‹ Mœurs, usages et costumes de tous les peuples du monde, d'après des documents and authentiques et les voyages des plus récentsChapitre 55 sur 78 · SIBÉRIE · texte numérisé non relu

SIBÉRIE

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“Sous la dénomination générique de Sibérie, on comprend toute cette contrée de

PASie russe, qui, bordant au nord l’océan Glacial arctique, commence à l’ouest sur le versant oriental des monts Ourals, s'appuie, au sud, sur l'empire chinois et la Far- {arie Indépendante, et va, du côté de l’est, jusqu’au Kamtchatka et à la mer d'Ochotsk. Celle immense contrée, qui s'étend entre 46° et 78° 25’ de latitude nord et entre 55° de longitude est et 172° 10 de longitude ouest, n’a pas moins d'environ 680,000 lieues carrées, c'est-à-dire près du tiers de toute l'Asie, avec une population de près de deux millions d'habitants, dont un demi-million n’est que tributaire de la Russie; et encore la perception du tribut est-elle fort incertaine.

ILest aisé de concevoir quelles différences prodigieuses il doit exister entre les climats-de pays situés à des latitudes si éloignées. A Ja Nouvelle-Zemble, le thermomètre deRéaumur descend jusqu’à 34° au-dessous de zéro, et la terre, dans le fort de l'été, n’y dégèle jamais à plus de sept pouces, tandis qu’au sud, dans les plaines, les maxima de froid sont de 14°, et les chaleurs assez fortes pour faire mürir les melons. On a beaucoup exagéré l'intensité du froid dans les régions centrales de la Sibérie; et tons les voyageurs qui les ont visitées, de 4808 à 1839, sont d'accord sur ce point, que les hivers les plus rigoureux le sont moins qu'à Moscou.

Un grand nombre defleuves et de rivières arrosent la Sibérie. Les principaux sont FOb, qui se forme de l'Irtiche et du Tobol, et tombe dans l'océan Glacial; le Jénisséi, qui a

un cours de plus de 600 lieues, et va déboucher-aussi dans l'océan Glacial ; la Léna, aussi longue que le Jénisséi, et qui a son embouchure dans la même mer; la Selenga, qui étre dans le lac Baïkal; l'Indighirka, qui tombe dans l'océan Glacial; la Kolÿma, qui ydébouche également; et enfin l'Oural, qui descend dans la mer Gaspienne. Outre {ous ces grands fleuves, dont trois sont plus grands que le Danube, et le moindre, aussi grand que la Loire, on pourrait citer plus de trente affluents de ces fleuves, qui surpassent la Seine quant à la longueur du cours et à la masse d’eau.

Presque tous ces fleuves et rivières sont très-poissonneux, surtout par Îles poissons qui viennent de la mer, au printemps, et remontent à de grandes distances. Tous les peuples du nord de la Sibérie se nourrissent essentiellement du produit de la pêche; celui de Ja chasse ne fournit pas au quart de leur subsistance. Quant à la viande que fournit le bétail, il faut la compter pour peu de chose, eu égard à la rareté des fourrages. On ne mange d'autre pain que celui qui provient des farines envoyées par le gouvernement, et vendues à bas prix, mais en quantités insufisantes. Toute culture cesse au delà du 61° degré. Il est très-important d'établir quels sont les moyens d'existence de peuplades qui sont souvent exposées à d’horribles famines. Les populations centrales et celles du Sud vivent dans l'abondance de toutes choses; et cependant, le poisson doit encore être complé pour un tiers, dans la masse de ce qui sert à Palimentation.

Les lacs sont nombreux; et quelques-uns ont une telle étendue, que des géographes ent cru devoir leur donner le nom de mer. Le plus considérable est le Baïkal, qui est d’eau douce, et dont la pêche nourrit plus de 80,000 individus. Il est très-remarquable que ce superbe lac nourrisse des phoques et d’autres poissons de mer: La plupart des petits lacs sont d’eau salée. Il y a, outre les lacs, d'immenses marais formés par les débordements des fleuves. | :

De nombreuses chaines de montagnes parcourent la Sibérie. Les plus considérables, comme les plus élevées, sont l'Oural, qui sépare l'Europe de l'Asie, court du nord au sud, et a des sommets de 800 toises; l’Altaï, formant deux chaînes et divers chainons, et qui offre des cimes de 1,100 toises. Toutes ces montagnes, notamment l’Oural, sont riches en métaux et pierres précieuses. Les richesses que la Russie tire aujourd'huide ses mines d’Asie, en or, argent, cuivre, fer et plomb, déduction faite des frais d’exploilation, s'élèvent à plus de 37,000,000 de roubles. Parmi les pierres précieuses il faut citer de fort belles émeraudes. |

Sans rechercher quel a pu être le motif qui a porté certains écrivains à faire un tableau horrible de l'existence des mineurs, il faut du moins rétablir la vérité‘des faits; et ceux-ci s'appuient sur le témoignage authentique de voyageurs qui sont allés visiter les mines de l’Oural dans tous leurs détails. Ils ont vu partout, que non: seulement les ouvriers ne sont point chargés d’un travail au-dessus de leurs forces; mais encore, qu'ils vivent dans l’aisance; que ceux qui ont une bonne conduite, par: viennent, la plupart, à devenir possesseurs d’une maison et d’un jardin. Pour ce qui. est des mineurs de l’est, dans les chaînons de l’Altaï, leur vie est misérable, il est vrai: mais ce sont tous des malfaiteurs, condamnés à mort ou aux travaux forcés, etqui sont envoyés en Sibérie, dans les mêmes dispositions que chez nous on envoie les cri minels dans les bagnes; et il n’y a, en réalité, que les mineurs de Mertchinsk qui soient traités avec la rigueur qui a élé signalée pour toutes les mines. Au reste,en décrivant la Russie, nous nous étendrons davantage sur ce sujet.

Le commerce de la Sibérie, sur plusieurs points, est: très-important. C'est une erreur matérielle et très-grave, que de Pavoir représenté jusqu'ici comme peu considé: rable. Et d'abord, différentes localités servent d’entrepôt pour les marchandises quide Russie passent en Chine, et réciproquement. Les cinq sixièmes des pelleteries et des fourrures qu’on emploie en Europe viennent de la Sibérie; et les peuples quides vendent se rendent dans les villes dont ils sont le plus rapprochés, et prennent*en échange toutes les choses dont ils ont besoin. Si l’on considère ensuite que le gouvernement et les particuliers emploient plus de 70,000 agents et ouvriers pour Lex: ploitation des mines, et que tout ce monde, qu'il faut compter pour 200,000, à cause des employés et ouvriers mariés, tire d'Europe la presque totalité des objets de con: sommation, on ne pourra s'empêcher de reconnaitre que le commerce de ces contrées est très-considérable. Les foires d’Irbit et celles de plusieurs autres localités, voient affluer des marchands de tous les points de l'Orient et de la Russie, même d'Arkhangel.

Il est un fait incontestable, c’est que la Sibérie a été un pays chaud. La masse d'os sements fossiles de mammouths, d'éléphants et d’autres animaux des régions méridio» pales, suflit pour l'établir. On remarque en outre que les terres, presque partout, et tout aussi bien au nord qu’au midi, sont noires, fortes, contenant beaucoup d’humus; et que le seul obstacle à une bonne culture, c’est le froid. Si les steppes, au nord de l'Altaï, jusqu’au 56° degré, étaient habitées par d’autres peuples que les Kirghiz, les Kalmouks, etc., on pourrait aisément faire produire à cette vaste zone six fois aussi grande que la France, assez de céréales et de fourrages pour nourrir 50,000,000 d'ins

dividus. L'expérience a prouvé celte assertion. Presque chaque année est signalée par là découverte de nouvelles richesses métallurgiques.

Le sol sibérien est si favorable aux forêts, qu’outre celles qui existent, il serait facile de doubler cette richesse, si précieuse dans un pays où le chauffage est une des premières nécessités de la vie, sans parler des besoins des mines. Il suffit, en jetant un coup d'œil sur une carte, d'examiner les cours des fleuves et rivières, qui tous vont directement au nord , pour être convaineu de la facilité d'établir d'innombrables communications par eau, à l'aide de la canalisation. Les chevaux sibériens ne sont pas beaux : mais il n’en existe point de meilleurs, de plus durs à la fatigue; et si les terres tempérées se peuplaient d'agriculteurs, la Sibérie pourrait fournir d'excellentes montures à toute la cavalerie légère de l'Europe.

L'aspect de la Sibérie est monotone et triste dans les steppes; il devient effrayant sur les rivages de l'océan Glacial; mais dans les régions du sud-ouest, du centre et du midi, là où se développent les chaînes de montagnes, il est très-pittoresque, souvent gai et même riche. La plupart des villes, des bourgs et des hameaux sont entourés de plantations et avoisinés de forêts.

Dans son état actuel, la Sibérie est une des possessions les plus importantes de l’empire russe, considérée comme la source où il puise ses métaux, soit pour le trésor, soit pour les arts ; que serait-ce, si toute celte contrée produisait dans les conditions de sa fertilité ?

La politique russe n’a pas permis aux arts et à l’industrie de se développer en Sibérie. Le gouvernement a voulu demeurer le pourvoyeur de toutes ces populations; et dans l'état des choses, il a bien fait, puisque par là il attire en Russie tous les produits sibériens, sans se dessaisir du numéraire, qui est encore rare dans cet empire; et qu'il ouvre un large débouché à l’industrie russe, qui vendrait aussi moins à la Chine, si les Sibériens devenaient fabricants et manufacturiers.

Les voitures sont rares: et on emploie plus communément des traïneaux qui, attelés de rennes dans les contrées septentrionales, parcourent de grandes distances en fort peu de temps, lorsque la terre est couverte de neige. Ces traineaux sont attelés de chiens chez quelques tribus des Samoyèdes, les Ostiaks de l’Ob et les Kamtchadales. ÏLest fort rare que les chevaux soient employés au service des traîineaux. Les Samoyèdes, quand la neige est durcie, chaussent des raquettes ; et il est assez ordinaire de les voir parcourir trente lieues en un jour. Les raquettes, au milieu desquelles est la place du pied, qui est assujetti par des courroies, sont longues de cinq pieds, larges de six pouces , épaisses de huit lignes et faites en bouleau.

Les animaux sauvages fourmillent sur ce continent. Dans l'Oural, les loups, les gloutons , les renards ; dans les iles de l'océan Glacial, les ours blancs, les rennes sauvages et les renards; dans l'Altaï, les ours bruns et les loups; dans les steppes, les loups, les élans; au Kamtchatka, les ours, les loups; partout, l’hermine, la zibeline, vingt variétés de renards, trois variélés d'écureuils. Les fleuves et les lacs sont couverts de cent espèces d'oiseaux, parmi lesquels des vols considérables de cygnes, d'oies sauvages et des nuées de canards et de sarcelles. Les lièvres ne sont nulle part plus nombreux qu’en Sibérie.

Les Sibériens sont riches en animaux domestiques. Les chevaux, les bœufs, les chameaux, dans le sud; les rennes, dans le nord. Les moutons sont rares, exceplé chez : les Kalmouks. La volaille est commune, mais mauvaise; et on la soigne d'autant moins qu'il y a manque de grain pour l’engraisser, et que, d'autre part, le gibier est trop abondant.

La Sibérie n’a point de monuments. Toutefois les archéologues ont trouvé des élé-

ments intéressants pour l'histoire de la Sibérie, dans les tombeaux qui ont élé fouillés sur beaucoup de points. La richesse des ornements et des bijoux, des armes, qui étaient renfermés dans quelques-unes de ces tombes, attestent que ce continent a été habité par des peuples riches qui connaissaient les arts. La Sibérie est divisée en deux grandes parties : la Sibérie occidentale et la Sibérie orientale dont nous donnons plus bas la subdivision. Mais nous ferons observer que l'on comprend ordinairement dans la Sibérie les parties des gouvernements de Pere et d'Orenbourg situées à l’est des monts Ourals.

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