, que nécessite d’ailleurs la situation politiquende l'autorité anglaise dans l'Inde. ds!
On peut énumérer aujourd’hui environ deux cent vingt royaumes, principautés el fiefs principaux, dépendants ou tributaires dela Compagnie, sans compter une infinitéde petits princes qui ontdes relations plusou moins directes avec le gouvernement suprême. A la tête du troupeau de rois déchus, marche courbé sous le poids des souvenirs de sa race, le descendant de Tamerlan, l'héritier des titres pompeux que justifient la cour quête de l'Hindoustan et la splendeur des règnes d’Akbar et d’Aureng-Zeb, Je Schäh- Hun-Schäh (roi des rois), qui aurait pu commander, comme ses ancêtres, à tous ces tributaires, et qui, tombé plus bas qu'aucun d’eux, tend aujourd'hui à l’'aumône de la Compagnie sa main impériale. Par respect pour le souverain nominal, dont Ja Compagnie tient ses droits aux yeux des peuples de l'Hindoustan, par une sollicitude étudiée pour les priviléges du rang et les exigences de l'étiquette, le résident de la cour de Delhi est encore astreint, dans ses relations avec le darbar (résident), aux formes humblement cérémonieuses que l’usage prescrit à un inférieur. Toutes les prières de l'empereur sont des ordres en apparence, tous les ordres du résident sont des prières; mais à mesure que le gouvernement anglais se consolide, ce vain étalage de soumis; sion respectueuse se resserre dans de plus étroites limites, et le nom du souverain anglais a succédé à celui de l’empereur sur les monnaies frappées par ordre du gous vernement suprême. Un domaine considérable avait été affecté à la A LE à l'entretien de la famille impériale; ce domaine est aujourd'hui administré par ofliciers de la Compagnie, et une portion des revenus réalisés constitue la dotation gratuite à l'empereur. Cette pension, par suite de la mission en Angleterre du célèbre Ram-Mohun-Roy, chargé en 1830 des réclamations des illustres mendiants, à été portée à quinze lacks de roupies ou environ trois millions sept cent mille francs. un mot, la Compagnie est devenue le Grand Mogol de ce monde indien qui fait aujourd'hui la force et l’opulence du peuple anglais, et qui, sous l'influence des idées européennes, se transforme insensiblement en un monde nouveau qui ne sera ni celui de l'Europe ni celui de l’Inde actuelle, mais le rapport générique de l’un et de l’autre. :
Les différentes puissances qui se partagent l'Inde sont portées au tableau suivant: