‹ Mœurs, usages et costumes de tous les peuples du monde, d'après des documents and authentiques et les voyages des plus récentsChapitre 53 sur 78 · ASIE. — ARMÉNIE RUSSE · texte numérisé non relu

ASIE. — ARMÉNIE RUSSE

des émigrants vonl chercher dans les pampas et Les llanos de l'Amérique méridionale, où tant 36 braves et laborieux cullivateurs allemands et basques n’ont rencontré que la mort ou la misère. L’incurie des habitants, les longues guerres, les incursions des Kurdes ont contribué à enlever à ce beau pays lPun 4. ses plus précieux avantages, les forêts; mais le gouvernement russe prend déjà des mesures efficaces pour préserver ce qu'il en reste, et pour encourager les plantations d'arbres. Il serait à désirer que l'on adoptât en Arménie ce qui se pratique aujourd'hui avec le plus grand succès dans tout le sud de l'Allemagne, dans plusieurs provinces de France et dans toutéda haute Ilalie, où les routes sont bordées d'arbres fruitiers. On ne saurait croire quels avantages les communes retirent de cette mesure qui n’est point dispendieuse.

La quantité de cire que l'on exporte à Constantinople et en Russie fait assez convaitre celle du miel, qui est plein de saveur. Les mûriérs sont innombrables ; maison ignore l’art de filer la soie, et la magnanerie est négligée. Si des industriels intelligents exploitaient cette branche si riche, ils réaliseraient des bénéfices incalculables. La rhubarbe, qui abonde partout, est de première qualité; et la réglisse, qui croit spontanément dans tous les terrains bas, notamment le long des rives de l'Araxe, est plus grosse que celles d'Espagne et de Russie. La flore arménienne est très-riche. Quant au règne minéral, les mines d'argent et de cuivre, qu’on exploite depuis l'antiquité, sont encore fort riches. On trouve en outre de l’aimant, du salpêtre, du soufre et du bitume.

De toutes les montagnes de l'Arménie, l’Ararat est la plus haute et la plus célèbre: Sur ses flancs se sont rt te beaucoup d’ermitages et le monastère de Saint-Jacques, où s'arrétèrent tous les voyageurs qui ont tenté l'ascension de l’Ararat, mais qu'un seul, Parrot, a effectuée en 4830. Ce savant professeur dit que le sommet, dont l'élévation est de plus de 46,000 pieds, présente une surface plane de 200 pas de diamètre. Il est, d’après cetle donnée, facile d’admeitre la tradition de l’Écriture qui affirme que c’est sur Île point culminant du mont Ararat que s’arrêta l’arche, après le déluge: Quant à la version, généralement accréditée en Arménie, qu’on y voit des débris de l'arche, Parrot assure n’avoir rien vu. Tounnefort, dans son voyage en Arménie, essaya aussi de gravir cette montagne.

De nombreux courants d’eau et d'innombrables ruisseaux arrosent l'Arménie, quià en outre plusieurs lacs assez considérables. Les principaux fleuves sont l° Euphrale, qui se forme, près d’Erzeroum, de la réunion de plusieurs rivières, et qui, coulantà à l’ouest, puis au sud, joint le Tigre, et porte ses eaux dans Je golfe Persique, après un cours de plus de 250 lieues; le Tigre, qui a sa source dans les mêmes montagnes que l'Euphrate, à l’est de celui-ci; l’Araxe, qui reçoit une foule d’affluents et tombe dans la mer Caspienne; le Kour ou Cyrus des anciens, qui, après avoir pénétré en Géorgie, rentre en Arménie et se joint à l’Araxe. 1l n’est peut-être pas une contrée au monde mieux arrosée que l'Arménie; et en présence dés richesses incalculables que la civili sation et l’industrie européennes pourraient si aisément en tirer, on proclamera hardiment que c’est la plus belle, la plus importante conquête de la Russie. Il est à remarquer que tous les grands lacs d'Arménie sont salés. Le plus étendu, celui de Van, offre une pêche très-lucralive. Les eaux de ces lacs empiètent incessamment sur les terres; et cet envahissement des eaux, qui rend les faubourgs de Van presque inhabilables, avait déjà lieu au temps de Sémiramis; cette princesse fit élever une digue immense, dont on voit encore des vestiges. Du reste, quoique cette superbe nappe d'eau soit entourée de hauteurs, il y a entre elles des gorges par où on pourra prati quer des saignées, qui fourniront l’eau de canaux fort utiles pour la navigation intérieure.

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Les animaux sauvages de l'Arménie sont fort nombreux, ce qui tient à la dépopulation ; mais dès que le pays se couvrira d'habitations, on les verra disparaître : rar toute cette contrée n'a point de déserts. On trouve des ours, des loups, des Lynx, des renards, des chacals et des chats sauvages, des lièvres et des lapins, beaucoup d'oiseaux de toute espèce, peu de reptiles venimeux. Les antilopes sont plus rares que dans les monts caucasiens : cela tient à la température qui est plus froide dans la haute Arménie. |

Les animaux domestiques sont les mêmes que ceux de la Perse, avec celle différence que les moutons y sont de plus belle race et mieux soignés qu’en Perse. La volaille est trés-commune, et à si bas prix, qu'à Van on achète deux grosses poules pour un demi-frane, et une oie grasse, de l'espèce de celles du Caucase, pour la même somme.

Les mœurs des Arméniens diffèrent en tous points de celles des autres -peuples decetle partie de l'Asie. Leur religion, à laquelle ils sont fort attachés sans être intolérants, les rend doux. Ils sont graves comme les Turcs; mais laborieux, et fort adonnés au commerce el à l’agriculture, où ils sont toutefois encore ignorants. Les Arméniens sont chrétiens depuis les premiers temps de l'Église; mais ils ne reconnaissent ni Rome ni Constantinople, et ont leurs patriarches particuliers, dont le primat, qui réside à Eczmiazin, est très-vénéré. L'aversion des Arméniens pour la croyance des Grecs sera un obstacle pour la Russie, à moins qu'elle n’use d’une grande tolérance , et que l’empereur fasse le sacrifice de la prétention d’être chef suprême du spirituel.

On peut évaluer les Arméniens aux trois cinquièmes de la population; le reste se compose de musulmans et de catholiques grecs: Il y à aussi quelques juifs; mais ces fameux spéculateurs sont mal à l'aise au milieu d’une nation qui entend le négoce au moins aussi bien qu'eux. Dans tout l'Orient, et même en Russie, on trouve des Arméniens, faisant le commerce, et la plupart sont riches. De nombreuses tribus, que l'on confond aujourd'hui avec les Arméniens, sont répandues sur tous les points de celle contrée. Leur origine est très-variée; et l'une d'elles vient de la Chine, d'où elle émigra vers le mr° siècle de notre ère, sous la conduite d’un prince qui fuyait la per- Sécution du chef du Céleste Empire. Mais ce qu’il y a de plus remarquable, c'est qu'il éxiste dans les environs de Gaudjeh, une colonie de Wurtembergeois, reste d’une migration nombreuse, qui quitta l'Allemagne en 4817, fonda six établissements dans lé Caucase, et vint jusqu’en Arménie, où ces braves et Jaborieux Allemands occupent ün Charmant village, professant le protestantisme. Ils sont chaudement protégés par Vempereur. Leur petite colonie prospère; et le fait de leur colonisation corrobore ce qui a été avancé, quant aux moyens Îles plus efficaces pour élever l'Arménie à l’état le plus florissant.

Quoique les Kurdes habitent la partie méridionale de l'Arménie, il ne convient pas d'en parler ici, puisque ces peuples n’obéissent point à la Russie. Ils seront mentionnés à l'article Turquie d’Asie.

Les Arméniens des deux sexes portent un costume fort riche, dans la classe des nobles et des négociants. Parmi les ouvriers et les habitants des campagnes, il est Simple, mais fort propre. Dans tous les rangs, ce costume se rapproche de celui des Tures, avec la différence bien tranchée toutefois de la coiffure, qui, chez les Arméniens, consiste en un cône tronqué, fort élevé, avec une étoffe de soie roulée vers la base, laissant le front à découvert. Gelte espèce de turban ajoute à la bonne mine des Arméniens qui se distinguent, la plupart, par l'élévation de la taille et des traits nobles et réguliers. Chez les femmes, le cône qui surmonte le turban est d'ordinaire composé d’un réseau métallique, du haut duquel pend un voile. Les hommes ornent

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