PERSE
Nulle contrée de l'Asie n’a eu de plus hautes, de plus brillantes destinées queMla Perse. Ce royaume, aujourd’hui si déchu de son antique splendeur, ouvre une immense carrière aux méditations sur les vicissitudes des empires et des peuples. |
Avant d'entrer dans les détails des éphémérides de la Perse, la reproduction d'un article de journal servira, mieux que toutes les dissertations, à faire connaître quelle est la vraie situation de ce malheureux pays, placé si bas, qu'il subit déjà, avantla conquête, toutes les hontes de la sujétion.
A l’occasion des nouvelles défavorables que le gouvernement britannique a reçues récemment de l'Afghanistan, se réveille l’ancienne querelle sur la politique qui avait fait entreprendre cette guerre. Il y a déjà trois ans que Urquhart, l'ennemi le plus acharné de lord Palmerston, attaqua vivement la politique suivie par ce ministre, relativement aux Indes et aux affaires d'Orient en général; il allait même jusqu’à laccuser de trahison, et comme travaillant dans l'intérêt de la Russie. Urquhart développe ses vues à cet égard dans l'ouvrage : Diplomatie Transactions in central Asia, dans lequel il cherche à prouver que lord Palmerston aurait falsifié plusieurs documents diplomatiques et les aurait clandestinement employés pour voiler la perfidie de sa conduite. On ajoute peu de foi à ces dénonciations; car, en admettant même que des documents eussent été tronqués, il ne s'ensuit pas que ce füt dans des vues de trahison; mais bien plutôt pour couvrir les fautes commises, et qui certes ne manquaient pas de gravité. Laissant done Urquhart prouver, s’il le peut, que Palmerston était traître à sa patrie, nous ne nous occuperons que du développement vraiment profond auquel l’auteur se livre sur les relations de l'Angleterre avec l'Afghanistan et la Perse. Ge sera faire connaître le véritable état de choses, d'autant plus menaçant pour l'An: gleterre, que l’on commence à soupçonner une puissance étrangère d'y avoir donnéla main. L'affaire est trop bien organisée ; il règne trop d'harmonie entre les serdars, pour qu'on ne s'aperçoive pas qu’il doit y avoir une direction occulte, dont le coup d'œil est plus sûr, plus exercé que ne l’est d'ordinaire celui de ces chefs. Une phase nouvelle s'ouvre donc sur les affaires de l'Asie centrale, et pour yjeter quelque lumière, il faut remonter aux événements antérieurs.
La conduite de l'envoyé russe à Téhéran (le même qui, d’après plusieurs journaux anglais, aurait contribué à la conclusion du dernier traité de commerce avec l'An: gleterre), si amicale qu’elle soit en apparence, est cependant trop peu vraisemblable, pour qu'on la prenne comme monnaie de bon aloi; en outre, la conduite de la Russie, durant les années 1834 et 1853, est encore trop présente à la mémoire pour se méprendre sur les vrais motifs qui la font agir. L’Angleterre et la Russie ont, en Asie, des sentiments hostiles l’une à l'égard de l’autre; et même, si l'intérêt commun a pour un moment uni les deux nations, pour se défaire de Méhémet-Ali, il n’est guère probable que cet intérêt ait jamais pu faire naître une harmonie (elle, qu’elle impose
silence aux intérêts bien autrement importants en Perse, en Afghanistan et dans le lurkestan. à
Pour mieux rendre la situation des deux nations dans ces contrées, il faut remonter vu commencement du siècle. En faisant abstraction de la période de Pierre Ie", les conquêtes des Russes au delà du Caucase n'ont commencé que vers celte époque. Cependant Mohammed-Aga avait longtemps déjà senti le poids des armes russes. Les Anglais, à cette même époque, avaient besoin de la Perse : le schah de Caboul, Zeman, aujourd'hui pensionnaire anglais, et réfugié à Ludianah, fit alors contre les Indes des attaques, qui se renouvelèrent chaque année. Les Anglais conclurent donc une alliance avec Feth-Ali-Shah, qui attaqua les Afghans dans l’ouest; et, par celte diversion, leur procura la tranquillité. Il était raisonnable que l'Angleterre protégeàt à son tour la Perse contre la Russie; mais la guerre de cette puissance contre la Perse eut justement lieu au moment où l'Angleterre avait grandement besoin de la Russie, par rapport aux ivénements européens, qui devenaient de plus en plus menaçants. Conséquemment elle ne le fit pas.
La guerre de Perse finit par le traité de Gulistan, en 1812, qui affermit l’autorité russe dans le sud du Caucase. Plus tard, la Russie traita ce pays avec tant de dureté, que, ne pouvant supporter davantage un joug si pesant, il s’en détacha complétement en 4826. Durant cette guerre, l'Angleterre abandonna totalement la Perse, et ne lui paya même pas les sommes qu’elle lui avait promises. La Russie avait donc un moyen puissant de décrier l'Angleterre auprès des peuples orientaux, el si nous ajoulons foi \ des informations particulières, la Russie aurait été jusqu’à faire accroire à ces peuples que l’empereur, par son influence, aurait fait nommer un de ses maréchaux lé duc de Wellington) premier ministre en Angleterre, et qu’il n’était par conséquent plus à craindre que les Anglais entravassent les desseins de la Russie.
Ce ne fut qu'après que la Russie eut obtenu ce qu’il était possible d'obtenir par ses opérations militaires; qu’elle eut affaibli Aderbijan, centre principal de la force de lout ce pays; soumis toute la famille royale, que l'Angleterre sortit de son assoupissement et fit enfin de sérieuses réflexions sur sa position en Perse, ainsi que sur les iesures les plus propres à mettre un terme aux envahissements de la Russie. Mais il n’en était plus temps, et déjà la Russie avait enjoint à Abbas-Mirza de chercher dans l'est des dédommagements aux pertes essuyées dans l’ouest. Celui-ci avail déjà vaincu dans le Khorassan, et cela même par la coopération d'officiers anglais, qui ne croyaient nullement agir contre les intérêts de leur patrie.
Vient enfin le coup de maitre que la Russie-s’était réservé de porter : c'était l'élévalion de Mohammed-Mirza, fils d'Abbas-Mirza et petit-fils de Feth-Ali, au trône de Perse, et c’est seulement à partir de cette période que commencent les événements. La Russie proposa à l'Angleterre de travailler de commun accord pour assurer Île trône de Perse au fils d’Abbas-Mirza, afin, disait-elle, d’empècher les bouleversements intérieurs qu'un changement de souverain rendrait inévitables. L’Angleterre n’y vit aucun mal; elle regarda même comme un grand avantage, que la succession se fit au plus vite et sans que la Perse fût affaiblie par une guerre civile. Aussi n’épargna-t-elle hi son or ni ses officiers afin de parvenir à ce résultat si désirable en apparence, el elle donna aveuglément dans le piége.
Les fautes commises par l'Angleterre en celte occasion sont certes des plus graves, ét Urquhart les a fait ressortir avec une admirable clarté. L'opinion publique en Perse regarda avec raison la Russie et l'Angleterre comme devant nourrir des projets hostiles une contre l’autre, par suite de leur position respeclive en Orient. Si donc la Russie a pu déterminer l'Angleterre à appuyer son protégé pour le trône de Perse, il était tout
450 ASIE. — PERSE, nalurel de répandre dans ce pays la conviction que l'influence anglaise en Europe était inférieure à l'influence russe, et que la Russie était la puissance dominante. La conséquence de tout ceci fut que la considération pour l'Angleterre tomba à tel point en Orient, que l’on crut pouvoir tout se permeltre envers elle.
Il ÿ avait en Perse deux prétendants : Mohammed-Mirza, déjà nommé, et Hussein- Ali, plus connu sous le nom de Firman-Firmai, ou comme gouverneur général du Farsistan. Ce dernier, dit Urquhart, eût été un souverain presque indépendant d'un pays fort et inabordable, habilé par des tribus dévouées à l'Angleterre, et qui, par sa siluation au sud, est à l'Angleterre ce qu’est l'Aderbidjan à la Russie. On savait que Hussein, plein d'antipathie pour la Russie, avait confiance dans l'Angleterre. Chaque province élail influencée par la vue des avantages ou des dangers qu’elle avait à attendre ou à redouter du parti dominant : en un mot, la lutte entre ces deux princes n'était, aux yeux de la Perse, qu’un combat dans lequel l'influence russe et l'influence anglaise se disputaient la domination. Si l’on ajoute que, d’après les notions orientales, les fils de rois succèdent avant les petits-fils, et que conséquemment Hussein-Ali avait un droit incontestable au trône, à l'exclusion de Mohammed-Mirza, on peut se faire une idée de l'impression qu'a dû produire en Perse la conduite de l'Angleterre, appuyant le candidat russe et coopérant elle-même à lui livrer ses rivaux.
Cet événement à porté une atteinte sensible à l'influence anglaise en Perse, atteinte dont elle n’a pu se relever encore, et dont les suites désastreuses ne se sont pas fait longtemps atlendre. Mohammed-Mirza, maintenant Mohammed-Schah, reprit bientôt les plans de son père contre le Khorassan et Heral; et la Russie sut lui inspirer l’idée que, comme successeur de Nadir-Schah, il devait, non-seulement chercher à soumettre l'Afghanistan, mais s'asseoir sur le trône des empereurs de Mogol. A peine ces vues vinrent-elles au grand jour, qu'on parvint facilement à gagner toutes les tribus de l’ouest de la Perse et celles du Turkestan » quisse flaltaient déjà d'obtenir leur part au butin des Indes. Pour la mise à exécution, il n'y avait d'autre empêchement que l'Angleterre; mais celle-ci, par sa trop grande soumission à la Russie, s'était rendue si insignifiante, qu'on ne la regarda pas comme un grand obstacle. Les instructions que reçurent, d'abord M. Ellis et ensuite M'Neill, ne purent que fortifier le schah dans son opinion, et c’est vraisemblablement dans ces instructions qu'Urquhart prétend trouver les preuves de la trahison de lord Palmerston au profit de la Russie.
Les instructions de MM. Ellis et M'Neil, aussi longtemps que la Russie et l'Angleterre furent d'accord, en réalité ou en apparence, ne pouvaient avoir d'autre résultat que d'empêcher les deux envoyés de s'opposer sérieusement aux plans du schah contre Herat. En tout cas, il est une circonstance des plus remarquables, c’est que M. M'Neill n'ait pas osé, de sa propre autorité, faire une démarche officielle pour empêcher l’ex= pédilion contre Herat, et qu’il ait attendu jusqu'à ce que le gouvernement des Indes l'en eût chargé d’une manière toute spéciale. D’après une dépêche du 24 février 1856, il n’avail pas encore fait de représentations à cet égard; mais, suivant une autre dépêche du 20 juin, il les avait faites, « chargé, dit-il, par Le gouvernement des Indes. » C’est de l'attaque de Herat que tout dépendait : la réussite des plans de la Russie, de voir sa domination établie dans l'Asie centrale, et la crainte de l'Angleterre d’y perdre com: plétement son influence. |
« Dès le commencement des négociations, dit Urqubart, lord Palmerston n’a donné des instruclions à personne, pour ce qui touche cette question, qui ne’se trouvent même pas mentionnées dans les dépêches, Jusqu’après la catastrophe. Dans les pièces soigneusement choisies qu’il a communiquées au parlement, et dans les différentes dépêches des deux envoyés, qui sentaient également que la source du mal était dans la coopé-
ralion de lord Palmerston avec la Russie, il y a une foule de preuves oflicielles qu'il dépendait de l'Angleterre d'empêcher l'expédition de Herat. Quelque difficile qu'il füt de traiter ou de résoudre cette question , elle n'aurait pu échapper à aucun ministre, à moins qu'il eût été d'intelligence avec la Russie (not committed to Russia). » Les passages suivants serviront d'appui à ce que j'avance. M. Ellis écrivit à lord Palmersion le 40 avril 1836 : « Le schah ne renoncera pas à son plan (l'attaque contre Herat), si le gouvernement anglais ne l'y force. » M. Mac-Naghten écrivit, le 26 novembre 1856, 1 M'Neill : « Le gouvernement des Indes ne veut point perdre sa considération (loss of character), ce qui arriverait nécessairement s’il y avait le moindre prétexte pour soupçonner l'Angleterre d'appuyer la Perse contre des pays (parties) avec lesquels nous sommes en relations d'amitié. » M. M'Neill, dans une dépêche du 11 juillet 1857, adressée à lord Auckland, s'exprime ainsi: € Je ne vois pas le motif pour lequel nous dissimulerions à la Perse, que la nécessité de prendre des précautions pour notre propre sûreté nous force à cette demande, et que nous ne pouvons affaiblir nos lignes de défense ni notre position. » M. Ellis disait, au commencement des négocialions : « La Perse ne veut pas ou n’ose pas conclure une étroite alliance avec l'Angleterre. » Et, à la fin du mois de mai 1838, M. M'Neill dit : « Le schah craint trop d'indisposer la Russie, s’il se désistait de son plan de conquête sur Herat. »
« On voit facilement par ces extraits que les deux représenfants de l'Angleterre avaient la conviction que l'expédition d'Herat n’eût pas eu lieu, si l'Angleterre s’y füt opposée. On voit que le gouvernement des Indes craignait de perdre sa considération par la coopération de l'Angleterre avec la Russie. Il s'ensuit encore, que la Russie avait employé vis-à-vis de la Perse un système de continuelle menace pour la rendre hostile à l'Angleterre, et qu’en cela elle a été constamment soutenue par lord Palmerston, qui, tout en connaissant les vues de la Russie, par la conduite qu’elle à tenue dès le commencement des négociations, n’avait pas fait cependant une seule démarche, ou pour lui en demander compie, ou pour mettre fin à l'alliance de ces deux cours, alliance dont la Russie s’est constamment prévalue. En examinant de près loute la marche de ces négociations, on ne découvre ni légèreté, ni imprudence, ni insouciance, ni inconséquence, ni contradiction : partout on voit de l'ordre et du système. Donc, lord Palmerston a prêté son autorité et son pouvoir officiel pour faire réussir les plans de la Russie, et cela avec une entière connaissance des vues hostiles de celle-ci envers l'Angleterre, et de son impuissance de nuire à la Grande-Brelagne, sans la coopération de cette dernière. »
On peut penser de ce jugement ce ‘qu'on voudra; mais il est avéré que le résultat, les faits et les pièces officielles, tout dépose contre l’imprudente marche politique suivie par lord Palmerston dans les affaires de Perse. Cependant, comme on l’a dit en commençant, quant aux pièces oflicielles, on pourrait les expliquer d’une manière moins sévère. Sans nul doute les papiers soumis au parlement sont arrangés avec un art et un soin infinis, de manière à induire en erreur toute personne qui ne serait point entièrement au courant de l'affaire; mais il ne faut pas confondre l’assemblage des faits avec les faits mêmes, etc., etc.
Le nom le plus ancien de la Perse lui vient d'Élam, fils de Sem. Son nom actuel, parmi les Orientaux, est celui d'Iran. L'histoire ancienne de la Perse est trop connue, trop classique, pour qu'il soit utile d'entrer à ce sujet dans les détails qu'on peut
trouver partout; et il suflira d'indiquer les principaux événements qui ont amené la Perse à son état actuel d’abaissement et de faiblesse.
Avant Cyrus, les Perses étaient divisés en douze tribus, sur lesquellès régnait Cambyse, qui avait épousé Mandane, fille d’Astyage, roi des Mèdes. De cet hymen naquit Cyrus, 599 ans avant Jésus-Christ. Les Perses étaient sobres, verlueux, d’une simplicité de mœurs admirable, exercés aux travaux de la guerre, et toutefois pacifiques: en un mot, ils étaient infiniment supérieurs à tous les peuples voisins. Cyrus, pendant son glorieux règne, éleva la Perse à un haut degré de puissance et fut le fondateur du plus vaste empire qu’il y eût alors en Orient. Ses successeurs l'agrandirent encore: ct à l'époque de la conquête de la Perse, par Alexandre, cet empire s’étendait jusqu'aux Indes el touchait à la Grèce. L'histoire de la Perse, jusqu’à Alexandre, offre de grands événements, parmi lesquels il convient de citer la captivilé des Israélites et leur délivrance, les batailles si célèbres de Marathon et de Salamines. À la mort d'Alexandre, l'empire de Darius fut démembré, et le royaume le plus puissant qui sortit du partage fut celui qu'obtint Séleucus, et qui prit le nom de royaume de Syrie. Quant à la Perse, proprement dite, ce ne fut qu'un État de peu d’étendue et dont l’histoire, jusqu’à la réduction des royaumes d’Asie en provinces romaines ou en royaumes tributaires de Rome, se confond avec celle des pays voisins. L'an 256 avant Jésus-Christ, Arsace fonda la monarchie des Parthes, qui fut détachée de l'empire des Séleucides, et devint plus tard si redoutable aux Romains, lorsqu'ils avaient atteint l'apogée de leur puissance.
Depuis Auguste, la plupart des souverains qui régnaient en Perse firent de constants efforts pour secouer le joug; et ces efforts furent quelquefois heureux. L'histoire cite plusieurs princes qui firent tête aux empereurs ou à leurs généraux. Artaxercès, qui des derniers rangs de la société s’élait élevé jusqu'au trône, et qui eut la gloire de combattre Alexandre-Sévère et de vaincre un de ses lieutenants; Narsès, qui régnait en 294; Sapor, second fils de Narsès, qui fit longtemps et glorieusement la guerre contre les empereurs Constance et Julien; Vararane, qui régna 20 ans et mourut en 441; Chosroès, contemporain de Justinien, dont il reçut plusieurs ambassades, et qu'il contraignit plus tard à lui payer tribut, après avoir réduit Antioche en cendreset conquis plusieurs provinces. Ce précis fait déjà voir que les rois de Perse s'étaient rendus indépendants de l'empire, même avant Constantin.
Le christianisme avait pénétré dans la Perse dès l'an 90, et commença à y être persécuté vers l'an 521. Comme l’histoire religieuse des Perses est tout aussi connue que leur histoire politique, il suffira de dire que les premiers Perses étaient adorateurs du feu ; que leurs prêtres, leurs mages, avaient une grande influence, et qu’ils étaient con- Sultés dans toutes les entreprises importantes. Quand l'empire romain eut envahi l'Asie, le culte des Perses reçut quelques modifications et admit certaines pratiques du polythéisme des Grecs. Les apôtres chrétiens eurent d’abord de grands succès en Perse; mais les guerres incessantes entre la Perse et les empereurs d'Orient furent un obstacle trop puissant pour que le christianisme pût arriver à être la religion du plus grand nombre. Lorsque le mahométisme, qui, dès son apparition, envahit toute l'Asie centrale, commença à se répandre en Perse, les chrétiens y étaient peu nombreux. Ce grand événement, qui s’accomplil de l’an 629 à 639, soumit la Perse aux califes en 650; mais dès l'an 632, des Arabes convertis à l’islamisme avaient conquis plusieurs provinces de la Perse. L'histoire de ce pays devient confuse vers la fin du 1xe siècle, parce que l’autorité des califes s'étant affaiblie, plusieurs gouverneurs se rendirent indépendants. Cet état de choses suscita des guerres intestines, pendant lesquelles les califes se trouvant rarement assez forts pour soumettre par eux-mêmes les rebelles » envoyèrent
PRÈTRE PERSAN OÙ MOLLAIT,
{des chefs tartares ou arabes qui, lorsqu'ils étaient victorieux, s’établissaient en Perse et n'accordaient aux souverains de Bagdad qu'un simulacre de vasselage. Vers l'an 1027, un prince illustre, Mahmoud, de la glorieuse race des Gaznévides, fit de grandes conquêtes; mais ses fils ne surent pas les conserver; et les Turcs Seldjoukides, en 1057, après avoir vaincu le petit-fils de Mahmoud, se rendirent maîtres du Khorassan et de | quelques districts environnants, et fondèrent le royaume de Nischabour, sur lequel Togril, prince aussi distingué par sa bravoure et ses grands talents militaires, que par sa générosité et son goût décidé pour les sciences et les lettres, régna jusqu’à l'an 1065. Les auteurs chrétiens lui reprochent sa haine pour le christianisme et les persécutions qu'il dirigea contre les chrétiens. Alparslan, successeur de Togril, agrandit considérablement le royaume de Nischabour, rétablit celui de Perse; il cessa de reconnaitre la vaine autorité des califes, et vainquit les Grecs de Constantinople, avec qui il fitun traité avantageux. Le fils du grand Alparslan, Melicshah, soumit la Syrie et l'Égypte, Boukhara et Samarcande, et porta ses armes victorieuses jusqu'aux Indes. Cette période est vraiment glorieuse pour la Perse; et les trois règnes de Togril, Alparslan et Melicshah affermissent tellement la puissance et la prépondérance de ce royaume, qu'il faudra plusieurs siècles de revers pour le réduire à l’état où nous Île voyons.
A la mort de Melicshah, son frère et ses quatre fils partagèrent ses vastes États. Cette division couvrit la Perse de désordres suscités par le défaut d'unité. Toutefois Sandjar, le troisième fils de Melic, qui régnait sur le Khorasan, étendit ses conquêtes jusqu’à l'Indus et le Jaxartès, soumit au tribut le roi de Lahore, ainsi que d’autres princes, et eut un règne d'autant plus glorieux, que les circonstances lui furent singulièrement propices : en effet, tous ses frères étant morts, les parties du royaume qui avaient élé divisées revinrent à son sceptre; mais ayant voulu, dans un âge avancé, pousser ses conquêtes dans la Tartarie, il perdit une bataille, où son armée fut taillée en pièces, et lui-même se sauva avec peine. L'année qui suivit cette sanglante défaite, il marcha contre une tribu de Turcomans, ses tributaires, qui s'étaient révoltés : Sandjar fut battu et fait prisonnier. Pendant sa captivité, qui dura de 1155 à 1156, il fut traité avec beaucoup de dureté; ses États, que gouvernait la sultane favorite, furent en proie aux incursions des Turcomans. Il parvint à briser ses fers, et mourut en 1157, âgé de 73 ans.
Le Mogol Gengiskan, après des massacres inouïs, soumit la Perse, et à sa mort, en 1996, Houlagou, son petit-fils, eut en partage la Perse. Ce prince subjugua la Mésopotamie et la Syrie, et extermina la secte des assassins, que le vieux de la Montagne à rendus célèbres au temps des croisades. Ce prince protégea chaudement les sciences; et une foule de monuments attestent son goût pour l'astronomie, les lettres, l’architecture. IL épousa la fille de l’empereur Michel Paléologue. La Perse, jusqu’en 155d, époque de la conquête de ce royaume par le fameux Timour ou Tamerlan, fut gouvernée par les descendants d'Houlalou, et essuya de sanglantes guerres intestines ou extérieures, qui l’affaiblirent et en détachèrent quelques provinces. Tamerlan mourut en 4405. Deux petits-fils du conquérant se disputèrent son vaste empire : l’un fut assassiné, et l’autre détrôné et fait prisonnier. Alors un fils de Timour, oncle du jeune roi captif, prit la couronne et traita son neveu avec bonté, lui donnant même le gouvérnement du Khorasan. Les successeurs de Timour occupèrent le trône jusqu’en 1478, époque où Schah-Ismaël, fondateur de la monarchie des Sophis, s’éleva au rang suprême. Aucun événement remarquable ne signala les règnes suivants; mais celui du grand Schah-Abbas, qui mourut en 1628 à l’âge de 70 ans, a jeté un grand éclat, plus encore par la profonde sagesse de ce prince, que par ses conquêtes, qui furent peu
considérables, quoiqu'il ait chassé les Tures de tout le Littoral de la mer Caspienne, de l’Aderbidjan, de la Géorgie, du Kurdistan, de Mossoul et du Diarbekir. Les Portugai) possédaient Ormouz depuis plus d’un siècle. Schah-Abbas, envieux du riche commerce qu'ils y faisaient, mais n'ayant point de marine pour les en chasser, crut faire w coup de profonde politique, en décidant les agents de la Compagnie anglaise des Indes à tenter cette expédition. Les Portugais se défendirent vaillamment; ils durent enfin; rendre cette position, qui resta aux Persans; mais les espérances du schah ne se réali. sèrent point : car Ormouz, en passant sous la domination de la Perse, perdit toute son! importance. Sous Schah-Séfi, petit-fils et successeur de Schah-Abbas, les Turcs repri-| rent Lout ce qu'on leur avait enlevé. Abbas IE remplaça son père, Schah-Séfi, en 16441. Ce prince, adonné à l’ivrognerie et à tous les autres vices qu'entraine cette passion dégradante, eut cependant un règne heureux. Son fils, qui régna après lui, sans avoir ses défauts, était dépourvu de courage et d'énergie, et il ne dut ses prospérités qu'à la bonté de ses ministres et de ses généraux. Hosein, qui vint ensuite, régna paisiblement, durant vingt ans; mais un orage terrible menaçail la Perse. Les tribus sunnites du! Kurdistan ravagèrent le sud-ouest, et vinrent jusque sous les murs d’Ispahan. Les Arabes s’élendirent le long du golfe Persique et s'emparèrent des îles. Les Afghans, ligués aux Usbeks, envahirent le Kirman et le Khorasan, et, en 1722, prirent Ispahan, après avoir, avec moins de 20,000 hommes, sans artillerie, défait une armée persane forte de plus du double, et qui avait 80 bouches à feu. Le prince afohan Mahmoud s'empara de la personne du faible Hosein, le fit renfermer, puis mourir au bout de sept ans, et régna à sa place sur une partie du royaume. D’un autre côté, les Turcs, profitant | de ces désastres, faisaient des conquêtes dans l’ouest, tandis que les Russes envahissaient les provinces caspiennes. Mahmoud, atteint d’une aliénation mentale furieuse, fut étoufté par les ordres de sa mère.
Aschraf, cousin de Mahmoud, lui succéda en 1725 ; mais Tamasp, fils de l'infortuné Hosein, parvint à gagner les généraux turcs, et finit, lorsqu'il eut quelques troupes, par les combattre à outrance et avec tant de succès, que la Porte traita avec lui et le reconnut ; mais à peine se mettait-il en mesure de chasser l'usurpateur, que la fortune contraire lui suscita un ennemi bien autrement redoutable : ce fut l'illustre Thamas- Kouli-Khan, qui régna ensuite sous le nom de Nadir-Schah. | Ce grand homme joignait aux vertus les plus héroïques, le courage, la passiondés grandes choses, les vices les plus révoltants : la cruauté, la cupidité, la perfidie. De basse extraction, ayant été tailleur, il devint soldat, puis brigand, puis chef de bande, ensuite gouverneur du Khorasan. Plus tard, chassé avec ignominie de cette position élevée, il dévasta la même province à la tête d’une troupe de bandits, et finit parse rendre si redoutable, que Tamasp lui offrit un commandement dans son armée, ce qu'il accepta avec joie. Aschraf et Tamasp se livrèrent bataille aux environsde Damegan : les Afghans furent défaits, et perdirent une autre bataille à 44 lieues au nord d’Ispahan. Aschraf, contraint à prendre la fuite, égorgea Hosein. Le vainqueur, qui devait ses succès à Nadir, le décora du titre de Thamas-Kouli-Khan. Le général de Tamasp poursuinit Aschraf, lui enleva tout ce qu’il emportait, et ayant fini par le faire tuer, il rapporta sa tête. Nadir sut se rendre indispensable. Il était admiré de la nation ; son maitre, prince faible et sans talents, n’inspirant que le mépris, Nadir le fit renfermer dans une forteresse du Khorasan, mit sur le trône son fils, un enfant de huit mois, et gouverna comme régent. Dans la guerre contre les Turcs, après d’éclatantes victoires, il conclut un traité qui rétablissait les limites des deux empires telles qu’elles étaient avant l'invasion des Afghans. En 1736, à la mort du jeune Abbas III, Nadir se fit reconnaitre comme roi, et prit le nom de Nadir-Schah. Ici commence le cours des con-
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quêtes de Nadir-Schah, qui, toujours armé, toujours victorieux, conquiert successivement Balkh, Candabar, Caboul, et, traversant l’Indus, soumet tout sur son passage et arrive rapidement à Delhi, en 1759, où il s'empare d'immenses trésors, qu’on fait monter à cinq milliards, en ÿ comptant tout ce qu’enleva son armée. A son retour des Indes, il alla piller et ravager le Sindhi, marcha sur Herat et Balk, poussa jusqu’auprès de Boukhara, et ne s’arrêta, que parce que le souverain des Usbeks vint faire sa soumission et consentir que l’Oxus servirait de frontière. Ainsi la Perse avait pour limites l'Oxus, l'Indus, la mer Caspienne et le Tigre. Dans ses dernières années, Nadir-Schah, bourrelé par le remords d’avoir injustement fait crever les yeux à son fils ainé, le brave Reza-Kouli, commit les cruautés les plus extravagantes, et força ses propres serviteurs à l’assassiner, l'an 4747, dans la 61° année de son âge et la 12e de son règne. Les meurtriers de Nadir-Schah mirent sur le trône son neveu Ali. Celui-ci fit mourir Réza-Kouli et treize autres fils et petits-fils de Nadir. Ali fut vaincu et privé de la vue ar Ibrahim-Khan , son frère, qui fut mis à mort par ses soldats, ainsi qu'Ali.
Un fils de Reza-Kouli avait échappé au massacre de ses frères et oncles; il fut élevé sur le trône, déposé et aveuglé après deux ans, puis réintégré, déposé une seconde, foisetenfin placé à la tête du Khorasan par un prince afghan. Pendant ces désordres, tous les gouverneurs se déclarèrent indépendants, et il s’éleva plusieurs petites monarchies, qui n’eurent qu’une existence éphémère, et finirent, lorsque Kérim-Khan eut établi son autorité dans toute la Perse occidentale, et qu'il eut reuversé ces fantômes deSouverains. Kérim-Khan mourut en 1779, regretté de toute la Perse. Il avait 80 ans.
Zéki-Khan , frère et successeur de Kérim, fut un prince cruel, dont le règne fut court: Ses gardes l'égorgèrent, el donnèrent la couronne à Aboul-Fath-Khan, second fils dé Kérim. Aboul, n'ayant aucune des vertus de son père, fut détrôné par Sadik- Khan, son oncle, en 1781; celui-ci fut détrôné à son tour par son neveu Ali-Mourad- Khan, qui mourut en 1785, laissant le trône à Djafar, son cousin, qui fut empoisonné en 4788. Hadji-Ibrahim, homme d’une sagesse et d'une probité rares, aida Loutf-Ali- Khan, fils de Djafar, à prendre le sceptre de son père, malgré les efforts d’un prince puissant, Aga-Mohammed, qui avait conquis le Ghilan, le Mazenderan, Ispahan, Hamadan et Tauris. Loutf-Ali-Khan était doué de qualités brillantes, mais il était violent, vindicatif, et, devenu envieux de l’homme à qui il devait la couronne, il s'aliéna cet excellent serviteur. Après des efforts héroïques, il succomba dans sa lutte contre Mohammed, qui était soutenu par Hadji-Ibrahim. Tombé au pouvoir de son ennemi, celui-ci le fit mettre à mort.
Aga-Mohammed, paisible possesseur du Mazenderan, du Ghilan, du Fars, de l'Irak etdu Kirman, fixa sa capitale à Téhéran qu'il fit fortifier. En 179, il marcha contre Héraclius, prince de Géorgie, tributaire de la Russie, le vainquit, prit et saccagea Tiflis, et le soumit au tribut. Les Russes vinrent l’attaquer l’année suivante; et, sans la mort de Catherine II, cette agression lui eût sans doute été fatale. Ce prince habile, mais dissimulé et cruel, fut poignardé dans sa tente, par deux domestiques qu'il avait condamnés à mort pour une faute légère.
Baba-Khan, fils de Mohammed, lui succéda avec l'appui de Hadji-Ibrahim. Le nouveau souverain prit le nom de Feth-Ali-Schah. Une guerre avec la Russie, en 18053, fut fatale à la Perse, qui perdit le littoral de la mer Caspienne. Napoléon entra en négociations avec Feth-Ali-Schah. 11 envoya successivement en Perse MM. Romieux et Jaubert, puis le général Gardane. Romieux mourut à Téhéran en 1805. Jaubert arriva en Perse en 1806. Gardane, qui y vint ensuite comme ambassadeur, promit des secours contre la Russie; et plusieurs ofliciers qui l'avaient suivi, enseignèrent aux troupes persanes la tactique européenne. L’Angleterre, alarmée de l'influence russe et fran-
çaise, envoya à Téhéran sir John Malcolm. Gardane revint en France en 1810, après
avoir vu annihiler ses négociations par le colonel Brydges, qui était parvenu à per- | suader que la France ne pouvait rien pour la Perse, et que Feth-Ali-Schah n’avaitrien
à attendre que de l’Angleterre.
Les Persans suivent les lois de l’islamisme, mais ils sont de la secte des schiites, |
tandis que les Tures appartiennent à celle des sunnites. Les schiites rejettent l'autorité des trois premiers califes Abou-Bêcre, Omar et Osman, el ne reconnaissent de puissance spirituelle légitime que celle d’Ali. La Sunna ou recueil des traditions orales, qui repose sur l'autorité des trois premiers califes, est considérée par les Persans comme un tissu d'impostures. Ils ont une grande vénération, une foi vive en un petit traité dogmatique appelé Hasna. Les schiites diffèrent aussi des sunnites dans la pratique de quelques rites, soit pour la manière de tenir les mains et de se prosterner en priant, soit pour les ablutions, Les schiites portent si loin la haine contre les trois premiers califes, que bien peu d’entre eux accomplissent le pèlerinage de la Mecque: ils visitent, la plupart, le tombeau d’Ali, à Nedjef; celui d’Hosein, son fils, à Kerbela, ou celui de l’iman Reza, à Mesched. Ils observent les mêmes fêtes religieuses quelles sunnites, mais ils en ont aussi qui leur sont particulières. La plus solennelle est celle qu’ils célèbrent pendant les dix premiers jours du mois moharrem, en commémoration de la mort et du martyre de Hosein. Les Persans sont très-superstitieux, et croient qu'il y a fatalité partout. Nulle part le dogme du fatalisme n’a jeté de racines plus profondes qu’en Perse. Les félicitations, tellement inhérentes aux mœurs européennes, qu'elles forment les principaux articles du code de notre civilité, sont rigoureusement proscrites en Perse, où l’on croirait un malheur imminent, si l’on avait recu des félicitalions au sujet d’un événement heureux, ou des compliments sur quelqu’une de vos qualités personnelles ou de ceux qui vous sont attachés par les liens du sang.
Le pouvoir spirituel réside en Mahdi, le dernier des douze imans, descendants d'Ali: Les Persans croient fermement que Mahdi n’est point mort, qu’il est seulement caché, et qu’il reparaîtra vers l’époque du jour du jugement, où Jésus descendra du ciel,*et où tous les hommes se convertiront à la foi de Mahomet. En son absence, l'autorité spirituelle est exercée par des hommes réputés saints et que les suffrages du peupleont élevés à la dignité de moudjtehed. Il n’y a parmi tout le clergé persan que trois ou quatre moudjteheds, et leur pouvoir est tel, que les princes les plus despotes n’oseraient leur refuser de grandes marques de vénération extérieure. |
Les rois de Perse ont toujours été absolus : le clergé seul peut opposer une“här= rière à celle puissance illimitée, qui s'étend sur les biens, la liberté et la vie de tous les Persans.
Le droit de succession au trône n’est établi par aucune loi, et dépend exclusivement de la volonté du monarque, qui choisit parmi tous les membres de sa famille.
Il n’est pas un pays où le souverain ait plus de devoirs à remplir; et les choses, à cet égard, ont très-peu varié depuis Cyrus. Lorsque le schah n’est point malade ouen parie de chasse, il passe au moins six heures par jour en public, accessible à tous ses sujets.
La loi écrite est fondée sur le Coran et sur la partie de la Sunna qui n’émane point des trois premiers califes. On suit en outre un droit coutumier, qui varie suivant les provinces. Les moudjteheds exercent une grande influence sur les cours judiciaires: Dans les grandes villes il y a un cadi, qui ne rend toutefois la justice que sous la direttion du Scheik-Oul-Islam, ou juge suprême de la loi écrite. Dans les villes moyennes; le cadi est indépendant, et dans les petites localités, la justice est rendue par un mollah. La duplicité et la vénalité des cadis et des mollahs sont devenues proverbiales.
Derviche persan
Les magistrats séculiers rendent la justice en public. Leurs audiences sont d'ordinaire tumultueuses et bruyantes, surtout de la part des femmes, parce que l'usage ne permet pas d’user à leur égard du bâton, qui réduit efficacement les hommes au silence.
La justice persane est expéditive; et les procès entraineraient peu de frais, si les sommes dépensées par les parties, afin de corrompre le juge, ne les rendaient presque toujours fort onéreux.
Quand le roi ne rend pas la justice personnellement ou par délégation, la justice criminelle est rendue par les règles qu’établit le Coran. La personne volée peut pardonner au voleur, de même que l'héritier légal d’une personne assassinée peut transiger avec le meurtrier. Le vol d’une somme considérable est souvent puni par la mort. Quant à la mutilation pour vol, quoique autorisée par le Coran, elle est rarement mise en usage. Un meurtrier remis entre les mains de l'héritier légal peut être mis à mort par celui-ci. Les punitions pour les fautes légères sont l'amende, la bastonnade ou le fouet.
Les gouverneurs de province, les magistrats de l'ordre le plus élevé sont nommés par le roi; mais les magistrats de second rang, les chefs de quartier, quoiqu'à la nomination du roi, sont toujours pris parmi les notables de la ville où ils doivent exercer leurs fonctions, et c’est communément suivant le vœu de la population. Chaque corps de métier a un chef chargé de défendre les intérêts de sa corporation et d'en faire la police. Les ketkhoda, ou commissaires de police, jouissent d'une grande considération. Leurs fonctions sont gratuites, et ils ont en outre les attributions de nos juges de paix. Le daroga fait la police des bazars : c’est une espèce de juge de commerce qui a en outre la surveillance des mœurs. Ce magistrat a sous ses ordres une foule d'agents subalternes.
Les tribus nomades ont une autre législation; et les chefs de tribu, assistés du conseil des anciens, jugent pour ainsi dire souverainement, d’après Les règles du Coran et les traditions. Il est rare que les gouverneurs interviennent dans ces sortes de jugements.
Le rapt et l’adultère sont très-rares chez les tribus errantes, où ces crimes sont punis de mort. Ils sont plus communs dans les villes, et les coupables y sont traités moins rigoureusement. Si la culpabilité de la femme est établie, ses parents la mettent en pièces.
La perception de l'impôt est confiée aux officiers de justice. Le revenu monte à environ 75,000,000 de francs; les branches principales sont le produit des terres de la couronne, l’impôt foncier, les taxes sur les denrées et marchandises. Les fonctionmaires sont payés, la plupart, au moyen d’une retenue exercée sur le revenu public et le produit des patentes.
Dans les cantons pauvres, l'impôt se perçoit quelquefois en nature. Les tribus errantes payent suivant la richesse de leurs troupeaux.
Le gouvernement est propriétaire d’un grand nombre de maisons, qu'il loue aux habitants. Les particuliers payent 20 p. °/, du revenu de leurs maisons. |
Les taxes irrégulières sont si nombreuses, si considérables, qu'elles égalent le revenu fixe, et portent le total des revenus à 450,000,000.
Les militaires persans sont d'humeur querelleuse, et cependant leur bravoure est souvent douteuse. Les dernières guerres contre la Russie témoignent assez de la justesse de cette assertion. Ils sont bons cavaliers, et manient la lance et le sabre avec dextérilé; mais l'infanterie est mauvaise, même lorsqu'elle est exercée à l'européenne.
Les troupes régulières, tant à pied qu'à cheval, sont beaucoup moins nombreuses que les troupes irrégulières. En temps de paix, l’armée n’est que de 35,000 hommes,
encore faut-il compter dans ce nombre les gardes des gouverneurs de province.
L’armement du fantassin consiste en un mousquet, une épée et un bouclier; celui | du cavalier se compose du sabre, des pistolets, et presque tous ont en outre la lance.
Le Persan est actif et industrieux, surtout en agriculture. Le sol est rarement fertile: le manque d’eau se fait presque partout sentir, et il a fallu de grands travaux, pour amener le système d'irrigation au point où il est aujourd’hui. C’est une chose admirable que le nombre infini de sources artificielles, de puits, de digues, d’écluses, que l'on voit dans tous les cantons où les sources naturelles et les rivières manquent. Les eaux qui descendent des montagnes durant la fonte des neiges, sont dirigées dans les champs par des canaux et distribuées, suivant les besoins, sous l'inspection d'officiers publics. En beaucoup d’endroits on a creusé de vastes bassins pour les conserver. Les cultivateurs sont tout aussi entendus dans l'art des engrais. Quant au labour, il s'opère avec un soc tiré par des bœufs. Les sillons ont très-peu de profondeur. Immédiatement après qu'ils sont formés, on brise les mottes avec un maillet à long manche, puis on bécheet on herse, de façon que les semailles sont jetées sur une terre préparée comme nos jardins. Le champ, ainsi labouré, est entouré d’un rebord d’un pied d’élévation, afin que l’arrosage ne puisse fuir. |
Le sol est presque partout nitreux, et les terres basses qui sont abandonnées s’imprègnent de sel marin, deviennent stériles et se couvrent de soudes, de salicornes et d’anabases. Le sel de cuisine est si commun, que les eaux de pluie le charrient dans les bas-fonds. Tous les lacs sont salés et dépourvus de poissons. Les étangs, si on ne les vidait chaque année, deviendraient également salés. La surface des déserts est couverte d’une croûte saline. |
Les animaux domestiques sont le cheval, le mulet, le bœuf, le chameau et l'âne. Les bœufs ne servent qu’au labour. Les chameaux sont employés dans les pays sablonneux: mais où le sol est ferme, on préfère les mulets, qui sont beaux et d’une grande force. L’âne est, comme chez nous, le compagnon des travaux du pauvre, et sert aux transports pour de petites distances.
Outre l’âne ordinaire, on en a d’une race plus élevée, qui a des formes élégantes, beaucoup de vivacité, et qu'on emploie, comme au Caire, pour la monture. Il y a de ces ânes qui coûtent jusqu’à 40 tomans (300 francs).
Le cheval persan, de taille moyenne, est fort, agile, dur à la fatigue, bon coureur: Son corsage est élégant, ses jambes assez fines, nerveuses; mais l'encolure est un peu courte et trop charnue, ce qui oblige à employer des mors brisés. On a aussi en Perse le cheval arabe; mais les grands seuls en achètent : car un arabe pur sang coûte toujours de 200 à 300 tomans; et il en est qui se vendent jusqu'à 600. Les meilleurs chevaux de la Perse sont ceux du Khorasan. Plus grands et plus vigoureux que ceux des autres provinces, ils sont tous réservés pour le service de la cavalerie régulière On voit aussi en Perse quelques chevaux tartares. La coutume qu'ont les cavaliers turcs et persans d'arrêter court leurs chevaux, lorsqu'ils sont lancés au galop et même bride abattue, fait que ces chevaux, dès l’âge de 8 ans, sont faibles du jarret et bouletés. |
Il y a en Perse beaucoup de moutons, mais l'espèce en est chétive el ne donne que des laines fort communes. Quant à la chair, elle est fort bonne et succulente. Les chèvres sont nombreuses dans les pays de montagnes. La chair du porc étant interdite aux musulmans, cet animal est presque inconnu en Perse.
Les animaux sauvages sont le lion, le chat-pard, le loup, le chacal, le lièvre,le bélier et la chèvre sauvage; et dans les contrées les plus élevées, l’onagre ou âne sauvage. Le pays:est trop sec pour que les serpents soient très-nombreux ; et en général il y en a peu de venimeux; mais les scorpions pullulent en Perse, et ils pénètrent partout. Les
‘aconnier Persan.
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oiseaux sont les mêmes que ceux des contrées qui se trouvent sous cette latitude dans les autres parties du globe. Les pigeons sont innombrables ; et les Persans en prennent grand soin, les tenant dans des colombiers d’une construction ingénieuse et commode.
Les Persans ne sont pas fort avancés dans certains arts mécaniques; mais on doit reconnaitre qu'ils travaillent fort bien l'acier. Leurs armes blanches sont d’une trempe excellente et ont un bon tranchant; mais elles sont cassantes. Les armes à feu sont inférieures. Ils ont des fonderies de canon. C’est surtout dans l’art du doreur, du graveur et du ciseleur que les Persans excellent, ainsi que dans celui d’émailler sur or et sur argent. On ne trouve nulle part la teinturerie aussi avancée qu’en Perse; et on attribue leur supériorité à cet égard à l'air, et au climat qui, étant sec et pur, produit celte variété, cette vivacité et cette ténacité des couleurs, qui doivent leur qualité à ce que les ingrédients de teinture, croissant presque tous en Perse, sont employés frais et pleins de sucs. Les maroquins sont de première qualité. La peau de cheval, parfaitement apprêtée, est teinte d’un beau vert; avec celle de l'âne, on fait du chagrin; celles du veau et du chameau reçoivent autant de force que de souplesse, et sont appropriées à une foule d'usages. Leurs cuirs, en général, sont excellents, et surpassent ceux de Turquie. N'ayant point de tan, les Persans y suppléent avec la chaux, le. Sel marin et la noix de galle. Le verre n’est pas beau; ils ignorent même la fabrication des cristaux; mais leur poterie est excellente, et les porcelaines de Perse sont aussi belles que celles de Chine, et résistent fort bien au feu. Leur faïence est d'une terre d'émail pur, aussi bien en dedans qu'en dehors ; et cette faïence a un vernis si brillant, un grain si fin, qu'elle peut rivaliser avec nos plus beaux produits. Les menuisiers et les ébénistes sont habiles; mais les charpentiers travaillent sans solidité et sans goût. Il est peu de personnes qui n'aient vu des Lissus de Perse ; on sera dès lors tout disposé à croire que les Persans excellent dans la fabrication des étoffes de tout genre : soie pure, soie et coton, soie et or, soie et argent, brocart d’or ou d'argent, tapis précieux, tissus de coton, de coton et laine ou de laine pure, taffetas, velours, etc.
Les Persans sont fort ignorants en chimie, mais ils se livrent aux sciences occultes; et, dans leur superstitieuse ignorance, on en voit encore s'occuper au grand œuvre. Leurs médecins ignorent la circulation du sang ; leurs chirurgiens, l'anatomie : on peul juger par là de l’état de ces deux sciences, dans un pays où elles se réduisent encore aujourd’hui à partager les maladies et les remèdes en quatre divisions : chaud , froid, humide et sec. Les moines ou derviches, les imans, les mollahs, pratiquent librement la médecine, sans en avoir les moindres notions. On connaît, en Perse, l’inoculation ; mais on la pratique rarement. La superstition à empéché jusqu’à ce jour l'introduction de la vaccine, de sorte que la petite vérole cause d’affreux ravages.
Les sciences exactes sont fort négligées; et si quelques individus étudient les éléments de cosmographie, ce n’est qu’afin de pouvoir s’adonner à l'astrologie, en laquelle les Persans de toutes les classes, depuis le schah jusqu’au dernier paysan, ont une confiance aveugle.
La Perse a donné le jour à un grand nombre de poëtes, dont quelques-uns ont été traduits dans les langues européennes. La poésie persane est en grand renom dans tout l'Orient. Roudégué, poëte fameux, qui traduisit un livre de fables et d’apologues hindous; Bélami, Ferdousi, Péléki, Khacani, Anvéri, Férid-Eddin-Attar, moraliste et poële, Saadi, qui naquit à Schiraz, éclipsa tous ses devanciers, el se distingua surtout dans la fable et l'ode; Hafiz et une foule d’autres moins célèbres. La poésie est en si grand honneur parmi les Persans, que plusieurs rois la cultivèrent; la bibliothèque royale possède un manuscrit renfermant des odes et d’autres compositions de Feth-Ali-Schah.
Les Persans aiment la société; leur table est bien servie; la nourriture est saine et abondante, et consiste principalement en légumes, fruits et confitures. Ils se privent de plusieurs sortes de viandes, notamment de celle de porc. Quoique le Coran interdise l'usage du vin, il y a beaucoup de personnes qui en boivent, et qui poussent les libations jusqu’à l'ivresse. Le café est d’un usage général; on en prend plusieurs fois par jour. Tous les Persans fument; et c’est surtout avec le khalioun ou le nharghilé, Cependant il y a beaucoup de personnes, notamment dans les classes inférieures, qui fument dans la chibouque qui est la pipe longue des Turcs. Dans le nharghilé, on fume Le tombeky, tabac jaune, très-fort, qui croît en Perse, et qui étourdirait la plus forte tête, si on voulait le fumer dans toute autre pipe. Le khalioun diffère peu du nharghilé.
Les bains publics sont très-communs, et on en trouve jusque dans les villages: Le: prix de ces bains est très-modique; et l'on conçoit que les Persans en font un usage d'autant plus fréquent, que dans une contrée si chaude personne ne porte de linge.
Le Coran permet quatre femmes légitimes; mais il est rare que l’on en prenne plus d’une; et les grands ont un certain nombre de concubines, qui sont des esclaves, lesquelles cessent toutefois de l’être dès qu’elles ont donné le jour à un enfant mâle’ Les hommes du peuple et les cultivateurs n’ont qu’une femme. Dans les classes moyennes, on contracte des mariages temporaires. Lorsque le contrat est expiré, on peut le renouveler; mais si la femme à louage est renvoyée, on est tenu de lui compter la somme stipulée par l'acte qui a été passé devant le cadi. Les femmes d’un certain rang sortent rarement, et c’est toujours étroitement voilées et enveloppées; mais les femmes du peuple n’ont qu'un simple voile; et dans les tribus nomades, les femmes vaquent à toutes leurs occupations à visage découvert, et servent même les étrangers: Le vêtement des femmes du peuple consiste en une chemise brune, très-ample , de larges pantalons de même couleur, et un long voile. Les femmes de qualité portent” une chemise de mousseline, de soie ou de gaze, et un long corsage, dessinant la taille et entr'ouverte sur la poitrine; toutes ont des pantalons, qui sont de mousseline enété, et de velours en hiver. La coiffure n’est point uniforme. Les dames, dans le harem, ont communément un petit turban, fort léger; quelquefois c’est le bonnet arménien; le plus souvent elles portent les cheveux flottants et tressés, avec une aigrett@ à laquelle est attaché le voile.
Le costume ordinaire des Persans se compose du donè, robe longue serrée sur la taille et qui descend jusqu’aux talons. Ce vêtement est de soie, de brocart ou de coton, quelquefois même de l’étoffe des châles, suivant le rang. Sous le donè, ils ont l'arkhalik, tunique d'indienne ouatée et piquée, croisée sur les reins, ouverte sur la poitrine, et qui ne descend qu'au mollet. Le nirahen est une espèce de chemise de soie ou de coton, ou de toile de lin, de diverses couleurs, très-courte, sans collet, fendue sur le côté, brodée d’un petit cordonnet de soie de couleur tranchée. Le zirdjamè est un pantalon large, en soie ou en coton, serré sur les hanches, dèscendant jusqu’à la cheville. Les riches portent des chaussettes. La chaussure, au logis ou pour sortir à pied, consiste en mules à talons hauts; et, pour monter à cheval, on a des bottes molles qui montent au-dessus du genou. La ceinture est entourée d’un châle, dans lequel on passe un poignard dont le manche, ainsi que l’étoffe du châle, indiquent le rang et la richesse de celui qui les porte. Chez les gens du commun, le donè ne descend que jusqu'aux genoux: La mode est fort mobile quant aux couleurs de tous ces vêtements. En hiver, et dans. les pays montagneux, on se couvre du kourk, ample pelisse ornée de fourrures.
La coiffure, dans toutes les classes, est un bonnet haut .de dix-huit pouces, d'un noir foncé, en peau de mouton ou d'agneau. Les rois, les princes du sang et quelques
grands entortillent un châle autour de ce bonnet. Les Persans ont la tête rasée, avec
une touffe de cheveux au sommet et une boucle derrière l'oreille, que les jeunes gens
laissent descendre jusque sur l'épaule. On porte la barbe de toute sa longueur et on là Leint en noir, lorsqu'elle n’a pas naturellement cette couleur.
Les femmes persanes, grandes, parfaitement bien faites, d’une beauté remarquable, sont aussi très-spirituelles et enjouées. Leur coiffure, qui a été décrite, prête beaueoup à faire ressortir la beauté de la chevelure. Leur habillement ne diffère de celui des hommes, qu’en ce que les personnes riches portent une très-ample veste de satin oualée qui descend jusqu’à mi-cuisse et se ferme par de petits boutons très-rapprochés : cette veste remplace le donè. Quelques dames portent aussi une tunique sans
Collet, très-échancrée par devant, fermant par trois boutons au-dessus des hanches,
qui sont marquées par des goussets énormes ayant pour objet de les faire paraître
| Jarges. Getté tunique, qui a déjà été décrite, a une ceinture brodée, ornée d’une plaque d’or ou d’argent, enrichie de pierreries.
Il est assez remarquable que l’on rencontre çà et là des troupes de bohémiens presqu’en tout semblables à ceux qui parcourent les diverses contrées de l'Europe. Dureste, la chose s'explique par la communauté d’origine : les uns et les autres sortent primitivement de l'Inde.
Les tribus errantes suivent moins strictement que les populations sédentaires les préceptes du Coran. Dans toutes on mange le lièvre, et les Curdes, qui prient peu et ne jeûnent jamais, mangent la viande de porc. Ces tribus sont très-portées au pillage. On voyage en Perse avec peu de süreté, si l’on n’est escorté.
Depuis les temps les plus reculés, l'hospitalité persane à été justement vantée, et on la pratique encore aujourd’hui avec une grande générosité. Sir J. Malcolm et sa Suile, dans laquelle figuraient grand nombre de Persans, vinrent descendre, à Hamadan, chez le chef d’une tribu. Celui-ci fit préparer une maison de campagne, où il traita ses hôtes avec une grande magnificence. Une gelée subite étant survenue tandis qu'ils élaient à table, toutes les montures et les bêtes de somme, au nombre de près de deux cents, furent ferrées à glace, par les ordres du khan. Cette attention délicate est vraiment admirable.
Les cérémonies du mariage diffèrent peu de celles pratiquées dans les villes; mais
Je matin du jour où la mariée doit se rendre chez son époux, les amis, tous les cava- | Jiers se réunissent pour former son escorte; le cortége est précédé de danseurs et de
musiciens, et quand il est à petite distance, le marié monte à cheval, suivi par tous ses amis. Il tient à la main une pomme ou une orange, et la jette de toutes ses forces à la mariée. La vigueur qu’il déploie est regardée comme un augure heureux. À peine la pomme est-elle lancée, qu’il y a une mêlée générale. Le marié, tournant subitement
| bride, court ventre à terre vers sa demeure. Les cavaliers le poursuivent, et celui qui = ést parvenu à l'arrêter a de droit son cheval, tout harnaché, et ses habits. Les pauvres
remplacent le don du cheval et des vêtements par une légère rançon pécuniaire. Ilarrive rarement toutefois que le marié soit pris, parce qu'il a soin de monter Îe meilleur cheval de la tribu, et que ses amis favorisent sa retraite.
Téhéran, capitale de la Perse, est dans une plaine de l’Irak-Adjémi, à 5 lieues sud du mont Albourz, qui la garantit des vents du nord. Gette grande ville, qui à 400,000 habitants en hiver, n'en compte plus que 40,000 en été, parce que toutes les familles riches, à l'approche des chaleurs, pendant lesquelles le climat est fort malsain , se retirent dans les montagnes des environs, où elles jouissent d’une température agréable et prennent le plaisir de la chasse. Téhéran est une belle ville, quoique, comme dans presque toute la Perse, les maisons soient construites en terre. On y
remarque l’Arag, vaste citadelle qui renferme le palais du schah. La ville est entourée d'une haute muraille, flanquée de tours, avec un fossé profond. Les environs, beaux et bien cultivés, sont privés d'arbres. L'industrie, assez active, consiste en tapis de laine feutrée, de toutes grandeurs, dont les Persans se servent aussi comme lits, en voyage. Le schah a plusieurs palais et maisons de plaisance, aux alentours de Téhéran.
Ispahan, ville autrefois immense et capitale de la Perse, n'offre plus guère qu'un amas de ruines; mais ces restes de son ancienne splendeur sont si admirables, qu'ils occuperont une place étendue dans la description des monuments. Ispahan est surle Zenderoud. Dans son état actuel, cette cité présente un aspect déplorable, et cependant imposant. On y admire plusieurs beaux ponts, notamment celui de Djoulfa, qui sera décrit en son lieu; la magnifique promenade de Tscharbag, qui a 5,200 pas de long et 110 de large. Toute cette promenade, qui surpasse en beauté ce que l'Europe a de plus superbe, est ornée d’édifices somptueux. Les bazars sont imnienses, mais presque déserts. On fabrique encore à Ispahan, malgré sa décadence, de fort belles étoffes, telles que des brocarts, des satins, des taffetas et des toiles de coton, dont la matière première est récoltée dans les environs. La population est de 410,000 habitants, La plaine qui entoure Ispahan est fertile en riz, céréales de Loute espèce, légumes, excellents fruits, garance, tabac, coton et safran. La vigne y produit d'assez bons raisins,
Gaschan, au nord d’Ispahan et à l’ouest d’un grand désert salé, ayant au sud une petite chaîne de montagnes, est exposé pendant huit mois à une chaleur suffocante, qui contraint les habitants à passer les journées dans leurs caves, disposées en habitations. Caschan fut fondé dans le 1xe siècle, par la fameuse Zobéide. Cette ville a de beaux édifices qu’elle doit, la plupart, à Schab-Abbas Ier ; 50,000 habitants, presque tous artisans, qui fabriquent des étoffes de soie et de coton, des ustensiles en cuivre et en fer et des ouvrages d’or et d'argent. Les environs sont très-fertiles et les produits de l'agriculture et de l’horticulture très-variés.
Kom, ville considérable, auprès de laquelle on trouve de nombreuses et belles ruines: Kom possède le tombeau de Fatima, petite-fille du septième des douze imans des Persans. Ce tombeau attire une foule dé pèlerins. Cette ville est riche en monuments de tous les siècles, depuis le 1x°, époque de sa fondation. Elle est réputée ville sainte, el beaucoup de personnes pieuses s’y font enterrer. Kom est sur une rivière qui, presque à sec en été, est aussi large en hiver que la Seine à Paris, êt inonde souvent la ville et les campagnes environnantes. Les chaleurs sont excessives. 16,000 habitants: Kom est au nord-ouest de Caschan.
Hamadan, l'antique Echbatane, avec 55,000 habitants, est situé dans un pays monlagneux, au sud-ouest de Téhéran. Cette ville a beaucoup de ruines mahométanes: Les habitants ont de nombreuses tanneries et des manufactures de tapis et étoffes.
Casbin, autrefois florissant, n’a plus que 50,000 habitants. Les environs sont secs: Les raisins de Casbin sont les meilleurs de toute la Perse. On remarque le palais des Sophis. Ce noble édifice tombe en ruine. Casbin est au nord-ouest de Téhéran.
Schiraz, dans une vallée charmante, est bien déchu; depuis le tremblement de terre de 1824. Cette ville célèbre tombe en ruine et paraît ne pouvoir se relever. On remarque les tombeaux de Hafiz et de Saadi. Un grand nombre de belles mosquées et d’autres monuments attestent l’ancienne richesse de cette cité, qui n’a plus que 14,000 habitants. Le vin de Schiraz a une réputation qui s'étend dans tout ‘Orient.
Mesched, autrefois très-florissant, a encore une bonne industrie et fait un commerce actif avec la Tartarie et l'Afghanistan. Cette ville est visitée par les habitants de toute la Perse, qui y viennent en pèlerinage au tombeau de l'iman Ali, fils de Mousa. Le
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Perse.— Homme du Peuple.
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| Haroun-Raschid est mort dans les environs, en 809, à Tous, dont il y a encore es ruines. 30,000 habitants.
tres villes considérables sont Zendjan, Soultanick, Demavend, Sari, Amol, d, sur la mer Caspienne, Asterabad, Tauris, Schouster, Istakhar, la fameuse is dont on décrira plus tard les admirables ruines, Bouschebr, sur le golfe
jue, et Ormouz, dans l'ile de ce nom.
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