CHINE
Noms DE LA CHINE. — L'existence d’un grand et puissant empire à l’autre extrémité du monde ne fut révélée à l'Europe moderne que vers le milieu du xme siècle : on le nommait Kathaï, du nom des Khitan, peuple mongol-tongouse qui y dominait. C’est encore par ce nom que les Russes le désignent aujourd’hui. La plupart des peuples de l’Asie l'ont toujours appelé Tchina, Thsin, ou Sin; c’est aussi sous le nom de Sinæ que les Grecs et les Romains l'ont autrefois connu. La dénomination nationale est Tchoung-Koué (royaume du milieu ); elle ne vient point, comme on l’a prétendu, de ce que les Chinois se croient placés au centre du monde, mais de ce qu’au x siècle avant notre ère, ce pays élait divisé en plusieurs petits royaumes vassaux d’un royaume suzerain placé au milieu d'eux. Ses autres dénominations sont Thian-Tchao (empire céleste); Thian-Hia (ce qui est sous le ciel, le monde; c’est une expression équivalente à celle d’orbis que les Romains appliquaient à leur empire). Gommunément, les Chinois s'appellent eux et leur pays d’après le nom de la dynastie régnante. Ainsi la Chine, étant actuellement gouvernée par la dynastie mandchoue qui a adopté le titre de Thsing (pure), porte le nom de Ta-Thsing-Koué (le grand et pur empire), et ses habitants celui de Thsing-Jin (hommes de Thsing ).
Érexpue. — L'empire chinois comprend,
Sur le versant oriental : la Chine propre, la Mandchourie, la Corée, le Thibet avec le pays de Khor ou Katsi au nord et le Boutan au sud;
Sur le relief dorsal : le Thsing-Haï ou la Mongolie du Kkoukhou-Noor, que l’on nomme aussi Khochotie;
Sur le versant occidental : la Mongolie propre, la petite Boukharie ou le Turkestan oriental et la Dzoûngarie.
Les îles principales qui sont sous sa dépendance sont celles de Tarrakaï, de Lieou- Kieou, de Formose et de Haï-Nan.
Il a pour limites : à l’est, la mer d’Okhotsk, la mer du Japon, la mer de Corée et celle de Ghine; à l’ouest, le Turkestan occidental; au sud, le Kachemir, le Penjab, l’Hindoustan, le Birmäh, le Siam et l’An-Nam, et au nord, la Sibérie.
Dans cette circonscription, il comprend une aire plus grande d’un tiers au moins, que celle de toute l’Europe.
MONTAGNES, VALLÉES, PLAINES, DÉSERTS. — La partie de l'arête dorsale de l’ancien continent comprise dans l'empire chinois, est entre le 56° degré de latitude nord et le massif de Pouchti-Khour à l’ouest. Sa longueur est d'environ 600 myriamètres.
De cette série de hauteurs rayonnent, sur l’un et sur l’autre versant, des chaînes de montagnes secondaires, qui déterminent la configuration du sol et les limites des différentes parties de l’empire. I] suffira de noter les principales.
Sur le versant oriental, au nord, la chaîne des monts Hing’-An se détache des Stanovoï, à l’est. Elle franchit le passage étroit de la manche de Tarrakaï, forme les apennins de l île de ce nom, de celles du Japon, des Lieou-Khieou, ets ‘épanouit dans les volcans de l’ile Formose, dessinant ainsi deux immenses festons aux limbes de l'Orient.
Vers le milieu des Khang-Khaï partent les hauteurs sablonneuses et désertes des Sian-Pi; elles s’en vont à l’est jusqu’au plateau du Golmin-Changan-Alin (grande montagne blanche), qui envoie au nord-est, tout le long de la côte de la mer du Japon, les sauvages montagnes des Aïnos, et, au sud, les apennins de la péninsule de Corée.
Le mont Pétchan (15,000 pieds) s'élève dans le Khang-Khaï, par longitude 114 20”, latitude 42 50'; il se prolonge à l’est et se termine entre le golfe de Liao-Toung et celui de Pe-Tchi-Li, dans la mer de Phou-Haï, au lieu même où aboutit l'extrémité septentrionale de la grande muraille dont nous parlerons plus tard. Cette ligne de hauteurs limite la Chine au nord.
Unequatrième chaîne latérale se détache des Kuen-Lun, au massif de Baïn-Khara (mont noir et riche), par longitude 95°, latitude 55°; elle se nomme Pé-Ling (chaîne septentrionale). Dans leur mouvement occidental, les Pé-Ling envoient, au nord et au sud, un grand nombre de ramifications. Nous n’en distinguerons que deux : au sud, les Yun-Ling (chaine nuageuse), véritable barrière naturelle, inaccessible, entre la Chine et le pays de Si-Fan, province orientale du Thibet; au nord, les monts de Chen-Si (frontière occidentale), qui se prolongent, à peu près parallèlement aux monts Ho- Lang-Chan et In-Chan, jusque dans le Chan-Si (occident montagneux).
Une cinquième chaine latérale a aussi son origine dans les Kuen-Lun au mont Sighin- Oulan-Tolokhaï-Oola (montagne de la tête rouge de Sighin}), à 160 lieues à l’ouest de l'origine des Pé-Ling. Elle porte d’abord le nom de Bassa-Doungram (monts de la vache); en arrivant à l’est au massif d’Amié-Kam, elle se divise en deux branches : l’une court droit au sud; elle limite à l’ouest le pays de Si-Fan et va former, sous le nom de monts Birmaniens, la longue arête de la péninsule de Malacca; l’autre branche se dirige au sud-sud-est, jusque vers longitude 98e, latitude 25° 30’; d’où, formant un coude, elle développe, sous le nom général de Nan-Ling (chaîne méridionale), ses hautes arêtes sinueuses vers lorient, jusqu'à la passe de Meï-Ling, communication ouverte entre les provinces du littoral et celles du centre. De ce point, la chaîne se brise au sud sous des noms divers, et, montant droit au nord-est, elle s’affaisse sur un terrain alluvial jusqu'à l'Océan, vis-à-vis de l’île de Ming-Haï, voisine de celle de Tchu-Chan, qui fut récemment occupée par la marine anglaise.
C'est le mouvement général de cette immense chaîne de montagnes qui donne aux côtes méridionales et orientales de la Chine leur grande forme circulaire.
Du coude méridional des Nan-Ling se détache au sud le rameau Yun-Nan (midi nuageux), qui couronne le golfe de Tun-Kin : sous la forme d’une haute terrasse elle sépare le Tun-Kin de la Chine, et n’a qu’un seul passage fermé par une muraille épaisse à deux portes, dont l’une est gardée, du côté de la Chine, par des Chinois, et l’autre, du côté de Tun-Kin, par des Tun-Kinois.
Une autre chaîne latérale, partant du plateau sur lequel s'élève le Bami-Daniah, envoie au sud-est le filon de Kara-Koroum qui frappe dans le massif de Kaï-Lassa (monts neigeux), par longitude 79°, latitude 30° 40’; d’où il se brise à angles droits, sous la
dénomination générale de Dzang et file à l’est vers les monts Birmaniens, en prenant ainsi le Thibet dans toute sa longueur.
Du même plateau, mais un peu plus au sud, se détache encore au sud-est la grande courbe de l'Himä-Laya, (séjour des neiges), avec ses cent pics de plus de six mille mètres de hauteur, parmi lesquels on distingue les cimes majestueuses du Pour-Kyal, (79222), du Nanda-Dévi (7880m), du Djavalagiri (8522"), et du Tchamalari (8539), lé géant de toutes les montagnes du globe, Cette chaine forme séparation entre le Thibet au nord et l’Hindoustan au sud.
Au pied du Tchamalari se bifurque l'Himâ-Laya, à l’est, vers l’arête Birmanienne : c'est dans cette grande enclave que se trouve le pays de Boutan.
Telle est la configuration générale de cette partie du versant occidental : au nord entire les monts Hing’-An et Sian-Pi, s'étend une vaste plaine ondulée d’un grand nombre de lignes montueuses, et allant en se rétrécissant en forme d’entonnoir vers la partie ntentrionale de la manche de Tarrakaï ; au milieu, dans la Chine proprement dite, depuis la grande muraille jusqu'aux monts Yun-Nan, le sol descend généralement, comme les montagnes et leurs multiples ramifications, en degrés RAR depuis l’arête dorsale, us la mer de Chine et lä mer de Corée; au midi les pentes des Nan-Ling, s’inclinant vers la mer, forment un versant ondulé de faibles hauteurs et renfermant quelques plaines; la partie moyenne et septentrionale du Thibet offre une surface tourmentée de vallées et de plaines diversement disposées, tandis que sa partie orientale présente deux grandes aires hérissées de montagnes et inclinées au sud-est, et sa partie occidentale une surface moindre, également sillonnée de hauteurs et s’abaissant dans un sens contraire, vers le nord-ouest. Les hautes et nombreuses montagnes de Thibet lui ont fait donner par les indigènes le nom de Gang- Djian-Youl (empire de la neige).
Passons sur le versant occidental.
La partie de ce versant qui est dans la dépendance de l'empire chinois est sillonnée, dans toute sa longueur, par trois grands systèmes de montagnes : les 2 au nord, l’Altaï au milieu, et les Thian-Chan au sud.
L'arête sinueuse des Sayanski (monts de la faux) se dégage du massif de Kenteï, qui est sur la dorsale du globe, par longitude 116 et latitude 49°. Elle trace, dans son développement occidental, la limite commune des possessions chinoises et de celles des Russes, jusqu'au mont Chabinaï-Dabaga, situé par longitude 87° et latitude 51° 05, d’où elle entre en Sibérie sous le nom de Téletskoï.
Du même massif rayonne ensuite à l’ouest le filon de l’Altaï ou Kin-Chan {mont d’or); arrivé à l'Ijiktou (montagne de Dieu), son point culminant par longitude 87°, latitude 50° 15”, il envoie une branche au Chabinaï-Dabaga et descend au sud-est pour contourner le lac Djaizang (des cloches); il rejoint ensuite, par le Tarbagataï (mont des marmottes), la montagne de Tchinggis, par longitude 77°, latitude 48°.
Les Thian-Chan (monts célestes), détachés de l’In-Chan, filent aussi à l’ouest, et atteignent le haut et âpre Kachgar-Davan (passe de Kachgar) par longitude 68, latitude 400.
Ainsi, ces trois systèmes oréographiques, partis de la dorsale du globe qui est à lorient, s’en vont à l'occident dans le sens général de l’axe des Kuen-Lun, qui forme ici la limite des deux grands versants de l’Asie. Ils séparent donc trois contrées ouvertes longitudinalement, l’une entre les Sayanski et l’Altaï, l’autre entre l'Altaï et les Thian- Chan, et la troisième entre ceux-ci et les Kuen-Lun.
A l’ouest, ces vastes contrées sont fermées, du sud au nord, par les monts de Bolor qui se dégagent.-des Thsoung-Ling ou Tartach-Davan (chaine des oignons), extrémité
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occidentale des Kuen-Lun, au revers septentrional du plateau dominé par le Bami- Daniah, jusqu’à la passe de Kachgar, et par la chaîne de l'Oulak, qui, venant des Thian-Chan, file, sous divers noms, à l'ouest des grands lacs Issi-Koul et Balkachi, et aborde en collines basses et sablonneuses la montagne de Tchinggis, que nous avons vue à l'extrémité de l’Altaï. Ici cependant les possessions russes se sont avancées un peu au sud jusqu’au lac Balkachi.
Les Thian-Chan forment une limite naturelle entre la Dzoüngarie et la petite Boukharie. Ces deux pays sont nommés par les Chinois : Thian-Chan-Pé-Lou (pays au nord des monts célestes}, et Thian-Chan-Nan-Lou (pays au sud des monts célestes). La Mongolie propre ou Mongolistan est, à leur extrémité orientale, limitée par l’arête de séparation des deux versants principaux.
Tel est l'aspect général que présente la superficie que nous venons de déterminer sur une étendue moyenne de 800 lieues de Fest à l’ouest, et de 250 du nord au sud. Dans la Dzoûngarie, c’est une succession de plateaux, de montagnes glacées, arides ou rarement ombragées, dominant des vallées et des enclaves peu élevées, généralement revêtues de maigres herbages ou de steppes à plantes salines. Dans le Mongolistan, on voit à l’est un immense plateau dont l'élévation au-dessus du niveau de la mer est dans quelques endroits de plus de mille mètres; ses hautes traînées de rochers nus ou neigeux, ses profondes et sombres vallées lui donnent, à l'horizon, l'aspect des vagues de la mer agitée. Le terrain est entièrement sablonneux, couvert de cailloux de diverses couleurs; on y trouve quelques flaques d’eau salée, et çà et là pour toute végétation des plantes salines, le boudourgana dont les tiges ressemblent à de jeunes pousses de chène, de rares buissons desséchés ét quelques arbres amaigris. Quand on contemple ces lieux désolés, il est difficile de croire que l'habitant puisse y mener une vie heureuse. Il est privé de bois et des principales nécessités de la vie. Au commencement de l'été, il prie le ciel de lui accorder de la pluie, qui rarement rafraîchit la steppe. Dans cette saison , qui dure peu, mais qui est brülante, la sécheresse détruit le bétail sa seule ressource, et de pareilles calamités le menacent dans de longs et rigoureux hivers, quand la terre couverte de neige et de glace empêche les animaux d'arriver à l'herbe, leur unique subsistance. Ce désert que les Mongols nomment Kobi (désert) et les Chinois Cha-Mo (mer de sable), s’abaisse à l’ouest et envahit tout l’espace compris entre les Kuen-Lun et les Thian-Chan. Là des masses d’un sable fin qui coule comme un fleuve lorsque le vent souflle; là des distances à perte de vue où le voyageur ne trouve d’autres indices de vie que des os d'homme ou d'animaux et des fientes de chameau. Cependant sur les pentes méridionales des Thian-Chan et sur celles des Kuen-Lun, il est des endroits bien arrosés, fertiles et habités par des populations nombreuses à Khamil, Tourfan, Koutché, Khotan, Yarkand, Kachgar... Au delà des montagnes de Kachgar, le Kobi se rattache, par une série non interrompue de plages arides et salées, au grand désert de Sahâra qui prend l'Afrique à revers, immense ceinture de déserts, jetée sur la dorsale du globe depuis l'océan Pacifique jusqu’à l’océan Atlantique, dans toute la largeur de l’ancien continent. |
La configuration générale de la partie chinoise du versant occidental, que l’on appelle abusivement, dit M. de Humboldt, plateau central de l'Asie, ses grandes lignes de montagnes, constamment dirigées à l’ouest, ses vastes plaines où la vie est mobile comme le sable, ont manifestement influé sur le mouvement général, sur le caractère et sur les mœurs des peuples qui en sont sortis à diverses époques, Finnois, Gaëls, Germains de toutes les tribus, Slaves, Tongouses, Mongols, Turcs, les plus terribles ouvriers des destinées humaines. Aujourd’hui les descendants de ceux qui ont passé en Europe s’y sont modifiés ainsi que dans toutes les contrées de la terre dont ils ont
déjà pris une si large part; tandis que les descendants de ceux qui sont restés en Asie, ont gardé leurs habitudes primitives : comme aux premiers jours du monde, ils s’abritent toujours sous leurs iourtes de feutre, traversant leurs vastes plaines sur leurs coursiers rapides ou leurs infatigables chameaux, ou bien montés avec leur famille sur leurs chariots, huttes ambulantes, ils mènent, en tous sens, leurs nombreux troupeaux paître les steppes du désert. |
Maintenant, en considérant sous un même coup d'œil les deux grandes surfaces qu'occupe l'empire chinois sur le versant oriental et sur le versant occidental du continent, on se représentera sans effort dans l’espace l’ensemble des traits qui composent sa physionomie générale, qu'il nous est important de bien retenir pour l'intelligence des événements et des mœurs que nous aurons à décrire.
Lacs. — La Chine possède beaucoup de lacs d’une grande étendue. Sur le versant oriental, dans la Chine propre, on remarque les belles nappes du Thoung-Ting qui a plus de 80 lieues de circonférence, du Po-Yang, du Taï-Hou et du Houng-Tse. Situés dans la grande plaine comprise entre les extrémités orientales des Pé-Ling et des Nan-Ling, ils facilitent admirablement les relations entre les provinces de l'empire.
La Mandchourie n’a que de petits lacs; le plus considérable est le Hinka: il a 55 lieues de longueur sur 6 de largeur moyenne.
C’est au Thibet que les lacs sont nombreux et entourés de la plus sainte vénération ; nous cilerons les quatre principaux. Dans une vallée étroite dominée au nord par l'énorme massif de Kaï-Lassa (monts neigeux) et au sud par l'Himâ-Laya, vers le milieu de cette dernière chaîne, on aperçoit quatre montagnes disposées circulairement et laissant entre elles de larges ouvertures, dont les formes dessinent de loin des gueules de lion, d'éléphant, de cheval et de yak ou bœuf thibétain. Lorsqu'on entre par une de ces portes, on arrive sur les bords du Manasa-Vara (le plus parfait des lacs honorables). IL à 8 lieues de long sur 3 de large. La couleur de ses eaux est verte, et leur goût est pur et doux. Après midi, elles prennent différentes couleurs et réfléchissent une lumière semblable à celle des éclairs. Un courant le fait dériver au nord-ouest dans le Ravanah-Hrad (lac de Ravana, fameux héros indien ); il est deux fois aussi grand que le premier. Ses eaux ont un goùt agréable, leur couleur tire sur le noir.
Ces lieux sont empreints de terreur et de mystère; ils sont fréquentés par des troupes de chevaux et de yaks sauvages, de chèvres au duvet à châles, d’oies aux plumes grises, d'Hindous et de Thibétains qui, depuis des milliers de siècles, y viennent en pèlerinage des contrées les plus éloignées, adorer le Mahädéva (le grand dieu), et jeter la cendre de leurs amis dans les eaux du lac, qu’ils regardent comme la plus sainte des sépultures. On trouve sur ses bords du lapis-lazuli et le meilleur borax du Thibet. En 1820, on y découvrit une mine d’un fonds riche, mais le gouvernement la fit fermer.
Le Yar-Brok-You-Mthso (lac étendu des turquoises) est situé au sud-ouest de la ville de H'lassa. C’est Le lac que par corruption on nomme Palté. Il est dominé au nord par les hautes cimes du Notdzing-Gang-Dzang-Ri (montagne de neige pure de l’étendard du Bonze) et au sud par le prolongement occidental du Yarla-Chamboï-Gang-Ri (montagne neigeuse du pays de Bouddha existant par lui-même). Ce beau lac forme un anneau circulaire d’un rayon de 3 à 7 lieues. Au milieu s'élèvent trois montagnes couvertes d’une belle végétation qui se marie agréablement avec une multitude d’édifices religieux , riches monastères d’hommes et de femmes voués au culte de Bouddha. Sur la plus méridionale se trouve un couvent célèbre, où réside une femme, queles Thibétains vénèrent comme une divinité, incarnation de Bhavani, la suprême créatrice chez les Hindous. Elle porte ici le nom de Dordzi-Pa-Mo (la sainte mère de la truie). Tous Les couvents de l'ile du lac sont sous sa direction. Trente religieux forment sa cour. Elle ne sort qu'en
grande pompe de son habitation et de son ile. Lorsqu'elle se rend à Hlassa, on la porte sur un trône couvert d’une vaste ombrelle; sa cour la suit, des thuriféraires la précèdent. À son entrée dans cette capitale, tout le peuple s’empresse autour d’elle pour recevoir sa bénédiction, qu’elle donne en faisant baiser le sceau destiné à sanctionner les actes de sa divine puissance. L
Le Tenggri-Noor (lac du ciel), situé au nord du précédent, est le plus grand du Thibet. Il a 40 lieues de longueur sur 45 de largeur moyenne. Son nom lui vient de la couleur de ses eaux qui sont d’un bleu de ciel. Sur ses rives méridionales s'élève dans les monts Dzang, le Nian-Tsin-Tangla-Gang-Ri (montagne des champs de neige de la divinité qui rend des oracles).
Un des plus grands lacs de l'Asie se trouve près de l’axe de la dorsale du globe, dans une enclave formée au nord par les Siué-Chan et au sud par l’Amié-Maldzin- Monsoun-Ola (montagne des treize patriarches). Il à 25 lieues de l’est à l’ouest et 10 du nord au sud. Son nom tiré de la couleur de ses eaux est, en chinois, Thsing-Haï, et, en mongol, Khoukhou-Noor (mer bleue). Les sommets qui ferment son enceinte sont couverts de neiges éternelles. De leurs flancs sortent les plus grands fleuves de l'Asie; à leur pied toutes les régions de l’ancien continent s’inclinent à l’orient, à l’occidant, au nord et au sud. C’est dans ces lieux solennels et sur les bords mêmes du lac, qu’au printemps de l’année 1204, un jeune guerrier mongol convoqua un houriltaï (cour plénière) des députés de toutes les hordes. IL s’y fit nommer Tchinggis-Khan (souverain khan), publia son code fameux, et courut à la conquête de toute la terre qu’il avait devant lui.
Sur le versant occidental, on rencontre un grand nombre de lacs; les plus importants sont à l’ouest. Le Lob-Noor est entre les Kuen-Lun et les Thian-Chan; c’est sur ses bords que les caravanes qui se rendent de Kachgar à la Chine s'arrêtent quelque temps pour se préparer au long et pénible voyage du désert du Kobi. Au nord des Thian-Chan, dans le pays des Dzoùngares, sont l’Issi-Koul (lac chaud), le Balkachi- Noor (lac étendu), l’Alak-Tougoul-Noor (lac du taureau bigarré), lIke-Aral-Noor (petit lac des îles), l'Oubsa-Noor, le Kisil-Bach-Noor (lac de la tête rouge), ele. On voit au milieu du Balkachi plusieurs chaines de rochers qui s'élèvent comme des iles à sa surface; en hiver, la horde moyenne des Kirghiz campe sur ses rives. Du milieu de l’Alak s'élève aussi une montagne de forme conique, on la nomme Aral-Toubé (cime insulaire) : elle occasionne des tempêtes violentes qui incommodent les caravanes; en passant, on sacrifie quelques moutons à cet ancien volcan.
FLeuves. — C’est généralement dans les angles formés par les chaînes de montagnes que jaïllissent les sources des grands fleuves qui arrosent l’un et l’autre versant. Nous ne parlerons que des principaux.
Sur le versant oriental, l'Amour ou Sakhalian-Oula (fleuve noir) nommé par les Chinois Hé-Loung-Kiang (fleuve du serpent noir); il a ses sources au massif de Kenteï, décrit un grand arc au sud dans la Mandchourie, et se jette dans une baie de la manche de Tarrakaï appelée Le liman de l'Amour. Son cours est d’environ sept cents lieues. Profond, tranquille, il ne présente aucun obstacle à la navigation, il ne renferme ni rochers ni bas-fonds. Ses rives sont bordées de forêts magnifiques. Les Russes se plaignent beaucoup de la perfidie des Chinois qui, en 1689, arrachèrent par surprise et par force, aux plénipotentiaires de la Russie, la cession de la partie inférieure de ce beau fleuve, indispensable pour les maitres de la Sibérie orientale, et où les Cosaques avaient déja arboré le drapeau du ezar.
Le Houang-Ho ou fleuve Jaune, a ses sources dans les monts Baïn-Khara. Il arrose d'abord les vallées sauvages comprises entre l'arête dorsale et les monts du Chen-Si;
il coupe la grande muraille, coule au nord, puis à l’est; tournant brusquement au sud, il coupe une seconde fois la grande muraille entre la province de Chen-Si et celle dè Chan-Si, frappe droit la chaine des Pé-Ling, et dirige ensuite son cours, à l'est, jusqu’à son embouchure dans la mer Jaune. Ce fleuve à un grand nombre d'’affluents. Son cours est d'environ 750 lieues. Depuis l'endroit où il brise la grande muraille, il coule entre des rives et sur un lit composé de terres argileuses qui rendent ses eaux bourbeuses et d’une couleur jaune. Dans la partie inférieure de son cours, ce fleuve devient très-rapide et sujet à des débordements considérables qui font de grands ravages; c’est pour le contenir qu’on a élevé sur plusieurs points de fortes digues, et autour des villes des remparts en terre qui s'étendent à la distance d’un quart de lieue. On a calculé que ce fleuve doit vérser à son embouchure, par heure, environ 2,000,000 de pieds cubes de terre solide, quantité suffisante pour former, en 70 jours, une ile d’un mille carré; de façon qu'en 24,000 ans, ce fleuve devrait remplir tout le bassin de la mer Jaune.
Le Yang-Tseu-Kiang (le fleuve fils de l'Océan), nommé quelquefois fleuve Bleu, à aussi ses sources dans les Kuen-Lun sur les pentes occidentales du Sighin-Oulan, à 160 lieues à l’ouest de celles du Houang-Ho. Mais tandis que celui-ci va faire une longue excursion vers le nord, l’autre se dirige symétriquement au sud sous le nom de Kin-Cha-Kiang (rivière à sable d’or); il prend ensuite la direction nord-est et se jette dans la mer Orientale, à 55 lieues du premier; son cours est d'environ 1000 lieues. Il a 7 lieues de large à son embouchure, et à 300 lieues plus haut, une demi-lieue. En plusieurs endroits on n’a pu atteindre sa profondeur. De là le proverbe des Chinois : La mer n'a point de bornes, le Kiang n'a point de fond. I est navigable pour des vaisseaux à voiles pendant plus de 100 lieues à partir de la mer de Corée, dont le flux et le reflux se font sentir à cette distance.
Le Ta-Kiang (grand fleuve) naît dans l'angle est formé par les Nan-Ling et les Yun-Nan; il coule dans la vallée ouverte entre ces deux chaînes de montagnes, et porte ses eaux dans la baie de Kouang-Toung (Canton). Son cours est de 200 lieues.
Beaucoup d’autres rivières, dont une grande partie ne sont que des affluents des fleuves que nous avons décrits, fertilisent le sol varié de la Chine proprement dite, et facilitent les nombreuses et actives communications d’une province et d’une ville à l'autre.
D’autres grands fleuves ont aussi leur origine dans le Thibet.
Le Sind ou l’Indus commence au pied des monts Kaï-Lassa, près des lacs sacrés de Manasa-Vara et Ravanah-Hrad. Il se dirige à l’ouest par la longue vallée du Thibet occidental, et franchissant la gorge qui est à l'extrémité orientale de l’'Himä-Laya, il s'épanche au sud dans les plaines de l'Hindoustan, qui sont à l’est des monts Soleïman et Brahouiks jusqu’à la mer des Indes. Son cours est d'environ 600 lieues, dont 250 sur le territoire thibétain.
Le Yærou-Dzang-Bo-Tchou (fleuve clair de la fontaine de droite ou d'ouest). Il nait à l'opposite de l’Indus, dans le mont Damichouk-Kabab-Gang-Ri (montagne de neige de l'embouchure de l’eau du cheval précieux) élevé entre les sources de ces deux fleuves. Après avoir parcouru à l’est toute la longue vallée méridionale du Thibet, on le voit, comme l’Indus à l'extrémité occidentale de l'Himä-Laya, se précipiter, à l'extrémité orientale de cette chaîne, au sud, par les vallées longitudinales de Birmäh el d'Ava, dans le golfe de Martaban. Ce fleuve porte, dans son cours inférieur, le non indien d'Iraouaddy. Son cours est d'environ 700 lieues, dont 550 sur le territoire thibétain. ;
Le Brahma-Poutra (fils de Brahma) a ses sources dans des contrées peu explorées.
Selon les renseignements les moins incertains, son affluent principal jaillirait vers les pentes orientales du Tchamalari, et arroserait une partie du Boutan avant de se précipiter dans les plaines du Bengale. Son cours est d'environ 500 lieues.
Le Lou-Kiang ou Khara-Oussou (fleuve noir) a son affluent principal sur le versant méridional des Bassa-Doungram, à peu de distance au sud-est des sources du Yang- Tseu-Kiang. Il prend différents noms selon les pays qu’il traverse, et se jette, sous celui de Thâleayn, dans le golfe de Martaban ; son cours est d'environ 400 lieues.
Le Lang-Thsang-Kiang ou La-Tchou, commence au massif d'Amié-Kam. IL roule au sud.ses eaux rapides dans la vallée longitudinale du pays d’An-Nam, jusqu'à la mer Méridionale. À sa partie inférieure, il porte le nom de Maï-Kang ou Camboge; son cours est d'environ 500 lieues.
Ainsi, les grands fleuves qui, dans leur cours inférieur et moyen, arrosent la partie méridionale du versant oriental de l'Asie, ont leurs sources et leur cours supérieur dans les provinces du Thsing-Haï, du Thibet ou du Boutan.
La partie du versant occidental comprise dans l'empire, n’a que des cours d’eau d’une étendue peu considérable, résultat nécessaire de la nature sablonneuse du terrain et de sa surface tourmentée dans tous les sens.
Dans le grand désert de Kobi, on ne rencontre à l’est que quelques petites rivières qui descendent des Khang-Khaï et se perdent dans le sable.
Vers le milieu de cette plage aride, l’'Etchina et le Bouloungghir viennent des pentes septentrionales des Ta-Siué-Chan, et courent alimenter, à ‘60 lieues environ vers le nord, plusieurs petits lacs au milieu du désert; cependant, à l’ouest, le Yarkand ou Tarim, sortant du plateau occidental et des montagnes de Kachgar, se dirige à l’est et se jette dans le lac Lop, après un cours de plus de 350 lieues.
Entre les Thian-Chan et l’Allaï il y a une foule de cours d’eau qui disparaissent vite dans les sables ou les lacs. Le plus important est la rivière d'Ili, qui dirige son cours de 150 lieues à l’ouest dans le lac Balkachi.
Entre les monts Altaï et Sayanski, les fleuves sont plus nombreux et plus longs : le Boujantou se jette dans l’Ike-Aral-Noor, le Tes dans l’Oubsa-Noor, l’Ouroung dans le Kisil-Back-Noor, l'Émyl dans le lac Atak-Tougoul, ete,
Mais sur les pentes opposées de l’Altaï, naissent de grands fleuves : la Sélenga tributaire du grand lac de Baïkal, sur la lisière de la Sibérie; le Jeniséï et l'Irtych, les cours d’eau les plus considérables de la Sibérie occidentale. Ces deux grands fleuves ont donc, comme l’Indus et le Dzang-Bo, leurs sources et leur cours dans des étages secondaires, diamétralement opposés, sur l’un et sur l’autre versant; car, les axes des chaines de montagnes du versant occidental et ceux des chaînes du versant oriental ont une direction générale semblable.
Czimar. — Sur le versant oriental, le climat de la Mandchourie, sous les parallèles de la France, est plutôt froid que tempéré; ce qui est dü surtout à l'élévation générale du sol et à la grande abondance des bois. Les hivers sont longs et rigoureux : ils commencent à la fin de septembre et durent jusqu'à la fin d'avril. Les étés sont fort chauds. ;
La Corée, placée sous la latitude de l'Italie méridionale, a un climat très-froid, à cause des montagnes qu’elle renferme ; on assure que dans la partie séptentrionale la neige tombe en si grande quantité qu’on est obligé, pendant l'hiver, de pratiquer des communications souterraines pour aller d’une maison à l’autre. Cependant le solest très-bien cultivé.
Dans la Chine propre, le climat est extrêmement varié; généralement il est excessif. Les hivers y sont très-froids et Les étés très-chauds. Nul peuple sur la terre n’est peut-
être aussi sensible aux variations fréquentes de température que le peuple chinois, et il prend toutes les précautions pour s'en mettre à l'abri.
Le climat de la Chine présente donc toutes les variations de la zone tempérée, et il participe aussi des caractères de la zone torride et de la zone glaciale. Les provinces du Nord ont des hivers semblables à ceux de la Sibérie et celles du Midi des étés semblables à ceux de la péninsule de l’Inde, quoique à Canton même le thermomètre descende quelquefois à plusieurs degrés au-dessous de zéro. Mais dans cette dernière contrée, au rapport des Européens, les grands froids, comme les grandes chaleurs ne durent guère, et la température y est délicieuse le reste de l'année. Il y a des rennes dans le nord, et des éléphants dans le midi de l'empire. L'air est généralement trèssain, et on ne voit pas régner ces maladies pestilentielles qui dévorent les populations dans beaucoup de contrées de l'Orient; ce qui est dû peut-être à l’action que l’industrie et l’activité humaines ont exercée sur cette immense surface de terrains variés, et peut-être aussi à la conformation des montagnes et des bassins qui donne un libre cours aux vents généraux, Surtout aux vents d'est et de nord-est. Les exemples de longévité ne sont pas rares en Chine.
On a calculé que la chaleur moyenne de Canton était de 19 degrés et demi de Réaumur. Les parties septentrionales et occidentales de la Chine ont un climat beaucoup plus froid que les contrées de l'Europe situées sous les mêmes latitudes. Les extrêmes de froid et de chaleur sont très-grands à Péking. Selon le P. Amiot, il y gèle tous les jours, en décembre, en janvier et en février, et très-souvent encore en mars et en novembre; et ce froid est suivi promptement d’une chaleur excessive. Le thermomètré y descend souvent à 13 et 14° au-dessous de 0, et il se fixe des mois entiers entre 7 el 10°. On est surpris qu'une ville presque sous la même latitude que Naples et Madrid éprouve d'aussi grands froids. Les chaleurs n’y sont pas moins élevées. Selon le même missionnaire, le terme moyen des plus grandes chaleurs est de + 31° de Réaumur, et le terme moyen des plus grands froids — 10° 6”.
La violence des vents est souvent très-grande à Péking. Au printemps et dans l’automne ils se couchent avec le soleil; ils transportent souvent une poussière jaune qui ressemble à une pluie de soufre et qui couvre les voyageurs. Les pluies sont fort rares en hiver. IL tombe de la neige en petite quantité. Les mois d’été sont très-pluvieux ; le nombre moyen des jours pluvieux est de cinquante-huit par an.
Au Thibet, le climat est généralement froid; cependant c’est, de tout le globe, le pays qui présente des habitations sur les lieux les plus élevés. Ainsi la ville de Daba est à 4186 mètres au-dessus du niveau de l’Océan, c’est-à-dire presque à la hauteur du sommet du Mont-Blanc dans les Alpes. A cette élévation les vallées jouissent d’un climat assez tempéré; celles qui sont moins élevées sont même chaudes et la plupart trèsfertiles. Plusieurs parties monltueuses sont infectées par des exhalaisons pestilentielles, ais qui ne sont pas permanentes. L’alternative des saisons et de la température est très-irrégulière. Depuis mars jusqu’en mai, ce n’est qu'une continuité de pluies, d’orages, de tempêtes; depuis juin jusqu’à septembre, ce ne sont que torrents de pluies; tous les fleuves se gonflent, et menacent d’inonder le Bengale. Du mois d'octobre au mois de mai, l'air est clair et transparent : rarement un nuage vient obscurcir le ciel. IL règne pendant trois mois un froid plus rigoureux que celui qu'on éprouve en Europe : ce froid se fait surtout sentir dans la partie méridionale le long de la chaîne de montagnes qui sépare le Thibet de l'Assan, du Boutan et du Népaul. Les habitants se réfugient alors dans les profondeurs des vallées ou des cavernes. |
Cependant le climat du Boutan est généralement tempéré, malgré les glaciers éter-
nels qui couvrent ses montagnes. Les pluies y sont fréquentes, mais jamais elles n’y tombent par torrents.
Retranchée sur les hauteurs et dans les vallées de l’arête continentale, la Khochotie est neigeuse et froide. b
Versant occidental. Dans le Mongolistan, au nord, vers le massif de Kenteï, le climat n'est pas très-rigoureux : l'hiver, la neige ne tombe pas en abondance, les chaleurs ne sont pas très-fortes; mais ce qu’il y a de remarquable, c’est que malgré sa latitude plus méridionale, il y fait plus froid que dans les parties de la Sibérie voisines du lac Baïkal. À Kiakhta, par exemple, le blé réussit, et même sur les collines plutôt que dans les vallées ; les légumes et quelquefois les melons, y parviennent à leur maturité. À Ourga, au contraire, à plus de 60 lieues au sud-est, ces végétaux ne réussissent presque jamais; ce qui paraît tenir à l'élévation générale du massif de Kenteï, et au voisinage du désert de Kobi, où l'hiver est long et froid, et les chaleurs de l'été très-fortes et de peu de durée.
Au sud du désert, vers la ligne dorsale, le climat est tempéré; il ressemble à celui de l'Allemagne; s’il tombe de la neige en hiver, elle disparaît bientôt.
En avançant à l’ouest dans la petite Boukharie, on éprouve des vents très-fréquents au printemps et en été. Ces vents dessèchent les feuilles des arbres. Lorsqu'ils cessent, des brouillards les remplacent, qui arrosent les sables comme une rosée bienfaisante. La pluie cause des effets très-nuisibles, elle y est rare : si elle tombe, même en petite quantité, lorsque les arbres sont en fleurs elle les fane; si elle est abondante, les arbres paraissent comme couverts d'huile, et ils ne portent point de fruits.
Dans la Dzoùngarie, la température est généralement très-froide. La neige reste longtemps amoncelée sur le sol. L'été est de peu de durée, mais chaud. A l’est, c’est un prolongement du désert.
MINÉRALOGIE. — Sur le versant oriental, les montagnes de la Mandchourie sont riches en métaux utiles et précieux. Mais les habitants s'occupent peu de leur extraction; ce n’est que pour leurs besoins qu’ils exploitent un peu de fer et de cuivre, du sel et du salpêtre. Cependant au sud-ouest l'influence du voisinage de la Chine les porte à cultiver quelques arts; dans le reste de la contrée ils sont nomades et vivent de la chasse et de la pêche. On nomme parmi les minéraux de la Corée, l'or, l'argent, le fer, les topazes et le sel gemme.
Dans la Chine propre, peu de voyageurs instruits dans les sciences naturelles ont été admis à parcourir les provinces; et aucun n’a pu faire des recherches sur la nature des terrains, ni des observations géologiques de quelque importance. Cependant on doit croire qu’un empire qui forme à lui seul plus d’un dixième du sol habitable de la terre, renferme de nombreuses richesses géologiques et une grande variété de terrains. La province de Péking et la côte sud-est du côté de Formose paraissent de formation secondaire. Le terrain primitif forme vraisemblablement la base des montagnes situées à l'occident; les provinces du nord contiennent d’immenses amas de houille et de sel gemme, et l’on trouve en différents endroits des ossements fossiles.
On ne connaît aucun volcan actuellement en ignition dans la Chine propre, mais on est assuré que les terrains volcaniques y occupent un espace considérable. Il y a un grand nombre de solfatares dans la province de Chan-si, où les habitants même les emploient à des usages économiques, et il est question dans les annales, d’une montagne qui jetait des flammes dans le Yun-Nan. La Chine est sujette aux tremblements de terre, surtout dans les provinces septentrionales, et l’on a tenu très-exactement note des phénomènes de ce genre, ainsi que de tout ce qui concerne la météo-
rologie et l'astronomie. Il paraît qu’au 1x° siècle un volcan était encore en ignition dans ce pays. L’îile Formose en contient plusieurs.
Les géographes chinois portent au nombre de 5270 les montagnes célèbres de leur empire : il y en à 467 qui produisent du cuivre et 3609 qui produisent du fer. Les autres contiennent des mines d’étain, de plomb, d’argent, d’or, de mercure, d’aimant, de houille et d’autres dépôts.
IL existe , dans le Chan-Si et le Chen-Si des puits de feu (ho-tsing) qui descendent à des profondeurs considérables. Ce phénomène qu’Aristote dit avoir existé en Perse, dans des souterrains où les anciens rois de ce pays faisaient cuire leurs aliments, est très-commun dans certaines provinces de la Chine; on l’emploie à des usages économiques bien plus productifs. On est même étonné de tout le parti que lés Chinois ont su tirer de ces immenses réservoirs de gaz hydrogène carboné qu’ils emploient, depuis un temps immémorial, dans les provinces du sud-ouest, aux usages domestiques, à l'éclairage des halles, des ateliers, et qui leur sert aussi à chauffer les grands appareils. On le transporte dans des tuyaux de bambou.
Il n’y a pas de minéraux qu’on ne puisse s'attendre à voir tirer du sol de la Chine; mais elle n’a pas encore été explorée sous ce rapport par les Européens. L’or et l'argent se trouvent surtout dans les provinces du sud et de l’ouest. L'ile de Haï-Nan (mer du midi) possède plusieurs mines d’or, et les fleuves rouleñt des parcelles de ce métal. Plusieurs alliages naturels ou factices de cuivre et de zinc, de zinc et d’étain, de plomb et d’étain viennent de diverses localités de l’intérieur de la Chine. Le mereure natif et sulfuré s’y trouve en abondance. On y recueille du lazulithe, le quartz, le rubis, ainsi que l’émeraude, le corindon, la pierre ollaire qui sert à faire des vases et particulièrement des écritoires, la stéatite, qu'on taille en ornements et en figurines, diverses espèces de schistes, de roches cornéennes et de serpentines dont on fabrique des instruments de musique. Le jade, connu sous le nom de yu, se trouve aussi dans le Chan-Si, mais la plus grande partie de cette pierre si estimée des Chinois vient de Khotan, et est apportée de Tartarie par les Boukhares.
Le Boutan contient beaucoup de mines de métaux précieux et utiles.
Le Thibet est riche aussi en métaux; l'or, qui y existe dans beaucoup d’endroits, est souvent très-pur ; on l'extrait des mines et des lits des rivières, ordinairement attaché en petites parcelles à des pierres, mais aussi quelquefois en masses et en veines considérables. Les mines d’or sont la propriété exclusive du gouvernement, qui ne permet l'exploitation que d’une seule située à 17 journées à l'ouest de H'lassa, et donnée à ferme. On y recueille une grande quantité de cinabre, de plomb, de cuivre blanc, et de mercure. Mais le manque de combustible fait languir l'exploitation des métaux. Le tinkal ou borax brut abonde; il se cristallise sur les bords et au fond de quelques lacs; c’est un objet considérable d'exportation. Il y a aussi plusieurs mines de lapislazuli et de turquoises; ces dernières sont surtout communes et servent à la parure des femmes. On y trouve du yw vert, du noir et du blanc, de l’ambre jaune, du cristal de roche, des carrières de marbre et une pierre précieuse nommée fsing-chi. Les montagnes du nord donnent beaucoup de sel gemme, blanc, rouge et violet. Le salpêtre y est en abondance. Les eaux minérales et thermales y sont nombreuses.
Les nomades du Khoukhou-Noor se bornent à ramasser dans les sables des rivières les parcelles d'or qu’elles charrient, et qui forment le principal revenu des chefs du pays.
Sur le versant occidental, dans le Mongolistan, les montagnes renferment plusieurs Mines d'or, d'argent, de fer, d’étain et de houille; mais ces minéraux ne sont point exploités, à l'exception du fer; encore l’est-il en pelite quantité. Plusieurs rivières
charrient de l'or. Un grand nombre de lacs fournissent du sel; le sable des steppes en est imprégné, et même on y trouve en abondance du sulfate de soude; ce qui peut êtré une des causes de l’abaissement de la température.
Au désert on trouve des silex précieux, notamment une sorte de cornaline rouge, des calcédoines de différentes couleurs et plusieurs espèces d’agate.
Les montagnes de la petite Boukharie produisent du yw blane, du noir et du vertet d’autres pierres précieuses. Les habitants n’exploitent point les mines d’or et d'argent qui y abondent; ils se contentent de recueillir l’or des dépôts d’alluvion. Ils le trans: portent à la Chine, ou à Tobolsk en Sibérie.
Les montagnes de la Dzoüngarie abondent en mines d'or, d’étain, de fer et de houille, tandis que les plaines sont riches en marais salants et que d'anciens volcans fournissent une immense quantité de sel ammoniac.
VéGérTaux. — Sur le versant oriental, la Mandchourie est presque partout fertile : les rives des fleuves sont couvertes de forêts magnifiques : les voyageurs font une peinture séduisante de la brillante verdure dont se parent les côtes orientales, « Nous rencontrâmes à chaque pas, dit l’infortuné La Pérouse, des roses, des lis, des muguets; nous recueillimes en grande abondance des oignons, du céleri, de l’oseille et d’autres plantes pareilles à celles de nos prairies; les pins couronnaient le sommet des montagnes, les chènes commençaient à mi-côte; les bords des ruisseaux étaient plantés de saules, de bouleaux, d’érables, et sur la lisière des grands bois on voyait des pommiers, des azeroliers en fleur, avec des massifs de noisetiers : ce sont les productions de l'Europe centrale. »
En Corée, les montagnes du nord sont couvertes de forêts; leurs pentes produisent la racine de ginseng; les provinces méridionales abondent en riz, millet, chanvre, tabac, citron et soie. On y trouve le panis, espèce de blé dont on tire une liqueur ayant quelque rapport avec le vin, et un palmier dont la gomme donne au vernis un air de dorure.
Dans la Chine propre, la même richesse de formes, le même luxe de teintes variées que l’on trouve dans les autres règnes de la nature, se remarque aussi et peut-être avec plus de profusion encore dans le règne végétal. Les montagnes sont couvertes de forêts : celles des Nan-Ling portent des arbres de toute espèce, grands, droits, propres pour les édifices, et surtout pour la construction des vaisseaux; on les achète aux montagnards indépendants, et l’empereur en fait quelquefois venir de 300 lieues par eau et par terre des colonnes d’une prodigieuse grosseur qu’on emploie en son palais ou dans les ouvrages publics.
Jusqu'ici on n’a pu connaître qu’un nombre comparativement assez peu considérable de plantes, que les missionnaires ont envoyées en nature ou décrites dans leurs mémoires. Les traités chinois d'Histoire naturelle en indiquent une infinité d'autres par des figures et des descriptions qui suffisent quelquefois pour fonder une détermination scientifique. Nous nommerons, parmi les végétaux les plus célèbres de la Chine, le bambou, dont les usages variés ont influé sur les habitudes des Chinois et qui pourrait, pour ainsi dire, tenir lieu de tous les autres arbres; le thé, objet de commerce si actif; l'arbre à cire, l'arbre à suif, le camellia oleifera, le müûrier à papier, le camphrier, l'arbre à vernis, le litchi (dimnocarpus), le loung-yan, le jujubier, l’anis étoilé, le cannellier, l’oranger, le bibacier et un grand nombre d’arbres à fruit; la pivoine en arbre, les camellia, l’hortensia, le petit magnolia, plusieurs espèces de rosiers, la reine-marguerite odorante, l’hémérocale, la rhubarbe dont les habitants des provinces septentrionales font un commerce si avantageux; le jin-chen (ginseng) dont la récolte forme une partie considérable des revenus de l’empereur, et une prodigieuse variélé de plantes ligneuses ou herbacées, cultivées pour la beauté de leurs
fleurs; le mürier, le cotonnier, un grand nombre de plantes textilés, économiques et céréalés, qui mériteraient d’être naturalisées en Europe. Bien que toutes les céréales connues en Europe prospèrent en Chine, c’est plus particulièrement le riz que l’on cultive; il fait la principale nourriture des classes inférieures et la base de la nourriture des autres. Comme la population n’est pas également répartie dans toutes les provinces, il arrive assez fréquemment des disettes locales qui coûtent la vie à un grand nombre de personnes et en font émigrer une infinité d’autres. Dans les provinces les plus peuplées, on a mis à profit jusqu'aux rivières et aux étangs, où l’on sème des plantes aquatiques nutritives, telles que les tubercules de sagittaire. Après la culture du riz, c’est le mürier pour les vers à soie, le coton et le thé, qui occupent principalement l’industrie chinoise. Le thé dont on fait une si grande consommation en Europe se recueille principalement sur la côte méridionale.
Les Chinois sont passionnés pour la culture des fleurs, et leurs poëtes, qui écrivent sous l'influence d’une nature si prodigue, leur doivent souvent leurs plus belles inspirations. Peut-être aussi, nulle part ailleurs l’art n’a été poussé si loin pour multiplier les créations de l’horticulture. Tous les accidents d’un sol riche et fécond, toutes les expositions solaires ont été mis à profit par le génie et la patience des Chinois. Depuis la plaine jusqu'aux pics les plus élevés de leurs montagnes taillées et cultivées en terrasses; depuis les bords de l'Océan jusqu'aux cavernes les plus reculées où les fleuves prennent leurs sources, ce n’est qu’un vaste et immense jardin où l’industrie semble s'être donné le problème de lutter d’art et de puissance avec la nature pour faire les délices et l'admiration de l’homme.
Le voyageur qui visite le Thibet pour la première fois se croit au milieu d’un pays oublié du ciel. En quittant de grandes roches nues qui n’offrent aucune trace de végétation, il entre dans des plaines, quelques-unes fertiles et la plupart arides et presque stériles. Le bois y est rare, ce qui oblige les habitants à se servir de la fiente desséchée des bêtes à cornes en guise de combustible. La vigne y croit avec vigueur; les arbres fruitiers sont Le noyer, l’abricotier et le figuier. Les arbres les plus communs sont le pin cembro, le cyprès et le tremble. Une espèce de laurier produit une racine appelée le cannellier bâtard. Les principales fleurs que l’on cultive dans les jardins sont : le pavot double, la mauve, la pivoine, la pivoine des montagnes et diverses marguerites. On cultive même le riz avec succès; on récolte aussi une espèce d’orge grise qui forme la principale nourriture des habitants, de l'orge ordinaire, du froment, de l’avoine, des pois et des fèves; mais sur plusieurs points, ces céréales ne parviennent pas à leur complète maturité, et servent de fourrage au bétail. Des pluies périodiques raniment à grand'peine la terre, et font pousser une herbe menue qui périt dès qu'elles cessent. La sécheresse est telle que cette herbe blanchit et tombe en poussière sous les' doigts; cependant elle forme la nourriture de grands troupeaux, et contient des principes nutritifs si abondants qu’elle rivalise avec les meilleurs herbages. A l'approche de l'hiver, le thibétain étend sur ses prairies basses une épaisse couche de glace, afin que le peu de terre végétale qui en forme le fond ne soit pas emporté par les vents desséchants. Turner, qui fut envoyé en ambassade au Thibet, dit que ce pays n'offrit à ses regards que des montagnes hérissées de rochers et sans aucune apparence de végétation, ou des plaines arides d’un aspect uniforme et triste.
Il assure, au contraire, que le Boutan, malgré ses montagnes informes et confuses, se couvre d’une riche verdure, et qu’on trouve dans les forêts des arbres d’une grosseur et d'une élévation étonnantes; des mains industrieuses ont aplani, labouré, ensemencé les pentes des montagnes, et ont suspendu sur leurs flancs des vergers, des champs et des villages. Les grains ordinaires sont le froment, les pois el l'orge; on
cultive le riz dans les vallées; les turneps, les citrouilles et les concombres abondent. Une plaine voisine du Bengale, large de près-de huit lieues, et arrosée par les affluents du Brahma-Poutra, produit du coton et du tabac. Les montagnes sont entourées à leur base de bambous, de bananiers, de trembles, de bouleaux, d’érables, de cyprès et d'ifs; le frêne y est très-grand et très-beau, mais le pin et le sapin y sont en général petits et rabougris. Dans ces mêmes montagnes, on voit croître sans culture le mürier etle framboisier, et, sous leur ombrage, s'étendre çà et là des touffes de fraisiers. Sur les sommets neigeux se multiplie une espèce de rhubarbe dont les habitants font usage. Dans les vergers on cultive le pêcher, l'abricotier, le pommier, le poirier, l’oranger et le grenadier.
Les nombreuses prairies de la Khochotie abondent en plantes Alimentaires et en rhubarbe dont on fait un grand commerce.
Le versant occidental, dans le Mongolistan au nord, est couvert de forêts composées de pins, de mélèzes, de bouleaux, de trembles et de peupliers blancs. On y trouve aussi l’orme et l’épicéa, le groseillier rouge et le pêcher sauvage. La rhubarbe, qui croit spontanément, est une des productions les plus précieuses du pays. Au désert ce ne sont que steppes; mais au sud un sol argileux paraît dominer; il est fertile et partout il est de nature à encourager la vie sédentaire et agricole : aussi beaucoup de Chinois et même de Mongols s’y livrent à la culture des champs et des jardins; le pays est entrecoupé d’un grand nombre de ruisseaux, et couvert de forêts où l’on trouve des trembles, des ormes, des noyers et des noïsetiers; sur les montagnes, les pins sont petits et les chênes rabougris. La plupart des céréales y prospèrent, ainsi qu’un grande variété de fruits et de légumes, surtout dans la partie la plus méridionale, où l’on voit s'étendre un sol sablonneux et graveleux, couvert d’une couche mince d’humus et de terreau,
Dans la Dzoùngarie, au nord de la rivière d’Ili, le pays est couvert d’épaisses forêts remplis de loups et de mousimons; à l’est, de vastes marais couverts de roseaux servent de retraite à une foule de chevreaux et de sangliers.
La dépopulation générale du pays, opérée en grand par les Chinois, il y a un siècle, fait qu’il ne renferme qu'environ 6000 familles de cultivateurs, dont les récoltes ne donnent même pas le blé nécessaire à la consommation des garnisons chinoises. On y cultive en outre du millet, de l'orge, surtout d'une espèce appelée par les Chinois thsing-haï, du chanvre, des légumes et quelques arbres fruitiers, principalement des pruniers et des poiriers.
La petite Boukharie, qui est occupée en grande partie par le prolongement du désert de Kobi, se prête dans les vallées et sur les pentes des montagnes à la culture de toute espèce de grains et de légumes. On cultive le blé, le riz, le coton, le lin et le chanvre, ainsi que l'orge et Le millet dont on extrait de l’eau-de-vie. Les melons y sontexcellents. La vigne, le mürier, les pommiers, les poiriers, les abricotiers, les pêchers y sont en abondance. Une partie de leurs fruits sert à payer les impôts à la cour de Péking. Les melons et les raisins sont d’un goût délicieux; on les sert sur la table de l’empereur.
ANrmaux. — Sur le versant oriental, dans la Mandchourie, les pâturages qui bordent les rivières et tapissent les flancs des montagnes nourrissent des chevaux, des bœufs, des moutons; le soin de ces animaux constitue la principale occupation des habitants; leur nombre en est la plus grande richesse, surtout dans la partie méridionale. Dans le nord , c’est le renne qui remplace le cheval, et quelquefois aussi c’est le chien, comme dans la Sibérie orientale.
Au sud, vers la grande muraille, dans le pays de Khortchin, habité par des tribus Mongoles , on voit de grands haras, et un nombre considérable de troupeaux de bœufs et de moutons; l’empereur y possède de grands domaines et de belles maisons de plaisance; il y passe avec sa cour une partie de l’année pour se livrer au plaisir de la chasse.
En Corée, les animaux les plus communs sont les sangliers, les ours, les cerfs les zibelines, les martes et les castors. Les chevaux sont de très-petite taille. Les fleuves abondent en poissons. On y trouve des caïmans, espèce de crocodiles dont quelquesuns alteignent une longueur de 30 à 40 pieds.
On possède en Chine tous les animaux domestiques de l’Europe. Les chevaux cependant y sont moins beaux et de plus petite taille. Cet animal si utile, et que dans d’au- Lres contrées on élève avec tant de soin, ne paraît pas avoir toujours eu le même prix aux yeux des Chinois : un empereur ayant affecté de ne se servir que d’ânes pour son usage, tout l'empire voulut imiter son exemple, et les chevaux furent relégués dans les plus vils services. On trouve aussi en Chine le chameau de la Bactriane, le buflle, plusieurs espèces d'ours, de léopards et de panthères. Le bœuf est moins commun qu’en Europe, et le cochon y est plus petit : on a introduit depuis quelque temps ce dernier en Angleterre et en France. IL y a plusieurs variétés de chiens, et entre autres une que l’on mange. Le chat y est en domesticité, et la variété blanche à poil soyeux n'y est pas inconnue. Les gerboises, les polatouches, les écureuils, les loutres, les zibelines, se trouvent dans les forêts. L'éléphant, le rhinocéros et le tapir oriental habitent dans les vallées des Nan-Ling. De nombreuses espèces de cerfs, de chèvres et d’antilopes, le muse et d’autres animaux ruminants moins connus peuplent les forêts et les montagnes, particulièrement celles de l’ouest. On trouve aussi vers le sud-ouest plusieurs quadrumanes , et même une grande espèce de singe voisine de l’orang-outang.
La Chine possède un nombre infini d'oiseaux, la plupart étrangers à nos climats; le faisan doré et le faisan argenté en sont originaires ; on connait plusieurs espèces de cormorans, de cailles, de gallinacées, de palmipèdes et de passereaux. Beaucoup d'oiseaux, les insectes et les papillons, sont remarquables par la beauté des formes et l'éclat des couleurs. Il en existe aujourd’hui en Europe des collections peintes par des artistes chinois qui donnent de leurs talents une opinion d'autant plus haute qu'il nous serait difficile de reproduire ces objets avec autant de vérité et de fraicheur. Il ne faut pas oublier les vers à soie que l’on élève depuis la plus haute antiquité, et dont l'espèce vulgaire n’est pas la seule à laquelle les Chinois donnent des soins.
Les poissons des mers de la Chine ont déjà été étudiés par les Européens, mais non encore ceux des lacs et des rivières. La dorade appartient à la Chine comme le faisan doré. On n’a pas non plus de renseignements sur les serpents et les lézards; les tortues ont été mieux décrites, et l’on sait que plusieurs espèces sont particulières à la Chine. Il y a aussi des mollusques dont les coquilles ont été envoyées de ce pays et font connaître des espèces remarquables.
Les forêts du Boutan sont peuplées d’éléphants, de rhinocéros, de chevaux et surtout de singes; ces derniers animaux étant regardés comme sacrés, personne ne les détruit. Les moutons y fournissent une laine très-fine; leur taille ne dépasse pas celle de nos agneaux de cinq à six mois; ils portent le nom de poucik. Ils s’apprivoisent avec autant de facilité que le chien, et l’on voit de ces animaux herbivores venir ronger les os dépouillés par leurs maîtres. En liberté, ils savent trouver des herbes sur les rochers de granit qui paraissent le plus dépouillés de végétation. Gette race, qui se nourrit si facilement et qui fournit par an deux agneaux et deux fois de la laine, serait pour l'Europe une acquisition plus utile que celle des chèvres du même pays. Turner signale aussi le métis qui provient du yak et de la vache, et une variété de cheval sauvage, nommé kiang, qui ressemble plutôt à l'âne qu'au cheval, mais qui, aux oreilles près, a beaucoup de rapports avec l’antilope : il en a les yeux, l'élégance et la vivacité ; ses formes sont musculeuses et ses mouvements gracieux.
Le Thibet, malgré tous les désavantages de son climat et de son sol, abonde en
gibier et en animaux domestiques. Il a de nombreux troupeaux de bêtes à cornes d'une race particulière; telle que le yak que nous avons souvent nommé, et auquel la nature a donné un poil long et épais, et une queue singulièrement flottante et lustrée; c'est, dans tout le Levant, un article de luxe. Sa femelle s'appelle dhe. La nature a pourvu ces animaux d’épaisses toisons; ils sont très-sauvages; leur eri n’est qu'un faible mugissement, qu’ils font rarement entendre : ils vivent dans les contrées les plus froides, sur les montagnes en été et dans les vallées en hiver. C'est là la principale richesse des Thibétains. Le lait de la femelle est très-substantiel et se conserve en masse. Les autres quadrupèdes du pays sont l'ours, l’once, le lion, le chameau, Le daim musqué, la chèvre qui fournit le beau duvet avec lequel on fabrique les châles de kachemir, et les chevaux sauvages trop vifs pour être pris vivants et apprivoisés. Les moutons à grosse queue errent en nombreux troupeaux : on leur donne des soins particuliers. IL y a aussi une espèce de moutons à tête et à pieds noirs, qui paraît appartenir exclusivement au pays : plus petits que les autres, ils ont la laine très-fine et la chair très-délicate : on la mange crue, mais séchée à l'air froid, et assaisonnée avec de l'ail et des épices. La licorne, longtemps regardée comme un animal fabuleux, existe dans l'intérieur du pays : elle est sauvage.
La Khochotie abonde en gibier et en troupeaux.
Sur le versant occidental, dans la partie septentrionale du Mongolistan, on voit paître de nombreux troupeaux de chameaux, de chevaux vigoureux , de moutons, de chèvres, de bœufs et de buffles. Parmi les quadrupèdes sauvages on cite le sanolier, le cerf, l'ours, le loup, le lièvre, le renard et la plupart de nos autres animaux.
Au désert, la sécheresse de l'atmosphère et les vents continuels écartent les insectes qui harcellent ordinairement les bestiaux dans les pays boisés et dans les prairies; on n’y trouve ni cousins ni taons. Les loups, les lièvres y sont nombreux.
Dans la partie méridionale du Mongolistan, les animaux domestiques sont le cheval l'âne, le mulet et le chameau, le bœuf, le mouton et la chèvre; les Chinois élèvent seuls des cochons, parce que les Mongols s’abstiennent de la chair de cet animal. Ges derniers ne font pas non plus usage de poisson, mais ils engraissent de la volaille.
Dans la petite Boukharie, le règne animal est assez varié. Les montagnes et les steppes sont peuplés de chevaux sauvages, de chameaux, de bœufs vigoureux et féroces dont la chasse offre beaucoup de danger; car si le chasseur ne tue pas l'animal du premier coup de fusil, il risque d’être victime de sa fureur. Les serpents et les scorpions y sont fort communs, ainsi qu’une arachnide qui n’est pas moins dangereuse; sa piqüre est mortelle. Les montagnes sont le refuge d’un grand nombre de chacals aussi grands que des loups, et si redoutables que les tigres n’osent pas se montrer dans les lieux que fréquentent ces animaux. L'éducation des vers à soie est une des prineipales branches d'industrie. Le pays nourrit beaucoup d’argalis, moulons à grosse têle et à longues cornes tortillées. Les habitants ne mangent pas leur chair, mais emploient leur peau pour se garantir du froid.
Un produit animal qui joue un grand rôle dans la petite Boukharie, est le bézoard, que les habitants appellent yada-tach. C’est une concrétion solide qui varie de grosseur et de couleur, et que l’on trouve dans le corps des vaches, des chevaux et des cochons. Un habitant veut-il obtenir de la pluie, il attache le bézoard à une perche de saule qu'il pose dans de l’eau pure; désire-t-il du vent, il met le bézoard dans un petit sac qu’il attache à la queue de son cheval; enfin souhaite-t-il avoir un temps frais, il fixe le bézoard à sa ceinture. Cette foi en la vertu du bézoard est tellement répandue dans le pays, qu’il n’est pas un habitant qui se mette en voyage sans se munir d’une de ces concrétions animales; c’est la partie la plus essentielle du bagage.
La Dzoungarie est riche en animaux de différentes espèces, tels que des sangliers, des ours noirs et jaunes, des saïga (antilope scytica), des élans qui vont par troupes de cent ; un oiseau noir, de la grosseur d’une poule, qui, parce qu'il se perche toujours, pour dormir, sur la cime des arbres, a reçu le nom de poule des arbres, el dont, la chair est d’un goût exquis; enfin une espèce de corneille toute verte comme un perroquet ei dont les plumes servent à faire des écrans. Les rivières nourrissent un grand nombre de loutres et de castors que l’on va rarement troubler dans leurs industrieux travaux, et plusieurs grandes espèces de poissons. Les pâturages des bords de l'Ili sont célèbres dans l'empire pour la beauté des chevaux qu’on y élève. IL y a des chameaux en quantité, des yak, des chamois, des castors noirs et des cerfs, dont on envoie les queues en Chine.
Telles sont en général les richesses naturelles que possède l'empire chinois. La nomenclature que nous en avons donnée, tout incomplète qu’elle soit, suffit pour faire comprendre comment cet empire, à part toute raison politique, peut fort bien se passer de relations commerciales avec les autres États.
Esrèce Humaine. — À l'exception de quelques peuplades de race blanche, telles que les Tures de la petite Boukharie et de la Dzoûngarie et les Bodh du Thibet (type juif), ainsi que quelques tribus nègres qui se sont maintenues dans les montagnes de l'Himà-Laya, le reste, à peu près, des habitants de l'empire chinois appartient à la race jaune: Nous noterons plus loin les variétés de cette race selon les contrées où elles se trouvent.
Un habitant de Péking qui aurait reçu de l'Europe quelques charges du spirituel Dantan, et croirait d’après elles se former de nous une image fort exacte, serait dans la même erreur que les Européens qui jugent de la physionomie des Chinois d’après les figures grotesques sorties des manufactures de Canton, pour l’amusement des Barbares, comme ils disent,
Les Chinois sont en général de taille moyenne. On ne trouve parmi eux que très-peu d'hommes grands et encore moins de nains. Leur visage offre la saillie des pommettes et la direction oblique des yeux qui servent à caractériser la race jaune. (Ils nous appellent, par dérision, les hommes aux yeux de bœuf.) Leurs lèvres sont épaisses, leur nez peu saillant , leurs narines écartées et leur figure élargie dans son diamètre horizontal présente une sorte de lozange. Ils ont les cheveux noirs et luisants, les sourcils relevés à leur extrémité, et la barbe rare. Ils ressemblent singulièrement aux indigènes de l'Amérique du nord. La beauté consiste pour la femme à avoir le corps mince et frêle, et le visage tout-à-fait arrondi, et pour l’homme à être puissant non pas dans l’acception qui dénote une grande force musculaire, mais dans celle qui exprime la corpulence, l'obésité. Au reste, l’usage des boissons chaudes et l'habitude d’une vie sédentaire, disposent les hommes et les femmes d’un rang distingué à un embonpoint qui nese trouve nullement chez les gens du peuple. Les Chinois du midi ont les traits moins anguleux que ceux du nord. Leur teint est basané sous l'influence du climat des tropiques; mais dans les provinces septentrionales, il est aussi beau que celui des Espagnols et des Portugais; les femmes d’une condition aisée et qui ne s'exposent jamais à l’ardeur du soleil ont le teint aussi éclatant et orné de couleurs aussi vives que les femmes des parties centrales de l'Europe. On a remarqué qu’il n'existe pas d'hommes mieux faits et plus vigoureux que les coulis ou portefaix de Canton. Les Tan-Kia ou bateliers des côtes ressemblent d’une manière frappante aux Esquimaux d'Amérique.
Les Chinois ont envoyé des colonies dans toute la péninsule de Malacca, dans les iles de Sumatra, de Java et de Bornéo; dans celles qui sont à l'orient, Formose,. les
Lieou-Khieou; au Japon, en Corée, dans toute la Tartarie, à Taras, sur la route de la Transoxane, et jusqu’en Arménie. Plusieurs de ces colonies ont été conduites loin de leur patrie par la nécessité ou l’intérêt commercial , indépendamment de la volonté du gouvernement. D’autres ont porté dans les contrées lointaines les arts, la langue et les institutions de la Chine, qui a toujours été dans l’Asie orientale, ce que Rome était dans l'Occident, un centre de puissance, de lumières et de civilisation.
DIvisIONS POLITIQUES. — La division territoriale de la Chine propre a changé au renouvellement de chaque dynastie, et quelquefois sous un même règne. La division nouvelle telle qu’elle est suivie dans la Grande Géographie de la dynastie mandchoue, actuellement régnante, se compose de dix-huit provinces, plus une province tartare qui comprend toute la Mandchourie incorporée à l'empire. Chaque province, administrée par un gouverneur général, est partagée en départements (fou); ceux-ci en arrondissements (tchéou), et ces derniers en districts (hian). Il y a de plus un certain nombre d’arrondissements et de districts qui ne dépendent d’aucun département, mais qui relèvent immédiatement du gouvernement de la province; on les nomme tchi-li ou mouvances directes.
Les noms qui sont assignés à ces divisions sont pris, comme cela a lieu dans tout autre pays, les uns de particularités locales ou du voisinage de quelque montagne ou de quelque rivière; les autres, de circonstances historiques relatives aux contrées auxquelles on les applique. Tels sont Chen-Si (frontière occidentale), Chan-Si (occident montagneux), Yun-Nan (midi nuageux), Chun-Thian (obéissance du ciel), Ngan- Khing (joie tranquille), Si-Ngan (repos de l'occident), etc. On a pris mal à propos ces dénominations qualificatives pour des noms de villes.
Les villes chinoises n'ont pas de nom : on les désigne par le nom du département, de l'arrondissement ou du district dont elles sont le chef-lieu. On dit : la ville du département de Kouang-Toung (Canton); la ville du département de Kiang-Ning (Nan- King); la ville de l’arrondissement de Tchin-Si ( Barkoul), ete. Les anciennes dénominations en usage avant l'établissement de ce système d'administration, se sont perdues ou fondues dans les dénominations nouvelles.
La ville où réside actuellement la cour, chef-lieu du département de Chun-Thian, dans le Tchi-Li, n’a pas elle-même d’autre nom que King-Sse, la capitale. Lorsqu'il y a eu en Chine plusieurs dominations simultanées, ou que la cour a changé de résidence, on a donné aux diverses villes où elle s’établissait, des noms qui marquaient leur position relative : Pé-King, cour du nord; Nan-King, cour du midi; Toung-King, cour orientale, etc. Ces dénominations n’ont rien de spécial, et peuvent s'appliquer à toute autre ville que celles que les Européens ont coutume de désigner de cette manière.
Les pays tributaires de l'empire sont régis par leurs propres princes. Mais dans la plupart le gouvernement chinois entretient des officiers civils et des troupes. Réservant donc l'exposé des divisions territoriales des pays tributaires pour les articles qui seront consacrés à leur histoire, nous ne donnerons ici que celles de la Chine propre, d’après un extrait de la statistique publiée à Péking en 1895, par ordre de l'autorité.
Si nous classons les provinces par rapport aux châines de montagnes secondaires qui se détachent de la chaîne primordiale, en suivant leurs sinuosités jusqu’à l’océan Pacifique, nous obtenons quatre groupes principaux : le premier est la province tartare comprise entre les monts Hing-An au nord et la chaîne de Pétchan au sud, le second se trouve entre cette dernière chaîne et celle de Pé-Ling ; le troisième entre le Pé-Ling et le Nan-Ling, et le quatrième entre celui-ci, le royaume d’An-Nam et la mer Méridionale,
en hroum