INDE
Noms, POSITION, ÉTENDUE. — Toute la région comprise entre l'Himä-Laya au nord et l'océan Indien au sud, la chaîne des Birmans à l’est et celle des Brahouiks avec leur coutre-fort, à l'ouest, fut le partage de Bharata, un des neuf frères dont le père gouverna toute la terre. Telle est, selon les livres sacrés des Brahmanes, l'origine du nom le Bharata-Khanda (États de Bharata) que porta cette région dans les âges les plus reculés. D'autres considérations ont fourni d’autres noms, parmi lesquels on distingue celui d'Aindoustan (pays des Hindous ou noirs), dont les Grecs ont fait India. Dans le vaste système géographique des Brahmanes, ce pays est plus particulièrement désigné sous le nom de Djambou-Dwipa (ile ou péninsule de l'arbre djambou). Nous lui conser- Yons la dénomination classique de l'Inde avec toute l'étendue que lui assignent les géographes indigènes. Ainsi se trouvent éliminés les termes géographiques d'Inde en deçà dGange; Inde au delà du Gange, termes qui sont aus$i inexacts que ceux d'Inde Transgangétique, d'Inde extérieure, d'Indo-Chine, et contre lesquels les principaux géographes européens se sont inscrits en faux, sans en avoir pu cependant débarrasser la géographie.
Lorsqu'on parle du commerce des Indes, on comprend souvent non-seulement le commerce de l'Inde entière, mais aussi celui de la Chine, du Japon et même de toute l'Océanie. On l'appelle le commerce des Indes orientales pour le distinguer de celui des Indes occidentales ou de l'Amérique. Quelquefois on appelle aussi le premier, le commerce des. grandes Indes par opposition à celui de l'Amérique qu'on nomme des petites Indes.
Dans ses limites propres, l'Inde a plus de 200,000 lieues carrées de superficie; c’est environ la moitié decelle de l'Europe. Sa plus grande longueur, de la coupure de l’Indus dans l'Himä-Laya au cap Comorin est de plus de 700 lieues ; sa plus grande largeur, des monts Birmaniens aux monts Brahouiks, est à peu près aussi considérable.
MONTAGNES, FLEUVES. — Trois grandes lignes oréographiques partant des monts Himä-Laya, divisent la surface de l'Inde en quatre régions principales.
La première ligne qui forme généralement le faite oriental du Brahmapoutra, à Son origine à l'extrémité orientale de l'Himä-Laya au massif de Khamti (Dong-Dju-Gangri ? Doï-Saé-Pha?), où jaillit la source de la Talouka, l’un des principaux affluents de ce fleuve, et dont les sommets toujours couverts de neige, s'élèvent par longitude 95° 20”, latitude 28° 50’, à environ vingt lieues à l'ouest du point où la chaîne Birmanienne descend du Thibet, sous le nom de Kawa-Garbou.
Du massif de Khamti, celte première ligne se dirige au sud-ouest par l’arête des monts Lang-Tan, Patkoï ou Poa-Pua, Naga et Garraou. Ici, par longitude 88°, latitude 23e 30, elle atteint les montagnes de Kassay, qu’elle suit à l’est jusqu’au plateau de Mounnapoura, situé par longitude 94° 30’. De ce poin t, elle descend droit au sud par les montagnes des Khians et des Mogs, dont les dernières rangées, nommées Anoupectoumdjou (grand pays montueux de l’ouest), se terminent au cap Négraïs.
C'est entre cette chaîne orientale du Brahmapoutra et celle des monts Birmaniens que se trouve le Birmâhk comprenant le Birmäh proprement dit, le Martaban avecmles provinces de Yé, Tavaï et Tanasserim, le pays des Garraous, le Koïram, le Djyntéa, le Katchar, le Kassay ou Moïthay :, etc.
Entre le 24° et le 26° parallèle, la province chinoise de Yun-Nan pousse une pointe d’une cinquantaine de lieues dans le bassin de l’Iraouaddy.
L'aspect général que présente la région Birmanienne est celui d’une immense vallée sillonnée par des chaînes de montagnes qui se dirigent constamment du nordau sud et qui s’abaissent à mesure qu’elles approchent des côtes. Elles encaissent une mule Litude de cours d’eau dont les principaux sont le Thâleayn et l’Iraouaddy que nous avons déjà notés précédemment (pages 29 et 30). Ces deux fleuves versent leurs eaux par plusieurs branches dans le golfe de Martaban, le premier au-dessous de Martaban même, le second au sud de Rangoun sur la côte opposée. On remarque aussi au fond'du golfe la rivière de Zittang qui se sépare de l’Iraouaddyÿ entre Ava et Oummerapoura;et celle de Tanasserim qui coule dans une vallée très-étroite de la province de ce nom, et se jette par trois embouchures dans la mer vis-à-vis de l'archipel Mergui. .
La seconde ligne oréographique est une rangée de hautes montagnes qui suit, #*une distance de 50 à 40 lieues, le développement de l’axe principal de l'Himä-Laya qui est d'environ six cents lieues. ”
Dans cette longue enceinte, se trouvent à partir de l’est, le pays des H’lokba, celui de Towang et le Boutan, qui dépendent politiquement du Thibet. Le contre-fort Himalayen porte généralement ici le nom de Douléh ; escarpé, rude et sauvage, le Douléh domine au nord toute l’étroite vallée de l'Assam, et n'offre qu’un passage praticable eulre ce pays et le Boutan. |
Viennent ensuite le Sikkim, le Népal, le Kémaoun, le Gherval ou Gorval, le Kohestan ou Pendjab du nord et le pays de Cachemire. :
Cette grande ceinture forme l Æindoustan septentrional, région de l’'Himä-Laya.
Malgré son immense étendue et ses masses gigantesques, l'Himä-Laya n’est qu'une chaine de deuxième ordre: il est d'ailleurs sans importance pour les grandes divisions hydrographiques de l'Asie. Les grands fleuves de l’Inde, le Thâleayn, l'Iraouaddy, le Brahmapoutra, le Gange et l’Indus, ainsi que quelques-uns de leurs principaux affluents, ont leurs sources au nord de cette chaîne dans les contrées du Thibet (voyez pages 29 el 50). Nous consacrerons plus loin quelques lignes à la description de cette partie de
l'Inde, la plus sublime de toutes celles du globe. 3 La troisième ligne oréographique principale sort du massif de l'Himä-Laya, Situé entre les sources de la Djemnah, affluent du Gange, et la Setledje, affluent de l’Indus. Elle suit d’abord le faite de la limite du désert Salé, puis celui des monts d'Ara-Ouälli; elle atteint les monts Vindhya par longitude 72° 50’, latitude 2% 50’, et file, comme ceux-ci, à dix degrés à l’est, où s'élève le plateau d'Omercuntue, dont les ramifications orientales s'étendent vers la baie de Balisvara ou Belasore, dans le golfe de Bengale. Du plateau d’Omercuntue, la ligne principale revenant à l’ouest sous les noms de
* Ritter et OEtzel : Karte von Asum, Ost-Bengalen und Nord-Birma, ete., Berlin, 1840,
Gandouana et de Bérar, laisse entre ces dernières montagnes et les monts Vindhya, les étroites et longues vallées de la Nerbedha et du Tapty, qui versent leurs eaux dans le golfe de Cambay. |
“Les monts de Bérar se lient aux Ghattes qui longent la côte occidentale dela péninsule Hindoustanique jusqu’au cap Comorin, et soulèvent de leurs dernières culminances l'ile de Ceylan. Les anneaux brisés des Ghattes orientales sont sur la côte opposée.
Celte troisième ligne oréographique divise le reste de l’Hindoustan en deux grandes parties, l'Hindoustan oriental dont les versants portent leurs eaux dans le golfe de Bengale, et l'Hindoustan occidental dans la mer d'Oman.
L'Hindoustan oriental comprend :
L'Assam, longue vallée arrosée par le cours moyen du Brahmapoutra, entre les monts Douléh et les monts Naga;
Le Tchittagong (Islam-Abad) et l’Aracan, sur le versant oriental de l’Anoupec- {oumdjou, duquel jaillissent les sources des deux principaux fleuves qui portent le nom de ces provinces qu'ils arrosent;
La région moyenne (Madhya-Désa), dont les subdivisions sont : le Bengale, le Bahar, l'Allah-Abad, l’Aoude ou Oude, le Delhy, l'Agra, le Malvah, le Sindhya, tous situés dans le vaste bassin du Gange; Æ
La région méridionale ou le Dekhan (Dakchina-Désa), qui a pour subdivisions : l'Oryçah ou Orissa et les Serkars ou Gircars du nord, le Gandouana, le Nagpour, le Nizam (Hayder-Abad, Beyder, Bérar), l’Aureng-Abad, le Bedjapour, le Balaghat, le Maïssour ou Mysore, le Salem, le Caïmbétour et le Karnatic avec la côte de Coromandel. Les fleuves principaux qui arrosent le Dekhan sont : le Coyle, le Braminy et le Méhénedy, le Godavery et la Krichna ou Kistenah, le Kavéry, le Vayg-Arou, etc.
__ —L'Hindoustan occidental comprend : À
Les côtes du Dekhan où sont le Travancore, le Cochin, le Malabar, le Kanara, Goa, le Concan, Bombay; étroite lisière resserrée entre les Ghattes et la mer d'Oman et arrosée par une multitude de pelites rivières ;
Le Khandeych qu’arrosent le Tapty et la Nerbedha;
Enfin, le Goudjérate, le Kotch, le Sindhy, le Rajahpoutana ou Adjémir (confédéralion des Seïks), le Lahore ou Pendjab, compris dans les bassins du Mhÿe, du Louny, del'Indus et dans le grand désert Salé (Tcharr).
Quelques-unes de ces subdivisions, telles que le Rajahpoutana, le Khandeych, pénètrent politiquement sur le versant opposé.
La division que M. de Jancigny, d’après le célèbre Ritter, a faite du quadrilatère de PHindoustan en deux grands triangles dont la base commune serait les monts Vindhya, he-nous à paru que spécieuse; elle est réellement contraire à la configuration plastique de cette région, et par conséquent à tout ce qui est relatif au climat, à l’histoire naturelle: et Ritter lui-même fait observer que les peuples qui habitent la partie orien- ‘le, et particulièrement dans le Dekhan, ne ressemblent en rien à ceux qui occupent la partie occidentale. Dans le Malabar, l'air, les saisons, les vents, rien n’est comme dans le Coromandel. Les habitants du premier pays sont pleins d'énergie et d'activité; éeux du second vivent, au contraire, dans la mollesse et la nullité la plus complète.
Les lignes que nous avons tracées par la crête des chaînes de montagnes principales de l'Inde nous ont paru les plus naturelles et les plus commodes pour déterminer les divisions générales de cette contrée, comme pour classer tous les faits qui la concernent. Au reste nous ne donnons ici que de très-rapides esquisses.
La direction méridionale des montagnes du Birmäh, l’étroite et longue vallée de
V'Assam, la vaste plaine arrosée par le Gange et ses affluents, la réunion du bassin-de ce fleuve avec celui du Brahmapoutra, au fond du golfe de Bengale, le haut plateat du Dekhan, les basses plaines du Karnatic, le marécage salé du Rin dont les eaux s’écoulent et dans l’Indus et dans le golfe de Kotch, le désert que baigne l'Indüs, sont, avec les chaînes de montagnes qui limitent ou traversent la région indienne, les grands traits géographiques qui l’individualisent. 4
Quant au climat et à l’histoire naturelle de cette région considérée dans toute son étendue, voyez ce que nous en avons dit précédemment pages 7, 8; 51 et suivantes. Leurs principales variétés feront partie des monographies consacrées à chaque subdivision principale. M
Mais, comme au commencement de la quatrième période humanitaire; une noüvelle action de l'Occident sur l'Orient s’est manifestée dans toute sa puissance, nous corilinuerons à reprendre nos esquisses historiques d’une manière un peu plus détaillée à partir de cetté époque :. “4
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