‹ Mœurs, usages et costumes de tous les peuples du monde, d'après des documents and authentiques et les voyages des plus récentsChapitre 7 sur 78 · DE PROVINCES · texte numérisé non relu

DE PROVINCES

NOMBRE de DÉPARTEMENTS.

Ching-King *. 275,000? 2,000,000 ? Ut Ching-King (Moukden). 5)

Tchi-Li. 28,959 27,990,871 241,000 À Péking. 17 Chan-Si. 55,268 14,004,210 35,000 À Thaï-Youan. 19 1 Kan-Sou ?, 90,000 15,193,125 65,000 À! Lan-Tchéou. 15 Chen-Si. 64,008 10,207,256 39,000 À Si-Ngang. 12 Ho-Nan. 65,104 23,057,171 24,000 À Khaï-Foung. 13 Chan-Toung. 65,104 28,758,754 35,000 À Tsi-Nan. . 12 | Kiang-Sou *. 50,961 37,843,501 80,000 À Kiang-Ning (Nan-King).| 41 | Ssé-Tchouan. 166,800 21,455,678 85,000 Tching-Tou. 20 Koueï-Tchéou. 64,554 5,288,219 70,000 À Koueï-Yang. 14 | Hou-Nan fi. 60,000 18,652,507 95,000 { Tchang-Cha. 13 ) Hou-Pé, 84,770 27,570 ,098 55,000 {| Wou-Tchang. 11 Ngan-Hoeï. 42,000 54,168,059 72,000 À Ngan-King. 15 Kiang-Si. 36,000 30,426,999 60,000 À! Nan-Tchang. 14 Yun-Nan. 107,969 5,561,520 53,000 | Yun-Nan. 91 Kouang-Si. 78,250 7,315,895 59,000 À Koueï-Lin. 43 | Kouang-Toung °. 79,456 19,174,030 99,000 À Kouang-Toung (Canton).| 13 | Fou-Kiang ‘. 53,480 14,7717,410 76,000 À Fou-Tchéou. 12 | Tché-Kiang. 59,150 26,256,784 59,000 À! Hang-Tchéou. 12 1,261,8357 | 567,459,897 |1,220,000 257

Ainsi d’après les documents officiels chinois la population actuelle de l'empire serait de 367,459,897; c’est le tiers de celle du globe. Or la superficie étant de 1,261,833 milles

: Cette province tartare comprend les anciennes provinces de Liao-Toung, de Hé-Loung-Kiang et de Hing-King avec les cantons de Kirin et de Kinggouta et l’île de Tarrakaï.

? La province de Kan-Sou a été augmentée depuis peu des pays de Cha-Tchéou, de Barkoul et d’Ouroumtsi, au nord de la petite Boukharie.

* La province de Kiang-Sou et celle de Ngan-Hoeï étaient autrefois réunies en une seule, nommée Kiang-Nan.

â Les provinces de Hou-Nan et de Hou-Pé en formaient autrefois une seule sous le nom de Hou- Kouang.

.* L'ile de Haï-Nan dépend du Kouang-Toung.

$ L'ile Formose ou Thaï-Wan dépend du Fou-Kiang.

7Le mille équivaut à 1609 mètres, ou environ un tiers de lieue. Les lieues sont un peu plus petites que les nôtres. .

carrés, c'est-à-dire plus de huit fois plus étendue que celle de la France, on trouve environ 300 habitants par mille carré. La Belgique, la Hollande et l'Angleterre donnent à peu près le même rapport. Le cens de la population de l'empire chinois qui peut paraître exagéré aù premier abord, n’a donc réellement rien d'extraordinaire.

AUTHENTICITÉ DE L'HISTOIRE DE LA Guine. — Les dates des événements par lesquels s'est manifestée la civilisation occidentale, sont si contestées parmi nous pour les lemps anciens, nous remontons même avec si peu de certitude aux premiers temps de l'histoire des nations actuelles de l'Europe, que nous avons pris une certaine habitude d’incrédulité pour toute-espèce de chronologie historique; cetie incrédulité devient plus grande lorsqu'il s’agit d’une autre civilisation, en tête de laquelle est un empire dont on fait remonter l'existence jusqu'aux premiers âges de la rénovation du monde? Pour dissiper, s’il se peut, les doutes de nos lecteurs, nous exposerons ici en peu de mots les principaux éléments qui donnent à l’histoire de la Chine un haut degré d'authenticité.

L’humanité en était à une de ces époques solennelles où elle passe par les plus tristes épreuves de l'anarchie religieuse, morale et sociale. En Occident, Rome grandissait, qui devait frapper les nations et les confondre matériellement, tandis que la Providence faisait naître Pythagore, Socrate, Platon, comme pour protester contre la dissolution générale, et ramener les sentiments, les idées et les volontés à des principes plus conformes à la destination morale du genre humain. Alors aussi, dans l'Orient, non moins dissolu que l'Occident, apparaissent, vers la même époque, les philosophes chinois Lao-Tseu, Khoung-Fou-Tseu et Meng-Tseu, dont les doctrines sont semblables à celles des philosophes grecs. Le plus célèbre, celui dont les doctrines constituent la croyance du gouvernement et de la classe aisée dans l'empire, est Khoung-Fou-Tseu, dont le nom latinisé est devenu Confucius. Il naquit en lan. 551 avant notre ère.

Touché des malheurs de sa patrie dont la Source était dans l'oubli des RE et des mœurs des anciens temps, il se mit à étudier les grandes annales de l’empire; dont la rédaction était confiée depuis un Lemps immémorial au tribunal des Han-Lin, académie impériale, corps littéraire et politique tout à la fois, dont les attributions ont ainsi quelque analogie avec celles qu'on avait imaginé de donner à l'Institut de France, au moment de son premier établissement, Ces annales contepaient l'histoire ancienne, les vrais principes du gouvernement et les maximes fonda: mentales de la morale. IL entreprit de les faire revivre par ses leçons et ses travaux. C’est à lui que l’on doit la révision des King ou livres sacrés, et d’autres ouvrages également classiques ou canoniques. Nous ne parlerons ici que des cinq King de premier ordre et de deux autres de deuxième ordre.

L'Y-King, ou livre des changements, contient le texte des célèbres Koua, lignes

symboliques diversement combinées, par lesquelles on prétend que Fou-hi, fondateur de la monarchie, en l’an 3468 avant notre ère, a voulu représenter et transmettre la doctrine des anciens temps sur les diverses opérations de la nature, et sur les différents états de la vie humaine. Ce King est composé de trois commentaires, dont deux sont du xne siècle avant Jésus-Christ; l’autre est de Confucius qui faisait ses délices de la lecture de cet ouvrage.

Le Chou-King, ou livre des annales, est un extrait des grandes annales de l'empire. C'est le plus précieux, le plus beau et le plus révéré de tous les anciens monuments écrits, connus à la Chine. Il commence à l’empereur Yao, qui monta sur le trône l'an 2557, et il finit à l'an 624 avant notre ère. On s'accorde à croire que Confucius, dans: l'extrait qu'il a fait des annales de chaque dynastie, a transcrit littéralement et copié mot pour mot les propres paroles des grands hommes dont il rappelle le souvenir; et les plus habiles critiques chinois ne doutent point, d’après une tradilion constante, que les deux premiers chapitre, n'aient élé écrits sous les règnes mêmes d'Yao et de Chun, son successeur. « Le Chou-King, dit le P. Cibot, l'un des plus savants missionnaires en Chine, à élé attaqué, examiné, critiqué, depuis sa restauration, avec un appareil d’érudition , une subtilité de métaphysique et une chaleur de dispute , comparables aux fureurs qu'ont montrées les impies contre nos livres saints. La politique , l’idolâtrie, la superstition, le bel esprit, l’entêtement des syslèmes , se sont succédé tour à tour pour en attaquer l'authenticité : leurs efforts ontété inutiles; et quoique le Ghou-King soit la condamnation de toutes les erreurs superstitieuses de la Chine, il a triomphé... Le siyle de ce livre canonique est un style à part, simple, éloquent, laconique; il touche partout au sublime. Il ne faut pas vouloir y trouver un plan suivi el analysé : un chapitre ne tient pas à un autre, et tous ensemble ne présentent qu’une suite d'extraits décousus et délachés les uns des autres. Les faits que raconte le Chou-King, la doctrine, la morale, la politique et la belle philosophie qu’il enseigne, en font tout le mérite. Autant les Platon et les Aristote mettent d'apprêts et de tournure dans leurs maximes, autant ils s’échafaudent pour soutenir leurs principes, autant le Chou-King est simple et naturel. La vévité n'y a point d’aurore; elle parait d'abord avec toute sa lumière, L'éloquence des discours du Chou-King est une éloquence de profondeur, d'énergie et d’évidence. Aussi porte-t-elle la conviction jusqu'au fond de l’âme, et semble moins montrer le vrai, que le faire jaillir du fond du cœur. »

Le Chi-King, ou livre des vers, contient 311 pièces de poésie ancienne, tirées d’une collection bien plus considérable qui se trouvait dans la bibliothèque impériale de la dynastie des Tchéou de l'an 1134 avant Jésus-Christ; quelques-unes de ces pièces sont de la dynastie des Chang qui date de l'an 4785 avant cette époque. Toutes ces pièces sont, comme on l’assure, d’une poésie si belle, si riche, si harmonieuse; les peintures des mœurs y sont si naïves et si vraies, et le ton simple et sublime de l'antiquité s’y fait tellement sentir, que ces caractères seuls sufliraient pour les faire juger du temps auquel on les rapporte, d'autant plus que les siècles suivants n'ont rien produit qu'on puisse leur comparer. Les poésies du Chi-King, au rapport de plusieurs missionnaires, peuvent soutenir le parallèle avec les plus beaux morceaux de Pindare et d'Horace, et elles ne le eèdent qu’au seul livre des psaumes pour l'élévation des idées et la magnificence des expressions, lorsqu'elles célèbrent les grandeurs de la Divinité et les soins de sa Providence,

Le Li-Ki, ou mémorial des cérémonies, renferme ce qu’on connait de plus ancien en fait de rites, et présente une foule de fragments précieux sur les lois, les usages, les cérémonies, les maximes des premiers temps; cependant il n’est point placé

au nombre des livres canoniques, et Confucius ne l’a point donné lui-même tel qu’il existe.

Le Tehun-Thsieou, ou le printemps et l'automne, c’est-à-dire les annales, contient une partie des annales de la province de Lou, patrie du philosophe, aujourd’hui la province de Chan-Toung. Le style de cet ouvrage est extrêmement serré, vif, énergique, pittoresque et mordant; il passe pour le chef-d'œuvre de Confucius, et il est celui que se proposent pour modèle tous les historiens chinois. L'auteur y fait également mention des éclipses de soleil arrivées et observées dans sa patrie pendant 242 ans : la plupart de ces éclipses, au nombre de 35, ont été vérifiées par des astronomes Européens et reconnues comme ayant été exactement indiquées.

Il y a encore d’autres King qui sont attribués à Confucius, mais qui sont placés parmi les livres canoniques de deuxième ordre, parce qu’ils ne contiennent que la doctrine des premiers, exposée seulement avec plus d'ordre et de clarté et réduite à des principes purement logiques. Tels sont le Hiao-King ou livre de l'Obéissance ou de la Piété filiale, et le Ta-Hio ou la Grande Étude, qui fait partie d'une collection nommée Sse-Chou ou les quatre livres par excellence.

Le livre de la Piété filiale renferme la doctrine sur laquelle l’auteur, lapôtre le plus zélé et le plus éloquent de cette vertu, fait reposer la stabilité des empires et le bonheur des sociétés.

La Grande Étude est'un des livres les plus révérés des Chinoïs. Tel qu'il est, dit M. Pauthier, qui en a publié la traduction, c’est peut-être, sous le rapport de l’art de raisonner, le plus précieux de tous les écrits de l’ancien philosophe chinois, parce qu’il offre au plus haut degré l'emploi d’une méthode logique qui décèle dans celui qui en fait usage, sinon la connaissance des procédés syllogistiques les plus profonds, enseignés et mis en usage par les philosophes indiens et grecs, au moins le progrès d’une philosophie qui n’est plus bornée à l'expression aphoristique des idées morales, mais qui est déjà passée à l’état scientifique. Les grands principes de philosophie pratique qui sont exposés dans cet ouvrage, importent trop à l'intelligence des mœurs de la nation pour que nous n’en présentions pas ici l'analyse.

Dans les trois premiers paragraphes, le philosophe chinois commence par établir que, dès que l'esprit de l’homme a acquis assez de maturité, il doit se livrer à l'étude des devoirs qui lui sont imposés dans les différentes conditions de la vie; ces devoirs, dans leur plus haute généralité, se réduisent à trois : 4° donner le plus grand développement possible à la faculté morale intelligente qui est en nous, et qui reste à l’état de germe, ou obscurcie par les passions, si nous ne la cultivons pas sans cesse, si nous ne lui faisons pas produire ses effets naturels; 2 renouveler le peuple, c’està-dire l’éclairer, l’instruire, lui faire part des vérités morales que la culture que nous avons pu faire de notre intelligence nous a fait connaître, et que sa condition de peine et de misère ne lui permet pas de chercher à découvrir par lui-même, le civiliser, le rendre moral enfin; 3° placer sa destination définitive dans le souverain bien, c'est-à-dire, dans la perfection à laquelle il est donné à l’homme d'atteindre dans les différentes conditions de la vie. ,

L'établissement de ces trois premières propositions peut appartenir à toute morale dogmatique; mais le développement que le philosophe leur donne ne peut appartenir qu’à la morale scientifique d’une conception plus élevée. Dans le second paragraphe il enseigne par quelle série d'opérations de l'esprit on peut parvenir à cet état de perfection scientifique, qui permet seul d’atteindre à l’accomplissement des trois grands devoirs prescrits dans le premier paragraphe. Il en résulte que la morale est une haute et difficile science; et cette science consiste (paragraphe 5) à savoir connaître et dis-

tinguer les causes et les effets, les principes et les conséquences, parce que tout est lié dans la nature, que tout se produit d’après des lois constantes, immuables; et que ces lois, observées et reconnues facilement dans l’ordre physique, peuvent aussi ètre observées et reconnues dans l’ordre moral. C’est donc dans la connaissance parfaite des lois du cœur de l’homme et des mobiles de ses actions, que le philosophe chinois place la véritable et haute science morale qui peut enseigner à l’homme les devoirs qu’il est dans l'obligation d'accomplir pour atteindre à sa destination définitive.

Les deux paragraphes qui suivent (4 et 5), et dans lesquels le philosophe remonte des effets aux causes et descend des causes aux effets, offrent deux exemples frappants d'analyse et de synthèse, les plus puissants instruments de toute science véritable. Les deux séries de sorites ou syllogismes tronqués qui les composent, embrassent toutes Les conditions et les transformations par lesquelles le sage doit passer pour atteindre à sa destination définitive, depuis la simple pratique de la vertu, jusqu’au gouvernement d’un empire, qui doit être la pratique et l'expression de la plus haute comme de la plus complète science morale. Les lettrés, dit un écrivain chinois, regardent ce paragraphe comme un précis sublime de tout ce que la philosophie, la politique et la morale ont de plus lumineux et de plus indubitable.

Confucius termine ( paragraphes 6 et 7) en résumant toute sa doctrine dans un grand principe auquel tous les autres se rattachent, et dont ils découlent comme de leur source naturelle : le perfectionnement de soi-même. Ce principe fondamental, le philosophe chinois le déclare obligatoire pour tous les hommes : depuis celui qui est le plus élevé et le plus puissant jusqu’au plus obscur et au plus faible, et il déclare que négliger ce grand devoir, c’est se mettre dans l'impossibilité d'arriver à aucun autre perfectionnement moral.

Il est évident que le but du philosophe chinois est d’enseigner les devoirs du gouvernement politique, comme ceux du perfectionnement de soi-même, et de la pratique de la vertu par tous les hommes; il se sentait une mission plus haute que celle dont se sont contentés la plupart des philosophes anciens et modernes, et son immense amour de l'humanité (Jin) qui dominait tous ses autres sentiments, a fait de sa philosophie un système presque complet de perfectionnement social, qui forme la base de l’empire chinois. Nous ne lui connaissons de réellement supérieur que l'Évangile, qui, dans nos convictions profondes, est Le seul type de la civilisation, c'est-à-dire du bien, du vrai et du beau à réaliser dans l'humanité.

Quand, sur la fin de sa vie, Confucius eut terminé ces ouvrages, il assembla ceux de ses disciples qui lui étaient le plus attachés , et sur lesquels il comptait le plus pour répandre sa doctrine après sa mort, et les ayant conduits au pied de l’un de ces anciens tertres où l’on avait construit un pavillon, il leur recommanda de dresser un autel. Sur cet autel il déposa les cinq King; puis, se mettant à genoux, le visage tourné du côté du nord, il adora le ciel, et le remercia avec les sentiments de la plus sincère reconnaissance du bienfait qu’il lui avait accordé en prolongeant le cours de sa vie autant de temps qu'il lui en fallait pour remplir l'objet qui seul lui faisait désirer de vivre. IL mourut peu de temps après, dans la 75° année de son âge, la neuvième avant la naissance de Socrate.

Rien de plus révéré que ces anciens monuments dus à leurs premiers sages; ils sont les dépositaires d’une partie de leur histoire, de leur religion, de leurs lois, de leurs maximes de gouvernement, de la morale publique et particulière ; leur autorité consacrée par une longue série de siècles est regardée comme irréfragable. Ces livres sont pour les Chinois absolument ce que sont la Bible pour les juifs, les lois de Manou

pour les Indiens, le Coran pour les mahométans, l'Évangile pour les chrétiens : un moule d’airain qui donne à la civilisation et au développement d’un peuple uné empreinte, un caractère ineffaçable.

L'an 213 avant notre ère, l'empereur Thsin-Chi-Hoang-Ti, qui était parvenu à réduire à l'unité politique l'empire chinois, depuis longtemps partagé entre les princes du sang et des généraux supérieurs, comme dans le régime féodal de l'Europe, avait indisposé contre lui tous ces petits souverains. Ceux-ci invoquèrent les souvenirs du passé; et l’empereur, pour en finir, ordonna, sur l'avis de son premier ministre, l'incendie général des livres historiques sur lesquels ils fondaient leurs réclamations : l'ordre fut exécuté. Mais, 25 ans après, le décret de proscription fut révoqué, et on reconnut qu'il n'avait pas été aussi fatal qu’on avait pu le craindre : un grand : nombre de ces monuments avaient échappé à la destruction, entre autres tous les King.

Pour donner une idée de la religieuse fidélité des Chinois à conserver la pureté des anciens livres, nous rappellerons ce que dit M. Abel-Rémusat des deux exemplaires du Hiao-King, que l’on retrouva à cette époque. ç Il y a entre les deux textes des différences qui portent sur la division des chapitres, sur la forme de plusieurs caractères, sur le sens de quelques passages; mais on ne doit pas s’exagérer l'importance de ces variantes, qui ne changent rien d’essentiel au livre de l’Obéissance filiale, et l’on ne doit pas croire surtout qu'elles puissent fournir des armes aux détracteurs de l'antiquité chinoise, lesquels voudraient faire passer l'incendie des livres comme un événement qui aurait entièrement détruit les anciens monuments littéraires, dont on n'aurait ensuite retrouvé que des copies informes et dépourvues d'authenticité. » Il ajoute: « nous avons fait avec soin la collation des deux textes du livre de l'Obéissance filiale, et il nous paraît que l'accord qu'on y observe presque partout, et même les légères différences qu’on y remarque, loin d'ébranler la confiance qu’on doit à la pureté des livres de Confucius, sont au contraire un exemple de l'attention extrême et des soins particuliers que les Chinois ont apportés dans tous les temps à conserver intacts les textes de leurs auteurs classiques; ce qui a permis de les rétablir après l’incendie, et ce qui doit mettre leur autorité à l'abri de toute discussion. »

Dès l’an 140 avant Jésus-Christ, le premier historiographe de l'empire, Ssé-Ma-Than, fut chargé de rassembler et de remettre en ordre tous les livres historiques. Son fils Ssé- Ma-Thsian, qu’on a surnommé le Père de l’histoire et l’Hérodote de la Chine, composa le grand ouvrage auquel il donna le simple titre de Ssé-Ki, ou Mémoires historiques. Il contient cent trente livres, distribués en cinq parties.

La première partie, intitulée Chronique impériale, comprend douze livres : elle est consacrée au récit des actions des souverains et des événements qui ont eu l'empire pour théâtre. Les faits sont disposés chronologiquement et rapportés aux dates qui leur appartiennent. L’auleur a commencé son récit au règne de Hoang-Ti, et il le termine au règne de Hiao-Wou, de la dynastie des Han, à une année qui fut remarquable par la découverte d’une de ces licornes merveilleusés, de l'apparition desquelles les Chinois tirent les plus heureux présages. Celte année est la 122e de l'ère chrétienne. Les deux derniers livres de celte partie ont élé perdus et suppléés par des additions de Tchou-Chao-Sun.

La seconde partie, qui porte le titre de Canons ou Tableaux chronologiques, est composée de dix livres, et ne contient que des tables, dont la forme ressemble beaucoup à celle de nos Atlas historiques. Chaque année occupe la colonne verticale, qui est subdivisée en autant de cases qu'il y a d'États feudataires, ou de grandes charges dont on fait connaître les titulaires. On a perdu le dernier livre, qui renfermait la table des

grands vassaux de la dynastie des Han. Le même Tchou-Chao-Sun se chargea de rèmplir cette lacune.

La troisième partie, en huit livres, porte le titre de Pa-Chou (les huit branches des sciences.) L'auteur y traite succéssivement de ce qui a rapport aux notes, à la musique, aux tons considérés comme types des mesures de longueur , à la division du temps; à l'astronomie (en y comprenant l'uranographie et l'astrologie) aux cérémonies religieuses, aux rivières et canaux, et aux poids et mesures. Ssé-Ma-Thsian y traite, en autant de dissertations séparées, de toutes les variations qu'ont éprouvées ces divers objets, durant les vingt-deux siècles dont son ouvräge embrassé l’histoire. Quatre livres relatifs aux arts, à la musique, aux tons, et un calendrier, ont élé perdus et remplacés par des traités de Tchou-Ghao-Sun sur les mêmes sujets.

La quatrième partie, formée de trente livres, renferme l’histoire généalogique de toutes les familles qui ont possédé quelque territoire, depuis les grands vassaux de la dynastie des Tchéou jusqu'aux simples ministres ou généraux de la dynastie des Han. On y a, par exception, admis la maison de Confucius, à raison de la grande célébrité de ce philosophe. Le dernier livre de cette partie a été perdu ét remplacé comme les autres.

Enfin, la cinquième et dernière partie, composée de soixante et dix livres, est consacrée à dés Mémoires sur la géographie étrangère, et à des articles de biographie plus ou moins élendus, sur tous les hommes qui se sont fait un nom dans les diverses parties des sciences où de l'administration. L'auteur la termine par une histoire abrégée de sa propre famille; et c’est là qu’il rend compte des travaux de son père et des siéñs, dans la composition de l’ouvrage auquel cette notice tient lieu d’épilogue. Les livres trente-huitième à soixante-huitième de cette cinquième partie ont été perdus.

Tel est en peu de mots le plan du monument érigé par Sse-Ma-Thsian. L'ordre qu'on y admire est un des moindres mérites. La multitude des faits qui ÿ ont trouvé place, la manière toujours nette et vive dont ils y sont présentés, la simplicité constante et la noblesse soutenue du style, suffisent pour justifier la haute estime dont jouit cet ouvrabe. Tous les critiques n’ont qu'une voix pour reconnaitre que le Sse-Ki est un ouvrage de génie.

La distribution des matières telle que Sse-Ma-Thsian l’a établie pour son See-Ki, a, depuis, servi de modèle à tous ceux qui ont travaillé aux différentes branches de l'histoire authentique, ou, comme on les appelle, les grandes annales de l'empire, et dontles ouvrages réunis forment le vaste corps historique connu sous la dénomination des vingt-deux histoires.

L'une de ces histoires a pour titre Wen-Hian-Thoung-Khao, ou Recherche approfondie des anciens monuments. Elle commence à l'empereur Yao et se termine à l'an 1224 de notre èré. Son auteur Ma-Touan-Lin naquit vers le milieu de ce xme siècle. On ne saurait mieux, dit M. Abel-Rémusat, comparer la Recherche approfondie qu'avec les Mémoires de l'Acädémié des inscriptions; mais où y trouve de plus ün arrangement et une méthode que ne comporte pas la nature de nos collections académiques. Cet ouvrage se compose de trois cent quarante-huit livres distribués en cent volumes. A la tête du premier volume, on trouve une préface suivie de vingt-quatre dissertations qui répondent à autant dé divisions ou de sections dans le corps même de l'ouvrage. Voici l'ordre et les titres de ces sections.

Prémièré spcmon. Du partage des terres, ét de leur produit sous les différentes dynasties, sept livres,

Deuxième secTion. Des monnaies, soit métalliques, soit ficlives; des papiers-monhaies, etc., deux livres,

Trorsième secriON. De la population et de ses variations, deux livres.

Quarrième secriON. De l’administration, deux livres.

Cinquième secrion. Des péages et des douanes, et en général de tous les droits qu'on perçoit pour les lacs et étangs poissonneux, les plantations de thé, les salines, les mines et les usines, ainsi qu'aux barrières, aux foires, etc., six livres.

SIxIÈME SECTION. Du commerce et des échanges, deux livres.

SePriÈME SECTION. Des impositions territoriales, ou tributs sur’les Lerres, un livre.

HuITIÈME SECTION. Des dépenses de l'État, cinq livres.

NEuviÈME sEcriON. De l'élévation aux charges, et du rang des magistrats, douze livres.

Drxième sEcrion. Des études et des examens des lettrés, sept livres.

Onzième SECTION. Des fonctions des magistrats, vingt et un livres.

Douzième secrion. Des sacrifices, vingt-trois livres.

TREIZIÈME SECTION. Des temples des ancêtres, quinze livres.

QuaTorziÈME secTION. Du cérémonial de la cour, vingt-deux livres.

Quinzième secrion. De la musique, quinze livres.

SEIZIÈME SECTION. De la guerre, treize livres.

Dix-seprTiÈème secrTiON. Des châtiments et des supplices, douze livres.

Dix-nurrième secrion. Des livres classiques et autres, soixante etseizelivres. L’étendue : de cette section vient de ce qu’on y a fait entrer l’analyse d’une foule de traités curieux sur toutes sortes de sujets, et d’ouvrages de toutes les sectes : c’est une véritable histoire littéraire.

Dix-NEUvVIÈME SECTION. De la chronologie des empereurs, et de la généalogie des familles qui ont possédé le trône, dix livres.

VinGrième secrion. Des principautés tributaires et des fiefs érigés sous les différentes dynasties, dix-huit livres.

VINGT ET UNIÈME SECTION. Des corps célestes et de leurs accidents, comme les éclipses, les conjonctions, etc., dix-sept livres.

VINGT-DEUXIÈME SECTION. Des prodiges et calamités, comme les in0Nd AO les incendies, les tremblements de terre, les aérolithes, les pluies de sauterelles, etc., vingt livres.

VINGT-TROISIÈME SECTION. De la géographie de la Chine, et de toutes les divisions de l'empire, aux diverses époques de la monarchie, neuf livres.

VINGT-QUATRIÈME ET DERNIÈRE SECTION. De la géographie étrangère, et de tous les peuples qui ont été connus des Chinois, vingt-cinq livres.

La lecture des titres de ces livres est seule un objet d'admiration et inspire le plus vif intérêt. M. Abel-Rémusat, à qui nous empruntons cette notice, ajoute que l’arrangement des matières n’est pas le seul auquel l’auteur se soit attaché, et qu’en toute chose il ne suit pas avec moins de rigueur l’ordre des temps; de sorte qu'on est certain de trouver, sous chaque matière, les faits qui y sont relatifs, disposés chronologiquement, suivant l’ordre des dynasties et des règnes, année par année et jour par Jour. On ne peut se lasser d’admirer l’immensité des recherches qu’il a fallu faire pour recueillir tous ces matériaux, la sagacité que l’auteur a mise à les classer, la clarté et la précision avec lesquelles il a su présenter cette multitude d’objets dans Lout leur jour. On peut dire que cet excellent ouvrage vaut à lui seul toute une bibliothèque, et que, quand la littérature chinoise n’en offrirait pas d'autre, il mériterait qu'on apprit le chinois pour le lire. Ce n’est pas la Chine seule qu’on apprendrait à bien connaître, mais une très-grande partie de l'Asie, sous les rapports les plus importants, et dans tout ce qui est relatif aux religions, à la législation, à l'économie

rurale et politique, au commerce, à l’agriculture, à l'histoire naturelle, à l’histoire, à la géographie physique et à l’ethnographie. On n’a qu'à choisir le sujet qu’on veut étudier, et traduire ce qu’en dit Ma-Touan-Lin. Tous les faits sont rapportés et classés, toutes les sources indiquées, toutes les autorités citées et discutées. Ce sont autant de dissertations toutes faites qu’il suffit de faire passer dans nos langues européennes, et avec lesquelles on peut s’épargner bien des recherches et se donner, si l’on veut, un grand air d'érudition. Nos plus habiles missionnaires s’en sont servis abondamment; de sorte qu'à vrai dire, c’est à ce lettré seul qu’on doit rapporter l'origine de la plupart des connaissances positives qu’on possède en Europe sur l'antiquité chinoise; et l'on ne saurait trop regretter qu’au lieu de tant de recherches mal dirigées, entreprises par des écrivains malhabiles, de tant de compilations où les notions les plus oiseuses sont répétées jusqu’à satiété, de tant de relations insignifiantes, telles que sont la plupart de celles qui ont la Chine pour objet, on ne se soit pas encore occupé d'exploiter cette mine précieuse, où toutes les questions pouvant concerner l'Asie orientale trouveraient les réponses les plus satisfaisantes. On a fait en Chine un Supplément qui pousse jusqu’à nos jours les différentes parties dont se compose la Recherche approfondie. I] faut avouer qu'il n’y a pas de nation au monde qui possède des monuments aussi considérables que ceux-là.

Les éléments chronologiques employés par les Chinois sont très-simples et trèsréguliers : ce sont 4° l’année civile ou équinoxiale, composée de trois cent soixante-cinq jours sidéraux et un quart, reconnue et suivie en Chine dès la plus haute antiquité, comme nous le verrons ci-après, et qui correspond parfaitement à notre année julienne; 2e le cycle de soixante années, dont les séries se suivent depuis la 61e année du règne de Houang-Ti, ou 2637 ans avant Jésus-Christ, sans interruption, et avec autant de Tégularité que les siècles dans les computs européens. Les 60 premières années de cet empereur, ou la valeur d’un cycle, ont été laissées dans les temps douteux. Il n'y a pas de chronologie qui offre autant de certitude pour un aussi long espace de temps.

L'an 4767 de notre ère, l’illustre empereur Khien-Loung, dont Voltaire célébra la muse poétique, fit imprimer dans son palais la Table chronologique officielle de l'empire, après lui avoir fait subir l’examen critique du tribunal des Han-Lin et de tous les corps littéraires de la capitale, afin qu’elle servit désormais de règle aux historiens et aux autres écrivains publics. Cette table fut envoyée de Péking à Paris, en 1769, par le P. Amiot, avec la traduction dont nous nous servirons pour la partie historique.

Aujourd'hui que plusieurs de ces ouvrages ont été éludiés, traduits ou analysés par nos missionnaires chrétiens et par des hommes tels que les Klaproth, les Abel Rémusat, les Julien, les Pauthier, si versés dans la langue et la littérature chinoises, il faut avouer qu'après la sanction qu’ils ont donnée à l'authenticité des monuments historiques élevés par une nation éclairée, nombreuse et n'ayant pas nos préjugés, il est difficile de croire qu'il se rencontre encore en Europe des personnes qui soient tentées de leur refuser la confiance qu’ils méritent.

Pour dissiper jusqu’au moindre doute à ce sujet, nous rapporterons les paroles du P: Amiot, juge aussi impartial qu'éclairé de la littérature, de l’histoire et des monuments des anciens Chinois; il dit :

« 49 Que les annales chinoises sont préférables aux monuments historiques de toutes les autres nations, parce qu’elles sont les plus dépouillées de fables, les plus anciennes, les plus suivies, les plus abondantes en faits;

*» 2 Qu’elles méritent toute notre confiance, parce qu’elles ont des époques démontrées par des observations astronomiques, jointes aux monuments de toutes Les espèces dont ces annales abondent, se servent réciproquement de preuves, s’étayent mutuelle-

ment et concourent ensemble pour constater la bonne foi des écrivains qui les ont

transmises jusqu’à nous;

» 39 Qu’elles sont dignes de l'attention de tous les savants, parce qu'elles peuvent les aider à remonter sûrement jusqu'aux premiers siècles du renouvellement du monde, en leur fournissant pour cela les secours nécessaires et les guides qui peuvent les y conduire; tels sont les cycles sexagénaires, rangés tout nouvellement en ri-cycles, dont

l'époque radicale est la 2657° année avant l’ère chrétienne, 61° du règne de Houang-

Ti; les généalogies des premiers souverains, généalogies qui portent avec elles l’empreinte de la vérité dans les petites lacunes qui s’y trouvént, et qu'on n’a osé remplir, quoiqu'il eùt été très-facile de le faire si l’on avait voulu y ajouter du sien; les tables chronologiques qui marquent avec exactitude la succession non interrompue de tous les empereurs qui ont régné pendant plus de 4000 ans;

» 40 Enfin, que ces annales sont elles-mêmes l'ouvrage de littérature le plus authentique qui soit dans l'univers, parce qu’il n’y en a point dans tout l’univers qui äit été travaillé pendant l’espace de près de dix-huit siècles, qui ait élé revu, corrigé et augmenté, à mesure que l’on faisait de nouvelles découvertes, par un si grand nombre de savants réunis, autorisés, pourvus de tous les secours possibles. »

L'histoire de la Chine offre donc tous les caractères de certitude que la critique historique a lé droit d'exiger.

Elle se divise comme celle de toute autre nation, en temps anté-historiques, semihistoriques et historiques.

TEmPs ANTÉ-HISTORIQUES. Le Livre sacré des Annales rapporte qu'avant tous les temps il a existé un premier homme nommé Pan-Kou, surnommé Hoën-Tun (chaos primordial) et Yu-Tchi (ordonnateur du monde). Les actions qui lui sont attribuées font penser que c’est le même personnage que le Manou des Indiens.

Après lui, commencent trois grands règnes : celui du ciel Thian-Hoang, celui de la terre Chi-Hoang, et celui de l'homme Jin-Hoang; viennent ensuite dix périodes de temps pendant lesquelles règnent un grand nombre de personnages à la face d’homme et au corps de serpent. Au fond de toutes ces fables que l’on cherche à expliquer par des raisons tirées de l'astronomie, on reconnaît une altération des traditions primitives sur l’origine des choses, origine si divinement formulée dans la Genèse, que le progrès des sciences modernes vient chaque jour révéler la vérité des faits que Moïse y a consignés,

Toutes ces traditions, semblables chez tous les peuples, quelque altérées qu’elles soient pour la plupart, nous reportent nécessairement vers un seul foyer primitif autour duquel se trouva un jour rassemblée la grande famille humaine; et alors, au lieu d'attribuer, comme on le fait ordinairement, à des emprunts réciproques, à l’ignorance ou à la vanité nationale, la prétention de chaque peuple à la plus haute antiquité, il serait peut-être plus raisonnable de n'y voir qu’un témoignage commun, im-. mense et mystérieux souvenir d’une ancienne parité de situation et de condition, dans une même unité de temps, d'espace et de famille ou de société.

Où était situé ce foyer primitif autour duquel se trouvèrent concentrées les familles des enfants de Noé, selon les diverses nations qui en sont sorties?

C'est une de ces hautes questions qui intéressent vivement l’histoire de l’homme, et dont l’auteur de cet ouvrage s’est spécialement occupé. Lorsqu'on aborde l’histoire d'un peuple dont l'existence en corps de nation touche de si près au renouvellement du monde, on est bien forcé de dire un mot sur cette question.

Quand l'Europe chrétienne, qui sortait à peine de la barbarie, sut positivement qu'il existait à l'Orient un grand empire dont la civilisation remontait à la plus haute anti-

quité, elle voulut tout expliquer. De là une infinité de suppositions. Il en est une pourtant qui semble, pour ainsi dire, se trouver contrôlée par les annales de cet empire; mais qu’à cette époque il était impossible d’entourer de témoignages aussi précis que ceux que nous fournissent aujourd’hui les patientes recherches de l’ethnographie et de la linguistique : c’est celle qui pose en fait que Moïse, par le mont Ararat, ne désigne aucune montagne particulière, mais seulement la plus haute du globe; que l'arche sainte s'arrêla par conséquent sur l’une des montagnes de l’Asie intérieure, où prennent naissance de grands fleuves correspondant à ceux qui sont mentionnés dans l'Écriture sainte; que c’est dans ces hautes régions que Noé et sa famille s’établirent après la catastrophe qui venait de renouveler la terre, et que, tandis qu’une partie de leurs descendants, commençant leurs courses aventureuses vers l’ouest, allaient se fixer dans les plaines de la Mésopotamie, Noé conduisit un petit nombre de familles d'élite à l'est dans les plaines de la Chine, où il leur donna des lois et les instruisit dans toutes les branches du savoir qu’il tenait de ses ancêtres antédiluviens.

Pourquoi ne serait-ce point ce double mouvement d’émigration en sens contraire à partir d’un même point géographique que rappelleraient les livres sacrés de l'Orient et ceux de l'Occident? En effet, si on lit au deuxième verset du xr° chapitre de la Genèse : Et comme ces peuples étaient partis de l'Orient, ayant trouvé une campagne dans le pays de Sennaar, ils y habitèrent; on lit aussi dans le Chou-King que cent familles ou tribus, Pé-Sing, arrivant du nord-ouest sur le territoire de la Chine, refoulèrent dans les montagnes les Y (porteurs des grands ares) ou Miao-Tseu (fils des champs iueultes), tribus thibétaines qui étaient arrivées avant eux, et s’y établirent en leur place. N’est-il pas fort étrange que ces Miao-Tseu, qui se peignaient le corps comme les anciens Scandinaves, et qui paraissent être d’origine slave ou germanique, se soient maintenues jusqu'aujourd’hui indépendantes dans les montagnes des provinces de Kouéï-Tchéou et de Kouang-Si , au cœur même de l'empire chinois!

Ces cent familles formèrent le noyau de la nation chinoise. IL n’y a même encore à présent que quatre ou cinq cents noms de famille répandus dans tout l'empire, et les personnes qui portent un même nom de famille sont si bien considérées comme issues d'une même tribu, que la loi s'oppose à toute alliance entre elles.

De savants et judicieux critiques ont même établi avec un assez haut degré de probabilité pour des temps si reculés, que Fou-Hi (le pasteur juste), conducteur de cette colénie, est le même personnage que Noé (le juste). En admettant même que Noé et Fou-Hi soient des personnages allégoriques , cela n’infirmerait en rien la validité de ce témoignage du double mouvement, en sens opposé, de deux grandes fractions du genre humain : révélé par les livres sacrés, il est confirmé par la philosophie de l'his- Loire, qui désormais revient manifestement par la raison à la foi chrétienne.

Or, le point commun de la séparation primitive serait en effet les hautes régions du Thibet, où, comme nous l'avons dit précédemment, s'élève le Kuen-Lun aux cimes resplendissantes, l’olympe des divinités de la race jaune, le berceau des cent familles el celui des plus anciens importateurs des sciences et des arts en Chine, lieux toujours vénérés, toujours entourés des plus pieux souvenirs de la nation. C'est dans cette contrée, vers le mont Djavalagiri, que les Hindous placent leur mystérieux Sou-Mérou, le beau milieu, qui est aussi le berceau de leurs dieux, de leur race, de leurs sciences et de leurs arts. Là, autour du Tchamalari, convergent également les souvenirs confus de toutes Les tribus de la race nègre.

Il est bien d’autres preuves qui concourent à élever ce fait à un degré de probabilité qui tient de la certitude historique; mais nous ne pouvons les rapporter ici, notre cadre est trop restreint. Ce point de départ étant admis, une lumière immense, inat-

tendue, éclaire le mouvement général de la première dispersion des peuples, et se reflète sur leurs traditions communes, sur l’origine de toutes les nations, et sur une foule de phénomènes d’ethnographie et de linguistique jusqu'ici enveloppés d’une profonde obscurité. Nous nous bornerons à indiquer les grandes lignes d'irradiation à partir de ce centre primitif.

La race nègre se divisa en deux branches. La première, suivant le développement de la chaîne primordiale, abandonna les Doms dans l’'Himä-Laya et prit à revers toute la péninsule hindoustanique; elle longea ensuite les côtes méridionales de la Perse et de l'Arabie, et laissa encore sur ces côtes quelques tribus qui y furent anciennement connues sous le nom d’Éthiopiens orientaux, et dont quelques familles y subsistent encore aujourd’hui; le reste, poussant à l’ouest, traversa l’isthme dont la rupture forma le détroit de Bab-El-Mandeb, et s'établit dans les fertiles vallées de l’Abyssinie : on les connut sous le nom d'Éthiopiens occidentaux ; pour les Égyptiens, ce fut la mauvaise race de Kouch; ils fondèrent la célèbre Axum. L'autre partie de la race nègre, descendant par les vallées longitudinales de la péninsule de Malacca, y déposa les Moys, les Kémoys, les Samang , les Dayk, qui s’y maintiennent encore aujourd’hui ; puis s’aventurant sur l'Océanie, entrainée par les vents et les courants généraux, elle jalonna sa route de Papous, d'Andamans , d’Australiens, de Tasmaniens, de Madécasses, et alla toucher sur ce point aux rivages d'Afrique. Ainsi la brülante Afrique fut envahie par la race nègre sur deux points principaux. C'était son vrai domaine; elle lexplora sur toute la zone intertropicale jusqu’à l'océan Atlantique.

La race jaune prit sa route vers l'Orient. Chemin faisant, plusieurs tribus descendant au sud pressèrent la race nègre dans les vallées de Siam et de l’An-Nam, et se répandirent sur les pentes des Jun-Nan et des Nan-Ling et dans l'Océanie; d’autres s'étaient portées au nord sur le versant occidental, dans les grandes plaines sablonneuses des Thian-Chan et de l’Altaï; c’étaient les tribus tongouses et les Tata ou Mongoles, mobiles tartares toujours en hostilité avec les Germains, les Slaves et les Turks, leurs voisins : tous devaient hâter la régénération du monde occidental et raviver le monde oriental aux jours de sa vieillesse. Cependant la masse principale s’avançait insensiblement à l’est suivant la direction de la chaine dorsale; c’est de cette masse, partie du Kuen-Lun, que nous avons vu se détacher les cent familles qui ont formé le noyau de la nation chinoise.

La race blanche dirigea son mouvement général vers l’ouest. Elle détacha les tribus indiennes, au sud, sur le versant oriental, dans les vallées du Gange et de l'Indus; ces tribus heurtèrent les familles nègres : d'un côté elles les refoulèrent dans les îles de l'Océan, et de l’autre les pressèrent dans leur marche vers l'Éthiopie. Le souvenir de cet événement paraît s’être conservé dans les livres sacrés de l'Inde. C’est parmi ces tribus que devaient s’élaborer les articles de foi sur les grands mystères de l’âme et de la matière. On a aussi lieu de croire que des familles sacerdotales de l’Inde pénétrèrent en Éthiopie parmi les nègres, et fondèrent la fameuse Méroé qui fut la mère de Thèbes, et dont les grandes ruines sont enveloppées d’un si profond mystère.

Une autre partie de la race blanche envahit au nord le versant occidental traversé par les systèmes des monts Thian-Chan et Altaï. C’étaient les Hioung-Nou ou Turks ; c'étaient les Barbares aux cheveux blonds ou roux, aux yeux bleus ou verts, qui furent connus sous les dénominations de Scythes, Skolotes, Sarmates, Gètes ou Goths, Massagètes ou Alains, Saks, Cimmériens, etc., ancêtres des Slaves et des Germains à qui l’Europe était dévolue.

Pendant que ce double mouvement s’opérait au sud et au nord, l’essaim principal de la race blanche se portait à l’ouest en suivant l'axe de la chaîne principale. Elle

laissa les tribus persanes à Balkh et à Istakhar (Persépolis), et s’avança, par le Caucase indien, dans les contrées dominées par le mont Ararat, où se fit une nouvelle séparation, celle qui est mentionnée dans la Bible : les uns descendirent en Babylonie et en Syrie; d’autres en Arabie. C’est de ce point que les tribus ibériennes envahirent toutes les côtes septentrionales de l'Afrique et pénétrèrent en Espagne; dans le même temps les Finnois et les Gaëls ou Celtes se précipitèrent sur l'Europe, les Finnois au nord, et les Celtes à l’ouest : ceux-ci envoyèrent les familles pélasgiques dans la Grèce par le nord, et rejoignirent les Ibères aux Pyrénées. Cependant les hordes Germaines et les Slaves commencèrent aussi à s’écouler en Europe; ceux qui furent attardés en Asie eurent des ennemis acharnés dans les Hioung-Nou et les Chinois. Sésostris les vainquit sur les rives de l’Oxus, vers l’an 1560 avant notre ère, et grava sur le granit égyptien le nom de la plaie de Skétho. Mille quarante ans plus tard, ils soutinrent contre les Perses, sur les bords du Jaxartes, une guerre dans laquelle Cyrus perdit la vie. Quelques-unes de ces tribus indo-européennes, connues fort anciennement des Chinois sous les noms de Yue-Tchi et Ou-Sun, occupaient encore, au mr siècle avant notre ère, le territoire du Tangout entre les monts Siué-Chan et le cours supérieur du Houang- Ho; elles étaient voisines des Miao-Tseu, leurs frères.

Arrêtons ici le mouvement général de l’émigration primitive; nous le retrouverons d’une manière spéciale dans l'histoire de chaque peuple. Si donc la destruction lente mais sûre qui s'opère en tous temps et en tous lieux n’a pu effacer les traces de la première dispersion des races humaines , que la critique savante de notre époque nous montre confondues dans une commune parenté, pourquoi cette communauté d’origine matérielle ne se serait-elle pas aussi conservée d’une manière toute spirituelle? pourquoi les idées religieuses, philosophiques et politiques ne seraient-elles pas fondamentalement les mêmes chez tous les peuples de l’ancien et du nouveau continent ? Si, par exemple, la création du monde, la chute de l’homme, les dix patriarches, le déluge, la semaine de sept jours, le cycle de 60 ans, etc., sont des croyances et des inslitutions répandues sur toute la terre; si des versets de la Genèse se retrouvent presque mot pour mot dans les Védas des Hindous, dans le Chou-King des Chinois, dans leurs doctrines du Tao comme dans celles des druides de la Gaule, nous ne pensons pas qu’il soit nécessaire, pour expliquer ces faits, d’avoir recours à la supposition d'emprunts réciproques; et nous croyons que c’est chose tout à fait oiseuse que de soulever dogmatiquement une question de priorité entre la Bible et les livres canoniques des autres peuples. IL est important sans doute de rechercher à quelle époque ces monuments ont été écrits; mais le préjugé dominant est le plus grand obstacle à la constatation de ce fait d’une manière positive. Qu'est-ce à dire? parce que l'on s'imagine qu’il importe à la foi que tel ou tel livre sacré soit le plus ancien, on veut, bon gré mal gré, diminuer l'antiquité des autres ! Eh! que notre Genèse ait été écrite avant ou après, hier ou l’an 1571 avant Jésus-Christ, en sera-t-elle moins ce qu'elle est en elle-même, la révélation des premières annales du monde, la formule la plus simple de la foi, la synthèse la plus complète de toutes les grandes vérités que la science moderne a mises au jour ?

Nous avouons donc qu'après avoir médité les institutions et les mœurs de la Chine, nous ayons dû partager les convictions du P. Amiot, l’un des plus savants et des plus laborieux missionnaires : il déclare « que les Chinois sont un peuple particulier qui a conservé (comme tous les autres peuples de la terre) les marques caractéristiques de sa première origine; un peuple dont la doctrine primitive s'accorde, dans ce qu’elle renferme de plus essentiel, quand on veut se donner la peine de lPéclaircir, avec la doctrine du peuple choisi, avant que Moïse en eût consigné l'explication

dans nos livres saints; un peuple, en un mot, dont les connaissances traditionnelles, dépouillées de ce que l'ignorance et la superstition y ont ajouté dans les siècles postérieurs, remontent d'âge en âge, et d'époque en époque, sans interruption, pendant un espace de quatre mille ans, jusqu'au temps du renouvellement de la race humaine par les petits-fils de Noé. »

TEMPS SEMI-HISTORIQUES (3468-2637 avant Jésus-Christ}. — A cette époque, la race blanche est en marche vers l'occident. On la voit déjà fixée dans la vallée de Kachmir, à Ayodhya (Aoude) sur le Gagra, à Hériakcha (Balipoutra) sur le Gange; elle est à Balkh, la mer des villes, près de l'Oxus; à Ninive sur le Tigre; à Babylone sur l'Euphrate; à Méroé et à Thèbes sur le Nil. Les Ibères, les Finnois et les Gaëls ou Celtes ont envahi l'Europe. Les tribus slaves et les tribus germaines : ont déjà fait un mouvement vers l'ouest; mais la plupart sont encore en Asie sur le versant occidental, ayant à l'est les Turks campés dans la vallée de la Sélenga entre l’Altaï et le Sayanski ?. Quatre grandes tribus de race jaune occupent le reste de ce versant : ce sont les Samoyèdes, qui se portent au nord du léniséi supérieur et s’aventurent vers l'Océan glacial; les Tata ou Tartar, ancêtres des Mongols, qui s’établissent à l’est dans le massif de Kenteï, près du lac Baïkal; les Toung-Hou, ancêtres des Sian-Pi et des Coréens , qui n’ont pas encore de demeures bien déterminées; et les Toung-Nou, ancêtres des Toungous et des Mandchous, disséminés autour du fleuve Amour et de ses affluents *. Toutes ces tribus se battent, s’exterminent dans les vastes espaces du désert; e’est un immense pêle-mêle, d’où plus tard les peuples surgiront. Cependant Fou-Hi (le pasteur juste), parti des régions du Kuen-Lun à la tête de cent tribus, se dirige à l’orient. Il pousse devant lui les San-Miao (les trois tribus Miao) et les rejette dans les montagnes; il traverse le pays qui forme aujourd'hui les provinces de Kan-Sou, de Chen-Si, de Chan-S$i, et s'établit dans le Ho-Nan actuel.

La configuration du pays, ses grandes plaines arrosées d’une multitude de cours d'eau, ses richesses naturelles qui égalent celles des contrées les plus favorisées et sous des températures diverses, toutes les conditions géographiques de cette partie du versant oriental avaient déterminé d'avance l’histoire des tribus qui viendraient s'y fixer. Là devait nécessairement se former une nation isolée, stable, intelligente, industrieuse, mais surtout agricole, chez laquelle le patriarcat primitif trouverait les éléments d'organisation et de développement les plus favorables, les plus complets. Ici, comme ailleurs, le principe de la société étant donné, le système en sera une con-

* Les tribus germaines et slaves qui restèrent le plus tard en Asie, furent les Parthes ou Asi, les Bactriens, les Sogdiens , les Gètes et les Massagètes ou Grands-Gètes, connus plus tard sous le nom d’Alains. C’étaient des peuplades détachées des grands essaims qui s'étaient précipités sur l’Europe à la suite des Finnois , des Ibères et des Celtes. Plusieurs d’entre elles, égarées à l’est, avaient atteint les frontières de la Chine: tels sont les Yue-Tchi, les Ou-Sun, les Ting-Ling et les Kian-Kuen, Nous ferons connaître leurs positions dans l’histoire de la race blanche ; nous en parlerons aussi dans celle de la Chine, qui eut souvent à les combattre.

? Le plus ancien nom des Turks est Hian-Yun, puis celui de Hioung- Nou (détestables esclaves). Les fractions de cette grande famille sont connues sous les dénominations de Thou-Khiu, Thie-Lé ou Kao- Ché, Ouïgours , Hoeï-Hé ou Hoeï-Hou, Thouki-Chi, Ghaznevides, Seldjoukes et Ottomans.

3 On ne doit point confondre les Toung-Hou et les Toung-Nou, qui sont deux grandes familles différentes : à la famille Toung-Hou ou Chan-Joung (barbares des montagnes) appartiennent les Sian-Pi, les Ou-Houan, les Thou-Khou-Hoen et les Jeou-Jan, issus du mélange des Sian-Pi avec les Hioung- Nou; à la famille Toung-Nou (barbares orientaux) appartiennent les Khitans, les Mo-Ho, les Ju-Tchin, les Toungous et les Mandchous, aujourd’hui maîtres de la Chine.

Ces notes nous aideront à préciser les événements qui se sont accomplis dans le développement de la civilisation orientale ou de la race jaune.

séquence nécessaire. Or, c'est à celte époque que se rattachent les origines des mœurs, des usages et des costumes actuels de la Chine. Il est donc indispensable, pour l'intelligence de ces institutions, de remonter à ces sources antiques, d'où sortit caractérisée, pour ainsi dire en naissant, la grande individualité chinoise.

Voici le résumé des événements de cette période.

8468 avant Jésus-Christ. — Fou-Hi, premier législateur de la Chine, est représenté comme Moïse et Bacchus, avec des excroissances au front, en forme de cornes ou de lumière, signe du génie et de la puissance. Pour donner plus d'autorité à ses lois, il publia qu'il les avait vues tracées sur un tableau en huit koua ou symboles porté par un dragon-cheval qui sortait du fond d’un lac. Le premier symbole représente le ciel, le deuxième la terre, le troisième la foudre, le quatrième les montagnes, le cinquième le feu, le sixième les nuages, le septième les eaux, et le huitième le vent. Ces figures diversement combinées rappelaient, dit-on, les opérations de la nature; elles forment la base de L'Y-King, le premier des livres sacrés. Il paraît qu’elles sont aussi inintelligibles que les nombres mystiques de Pythagore, avec lesquels elles ont beaucoup d'analogie. Leur forme et leurs combinaisons ont aussi quelques rapports avec les lettres babyloniennes. Au reste, on ne s’en sert plus aujourd'hui que pour orner les boussoles chinoises et pour dire la bonne aventure. Quant à l’animal fabuleux, il est souvent représenté sur les meubles et sur les bâtons d’encre de Chine avec l’inscription loung ma fou thou, c’est-à-dire le dragon-cheval portant sur son dos le fhou ou tableau: Nous en donnons le fac-simile.

Confucius dit : « Au commencement, on administrait les peuples au moyen de nœuds qu'on faisait à des cordes; Fou-Hi les remplaça par l'écriture, pour apprendre aux officiers civils à remplir leurs devoirs, et aux peuples à examiner leur conduite; et il se régla sur les oua pour exécuter son ouvrage. » C’est donc à Fou-Hi qu'est attribuée l'invention de l'écriture chinoise, écriture idéographique, c’est-à-dire rappelant les idées par la figure de leurs objets. Le nombre de ces caractères primitifs ne dépasse pas deux cents. On doit à M. Abel Rémusat un beau travail sur leur origine; il se trouve dans la collection de l’Académie française (tome VITE, 1827). L'histoire de toutes les varialions que cette écriture a subies depuis cette époque est en 80 volumes chinois.

Fou-Hi est l’auteur de la plupart des institutions sociales de la Chine. Il créa des ministres sous le nom de dragons. IL établit des lois pour la société conjugale : une de ces lois défend de se marier avec une femme du même nom, parente ou non; nous avons déjà dit que cette coutume subsiste encore aujourd’hui. Les hommes et les femmes furent distingués par leurs vêtements. Ayant compris que la connaissance des mouvements célestes pouvait seule donner la mesure exacte du temps, il divisa le ciel en degrés, établit un calendrier, ainsi que le cycle en périodes de 60 années, encore en vigueur. Il fabriqua le fer et en arma Les javelots pour la chasse. 11 donna les règles de la musique; il inventa la lyre nommée kin, composée de 5 ou 27 cordes de soie, et Ja guitare dé 36 cordes, nommée sse. Il enseigna l’art d'élever des troupeaux, de faire écouler les eaux et d’entourer les villes de murailles; il inventa les filets pour la pêche, et composa une chanson sur les pêcheurs. Confucius prétend aussi qu’il institua les cérémonies pour les sacrifices aux esprits du ciel et de la terre, et que, pour cet usage, il fabriqua un vase nommé ting.

Il avait fixé sa résidence dans une ville nommée Tehin-Tou, qui subsiste dans le Ho-Nan sous le nom de Tchin-Tchéou. À sa mort, on lui éleva un tombeau que l'on montre encore près de cette ville.

8218. — Chin-Noung (laboureur divin) fut son successeur. 11 sacrifia au Seigneur dans le temple de la lumière. On lui attribue l'invention de la charrue, l’art d'étlraire

le sel de l’eau de mer, un livre sur l’art militaire, l’établissement des marchés publics, la distinction des plantes et de leurs propriétés médicinales, des chants sur la fertilité de la campagne, une lyre et une guitare ornée de pierres précieuses, pour adoucir les mœurs du peuple et le rappeler à la vertu. Mais ce qui doit surtout nous étonner, c’est que la figure de la terre et la différence de ses diamètres n'étaient point à cette époque inconnues à la Chine. Les annales rapportent que cet empereur, monté sur un char trainé par six dragons, mesura le premier la figure de la terre et la trouva de 900,000 li de l’est à l’ouest sur 850,000 li du nord au sud ; or le E chinois étant d’un dixième de lieue, ces dimensions sont assez exactement celles que nous donnons au globe terrestre. On lui attribue aussi l'institution de la cérémonie du labourage.

Plusieurs descendants de Chin-Noung régnèrent jusqu’à ce qu’un prince de la maison royale, s'étant révolté, détermina entre les grands vassaux une division politique qui obligea le dernier empereur de cette dynastie à abandonner le trône.

Le prince révollé avait obtenu des succès; mais quelques vassaux, n’ayant pas voulu le reconnaitre, se joignirent à un autre prince nommé Hiouan-Youan qui avait un État dans le Ho-Nan. Celui-ci attaqua plusieurs fois le prince insurgé, et par le moyen d'un char qui indiquait le sud, conséquemment les quatre points cardinaux, il connut les routes qu'il tenait, le défit et fut élu maitre de l'empire par les autres vassaux, en l'an 2698 avant Jésus-Christ.

À son avénement, il régla le culte et construisit un monument spécial pour offrir des sacrifices au Souverain Suprême (Chang-Ti) ; il prit lui-même, au lieu du titre de Wang que portaient ses prédécesseurs, celui de Houang-Ti, souverain jaune ou terrestre, comme immédiatement subordonné au Souverain Suprême du ciel, dont il partagea sur la terre les fonctions et les attributs. Cette souveraineté restera élective pendant toute la période suivante.

Tel fut le résultat de la première des vingt-deux grandes révolutions qui amenèrent autant de dynasties nouvelles sur le trône de la Chine.

TEMPS HISTORIQUES. Ve PÉRIODE (du xxvI° au xxI° siècle avant Jésus-Christ). — Monarchie élective. — La 61° année du règne de Houang-Ti ouvre les temps historiques. Voici la liste des empereurs de cette période, telle que la donne la Table chronologique dont nous avons parlé précédemment.

Cycles, Avant Jésus-Christ.

4 2637 61° année du règne de Houang-Ti.

2 92574 24° id. Chao-Hao.

5 2517 81° id. Id.

4 2457 47e id. Tchouan-Hiu.

D 2397 39e id, Ti-Kou.

» 2366 « LA id. Ti-Tchi.

» 2357 qre id. Thang-Yao ou seulement Yao.

6 2337 24° id. Id.

» 2297 (Gette année est celle de la grande inondation ou déluge chinois.)

Nota. Il est à remarquer que depuis Ti-Tchi on appelle les années du nom de tsai et non de celui de nian, comme auparavant. Tsai signifie ce qui est complet, qui est fini, qui est prêt à recommencer; d’où l’on conclut que l’année finissait après toutes les récoltes.

Ù 2987 Yao associe Chun à l'empire.

» 2286 Travaux du jeune Yu.

NOTIONS HISTORIQUES. i 57

Cycles, Avant Jésus-Christ,

ri 2277 81° année du règne de Yao.

» 9 année de l'association de Chun.

» 2255 1e année du règne de Chun.

» 2224 Chun associe Yu à l'empire.

8 2217 99° année du règne de Chun.

8 année de l’association de Yu.

» 2205 1re année du règne de Yu. f

Institutions attribuées aux empereurs de cette période. — Houang-Ti établit des ministres sous le nom de yun (nuée); sans doute, dit un historien, pour indiquer leur destination providentielle par rapport au peuple, comme celle de la nuée par rapport à la terre qu’elle fertilise. IL divisa le peuple en quatre classes : les lettrés, les agriculteurs, les industriels et les commerçants; il leur assigna des couleurs particulières, en réservant la couleur jaune pour la famille impériale, couleur qu’elle conserve encore aujourd'hui. Il établit le système décimal pour les mesures, et lappliqua, exemple unique dans l’histoire, à la division territoriale de l'empire. Il fonda le tribunal des han-lin, pour écrire l’histoire; ses membres furent inamovibles. Il fonda un autre tribunal, celui des affaires célestes ou de l'astronomie; ce dernier perfectionna la sphère, régla le calendrier et fit fondre douze cloches correspondant aux douze lunes pour indiquer les saisons, les mois, les jours et les heures. Il fut aussi l'inventeur du vaste système d'éducation publique dont il est question dans le Zi-Ki (livre des rites), et d’après lequel chaque famille dut avotr une salle d'étude, cho, chaque hameau une école, siang, chaque ville une autre espèce d'école nommée siu, et chaque principauté une grande institution nommée hio; toutes subordonnées entre elles et dépendantes de l'académie impériale. On institua aussi des écoles du soir pour les ouvriers, et d’autres écoles pour les enfants des pauvres. Ce système d'éducation publique, revu et modifié au ve siècle avant notre ère, subsiste encore aujourd’hui. Le troisième volume du Journal asiatique contient la traduction du règlement pour les écoles chinoises. Ce curieux monument atteste avec quels soins les Chinois sont façonnés dès l’enfance aux institutions fondamentales de l'empire. On remarque aussi que, sous cet empereur, le commerce fut établi, une monnaie fabriquée pour remplacer les échanges en nature, des maisons construites, et des murailles élevées pour enceindre certaines localités; on coupa et aplanit des montagnes; on ouvrit de grands chemins pour faciliter le commerce; on creusa des arbres, on fit des barques et les fleuves furent franchis. Houang-Ti fit exploiter une mine de cuivre dans le Ho-Nan; il fit un livre sur la vertu des simples et sur la médecine : on prétend qu’il en existe encore des fragments. Sa femme, nommée Louï-Tsou, enseigna au peuple l’art d'élever les vers à soie, et celui de filer leur produit pour faire des vêtements; elle est encore honorée sous le nom d’Esprit des müriers et des vers à soie. Ainsi les annales de la Chine représentent Houang-Ti comme fondateur et législateur d’un nouvel empire.

Sous le règne de Chao-Hao, le culte pur d’un être suprême unique se corrompit; la pensée primitive traditionnelle se matérialisa dans les pompes extérieures des sacrifices. Il établit un règlement encore en vigueur qui prescrit des costumes particuliers pour les divers genres de mandarinats ou commandements. Le phénix, varié de différentes manières, fut réservé pour les mandarins de lettres; le dragon, le lion, le tigre, etc., pour les mandarins d’armes ; cet usage s’observe encore aujourd’hui. Sous son successeur, chaque famille voulut avoir des prêtres sacrificateurs : un décret fut porté par lequel l'empereur seul put offrir le sacrifice solennel au ciel ou au Souverain Suprême.

5e ASIE. — CHINE.

Ti-Kou introduisit la polygamie dans l'empire; elle y règne toujours. Ti-Téhi fut détrôné par les grands, qui mirent à sa place Yao son frère. Voilà le premier exemple d’un souverain déposé par Ses sujets.

Yao manda Hi et Ho qui étaient les présidents du tribunal d'astronomie et dé religion, et leur dit : |

« Remarquez une période de 565 jours; l’intercalation d’une lune et la détermination de quatre saisons servent à la disposition parfaite de l’année. Cela étant réglé, chacun s'acquittera, selon les temps et la saison, de son emploi, et tout Sera dans le bon ordre. » La Chine eut donc à cette époque une connaissance exacte de notre année julienne. Yao visitait souvent les provinces de son empire, et s’informait avec soiti des besoins des pauvres, des veuves et des orphelins. « Le peuple a-t:il froid? disait-il, c'est moi qui en suis la cause; a-t-il faim? c’est ma faute: tombe-t-il dans quelque ruine? c'est moi qui dois m’en regarder l’auteur. » L'empereur Yu tint le même langage en disant : « La vertu est la base du gouvernement, et ce gouvernement consiste d’abord à procurer au peuple les choses nécessaires à sa conservation, c’est-à-dire l’eau, lé feu, les métaux, le bois et les grains, Il faut encore penser à le rendre vertueux, et ensuite à lui procurer l'usage utile de toutes ces choses; il faut enfin le préserver de ce qui peut nuire à sa santé et à sa vie, Voilà neuf objets qu’un prince doit avoir en vue pour se rendre utile et recommandable. Ces neuf sujets doivent être la matière des chants nationaux, Quand on enseigne, on emploie les éloges ; quand on gouverne, où emploie l’autorité. Ces neuf sortes de chants servent à animer et à exhorter; et c'est ainsi que l’on conserve le peuple, » Ces paroles sont bien la consécration du patriarcat dans toute sa sollicitude envers ses enfants. L’empereur”est donc ici réellement le pére ct la mére de la grande famille chinoise. Le titre est resté, le palriarcat aussi; mais tout s'est bien modifié en se développant.

Le dogme traditionnel de la souillure ineffaçcable, transmise à toute une race par son chef, devint loi. « On exterminera jusqu’à la cinquième génération pour le crimé de rébellion contre le ciel et la terre, jusqu’à la quatrième génération pour le crime de rébellion contre les supérieurs et les magistrats , jusqu’à la troisième pour l'habitude des crimes contre la loi naturelle, jusqu'à la seconde pour l’abolissement du culte des esprits supérieurs et inférieurs, et l’on fera mourir irrémissiblement quiconque aura tué quelqu'un ou lui aura causé la mort d’une manière injuste. » Cette loi fatale est encore en vigueur en Chine dans beaucoup de circonstances: Elle s’est perpé: tuée aussi parmi nous, sinon dans la pénalité physique, au moins dans la pénalité morale qui S’attache aux descendants d’un criminel: car malgré la protection de nos lois, le fils d’un supplicié pour crime sera encore poursuivi moralement, dans notré société, de la criminalité fatale du père, comme si toute sa race en était solidaire, et cela même jusqu’à la cinquième ou sixième généralion.

Confucius nous a conservé la manière de procéder à cette époque dans les affairés judiciaires : « Après que les deux parties ont produit leurs pièces, les juges écoutent » de part et d’autre ce qui se dit, et si, après l'examen, il n’y a aucun doute, on fait » l'application des cinq supplices ; mais s’il y à quelque doute sur l'application de ces » cinq supplices, il faut avoir recours aux cinq genres de rachat; si on doute que » l'accusé soit dans le cas du rachat, alors on juge selon le cas de cinq sortes de fautes » ou involontaires ou présque inévitables.

> Quand on doute des cas où il faut employer les cinq supplices, et de ceux où l’on » peut permettre le rachat, il faut pardonner (dans le doute, abstiens-toi ).

» Il faut éxaminer les apparences et les motifs; ce qui ne peut être examiné ni vérifié » ne doit pas faire la matière d’un procès.

» On exempte un accusé des marques noires sur le visage, de l’amputation du nez, de » celle des pieds, de la castration, de la mort, quand on doute du cas où l’on doit » employer les peines. : Suivent différentes manières de se racheter par le métal,

« Il ne faut pas suivre ce qui n’est pas d'usage; observez les lois établies, Ceux qui » savent faire des discours étudiés ne sont pas propres à terminer les procès criminels; » il ne faut que des gens doux, sincères et' droits, qui gardent beaucoup de modération,

» L'équité et la compassion doivent être le principe de vos jugements, Expliquez et » publiez le code des lois; quand tous auront été instruits, on pourra garder une juste » mesure, eLc, » |

Un ancien philosophe chinois rappelle la description de la demeure impériale de Yao. Le toit était de paille et de terre, les pluies de l'été y faisaient croître l'herbe et le couvraient de verdure. Après la porte d'entrée, qui était tournée au midi, venait une grande cour qui était la salle d'audience. Au bout de cette cour, entourée de murailles, était une grande salle où l’on gardait les poids et mesures, pour les marchés qui se tenaient dans cette enceinte. Au delà de cette salle était une seconde cour, au fond de laquelle était l’humble maison où le prince demeurait avec sa famille. La salle d'audience était élevée au-dessus du sol, et les degrés par où l’on montait étaient faits de gazon. Comme on était obligé d'attendre pour être admis à son tour à l’audience, on ayait planté des arbres aux portes, afin que les officiers et le peuple pussent y être à l'abri, On ne peut méconnaitre ici les éléments des habitations actuelles.

La chasse fut un des principaux délassements des empereurs. Cet exercice était commandé par la loi, pour empêcher les bêtes sauvages de ravager les campagnes et de reconquérir le domaine que l’homme ayait usurpé sur elles. Les grandes chasses se faisaient quatre fois l’année, par recrues et par corvées. Au printemps et en élé, on se bornait à donner l’épouvante aux bêtes sauvages; en hiver et en automne, on les traquait et on les tuait. Ces exercices devinrent une passion,

Yao fit observer les cinq règles immuables, c’est-à-dire les cinq devoirs qui sont ceux du père et des enfants, du roi et des sujets, des époux entre eux, des vieillards et des jeunes gens, et enfin des amis les uns envers les autres. Telle est l'origine de cette subordination hiérarchique profonde qui existe dans l'empire.

A la mort de Yao, le peuple porta volontairement Le deuil pendant trois années, ce qui dégénéra en coutume.

Lorsque Chun fut installé héritier de l'empire dans la salle des ancêtres, « en examinant, dit le Chou-ÆKing, l'instrument orné de pierres précieuses qui représentait les astres, et le tube qui servait à les observer, il mit en ordre ce qui regarde les sept planètes. » Cet instrument, qui est une sphère céleste, est représenté dans plusieurs éditions du Chou-King; elle est construite sur le même système que celle de Ptolémée. « Ensuite il fit le sacrifice au souverain suprême du ciel ( Chang-Ti), et les cérémonies en l'honneur des six grands esprits, ainsi que celles usitées pour les montagnes, les fleuves et les esprits en général. »

Les grands fleuves avaient débordé: l’'inondation couvrait toutes les terres basses de la Chine. Chun divisa l'empire en douze provinces insulaires (Tchéou), plaça des signaux sur douze montagnes, et creusa des canaux pour l'écoulement des eaux, II manda les douze Mou (bergers, pasteurs) ou gouverneurs des douze provinces, et leur dit : « Tout consiste, pour les provisions de vivres, à bien prendre son temps, Il faut lraiter humainement ceux qui viennent de loin, instruire ceux qui sont près de nous, estimer el faire valoir les gens qui ont des talents, croire et se fier aux gens de hien, ne pas avoir de commerce avec ceux dont les mœurs sont corrompues; par là on se fera obéir des étrangers barbares. »

On trouve dans le Livre des Annales que Yao et Chun, après avoir examiné l'antiquité, créèrent cent officiers : il y avait donc déjà une antiquité dont les usages servaient de règle à cette époque. |

Chun régla le calendrier et lui donna la forme qu ‘il conserve encore aujourd’ hf Nous en donnerons plus tard un extrait. Il mit de l’uniformité dans la musique, dans les mesures, dans les poids et les balances, qui variaient suivant les lieux. Il n’y a qu’une cinquantaine d'années que cette conception est appliquée chez nous. Les choses étant ainsi réglées, il ne fit plus qu’une fois tous les cinq ans la visite de l'empire; et les princes tributaires venaient quatre fois par an à la cour, lui offrir leurs hommages: Ces princes rendaient compte de leur conduite; on examinait, on vérifiait ce qu'ils disaient. On récompensait leurs services en leur donnant des chars et des habits.

On lui attribue aussi la fondation des hospices pour les vieillards, et celle du collége impérial dans lequel les fils des princes et des grands devaient être instruits dans les lettres, les cérémonies, la musique, la danse et les exercices militaires,

Chun combattit les San-Miao, retranchés dans la chaîne de Nan-Ling; il en transporta une partie au nord-ouest dans la région du Kuen-Lun, leur ancienne patrie. Ils sont de la même origine que les Si-Fan, les Lo-Lo et les Kirians qui vivent encore dans la contrée voisine. Les autres Miao, après cinq mille ans de luttes sanglantes et presque continues, sont restés indépendants dans leurs montagnes, au centre de la Chine : phénomène ethnographique dont les Basques des Pyrénées nous offrent aussi un exemple à l’autre extrémité de l’ancien monde.

En même temps que l’empire se constituait au dedans, des relations s’établissaient avec les nations étrangères. Sous Houang-Ti, un étranger vint du sud, voyageant sur un cerf blanc, et offrit, comme tribut, une coupe et des peaux. La vingt-neuvième année du règne de Yao (2356 avant Jésus-Christ), les Yang-Pao-Théou (pygmées à têtes en vessie de mouton) vinrent apporter le tribut. Ce peuple habitait à plus de dix mille li (mille lieues) au nord-ouest de la Boukharie. M. Abel Rémusat pense qu’il est ici question des Lapons qui sont de la souche samoyède. Depuis cette époque, toute ambassade en Chine ne fut considérée que comme une reconnaissance de soumission au souverain jaune. |

Cependant les grands, que l'élévation de Chun avait déçus dans leur ambition, fomentèrent des troubles dans l'empire; le fils de Yao était de ce nombre. Chun les exila, et l'empire fut en paix. Ces troubles politiques se renouvelleront souvent. Il fit publier des lois pour punir les criminels. Avant lui, les supplices étaient empreiïnts de la plus cruelle barbarie; il leur substitua la cangue, la bastonnade, la confiscation, l'exil; il voulut que dans les tribunaux, les fautes ordinaires fussent punies du fouet seulement, et dans les écoles publiques, de verges de bambou. En payant, on put toujours se racheter de la peine appliquée à certaines fautes. Nous retrouverons ces usages dans les mœurs actuelles.

IL est dit dans le Chou-King : « Prends garde de t'aliéner les suffrages des cent familles. Ce que le ciel entend et voit se manifeste par les choses que les peuples voient et entendent. Ce que les peuples jugent digne de récompense et de punition, indique ce que le ciel veut punir et récompenser. IL y a une communication intime entre le ciel et le peuple : que ceux qui gouvernent les peuples soient donc attentifs et réservés. » Ce principe social établit la puissance politique de l'opinion publique, et le droit de faire des représentations à l'empereur toutes les fois qu’il s’écarte de ses devoirs. C’est ce principe qui limite encore en Chine l'autorité impériale; c'est en même temps la consécration de toutes les grandes transformations sociales et l’absolution du passé. On croit entendre notre vox populi, vox Dei : la voix du peuple est la voix de Dieu.

* Yu réduisit à neuf les douze provinces de l'empire, et conserva les neuf ministères

établis par Chun dans l'ordre suivant :

40 La présidence du conseil des ministres, ou l'emploi d’instigateur des autres

ministres, comme s'exprime le texte chinois; 2% Le ministère ou l’intendance de l’agriculture; 3° Le ministère de l'instruction publique; 4 Le ministère de la justice ; 5° Le ministère des ouvrages pour la terre et pour l’eau, ou des travaux publics ; 6° Le ministère des domaines, comprenant les montagnes, les forêts, les étangs,

les lacs, etc.; 7° Le ministère des cérémonies et des rites, ou des cultes ;

8° Le ministère de la musique;

9 Le ministère de rapporteur des paroles, ou de la censure publique. Les fonctions de ce ministère sont nettement déterminées dans le Chou-King : « J'ai, dit l’empereur, une extrême aversion pour ceux qui ont une mauvaise langue; leurs discours sèment la discorde et nuisent beaucoup à ce que font les gens de bien; par les mouvements et les craintes qu’ils excitent, ils mettent le désordre dans le peuple. Venez donc, Loung; je vous nomme Na-Yan (qui rapporte les paroles) : soit que vous rapportiez mes ordres ou mes résolutions, soit que vous me fassiez le rapport de ce que les autres disent, depuis le matin jusqu’au soir, n’ayez en vue que la droiture et la vérité. »

Cette antique organisation subsiste encore en grande partie dans celle du gouver-

nement actuel, Sous l'empereur Yao, son ministre Kouan avait travaillé sans succès pendant neuf

ans à débarrasser le territoire de la Chine des grandes eaux de l’inondation :,

: Quelques écrivains européens ont pris cette grande inondation pour le déluge de Noé. Mais ce déluge est antérieur. Il n’est question dans les annales chinoises que d’un débordement extraordinaire des fleuves, débordement qui s’est plusieurs fois répété dans la suite. On suppose, d’après les expressions du texte chinois , que la cause de cette inondation ne fut pas simplement une grande crue d’eaux découlant des montagnes , mais que les fleuves avaient trouvé de puissants obstacles à leur écoulement naturel , ce qui les avait fait refluer contre leur courant, et produire par ce fait la grande inondation, On doit supposer alors qu’il se fit à cette époque une rupture de quelque continent qui donna passage à un grand écoulement dans l’océan Oriental de la Chine, et exhaussa momentanément son niveau. On peut présumer avec vraisemblance, d’après les raisons qui seront exposées ci-après , que ce fut alors l'ouverture du détroit de Béring, qui sépare aujourd’hui le continent de l’Amérique septentrionale du continent de l’Asie orientale, et par où l’océan Arctique communique maintenant avec l’océan Pacifique, qui fut la cause de ces hautes inondations continentales. La description que leshistoriens chinois font de leurs ancêtres avant cette époque de la grande inondation, et le peu que l’on sait de l’histoire des habitants du continent américain avant sa découverte et sa dévastation par les Espagnols, offrent tant de rapports, que l’on croirait qu’il est question du même peuple. Les Chinois se couvraient de vêtements d’écorce, de feuilles d’arbres et de peaux de bêtes comme les habitants du nouveau monde ; ils se servaient les uns et les autres de cordelettes nouées pour conserver, par le nombre de nœuds et leurs diverses combinaisons , le souvenir des événements publics et mème des faits privés. Si, depuis la séparation des deux continents, les civilisations des peuples de l’un et de l’autre ont pris des développements si différents, ce fait ne s’oppose point à l'identité du point de départ qui nous paraît à peu près déterminé. Un parallèle plus étendu laisserait peu de doutes sur cette importante solution historique, Il est peut-être réservé aux annales chinoises d’en donner bien d’autres. On pourrait objecter, toutefois, aux suppositions ci-dessus, que la rupture d’un continent et l’ouverture d’un détroit ne causeraient aucun exhaussement de niveau dans le bassin où les eaux afflueraient, et qu’en supposant même cet exhaussement momentané , il ne serait pas plus considérable que celui des marées sur certaines côtes des continents, lesquelles marées ne font refluer aucun fleuve, et ne causent

C'est à Yu que cette gloire était réservée. Les travaux qu'il entreprit sont encore reconnaissables aujourd’hui. En voici l'aperçu d’après le Livre des Annales. C’est sans doute la topographie la plus ancienne qui soit parvenue jusqu’à nous. Elle nous fournit une curieuse statistique de l'empire chinois dans ces temps reculés.

Travaux de Yu (2286 avant Jésus-Christ). — « Yu, pour faire la division de la terre (après l’inondation), suivit les montagnes, coupa les forêts, détermina quelles étaient les hautes montagnes et les grands cours d'eaux.

I. Province de Ki. — Yu commença par la montagne nommée Hou-Keou (province actuelle du Chan-Si, occident montagneux), d’où il alla faire les réparations nécessaires aux montagnes Liang et Ki. Après avoir réparé Taï-Youan (la grande origine), il alla au midi de la montagne Yo. Il exécuta ses travaux à Tan (province actuelle du Ho-Nan) et à Hoaï, et les poussa jusqu'à Houng-Tchang (jonction de deux rivières du Chan-Si qui se jettent dans le Houang-Ho).

La terre de ce pays est blanche et friable, Les impôts sont du premier ordre, et quelquefois plus bas. Le labourage est du cinquième (ou de l’ordre moyen). Les rivières Henget Weïreprirent leur cours, Le pays de Ta-Loung (province actuelle du Pe-Tchi-Ly

ou de Pe-King) fut labourable. Le tribut des barbares des îles, consistant en peaux et en étoffes pour vêlements, arriva par le Houang-Ho ;, laissant à droite la montagne Kie-Chi (ou rocheuse).

IL. Province de Yen.—-La rivière Tsi (dans la province actuelle de Chan-Toung) el le fleuve Houang-Ho sont compris dans la province de Yen. Les neuf rivières reprirent leur cours habituel, Le grand amas d'eaux, nommé Loui- Hia (où il tonne au printemps), fut fait. Les ie rivières Young (bras du Houang-Ho) et Tsou (bras du Tsi) furent jointes. On put planter des müriers, nourrir des vers à soie, et descendre des hauteurs pour habiter les plaines.

La terre de la province de Yen est noire, grasse et argileuse; les plantes y sont nombreuses et les arbres ÿ sont grands. Les impôts sont du neuvième ordre, et le labourage du sixième. Après avoir été labourées pendant treize ans, les terres furent comme les autres. Ce qui vient de ce pays consiste en vernis et en soie écrue ?, Ce qui se met dans les caisses de réserve consiste en tissus de diverses couleurs, et se transporte par le Tsi et le Ho, sur le fleuve Houang-Ho.

HIT. Province de Thsing. — La mer et la montagne Taï (dans le Chan-Toung actuel) sont comprises dans la province de Thsing. Les barbares de la montagne Yu (dans le Chan-Toung) furent rangés à leur devoir, et le cours des rivières Weï et Tsi fut tracé.

La terre, dans cette province, est blanche, grasse et argileuse. La côte de la mer est longue et stérile. Le labourage est du troisième ordre, et-les impôts du quatrième, Ce qui vient de là consiste en sel, en toiles fines et en toutes sortes de productions de la mer, en soie écrue de la montagne Taï, en chanvre, en étain, en bois de pin et en pierres précieuses. Les barbares de Laï (Laï-Tcheou-Fou du Chan-Toung) nourrissent

aucune inondation : cela est possible. Nous ne prétendons pas donner la solution de ce qui est peutêtre à jamais insoluble. (Extrait de la Chine, par M. Pauthier.)

* D'après ce passage, l'embouchure actuelle de ce fleuve ne serait pas très-ancienne, Il traversait alors le Pe-Tchi-Ly, province où est située Péking, L'histoire moderne de la Chine justifie cette conjecture, Dans le Pe-Tchi-Ly et la partie occidentale du Chan-Toung, dit le P. Gaubil, on voit des vestiges du bras du Houang-Ho , qui y passait au temps de Yu, et dans d’autres provinces on voit d’autres vestiges des ouvrages que fit Yu pour remédier aux dégâts du déluge ou de linondation dont parle le Chou-King, au règne de Yao.

* On voit par ce passage, que l’usage de fabriquer le vernis et de la soie est ancien à la Chine, puisque ces produits formaient déjà des objets d'échange plus de 2200 ans ayant notre ère.

des bestiaux. Ge que l’on met dans les caisses de réserve consiste en soie écrue des moñltaghés, On navigue dans la rivière Wen pour entrer dans celle de Tsi.

IV: Province de Sou.— La mer, la montagne Taï et la rivière Hoaï sont comprises dans la province de Sou. Les réparations nécessaires furent faites aux bassins du Hoaï et dü Y: On put labourer la terre des montagnes Moung et Yu. On fit le lac Ta-Ye (dans le Chan-Toung), et la source orientale fut mise en état.

La terrè, dans cette province, est rouge et argileuse. Les plantés et les arbres ÿ croissent en grande abondance, Le labourage est du second ordre, et les impôts du cinquième. Ce qui vient de là consiste en terre des cinq couleurs, en plumes de poules de montagnes, en bois de Toung (dont on extrait de l'huile éstimée) , qui croît sur la partie méridionale de la montagne Y (province actuelle du Kiang-Nan), en pierres dites Ching du rivage de la rivière Sse (dans le Chan-Toung), en perles que pêchent les barbares du Hoaï, et en poissons. Ce que l’on met dans les caisses de réserve consiste en pièces de soie rouge, noire et blanche. Par les rivières de Hoaï et de Sse, on entre dans le Houang-Ho.

V. Province de Yang. Le Hoaï et la mer sont compris dans la province de von: Le Yu (grand ministre) forma le lac Poung-Ly (aujourd’hui Po-Yang, dans le Kiang-Si), et l'oiseau nommé Yang eut de quoi se reposer. Les trois rivières eurent leurs embouchures, et on contint les eaux du grand lac Tching-Tse.

Les grands et les petits bambous croissent en foule dans cette province. Il y a beaucoup d'herbes et de plantes; les arbres sont hauts, et la terre est couverte de marais. Lé labourage est du neuvième ordre, et les impôts du septième, tantôt plus, tantôt moins. Ge qui vient de là consiste en or, en argent, en cuivre, en pierres précieuses, en bambous; en dents ( d’éléphants?), en peaux, en plumes d'oiseaux, en poil de bêtes, en bois, en habits faits d'herbes, que les barbares des îles travaillent. Dâns les caisses de réserve, On met des coquillages et des tissus de diverses couleurs. On a grand soin des oranges et des pamplemousses (yeou), pour les offrir à l’empereur selon les ordres qu'il donne. On va du fleuve Kiang dans la mer, et de la mer dans le Hoaï et le Sse.

VI. Province de King. — La montagne King (dans le Hou-Kouang actuel) et la partie meridionale de la montagne Houng sont comprises dans la province de King. Le Kiang et le Kan, après leur jonction, vont à la mer. Les neuf rivières furent fixées : le To et le Tsien eurent leur cours. Le lac Yun fut desséché, et on put labourer la terre de celui de Moung.

Le sol de celte province est marécageux. Le labourage est du huitième ordre; les impôts, du troisième. On tire de là des plumes d'oiseaux, des poils de‘bêtes, des dents, des peaux, de l'or, de l'argent, du cuivre, da bois appelé tchun pour faire des flèches, un autre bois nommé kou, du cyprès, des pierres nommées Li-Tchi propres à moudre, et du sable. Les trois petits royaumes donnent du bambou, appelé kiouenlou, êt du bois dit hou. On y fait des rouleaux de fagots de l'herbe appelée tsing-mou. Dans les caisses de réserve, on met des pièces de soie noire et rouge, des ceintures ornées de pierres précieuses. On tire de grandes tortues des neuf rivières. Le transport se fait par le Kiang, le To et le Tsien; on va ensuite par terre à la rivière Lo, et de là au Houang-Ho méridional.

VIL Province de Yu. — La montagne King et le Houang-Ho sont compris dans la province de Yu. On fit écouler dans le Houang-Ho les eaux de Y, de Lo, de Tchan et de Kien: On fit les lacs Yng et Po; et après avoir achevé les réparations nécessaires à celui de Ko-Tse, on conduisit les ouvrages à Meng-Tchou (aujourd’hui province du Ho-Nan).

Le sol de cette province est friable et argileux. Le labourage est du quatrième ordre,

et les impôts du second, quelquefois plus, quelquefois moins. Ce que l’on tire de là consiste en vernis, chanvre, toiles fines. Dans les caisses de réserve, on met du fil de coton. Selon les ordres du prince, on en apporte des pierres pour polir. On s’embarque sur le Lo pour entrer dans le Houang-Ho.

VIII. Province de Liang. — Le midi de la montagne fleurie (hoa) et le He-Chouï (eau noire) sont compris dans la province de Liang. On rendit les montagnes Min et Po labourables; le To et le Tsien reprirent leur cours. Quand les monts Tsaï et Moung furent en état, on fit la cérémonie (en l’honneur des esprits des montagnes) et on acheva les ouvrages de Ho-Y.

La terre de cette province est verte et noire. Le labourage est du septième ordre, et les impôts du huitième; il y a trois différences. On tire des pierreries, du fer, de l'argent, de l'acier, des pierres nou et king, des peaux de diverses sortes, d'ours, de renard, de chat sauvage. On vient de la montagne Si-king (Tao-Tcheou de la province actuelle du Chen-Si) en suivant le Houang; on s’embarque sur le Thsian, et on passe le Mien : on entre dans le Weï, et on passe Le Houang-Ho.

IX. Province de Young. — Le He-Chouï (eau noire) et le Houang-Ho occidental sont compris dans la province de Young. Le réservoir d’eau nommé Jo fut dirigé à l’ouest: Le King et le Weï furent unis au Jouï. Les rivières Tsi et Tsou eurent leur cours réglé, et les eaux coulèrent ensemble.

On fit la cérémonie aux esprits des montagnes sur les montagnes Kien et Ki (de la province actuelle du Chen-Si). On vint à d’autres montagnes; et après avoir achevé les ouvrages des lieux bas, on alla au mont Tchou-Ye. Le pays de la montagne San-Wei (des trois dangers) devint habitable, et les San-Miao se corrigèrent.

La terre de cette province est jaune et friable; le labourage est du premier ordre, et les impôts du sixième. On en tire des pierreries et des perles.

On s’embarque à Tsi-Che (montagne placée sur les frontières de la province actuelle du Chen-Si et du Khou-Khou-Noor), et l’on va à Loung-Men (montagne célèbre à travers laquelle passe le Houang-Ho), au Houang-Ho occidental : on s’assemble à l’embouchure du Weï et du Jouï.

Les Joung occidentaux, les Kouen-Lun, les Li-Tchi et les Kou-Seou se soumirent. IL vient de ce pays des tissus et diverses peaux (Chou-King, livre Il, chap. 1. Yu-Koung, Travaux de Yu). »

Tel était déjà, vingt-trois siècles avant notre ère, l’état de la civilisation en Chine, si bien résumé dans cette courte statistique, que les esprits les moins imbus de préjugés auront peine à y ajouter foi. Cependant elle porte un grand caractère d’authenticité. M. Abel Rémusat, en parlant de ce chapitre, a dit qu’il était à lui seul un trésor inestimable. Les historiens chinois (d’après le Kouë-Yu, discours des royaumes, écrits par Tso-Chi avant l'incendie des livres) disent que Yu fit faire neuf grands vases d’airain, sur chacun desquels il fit graver la carte, et la description qui précède, de l’une des neuf provinces. Ces vases devinrent si précieux dans la suite, que l’on crut la sûreté de l'État attachée à leur possession et à leur conservation. Quiconque pouvait s’en saisir était comme assuré de la couronne. Ces faits, qui ne sont pas mis en doute par les Chinois, démontrent l'authenticité et l'antiquité du morceau historique qui décrit les travaux de Yu. Dans ce chapitre, on voit ce grand génie parcourir tout l'empire, allant d’une montagne à l'autre, faisant rentrer les fleuves dans leurs lits, donnant un écoulement aux grands amas d’eaux et les conduisant dans la mer. Il corrige le cours du fleuve Houang-Ho, qu'il fait passer à travers la montagne Loung-Men, après l'avoir percée à jour. Il le dirige ensuite au sud, jusqu’au nord de la montagne Hoa : de là il Le fait courir à l'est, par un grand nombre de sinuosités, puis au nord;

ensuite il le divise en neuf rivières, dont la réunion fit un lac. Enfin il le fit entrer dans la mer.

IL agit de même pour le fleuve Kiang, dans une longueur de plus de cinq cents lieues. Beaucoup de chaussées et de digues qu’il fit construire alors subsistent encore, dit-on. Les plus anciens livres historiques de la Chine, entre autres un du commencement de la dynastie des Tcheou, onze cents ans avant notre ère, assurent positivement que Yu connut les propriétés du triangle rectangle, et qu'il s’en servit pour exécuter ses grands travaux de nivellement. Au commencement de la description qui précède de l'empire chinois, sous son administration, el qui passe aux yeux des critiques les plus dignes de foi pour avoir été composée de son temps, il est dit que Yu détermina quels étaient les hautes montagnes et les grands courants d'eaux.

Chaque fleuve, chaque rivière, chaque courant d’eau, chaque lac, est déterminé et fixé dans ses limites par Yu. — « Les réparations pour l'écoulement des eaux furent faites dans toutes les parties de l'empire, dit le Chou-King; on put enfin habiter sur les bords de la mer et des rivières; il fut alors possible de gravir les montagnes et d'y faire la cérémonie aux esprits qui les habitent. On répara toutes les rivières jusqu'à leur source; on fixa les eaux dans les lacs; et partout il y eut communication. »

On aura remarqué ce fait, qu'après la grande inondation diluvienne Yu fut obligé de couper les arbres et de faire pratiquer de grandes percées dans les forêts pour établir des communications, comme sur un sol neuf d’une végétation vigoureuse et que le pied de la civilisation n’a pas encore foulé. C’est une forte induction de plus pour faire croire que la civilisation de la Chine lui est venue du nord-ouest, avec la race actuelle.

Yu fit aussi des opérations cadastrales pour déterminer les propriétés relatives du sol des diverses provinces de l’empire, comme on l’a vu précédemment, afin de répartir les impôts avec justice.

« Yu apporta de grandes améliorations dans les six fou (selon les commentateurs chinois, ce sont : Les grains, la terre, l’eau, les métaux, le bois et le feu); il fit une comparaison très-exacte de tous les fonds de terre, de leur richesse et de leur pauvrelé; et il régla avec soin les revenus qui pouvaient en provenir. Ces revenus furent divisés en trois classes; et il sut ce qu’on pouvait tirer en ce genre de l'empire.

» Yu donna des terres et des surnoms, et dit : :

» Si vous tâchez d’être encore plus vertueux que je m’efforce de l’être, vous ne détruirez pas ce que je viens de faire. »

« Yu détermina cinq cents li (environ cinquante lieues communes) pour le domaine impérial (tien-fou); à cent li on donne le grain avec la tige; à deux cents li on coupe la tige, et on apporte le grain; à trois cents li, on coupe l’épi et on apporte le grain avec l'enveloppe; à quatre cents li, on donne les grains non mondés; à cinq cents li, on donne les grains mondés.

» Yu régla que cinq cents li feraient le domaine des Héou (grands vassaux), partagés en deux cents li pour l'État des Nan (petit royaume feudataire), et en trois cents li pour les Tchou-Heou (Lous les vassaux feudataires ).

» Cinq cents li furent le domaine de la paix (souï-fou); trois cents de ces li furent

: Le commentaire dit que Yu, en agissant ainsi, « créa des royaumes et leur donna des chefs.»Il faut entendre par là des États feudataires. Les écrivains chinois prétendent que Yu, après avoir divisé l'empire en neuf provinces, nomma des princes gouverneurs de huit d’entre elles, en se réservant la neuvième du centre. Ces princes étaient ses vassaux et devaient lui payer le tribut. C'est de là que serait venue l’origine de la féodalité qui a été toute-puissante en Chine, sous la troisième dynastie, et que détruisit complétement Le fameux incendiaire des livres.

destinés pour apprendre les sciences et se former aux bonnes mœurs; deux centsAli pour les lieux dans lesquels on se formait aux exercices militaires. j; (

» Cinq cents li furent déterminés pour le domaine de punition (yao-fou); trois cents pour les étrangers du nord, et deux cents pour les coupables.

> Il yeut aussi cinq cents li pour le domaine de l'exportation (hoang-fou); trois cents pour les étrangers du midi, et deux cents pour les exilés.

» A l’est, jusqu’au bord de la mer, à l’ouest, jusqu’au désert de sable (littéralement« sables mouvants), du nord au sud, et jusqu'aux quatre mers, Yu se rendit célèbre par ses instructions et par les changements qu'il opéra dans les mœurs. » (Chou-King, liv. IT, chap. 1, Yu-Koung.)

Tous ces travaux furent accomplis sous Les règnes de Yao et de Chun, dont Yu était le ministre.

Voici comment les Chinois figurent la division de la Chine, faite par Yu, et exposée dans le texte :

500 Domaine de l’exportation, etc.

500 Domaine de punition.

| li. F2 500 Domaine de la paix.

| li.

500 Domaine des grands vassaux.

li,

500 Domaine impérial.

Portion

de

l'Empereur.

Si l'on se rappelle que le signe idéographique désignant le royaume dans la langu chinoise écrite est un carré, et si l’on fait attention que le domaine du suzerain dan

cette division territoriale est au milieu, on concevra facilement comment le nom de royaume du milieu a pris naissance pour désigner l'empire chinois. On pourrait peutêtre reprocher à cette division de l'empire par Yu d’être purement idéale, et de ne pas représenter à l’époque de cet empereur l’état réel de l'empire. Mais il n’est pas cependant invraisemblable qu'après l'écoulement des eaux et la conquête par Yu d’une grande étendue de pays sur les éléments, cet empereur ait fait la division et la distribution de cette vaste contrée comme le texte chinois et la figure l’indiquent.

On aura remarqué que le tribut ne commence à être payé à l’empereur qu'aux terres de son domaine; la portion du centre où est sa résidence est possédée en propre par lui.

Inscription de Yu. Tous les témoignages historiques sur les travaux de Yu seraient corroborés, s'ils avaient besoin de l'être, par l'inscription chinoise qu’il fit graver sur un rocher du mont Heng-Chan, une des célèbres montagnes de la Chine, où les anciens empereurs avaient coutume d'offrir un sacrifice annuel au Souverain Suprême. Cette inscription que le temps a presque entièrement effacée, mais qui a été recueillie par les Chinois lorsqu'on pouvait encore la lire, conservée dans le musée de l’ancienne ville de Si-Ngan-fou, province de Chen-Si, et, dont le P. Amiot, missionnaire français, envoya à la Bibliothèque royale de Paris, dans le siècle passé, une copie fidèle en gros caractères de six pouces de hauteur, accompagnée d’une traduction française, est sans aucun doute un des monuments les plus anciens de ce genre, puisqu'il remonte à l’année 2278 avant l'ère vulgaire.

Cette inscription originale en vieux caractères chinois nommés ko-feou, à forme de têtard, que l’on dit avoir été inventés par Fou-Hi, et transcrite en nouveaux, a été publiée à Paris, en 1802, par J. Hager, un vol. in-folio; et à Halle, en 1811, par M. Klaproth, qui y a joint une explication détaillée de chaque caractère en langue allemande. Les inscriptions à tête de clou de Babylone et de Persépolis, et les inscriptions hiéroglyphiques de l'Égypte remontent à la même époque.

Traduction littérale. Le vénérable empereur dit : « Oh! (mon) aide et (mon) con- » seiller, qui (me) soulagez dans l'administration des affaires! les grandes et les pe- » Lites iles (tous les plateaux habités), jusqu’à leurs sommités, toutes les demeures » d'oiseaux et de quadrupèdes, et tous les êtres existants sont au loin inondés. Vous, » avisez (à cela, avec votre intelligence pénétrante); renvoyez (faites écouler) les » eaux, et élevez (des digues, pour empêcher un nouveau débordement).

» Il y a longtemps que ( moi Yu) j'ai complétement oublié ma famille (pour réparer » les maux de l’inondation); je me repose (maintenant) au sommet de la montagne » Yo-Lou. Par (ma) prudence et (mes) travaux, j'ai ému les Esprits. (Mon) cœur ne » connaissait point les heures (du repos). C’est en travaillant sans cesse que je me re- » posais. Les montagnes Hoa :, Yo ?, Taï ?, Heng 4, ont été le commencement et la fin » de (mes) entreprises. Après (mes) travaux accomplis, j'ai, au milieu (de l'été) » offert un sacrifice en action de grâces. (Mon) afiliction a cessé; la confusion de la » nature a disparu; les grands courants qui venaient du midi se sont écoulés dans la » mer; les vêtements de toile pourront être confeclionnés; la nourriture, préparée; les dix mille royaumes (tout l'univers) seront (désormais) en paix, et pourront se livrer éternellement à la joie. »

= Pi 2

* Dans la province du Chen-Si.

* Id, du Chan-Si.

Id. du Chan-Toung.

4 Id. de Sse-Tchouan.

C’est aux grands travaux de Yu que remonte l'origine de ces beaux et nombreux canaux qui sillonnent la Chine dans tous les sens, transportent d'une extrémité à l’autre de l'empire les produits variés de toutes les provinces, et fertilisent un sol dont la fécondité doit autant à l’industrie de ses habitants qu’aux bienfaits de la nature:

Ainsi à la fin de cette période, la Chine patriarcale se trouva constituée dans tous ses éléments religieux, politiques et sociaux, et ses lois organiques furent consignées dans un livre nommé Tching-Tien, ou Lois de l'administration des anciens rois, dont il est fait mention dans le Chou-King (liv. 1, chap. 4).

Afin de déterminer, s’il se peut, d’une manière plus spéciale, la tâche que chacune des deux grandes individualités politiques, libres et responsables, ont eue à remplir dans l'élaboration des destinées providentielles du genre humain, nous les mettrons encore un moment en présence l’une de l’autre. Leurs différences sont, en général, assez nettement caractérisées. Nous apprécierons mieux ensuite les aspects divers sous lesquels elles se manifesteront dans l'Occident, comme dans l'Orient.

L'idée qui servit de base à la constitution et à l’organisation de la Chine, remonté aux premiers âges du monde. Les premiers hommes pensaient qu’il existe des rapports intimes entre toutes les parties de l’ensemble de la création; idée grande et juste, que le philosophe chinois Lao-Tsew, né en l’an 604 avant Jésus-Christ, formula en ces termes :

L’homme a sa loi dans la terre ;

La terre a sa loi dans le ciel ( Thian) ;

Le ciel a sa loi dans le Tao (la Raison universelle) ; Le Tao a sa loi en lui-même.

Il ajoute, comme pour justifier la nouveauté de cette doctrine : « Je ne fais qu’enseigner ce que les hommes ont déjà enseigné avant moi. »

C’est cette idée même qui fait la base de toutes les sciences, et qui inspira l’illustre auteur de l'Histoire universelle : « Ge même Dieu, dit Bossuet, qui à fait l’'enchaînement de l'univers, et qui, tout-puissant par lui-même, a voulu, pour établir l’ordre, que les parties d’un si grand tout dépendissent les unes des autres; ce même Dieu à voulu aussi que le cours des choses humaines eût sa suite et ses proportions. »

Ce principe est donc déduit d’un fait primordial.

Sous le point de vue religieux, les premiers sages y ont reconnu la révélation d’un Dieu vivant et vrai, éternel, incorporel, impalpable, sans nom, tout-puissant, infiniment bon, qui fait et conserve toutes choses.

Cette idée pure de la Divinité, consacrée presque à chaque page du Chou-King et des autres livres canoniques des Chinois, était aussi la base de la religion de l'Inde, de la Chaldée, de l'Égypte..., qui se constituaient vers la même époque. Noé l'avait transmise à ses enfants qui la répandirent sur toute la terre. Mais elle s’altéra, se matérialisa bientôt dans la famille chinoise, comme dans toute autre famille, excepté dans celle d'Abraham, qui la retrouva aussi en Melchisédech, prêtre du Diéu Très-Haut, comme plus tard Moïse dans le prêtre de Madian.

Sous le point de vue politique et social, on voit la race jaune engager de plus en plus cette croyance primitive dans la forme du patriarcat qui passe insensiblement à l’état de loi. La race blanche l’associa bien aussi à cette forme, mais sans l'identifier avec elle. Elle l'en séparera insensiblement pour lui rendre sa spiritualité primitive, mais plus pure, plus complète, à mesure qu’elle marquera ses pas vers l'Occident; et bientôt la liberté, fille de l’émigration, grandissant au milieu des ruines des cités et des solitudes du désert, se te aussi du patriarcat : le patriarcat dans l'Occident finira par se réduire aux proportions de l'individualisme. On la voit à mesure qu’elle

s'en affranchit rechercher la vérité avec plus d’ardeur; car la vérité seule doit un jour rompre ses dernières chaînes.

Elles sont donc inconnues à la Chine ces autorités coexistantes et travaillant toutes à l'unité sociale, ces panégyries égyptiennes, ces amphictyonies helléniques, ces comices, ces assemblées du peuple, ces assises de vieillards et de prud'hommes, ces corporations, cette cilé, ce droit de chacun si péniblement élaboré et si imparfaitement encore déterminé dans la loi de l'Occident. Mais ce n’est pas le dernier terme des analyses de la liberté. Jusqu'ici il semblerait qu’elle s’est fourvoyée : elle touche à l'anarchie. En constituant la personnalité de l'individu, comme la seule réalité politique, elle détruisit la personnalité politique de la famille, principe constitutif et force morale de toute société, qui justifiait si bien le beau titre de prince et de pére du peuple donné à nos rois et que nous regretterons éternellement... Otez la charité chrétienne, ce lien céleste des âmes, et l'Occident déjà désagrégé semblera se dissoudre encore une fois dans un affreux désordre...

Cet Orient, qui est à l’autre extrémité de l’ancien monde, prit des voies opposées. Le patriareat s’y manifesta, dès cette période, pour ainsi dire comme le décalque de la grande unité cosmogonique dont toutes les parties sont dans une dépendance et une subordination proportionnelles. Religion, politique, société, tous les éléments de l'activité humaine se combinèrent dans un admirable système de causes et d’effets subordonnés et liés ensemble par le principe de l'amour filial, depuis le petit enfant jusqu'à l'empereur qui fut le pére et la mére de toute la grande famille chinoise. C'était bien jusque-là. Mais ce principe, vrai en soi et {type éternel de toute harmonie, de tout ordre, de toute constitution, et que nous autres nous avons à peu près perdu de vue dans nos évolutions successives, la Chine en fit un étrange abus.

La piété filiale ne fut pas seulement le lien fondamental de la société et de la politique, ce fut encore la raison même des rapports qui existent dans l’enchaînement de l'univers; la sollicitude de l’empereur ne fut pas seulement l’image de celle de Dieu, mais sa providence elle-même; l’empereur, ce fut le soleil, le fils de Dieu, Dieu luimème :, et son empire l'empire Céleste. Ainsi, Dieu et son œuvre descendirent sur la terre, et s’incarnèrent tout entiers dans le monde chinois, et l'âme n'eut plus d'espace au delà des limites matérielles où tout avait été absorbé.

L'empire Céleste, parfaitement bien gouverné, étant une fois établi, consolidé sur le sol de la Chine, évolutionnera, progressera dans tous ses éléments, mais selon ses formes finies et ses rapports déterminés, et ces formes et ces rapports seront perpétuels, comme le type dont elles sont la réalisation sur la terre. Ce sera un legs inaliénable à transmettre aux générations futures.

Chaque génération apporte en naissant de certaines aptiludes à des idées nouvelles. Parmi les nations de race blanche, chez nous, où l'éducation ne fut jamais basée sur un système un, sur un système qui prenne l’homme physique, religieux ou moral et intellectuel, l'homme tout entier, chaque idéité nouvelle se développe, dans sa spontanéilé, occasionnellement, d’une manière à peu près libre, et assez ordinairement dans la négation de ce qui est ou du passé; le passé, pour nous, ce n’est rien, et s’il est quelque chose c’est pour qu’il ait ses épithètes dénigrantes. Qu'importe le bien, dit-on, si le mieux est devant nous! Ambitieux, inquiets, turbulents, nous voulons laisser un témoignage de notre passage sur la terre; attendez : la génération suivante

* Sur un vase du vie siècle avant notre ère, le roi de Ping-Wang prend le titre de Thian-Wanÿ, roi du ciel. (Pauthier : Chine, page 107.) Les souverains de l'Inde, de l'Égypte, de Rome, portèrent le même titre.

en fait des ruines. Ici, on naît, on vit, on meurt au profit de l’avenir. C’est notre mission à nous. — En avant! toujours en avant! cri de ralliement et d’espoir des générations qui se succèdent dans l'Occident ! — En avant! düt-on se précipiter et périr!…. la vérité nous appelle! Dieu nous garde! — Religion, politique, philosophie, sciences, arts, industrie, toutes les puissances de notre civilisation , tout ce qu’il y a dans nos âmes est manifestement pénétré de ce mouvement progressif.

En Chine, au contraire, chaque génération naît, vit et meurt au profit du passé: Aussi toutes les aptitudes natives sont jetées dans le moule des traditions, au moyen du plus vaste système d'éducation qui ait jamais été conçu, vaste et coercitif comme le système politique avec lequel il s’harmonise et s’identifie. Les emplois, les dignités, le trône même seront au plus instruit, au plus vertueux; et le plus vertueux, Le plus instruit sera celui qui se distinguera le plus par l’obéissance filiale; on mettra tout en œuvre pour que le mérite surgisse et prenne rang dans l’État; le plus grand honneur sera d’y être appelé non à cause de soi, mais à cause de l’empire. La noblesse même sera ascendante : on anoblira les ancêtres à cause des services du fils. Le droit de chacun absorbé dans celui de la famille, comme celui de la famille dans le droit de l'État, se manifestera par la supériorité intellectuelle et morale, non point au profit de l'individu, mais au profit de tous; ce culte de l’esprit et du cœur sera presque celui de la liberté, non point de cette liberté anarchique qui commence où cesse la lettre de la loi, mais de la-vraie liberté que nous cherchons encore et qui est pourtant si bien définie par ces paroles de saint Paul : Que cette liberté ne vous serve pas d'occasion pour vivre selon la chair; mais assujettissez-vous les uns aux autres par une charité spirituelle; car toute la loi est renfermée dans ce précepte : Vous aimerez votre prochain comme vous-même. Les idées d'indépendance et d'égalité absolues sans fondement dans la nature, ne surgiront point dans l'empire chinois; le principe contraire, celui de la dépendance et de la subordination, sera la mesure du mérite, de la dignité, du bonheur de l’individu, de la famille, de l'empire, de l’empereur lui-même. Mais tout s’est bien modifié depuis les premiers âges ; et cependant la puissance des mœurs prévalut toujours sur celle des idées. Aujourd’hui encore, un Chinois, quel qu’il soit, ne se demande pas ce qu’il doit faire dans telle ou telle circonstance ; mais ce que Yao, Chun el Yu, les plus grands instituteurs de l'empire, ont fait en pareille occasion il y a cinq mille ans. Dans cette longue série de siècles signalés par de grandes révolutions et par des désordres de toute espèce, publics et privés, on ne trouve que deux tentatives faites, l’une en l’an 291 avant notre ère, et l’autre en l’an 1069 de notre ère, pour modifier les bases constitutives de cet empire.

Vienne donc un conquérant : il faudra bien, pour qu’il se maintienne, qu'ilrespecte, qu'il adopte le principe et sa forme; il se fera Chinois, dieu même. Vienne le bouddhisme : il trouvera pour le recevoir, le panthéisme et l'éternité du néant tout préparés par le développement de la doctrine du Tao. Vienne le christianisme : ses missionnaires s’assiéront tout près du trône; mais leurs idées de liberté, de personnalité individuelle, de vie future, n'auront aucune puissance sur des hommes habitués à ne comprendre que l’anéantissement dans le sein de la famille, de l'empereur, de Dieu. Les missionnaires seront repoussés; mais la parole de Jésus y restera; elle y restera obscure, méprisée, persécutée, jusqu’au temps marqué pour son triomphe.

Ainsi le monde oriental et le monde occidental, depuis l’époque où ils se trouvaient confondus dans la grande personnalité patriarcale, ont pris des voies opposées pour arriver au même but, c’est-à-dire au besoin plus profondément senti d’une existence meilleure sous le triple rapport physique, intellectuel et moral, soumettant toujours le présent, l’un à l'expérience du passé, l’autre aux espérances de l'avenir.

IV® PÉRIODE, DU XXI° AU XVI° SIÈCLE AVANT JÉSUS-CHRIST (Bel II. Abraham ).— Première Dynastie dite des Hia. — Geite dynastie compte dix-neuf souverains dont un usurpateur. Nous continuerons à en donner la liste d’après la Table chronologique de l'empire.

Cycles. Avant Jésus-Christ.

8 2205 1re année du règne de Yu, premier empereur de la dynastie Hia. » 2497 id. Ki, des Hia.

» 2188 id. Taï-Kang.

» 2159 id. Tchoung-Kang.

9 2157 3e id. id.

» 2150 Observation. C’est cette année qu’arriva l’éclipse de soleil dont il est parlé dans le Chou-King.

» 2146 Are année du règne de Siang.

» 2118 id. Chao-Kang.

10 2097 23e id. l’usurpateur de Han-Tsou. » » 22e id. la détention, ou de l'oppression de Chao- Kang.

» 2057 Axe id. Tchou.

» 2040 id. Hoaï.

44 2037 4e id. id.

» 2014 4re id. Mang.

» 1996 id. Sie.

» 1980 id. Pou-Kiang.

12 1977 4e id. id.

» 1921 Arf id. Kioung.

13 19147 je id. id.

» 1900 4e id. Kin.

» 1879 id. Koung-Kia.

14 1857 23° id. id.

» 1848 Axe id. Kao.

» 1837 id. Fa.

» 1818 id. Kie-Koueï.

15 1797 29e id. id.

» 1766 Chute de la dynastie des Hia :.

L'empereur Yu établit sa cour dans Chan-Si, près de la frontière des Tatars dont il avait dû souvent repousser les attaques. La deuxième année de son règne, il associa à l'empire Y son premier ministre. Il établit trois classes de matières pour les échanges : 1° des perles et les jades, 2 le métal jaune, 5° la toile et le cuivre réduit en plaques. Une berge du fleuve Jaune éboulée au vure siècle de notre ère, laissa à découvert une grande quantité de ces plaques : elles sont en cuivre battu et percées à l’un des bouts d'un trou pour les enfiler à une corde. Le cabinet des médailles de Paris en possède plusieurs échantillons ; dix de ces pièces égalent la longueur d’un pied chinois.

* Le caractère de cette période ne change réellement que dans le xvie siècle : c’est pour ne pas rompre la série dynastique suivante, et pour éviter des discussions historiques qui seraient déplacées dans cet ouvrage, que nous fermons cette période à l’année 1766 avec la chute de la dynastie Hia, de même que nous l'avons ouverte au règne de Yu ; c’est-à-dire à un ou deux siècles près des limites périodiques extrèmes. Nous procéderons de la même manière dans des conditions semblables.

Get empereur envoya plusieurs personnes dans toutes les directions pour recueillir des choses rares et curieuses. Ayant reçu un lingot d'or, il le fit fondre et en fabriqua des vases sacrés. Ces vases servirent de modèles à ceux des deux dynasties suivantes; dont quelques-uns existent encore dans les musées de l'empire.

Il visitait régulièrement ses États. Un jour qu'il rencontra des criminels que l’on conduisait en prison, il descendit de son char, s’approcha d'eux, et après s'être fait rendre compte des motifs de leur arrestation, il leur parla avec bonté; puis, usant du droit de grâce inhérent au pouvoir souverain, il leur pardonna : « C’est à moi, ajoutat-il, que je dois imputer ces désordres. Pendant le règne de Yao et de Chun, le peuple se faisait un devoir de suivre l'exemple de leurs vertus. Il faut que je sois bien loin de leur ressembler, puisque, sous mon règne, on voit tant de criminels. »

Sur la fin de son règne, Yu convoqua une grande assemblée générale dans laquelle il reçut les hommages et les présents de tous les habitants de l'empire. Il y rappela les sages instructions de ses prédécesseurs, et exhorta les grands à continuer à les mettre en pratique et à rendre les peuples heureux. Peu de temps après, le patriarche mourut laissant la couronne à son associé Y;, mais, selon les vœux des grands, Y la céda à Ki, fils de Yu. Désormais la couronne ‘sera héréditaire dans la famille impériale, mais le droit de primogéniture ne sera pas reconnu. L'empereur choisira parmi ses fils le plus digne. Les grands perdent leur droit de présentation; mais leur influence secondera quelquefois la prédilection du prince pour un de ses parents, au préjudice de son propre fils. Ainsi désormais les personnalités électives feront place aux grandes personnalités dynastiques qui accomplissent leur existence comme un seul homme.

L'empereur Yu avait distribué des terres et des provinces aux principaux officiers qui l'avaient secondé dans ses grands travaux contre l’inondalion; le gouvernement chinois devint donc en quelque sorte féodal : il y eut vingt petits princes qui relevaient du souverain, et dont quelques-uns se rendirent indépendants. Un grand changement s’opéra dans le caractère moral des rois et des grands qui l’entouraient : on ne rencontre plus guère, dans le cours de plusieurs siècles, que luttes sanglantes entre les grands ambitieux. Le peuple suit l'exemple des grands et oublie les vertus primitives. La plupart des rois de cette prernière dynastie passent leur vie dans leur palais, au milieu de leurs femmes et de leurs eunuques.

À dater du règne de Ki, ces souverains ne portent plus que le titre de wang (roi).

L'Élégie des cinq fils rapportée par le Chou-King, nous fait assez bien connaitre l'état moral de la Chine à cette époque. Le roi Taï-Kang était à la chasse au delà de la rivière de Lo, depuis cent jours. Ses cinq frères allèrent l’attendre avec leur mère à l’embouchure de la rivière. Dans le chagrin que leur causait la conduite du roi, üls firent l’élégie suivante :

Le premier dit: « Voici ce qui est dans les instructions de notre auguste aïeul, Yu :

» Ayez de la tendresse pour le peuple, ne le méprisez pas; il est le fondement'de l'État. Si ce fondement est ferme, l'empire est paisible.

» Les gens les plus grossiers peuvent être au-dessus de moi. Si un homme tombe souvent dans des fautes, attendra-t-il que les plaintes soient publiques pour penser à se corriger? Avant que cela soit, il faut être sur ses gardes. Quand je suis chargé des peuples, je crains autant que si je voyais des rênes pourries employées pour diriger six chevaux fougueux. Celui qui commande aux autres ne doit-il pas craindre toujours? » |

Le second dit: « Selon les intentions de notre auguste aïeul, au dedans l'amour excessif des femmes, au dehors l'amour excessif de ces grandes chasses, la trop forte passion pour les boissons fermentées, pour la musique déshonnête, pour les palais

élevés et pour les murailles ornées de peintures, sont six défauts dont un seul nous perd. »

Le troisième dit : « Depuis Yao, la demeure des rois a été à At, et parce que l’on n’a gardé ni sa doctrine ni ses lois, on a perdu celle ville. »

Le quatrième dit : « Notre aïeul, par son application continuelle à la vertu, devint célèbre et fut maitre de tous les pays. IL a laissé des règles de conduite et un vrai modèle à ses descendants. Cependant les étalons des poids et mesures qui doivent étre partout en usage et servir pour l'égalité, sont dans le trésor. On abandonne sa doctrine et ses lois; c’est pourquoi il n’y a plus de salle pour honorer les ancêtres, ni pour faire les cérémonies et Les sacrifices. »

Le cinquième dit: « Hélas! que faire! la tristesse m’accable! les peuples me haïssent! à qui done puis-je avoir recours? Le repentir est dans mon cœur, la honte sur mon visage. Je me suis écarté de la vertu; mais mon repentir peut-il réparer le passé? »

Ainsi la conduite de Taï-Kang, qui passait ses jours dans les débauches de son palais, ou à la chasse au milieu des bois, ravageant les campagnes avec ses chevaux et ses chiens, excita l’indignation publique. Un jour qu’il revenait d’une de ces chasses, le gibier soigneusement arrangé sur des chevaux de main, un page en avant, le faucon au poing, il fut arrêté et détrôné par les grands. Son frère fut mis en sa place.

Siang régnait depuis vingt ans, lorsque son ministre Y Jui ôta le pouvoir. Celui-ci fut bientôt assassiné par Han-Tsou qui fit aussi mourir le roi légitime. Cependant la reine veuve accoucha d’un fils qui fut nommé Chao-HKang : elle le déguisa en berger et le fit élever dans les montagnes. Lorsque le jeune prince fut devenu grand, il se fit reconnaître à un gouverneur de province, qui était resté fidèle au roi son père, et qui lui donna ses deux filles en mariage. La victoire lui rendit le trône. Chao-Kang, instruit par le malheur, eut un règne assez brillant pour attirer à sa cour des ambassadeurs de rois étrangers, et des insulaires qui lui offrirent en tribut des vêtements brodés de fleurs.

Le règne de Kié (le cruel) porta la dernière atteinte à la première dynastie. Sa femme, encore plus vicieuse que lui, entretint ses penchants dissolus. On rapporte un fait qui montre jusqu’à quel point ils se jouaient de l'espèce humaine. Æié fit creuser un grand bassin, en forme d’élang, et après l'avoir fait remplir de vin, il ordonna à trois mille de ses sujets de s’y plonger. Des tranches énormes de viande rôtie élaient suspendues autour du bassin pour satisfaire leur faim brutale et achever leur dégradation morale aux yeux de l’indigne souverain. Un de ses ministres lui ayant fait des observations, il le fit mourir en sa présence.

Les débauches et les cruautés de Æié l'avaient rendu l’objet du mépris et de la haine des hommes. Les vingt princes vassaux se soulevèrent enfin; Chang l’un d’eux réunit toutes les troupes et marcha contre l’armée du roi.

Le roi dit à ses troupes réunies :

« Venez, écoutez-moi; je ne suis qu’un petit prince, et comment oserais-je porter le trouble dans l'empire? mais Hia a commis beaucoup de crimes; le ciel a ordonné sa perte.

» Aujourd’hui réunis en foule, vous dites : « Notre prince n’a pas compassion de nous; il veut que nous abandonnions nos moissons et nos affaires pour aller punir Hia. » J'ai bien entendu vos paroles ; mais la famille Hia est coupable : je crains le souverain du ciel ( Chang-Ti); je n'ose pas différer l'exécution de la justice suprême.

» Vous dites maintenant : « Comment les crimes de Hia peuvent-ils nous atteindre?»

— Le roi de la dynastie Hia épuise complétement les sueurs du peuple; il épuise et ruine sa ville capitale; les peuples, dans la misère, n’ont plus d’affection pour luivet sont divisés entre eux. C’est en vain qu’il dit (en montrant le soleil) : « Moi et vous, nous ne périrons que quand le soleil périra! » Telle est la vertu présomptueuse de Hia.Je dois aujourd'hui aller le combattre.

» Secondez-moi pour lui infliger le châtiment que le ciel lui destine; je vous en récompenserai grandement. Ne craignez pas de mettre votre confiance en moi; je ne mangerai pas ma parole (c’est-à-dire, je tiendrai ma promesse); mais si vous ne suivez pas les ordres que je vous donne, alors je vous ferai mourir, vous et vos enfants : n’attendez pas de pardon. » (Chou-King, liv. IT, ch. 1.)

Kié, vaincu, fut détrôné; le vainqueur lui succéda : mais comme il eut des doutes sur sa légitimité, il dit à l’un de ses ministres : « J'ai peur que dans les temps à venir on ne blâme ce que j'ai fait; » et il voulut renoncer au pouvoir. Le ministre répondit: « Le roi Hia est coupable pour avoir voulu tromper le ciel suprême, en promulguant des décrets injustes. Le souverain pouvoir ne le tient plus sous sa sauvegarde; il a donné commission à Chang d’instruire et de diriger le peuple. » Telle fut toujours l’opinion des hommes de l'Orient sur la loi providentielle des destinées humaines; ils disent : « Le destin social donne l'empire à certaines races pour le bonheur des peuples, et les fait ensuite descendre du trône quand elles ne peuvent plus l’occuper dignement, ou quand elles ont comblé la mesure de leurs crimes, ou quand elles cessent de con: courir à l'exécution de ce à quoi elles étaient destinées. »

Tel fut le premier acte politique du grand drame qui s’accomplit dans le monde oriental. La souveraineté patriarcale a commencé sa décomposition elle-même et’par elle-même.

ITIe PÉRIODE, DU XVI AU XI° SIÈCLE AVANT JÉSUS-CHRIST. (Sésostris. Moïse.) — Deuxième dynastie dite des Chang. — Cette dynastie se compose de trente souverains.

Cycles. Avant Jésus-Christ.

45 1783 1re année du règne de Tching-Tang.

Observation. Sous cette dynastie, les années sont appelées sse, qui si: gnifie sacrifice, parceque Tching-Tang voulut que l’on comptât les saisons par les sacrifices, et parce que l’année était censée finie après que les quatre grands sacrifices avaient été offerts. Ces sacrifices avaient lieu aux solstices et aux équinoxes.

» 1766 18° année du règne de Tching-Tang; il vaine et détruit Kié. » 1753 die id. Taï-Kia, roi de la dynastie Chang. 16 179700 Te id. id.

» 4720 Are id. Wou-Ting.

» 1691 id. Taï-Keng.

17 1677 15° id. id.

» 1666 re id. Siao-Kia.

» 1649 id. Young-Ki.

» 1637 id. Tai-Wou.

18 1617 21° id. id. » 1562 dx id. Tchoung-Ting.

49 1557 6e id. id.

» 1549 Are id. Waï-Jen. à » 1534 id. Ho-Tan-Kia.

» 4595 id. Tsou-Y.

Cycles, Avant Jésus-Christ.

» 1506 1'e année du règne de Tsou-Sin.

20 1497 id. id.

» 1490 Axe id. Wou-Kia.

» 1465 | id. Tsou-Ting.

21 1437 29e id. id.

» 1433 Ass id. Nan-Keng.

ah 1408 id. Yang-Kia.

» 1401 id. Pan-Keng, roi de la dynastie Yu

Observation. Cet empereur changea l’ancien nom de sa famille Chang en celui de Yu, souvent usité dans le livre des vers.

29 1377 25° année du règne de Pan-Keng.

Mrs, 4575 are id. Siao-Sin.

» 1352 id. Siao-Y.

» 1324 id. Wou-Ting .

23 1517 èe id. id.

» 1265 qre id. Tsou-Keng.

» 1258 id. Tsou-Kia.

24 1257 Q£ id. id.

» 1925 dre id. Lin-Sin.

» 1219 id. King-Ting.

Ù 1198 id. Weu-Y.

25 1197 De id. id.

» 1194 qre id. Taïi-King.

» 1191 id. Ti-Y.

» 1154 id, Tchéou, ou Cheou-Sin.

26 1137 18e id. id. » 1122 Chute de la dynastie des Chang.

Après la défaite de Hia, Chang donna son nom à sa dynastie et prit celui de Tching- Thang (le parfait Thang). Il assembla tous les grands vassaux de l'empire et fit conlirmer son élévation par leurs suffrages. Sur sa baignoire fut gravée trois fois cette maxime : « Pour Le perfectionner, purifie-toi chaque jour. » Les vases qui étaient à l'usage du palais furent aussi couverts d'inscriptions de morale. Quelques-uns des vases de cette dynastie se voient encore dans le musée impérial de Péking; ils rivalisent avec ce que la Grèce et l'Étrurie nous ont laissé de plus beau en ce genre. Leur composition, mélange d’or et d'argent, prouve que l’art de combiner et de fondre les métaux était déjà arrivé à un haut degré de perfection. Mais ce qui est surtout remarquable, c’est que l’ornement appelé une grecque, un méandre, est l’ornement principal de ces objets d’art. Dans la description du bouclier d’Agamemnon, se trouvent aussi trois dragons azurés et d’autres figures fantastiques comme on en voit sur les vases chinois, sur leurs armes et sur leurs boucliers.

On trouve à cette époque l'indication de trois métaux, jaune, baie et rouge, employés comme moyen d'échanges. On n’ouvrait les mines métalliques qu'en tonte de disette, pour attirer par cet appât les grains sur les marchés.

Le fondateur de cette dynastie eut une telle réputation de sagesse, que les quarante royaumes que l’on connaissait alors lui témoignèrent la plus profonde vénération.

Les grands Tableaux chronologiques chinois plduent dans les premières années de son règne, de 1766 à 1760 avant notre ère, une sécheresse et une famine qui durèrent

sept ans. Le roi, de l'avis du président du tribunal pour lPhistoire et l'astronomie, pria le ciel de faire cesser les calamités qui affligeaient l'empire : « Je prierai, j'offrirai des sacrifices pour apaiser le ciel en faveur de mon peuple. Je serai en même temps sacrificateur et victime. Je suis le seul coupable, je dois être le seul immolé. » Il coupa ses cheveux et ses ongles; il couvrit son corps de plumes blanches et de poils de qua= drupèdes ; montant ensuite sur son char, qui était simple et sans peintures, et auquel il avait fait atteler des chevaux blancs, il se fit conduire au pied d’une montagne. Là, il descendit de son char, se prosterna la face contre terre, et, se relevant ensuite, ül s’accusa devant le ciel et en présence des hommes:

19 D’avoir eu de la négligence à instruire ses sujets;

20 De ne les avoir pas fait rentrer dans le devoir lorsqu'ils s’en étaient écartés ;

5° D'avoir fait des palais trop superbes et d’autres dépenses superflues en bâtis ments;

4° D'avoir eu trop de femmes et trop de tendresse pour elles;

5° D'avoir poussé trop loin la délicatesse pour les mets de sa table;

6° Enfin, d’avoir trop écouté les flatteries de ses favoris et de quelques grands de sa cour.

À peine eut-il fini l’'humble confession de ses fautes que la pluie, dit-on, tombant avec abondance rendit à la terre sa fécondité. Aujourd’hui encore, à chaque calamité publique, à chaque apparition de quelque météore menaçant, l’empereur de la Chine s'accuse publiquement, et promet de si bien veiller sur ses actions à l'avenir, que le ciel sera fléchi, et que des maux semblables n’afiligeront plus ses peuples.

La sécheresse et la famine de sept ans qui désolèrent l'Égypte et tout l'Orient ne seraient-elles pas de la même époque que celles dont parle l’histoire de la Chine?

La suite des règnes de la dynastie Chang offre les mêmes alternatives de bons et de mauvais princes que la dynastie précédente. Cependant l'empire prend chaque jour un» nouveau développement. « La troisième année du règne de Taï-Wou (1634 avant Jésus- Christ}, le roi prend soin de suivre le régime de l'administration des anciens rois; il assure la subsistance des vieillards en établissant les hospices créés pour eux par l’empereur Chun; cette même troisième année, partis de régions éloignées, des ambassadeurs interprètes vinrent à sa cour, de soixante et seize royaumes. »

C'était l'époque où la civilisation occidentale réagissait violemment sur l’Asie; les monuments égyptiens en font foi. Sésostris avait envoyé une flotte de trois cents na= vires des ports de la mer Rouge dans la mer des Indes. Elle côtoyait le rivage pendant qu'il conduisait en Asie une armée de 600 mille fantassins, 24 mille cavaliers et 27 mille chars de guerre. Le pays de Robou (Assyrie), les Fekkara, les Chakalacha-et autres peuples hindous, le royaume de Balkh (Perse), enfin tout le pays compris entre l'Indus et la mer Méditerranée fut bouleversé et devint tributaire de l'Égypte. La mauvaise race de Skétho ou Gétha, vaincue à Balkh sur l'axe des deux versants généraux, fut poursuivie au nord jusqu’au Jaxartes (Sir-Déria}, et. à l’ouest jusqu'au Tanaïs (Don). Ces tribus germaines et slaves, pénétrant en Europe, refoulèrent les Gaëls à l’ouest et les Finnois au nord, et se portèrent en avant sur le Danube et le Rhin. Or, la Chine avait à cette époque une assez grande prépondérance en Asie, pour que Lous les royaumes envahis ou menacés de l'être par le roi d'Égypte envoyassent des ambassadeurs près de son souverain, demander des secours. Il est donc probable que l’arrivée simultanée de tant d’ambassadeurs de contrées éloignées, eut pour cause l'invasion égyptienne.

Au reste, si, d'un côté, les vases chinois, les formes de quelques-uns, leurs ornements, si les figures décrites par Homère semblent prouver d'anciennes relations des

Grecs avec la Chine; de l’autre, des tissus, des figurines et des vases chinois trouvés dans les anciens tombeaux égyptiens, attestent que les habitants du Houang-fo et ceux du Nil ne furent point inconnus les uns aux autres aux époques les plus reculées de l’histoire. On voit aussi sur les parois d’un des tombeaux de la 18 et de la 19° dynastie égyptienne (1822-1270 avant notre ère) des peintures représentant des personnages qui sont indubitablement chinois de physionomie et de costume.

Cépendant la doctrine des anciens législateurs est entièrement méconnue. Les débordements du Houang-Ho se renouvellent fréquemment. Les Miao-Tseu des rives méridionales du grand fleuve Kiang portent le ravage au cœur de l'empire, que des guerres de succession appauvrissent aussi pendant plus de deux cents ans.

Pan-Keng s'efforça de lui rendre l'unité, la vigueur et la paix : « Au lieu de vous occuper, disait-il aux Æoan (premiers mandarins) à rassembler des richesses et des choses rares, ne pensez qu'à acquérir le mérite de procurer au peuple un repos el une tranquillité durables. — Faites-lui connaître le chemin de la vertu, et joignez à une grande exactitude la doctrine et la simplicité de cœur. » Ses efforts furent inutiles.

La corruption était si grande, qu’un roi qui avait de bonnes intentions, Wou-Ting, fit chercher partout un homme capable de l'aider de ses conseils, un personnage semblable à celui que le ciel lui avait fait voir en songe. Or, un manœuvre, nommé Fou-Yue, qui travaillait par corvée à la réparation d’une digue dans la province de Chan-Si, devint son premier ministre et fut pendant quelque temps le soutien de l'empire.

Mais la dynastie est condamnée ; elle marche rapidement vers sa ruine. Lin-Sin défend à ses ministres de lui rendre compte d'aucune affaire afin de ne pas être distrait dans ses plaisirs. Wow-Ÿ taille des statues de bois auxquelles il donne le titre d’esprits célestes. I attache des prêtres à leur service et fait des paris avec elles. Quand Îles idoles perdent, il accable les prêtres d'insultes et quelquefois les fait mourir. Il fut frappé de la foudre.

Chéou-Sin mit le comble aux folies de ses prédécesseurs. IL avait pour concubine une jeune fille nommée Ta-Ki; c'était la plus belle femme de l'empire, mais aussi la plus méchante et la plus cruelle. Elle acquit une grande influence sur le roi. Ge fut le règne de la terreur. Elle fit fondre un cylindre d’airain que l’on faisait rougir à un grand feu; puis on forçait le patient à l'embrasser jusqu’à ce que la chair füt consumée. Il lui prit fantaisie de construire une tour de marbre, appelée Lou-Tsaï, Tour aux cerfs, dont les portes étaient de jaspe. L'intérieur magnifiquement décoré avait un Liers de lieue de longueur sur deux cents mètres d'élévation. Ge monument coùûta dix ans de travail. Elle l’enrichit d’une infinité de choses précieuses. C’est là qu'elle se renfermait pendant six mois entiers, ne s’occupant qu'à varier ses plaisirs. Accessible d’abord à un petit nombre de favoris, il fut bientôt ouvert indistinetement à tout le monde. Tous les vices s’y rencontrèrent et y régnèrent avec une licence effrénée. Alors la défection devint générale.

Les princes de Tchéou, pelit État vassal dans la province de Chen-Si, se couvraient de gloire en défendant les frontières occidentales de l'empire contre les attaques incessantes des Tartares; ils se chargèrent enfin de le délivrer des folies royales. L'un de ces princes nommé Wou-Wang (roi guerrier) marcha contre le roi. Le Livre des Annales nous a conservé le curieux récit de cet événement.

I. « Au printemps de la treizième année (1122), il y eut une grande assemblée à Meng-Tsin (sur le Houang-Ho); Wou-Wang dit : O vous qui êtes les respectables seigneurs des royaumes voisins, vous qui êtes préposés au gouvernement des affaires et au commandement des troupes, écoutez attentivement les ordres que jai à vous donner:

» Le ciel et la terre sont le père et la mère de toutes choses. L'homme, entre loutes ces choses, est le seul être intelligent; mais un roi doit l'emporter par sa droiture“et par son discernement : élant supérieur par sa droiture et son discernement, il devient le père et la mère du peuple.

» Aujourd'hui le roi de la dynastie Chang ( Chéou) n'a aucun respect pour le-ciel suprême : il opprime et vexe le peuple.

» Il est livré au vin et à la débauche; il se plait à exercer des cruautés inouïes. Lorsqu'il punit, la punition s'étend sur toute la famille; s'il donne des dignités, il les rend héréditaires. X fait des dépenses excessives en. châteaux de plaisance, en tours, en pas villons, en chaussées et en lacs; il épuise vos familles par ses exactions; il fait mettre en broche et rôtir les gens de bien, ouvrir le ventre des femmes enceintes. L’auguste ciel irrité a mis entre les mains de mon illustre père son autorité respectable; mais mon père n’a pu achever d’exécuter les ordres du ciel.

» C’est pourquoi, moi, Fa, surnommé ensuite Wou-Wang (roi guerrier), tout humble que je suis, et vous qui commandez aux royaumes voisins, examinons le gouvernement des Chang. Le roi Chéou ne pense point à réformer sa conduite; tranquille sur son état, il ne rend plus ses devoirs ni au Souverain Suprême (Chang-Ti), ni aux esprits; il ne fait plus les cérémonies dans la salle des ancêtres; il laisse prendre par des voleurs les animaux destinés aux offrandes, et les autres choses. Je dis en consé quence : Puisque c’est moi qui suis chargé des peuples et qui en ai l’ordre du ciel , ne dois-je pas remédier à ce désordre?

» Le ciel, pour aider et assister les peuples, leur a fait des princes, leur a fait des instituteurs ou chefs habiles. Les uns et les autres sont Les ministres de l'Être Suprême (Chang-Ti), pour aimer et pacifier l'univers, punir les coupables et récompenser les bons. Comment oserais-je agir d’une manière contraire à ses intentions ?

» Lorsque les forces sont égales, il faut avoir égard aux talents; si les talents sont égaux , il faut avoir égard à la droiture du cœur, à la justice. Le (roi) CGhéou a une infinilé de sujets qui ont autant de sentiments différents ; moi je n’en ai que trois milles mais ils n’ont Lous qu’un même sentiment. 1

» Les crimes du roi (de la dynastie) Chang sont à leur comble; le ciel ordonne qu'il soit châtié. Si je ne me conforme pas aux volontés du ciel, je serai complice des crimes de Chéou.

» Tous les jours je tremble et je m'observe. J'ai succédé aux droits de mon illustre père : je fais, à l'honneur du Souverain Etre (Chang-Ti), la cérémonie Louï, à l’honneur de la terre la cérémonie Y, et je me mets à votre tête pour appliquer les châtiments décrétés par le ciel.

» Le ciel a de la prédilection pour les peuples : ce que le peuple désire, le ciel s’empresse de le lui accorder. Vous tous, aidez-moi à affermir pour toujours la tranquillité des contrées situées entre les quatre mers : quand l’occasion s’en présente, il ne faut pas la perdre.

I. » Au jour cinquante-cinquième du cycle, le roi fait faire halte à son armée au nord du fleuve; les princes et les grands étaient à la tête.de leurs corps. Le roi, voyant les troupes rassemblées, les encouragea et leur donna ses ordres en ces Lermes :

» OÔ vous qui venez de la terre occidentale et qui êtes nombreux, écoutez ce que j'ai à vous prescrire.

» J'ai entendu dire qu'un homme de bien qui pratique la vertu, s’exerce chaque jour dans celte vertu et ne se lasse jamais ; que l’homme pervers qui se livre au vice, s'exerce chaque jour dans le vice et ne se lasse jamais. Aujourd'hui, Chéou, roi de la dynastie Chang, se livre sans mesure à toutes sortes d’excès ; il repousse les respectables vieil-

fards pour se lier avec des criminels, pour se livrer au vin et à la débauche; il en résulte beaucoup de cruautés. Les fonctionnaires inférieurs l’imitent; ils s'unissent entre eux pour commettre leurs crimes avec impunité : on ne voit que vengeances, abus d'autorité, oppressions de toutes sortes qui produisent des accusations et des meurtres. Les innocents ont été obligés d’avoir recours au ciel, et leur vertu, indignement opprimée, leur a fait pousser des cris qu'il a entendus.

» Le ciel chérit les peuples, et un roi doit se conformer au ciel. Kie (le dernier roi de la dynastie Hia) n'avait pas agi conformément au ciel; il avait inondé le royaume du poison de sa méchanceté; c’est pourquoi le ciel assista Tching-Thang , et lui or-

donna de détruire Kie avec la dynastie Hia.

» Les crimes de Kie n’étaient cependant pas aussi grands que ceux de Chéou. Celui-ci a chassé son frère aîné qui était d’une grande sagesse; il a fait souffrir une mort cruelle à ceux de ses ministres qui lui faisaient des représentations; il a dit qu’il avait l'ordre du ciel; il a dit qu’il n’était pas nécessaire d’être grave ni réservé; il a dit que les sacrifices el les cérémonies n'étaient d'aucune utilité; il a dit que ses rigueurs et ses cruautés ne pouvaient lui attirer aucun mal. Votre miroir n’est pas éloigné; il existe dans le dernier roi de la dynastie Æia. Le ciel me destine pour avoir soin des peuples ; cette destination est conforme à mes songes, et les sorts la confirment : voilà un double présage. Si on en vient à un combat avec le roi de Chang, je serai cerlainement le vainqueur.

» Chéou a une infinité d'archers à son service : ils diffèrent tous par les sentiments et les qualités. Les officiers dont je me sers sont au nombre de dix; mais ils ont les mêmes sentiments, les mêmes vertus. Chéou n’emploie que ses parents et ses alliés; mais ils ne peuvent être comparés aux hommes bienfaisants et sages.

» Le ciel voit ce que les peuples voient, il entend ce qu'ils entendent. Les cent familles (tout l'empire chinois) me blâment (de différer); il faut done que je marche.

» Vous qui êtes à la tête des corps de troupes, soyez attentifs; ne soyez pas sans vigilance; il vaut mieux se défendre que de mépriser ses ennemis. Toutes les familles sont aussi effrayées que si l’on allait briser leur tête. Holà! n'ayez qu’an esprit et qu'un cœur; achevons ce que nous avons commencé, et que notre ouvrage subsiste éternellement !

III. » Le jour suivant, le roi fit la revue de ses six corps de troupes et leur donna ses ordres.

» Le roi dit : Holà ! vous, princes sages, qui êtes venus de la terre occidentale pour me suivre, écoutez : la loi du ciel se fait clairement entendre et connaître; ses différents articles sont clairs et manifestes. Aujourd’hui le roi de Chang ne fait aucun cas des cinq devoirs, et il les viole sans crainte quand il le juge à propos. Il est rejeté du ciel ; il est détesté et maudit par le peuple.

» Il à fait couper les jambes à ceux qui le matin passaient la rivière à gué; il a fait ouvrir le cœur de ceux que la vertu rendait respectables; par ses cruautés, ses tortures et ses assassinats, il a empoisonné et dépeuplé le pays compris entre les quatre mers (la Chine) ; il a donné son estime et sa confiance aux gens les plus corrompus et les plus pervers; il a destitué de leurs emplois ceux que leur mérite avait élevés aux premières charges; il a rejeté et foulé aux pieds les lois de l'État, et a empoisonné ceux qui étaient distingués par leur sagesse. Il a laissé se dégrader les lieux où se faisaient les sacrifices au ciel et à la terre; il n’a point fait de cérémonies dans la salle des ancêtres. Pour complaire à une femme qu'il aime, il a eu recours à des moyens extraordinaires et à des maléfices. Le Souverain Suprême (Chang-Ti) , qui ne l’a point

approuvé, a résolu sa perte. Soyez-moi done sincèrement attachés; il faut que nous soyons les exécuteurs des châtiments du ciel... Moi, je me mets à votre tête pour détruire votre ennemi; appliquez-vous à bien faire... Je donnerai de grandes récompenses à ceux qui se seront signalés; mais je punirai exemplairement ceux qui n'auront pas rempli leur devoir.

… » Si je remporte la victoire sur Chéou, elle ne viendra pas de mon courage, mais de la vertu de mon illustre père; si je suis vaincu, ce sera ma faute, et non pa la sienne. » {Chou-King, liv. IV, ch. 1).

Malgré la longueur de ces trois énergiques philippiques, le chapitre suivant inti tulé : Ordres donnés dans la plaine de Mou-Ye, est trop caractéristique pour que nous omeltions de le FRPPOTLEr Lo ve

€ Au premier jour da cycle, avant la première lueur du crépuscule, le roi et sa coùr arrivèrent à Mou-Ye (dans la province du Ho-Nan), vaste plaine du royaume de la dy= nastie Chang. En donnant ses ordres, le roi tenait de sa main gauche une hache res plendissante d’or jaune et de pierreries; de sa droite, il portait élevé un étendard blanc, et s'en servait pour donner les signaux. Il dit : Que vous venez de loin, hommes de la terre occidentale!

» Le roi dit : vous, princes héréditaires des royaumes voisins, et vous qui êtes pré posés au gouvernement des affaires : président de l'instruction publique (See-Tou}; président des chevaux ou de la guerre ( Sse-Ma) ; président des travaux publics (Sse- Koung ); vous officiers de tous grades; vous qui êtes à la tête de mille hommes ; vous qui commandez cent hommes;

» Vous hommes qui êtes venus de Young, de Chou, de Kiang, de Meou, de Weï, de Lou, de Peng et de Pou;

» Élevez vos lances, préparez vos boucliers ; j'ai des ordres à vous donner.

» Le roi dit : Les hommes de l'antiquité avaient un proverbe qui disait : La poule no doit pas chanter : si la poule chante, la famille est perdue.

» Aujourd'hui Chéou, roi de (la dynastie) Chang, ne suit que les avis d’une femme; c'est elle qui fait tout, et il ne se met nullement en peine des sacrifices, ni des cérémonies; c’est pourquoi rien ne lui réussit.

» Aujourd'hui, moi, Fa (Wou-Wang), j'exécuterai respectueusement les ordres du ciel. Dans le combat que nous allons livrer, après six ou sept pas, arrêtez-vous et remellez-vous en rang ; redoublez vos efforts.

» Après quatre, cinq, six el sepi attaques, arrêlez-vous et remetlez-vous en rang ; redoublez vos efforts.

» Dans cette campagne contre (la dynastie) Chang, combattez vaillamment comme des Ligres Hou, comme des tigres Pi, comme des ours s Hioung, comme des ours Pie. Ne failes aucun mal à ceux qui Vidhdraieut se soumettre et servir nos hommes de la terre occidentale. Redoublez vos efforts.

« Si quelqu'un de vous ne fait pas attention à ce que j'ai dit, et laisse voir de la lâcheté , il sera puni sévèrement. » { Chou-King, liv. IV, ch. 2.)

Le roi Chéou-Sin fit preuve de courage. Mais son armée fut mise en déroute. Il courut à sa capitale, et, vêtu de ses habits royaux, il monta sur la Tour aux cerfs où étaient renfermés ses trésors. Là, après s'être paré de ses bijoux les plus rares, il se jeta däns un incendie qu'il avait fait préparer, et dans lequel il périt comme plus tard Sardanapale, mais non pas avec sa favorite, à laquelle Wou-Wang fit trancher la tête après avoir été proclamé empereur.

« Le ciel voit les hommes, a dit le manœuvre ministre, et veut que leurs actions soient conformes à la justice. Aux uns il accorde une longue vie, aux autres une vie

de peu de durée; ce n'est pas le ciel qui perd les hommes, les hommes se perdent eux-mêmes, en s'écartant de ses ordres. »

Ainsi s’accomplissaient. solidairement les destinés du monde oriental. Des événe-

ments semblables se manifestaient à la même époque dans le monde occidental. L’empire chinois passe à l’état de féodalité. IIS PÉRIODE pu XI° AU VI SIÈCLE AVANT JÉSUS-CHrist. (Guerre de Troie. David.) Troisième dynastie dite des Tchéou. — C'est sous cette dynastie que se développe la féodalité chinoise, ou, comme disent les annales de l'empire, la période des Rois combattants {Tchen-Koué). Elle compte trente-huit souverains; les onze derniers appartiennent à la période suivante.

Cycles, Avant Jésus-Christ,

» 1134 1re année du règne de Wou-Wang (le roi Wou).

» 1122 id. Wou-Wang, la treizième année de son règne, vainquit Chéou-Sin.

» 4145 id. Tching-Wang, des Tchéou.

» 1078 id. Kang-Wang, id.

Observation. Sous cette dynastie, les années ne furent plus appelées du nom de sse; Wou-Wang les nomma nian, qui signifie proprement le temps où les grains sont récoltés et serrés; ce qui n’arrive qu’une fois chaque année , dit un commentateur du Li-ki.

27 1077 2° année du règne de Kang-Wang.

» 1052 dre id. Tchao-Wang.

28 1047 56° id. id.

» 1001 : 1 id. Mou-Wang.

29 957 45e id. id.

» 946 are id. Koung- Wang.

» 934 id. Y-Wang.

» 909 id. Hiao-Wang.

30 897 13e id. id.

4 894 Are id. I-Wang.

» 878 id. Li-Wang.

31 831 49e id. id.

» 827 Are id. Siouan- Wang.

» 781 id. Yeou- Wang.

. 32 771 be id. id.

» 770 15 id. Ping-Wang.

» 149 . id. Hing-Wang.

55 717 3° id, id.

» 696 Are id, Tchouang- Wang. » 681 id, Li-Wang.

» 676 id. Hoci-Wang.

34 657 20° id. id.

» 651 re id. Siang-Wanyg.

» 618 id. King-Wang.

» 612 id. Kouang-Wang.

» 606 : id, Ting- Wang.

35 597 id, id.

Cycles, Avant Jésus-Christ.

» 585 2e année du règne de Xien-Wang. .

» 571 A5 id. Ling-Wang. "1 > do1 Observation. Cette année, 22° du règne de Siang-Koung , roi de l'Étatde

Lou , le 15e jour de la 14e lune , c’est-à-dire aux environs du solsticr d'hiver, Confucius vint au monde dans un bourg nommé Tséoü-Y de la province qu’on appelle aujourd’hui le Chân-Toung.

mu

» 44 : 1'e année du règne de King-Wang. ‘ol 56 537 id. id. | 44} » 919 EL id. Keng-Wang.

Wou-Wang (roi guerrier) commença son règne en offrant des actions de gräces au Souverain suprême. Îl rétablit les anciennes lois et les anciennes coutumes auxquellés son prédécesseur avait substitué sa volonté royale et les odieux caprices de sa mat: tresse. :

Le nouveau roi, pour satisfaire les grands seigneurs auxquels il avait des obligations, leur donna à chacun des souverainetés qui relevaient de la sienne: mais par la suite, étant devenues de petits royaumes indépendants, elles furent la source de nombreuses guerres civiles qui déchirèrent l'empire. Tous les mécontents, tous les descendants des empereurs des dynasties précédentes, furent ainsi pourvus de semblables royaumes, et quinze des parents du nouveau souverain reçurent quinze principautés en apanage. Îl y eut alors vingt-deux États feudataires dans l'empire, les: quels furent portés à plus de quarante-trois, cent ans après, et à cent vingt-cinq cent ans plus tard. On compte cent cinquante-six royaumes feudataires sous les Tchéot: et établis par eux. 1 y en avait dix-sept sous les Chang, vingt sous les Hia, trente sous l'empereur Chun, et treize sous Yao; mais dans ces premiers temps, c’étaient des États en partie indépendants et non créés dans le sein de l'empire, comme sous les Tchéou.

Le système féodal s'établit donc en Chine, comme il existait alors dans le monde occidental, et comme quinze cents ans plus tard il s'établit en Europe. En Europe comme en Chine, il durera à peu près dix siècles, mettant cinq cents ans à se développer et cinq cents ans à se dissoudre. ,

Traduisez les titres hiérarchiques tseu (baron), pé (comte), koung (duc)... , trans posez les lieux, agrandissez la scène, conservez les notions opposées de l'Orient et dé l'Occident, et en réalité les événements sont semblables et se succèdent de la même manière en Chine qu’en Europe. |

L'intronisation de Kang-Wang semble appartenir à notre moyen âge. L'histoire chinoise dit :

« Alors le régent du royaume : ordonna à deux grands vassaux de faire savoir au prince T5i (dans le Chang-Toung, orient montagneux) de prendre deux hallebardiers et cent gardes pour venir en dehors de la porte australe, au-devant du prince héritier Tchao, et de Le conduire dans le corps de logis qui est à l’orient. C’est là que ce prince devait uniquement penser à pleurer la mort de.son père.

» Au quatrième jour du cycle (19 mars 1068 avant Jésus-Christ), le régent dun

royaume Tchao-Koung fit écrire les paroles testamentaires du feu roi, et la manière dont se feraient les cérémonies.

* Nommé dans le texte chinoïs Taï-Pao, grand consérvateur : c’était le régent du royaume pendant le grand deuil du nouveau roi, qui durait trois ans. d

» Sept jours après, le dixième du cyele, il ordonna aux officiers de faire préparer le bois dont on aurait besoin.

» L'officier, appelé Tie, eut soin de mettre en état l’écran sur lequel étaient représentées des haches, et il tendit des rideaux (autour du trône).

» Vis-à-vis la porte, tournée vers le sud, on étendit trois rangs de nattes appelées mie (faites de bambou fendu }; la couleur des bords était mêlée de blanc et de noir ; on mit la petite table faite de pierres précieuses.

» Devant l'appartement occidental, tourné vers lorient , on étendit également trois rangs de nattes nommées { (faites de jonc), dont les bords étaient composés de pièces de soie de diverses couleurs, et on mit une petite table faite de coquillages.

» Devant l'appartement oriental, tourné vers l'occident, on étendit encore trois rangs de nattes appelées foung, dont les bords étaient de soie de plusieurs couleurs; on y mit une pelite table faite de pierres précieuses très-bien taillées.

» Devant un appartement séparé, à l’occident, on étendit vers le sud trois rangs de nattes appelées sun (faites de bourgeons de bambou ainsi que les précédentes), dont les bords étaient de soie noire; on mit une petite table vernie.

» On rangea les cinq sortes de pierres précieuses, et la chose la plus rare, l'épée, dont le fourreau était couleur de chair, le livre des grands documents ‘; les pierres précieuses appelées houng-pi et youeng-yen furent rangées dans l'appartement occidental qui était à côté; on mit dans l'appartement du côté opposé les pierres précieuses appelées ta-yu et y-yu (jade rare et jade commun); le globe céleste fait de pierres précieuses (tian-kieou); la figure sortie du fleuve (ho-thou, comprenant les premières figures symboliques du Y-King). Dans un autre appartement, à l'occident, on mit les habits appelés yn, destinés aux danses, les grands coquillages et le tambour appelé fen-kou; dans un autre appartement oriental, on mit la lance appelée touï, l'arc appelé ho, et les flèches de bambou nommées fchouï.

» Le grand char (fa-oul) fut mis près de l'escalier des Hôtes; ce char était tourné vers le sud. Un autre char, destiné à conduire le premier, fut placé auprès de l’escalier de celui qui attend les hôtes; il était aussi tourné vers le sud : le char de devant fut placé auprès de l'appartement latéral de la gauche, et les chars de derrière auprès de l'appartement latéral de la droite ?.

» Deux officiers, couverts d’un bonnet rouge foncé, et tenant une hallebarde à trois têtes, étaient debout en dedans de la porte de la grande salle; quatre officiers, couverts d’un bonnet de peau de faon, et présentant la pointe de leurs hallebardes , étaient debout à côté des salles de l'escalier de l’ouest et de l’est, et se répondaient les uns aux autres. À la salle de l’est et de l’ouest, était un grand officier, couvert de son bonnet de cérémonie, et tenant en main une hache; sur l’escalier oriental était un autre grand officier, couvert de son bonnet et armé d’une pique à quatre pointes; un autre, couvert et armé d’une pique très-pointue, paraissait debout sur le petit escalier à côté de celui de lorient.

: Selon le commentateur Tchou-Hi, l'expression chinoise {@ hiun, grand document, grand enseiymement , désigne le livre ou l’histoire des trois augustes souverainetés (du ciel, de la terre et de l’homme), et celle des cinq empereurs : d’où il résulterait, comme on l’a déjà remarqué dans cet ouvrage, qu’il existait déjà des livres avant le Chou-King, et que ces livres désignés ici renfermaient l’histoire de ces temps très-reculés que nous avons nommés anté-hisioriques. (Pauthier.)

? Ce sont cinq chars différents : le 4er, {a lou, le grand char, était de pierreries, selon le commentateur Tchou-Hi ; le 2e, tchouï-lou, était un char d’or; le 5e, sian-lou, char de devant, était de bois; les deux de derrière, le 4e et le 5e, siang-lou et ké-lou, étaient, l’un peint, et l'autre sculpté. Ces cinq chars sont représentés dans l'Encyclopédie chinoise.

» Le nouveau roi, couvert de son bonnet de toile de chanvre, vêtu d'habits de différentes couleurs, monta l'escalier des Hôtes; les grands et les princes vassaux, avec des bonnets de toile de chanvre et des habits noirs, vinrent au devant de lui; chacun alla à son poste et s’y tint debout.

» Le régent du royaume ( Tuï-Pao), le grand historien de l'empire (Tuï-Sse), l’'intendant des rites et cérémonies, étaient tous couverts d’un bonnet de chanvre, mais ha= billés de rouge. Le régent du royaume et l’intendant des cérémonies montèrent l’esca lier de celui qui traite les hôtes : le régent du royaume portait entre ses mains la grande pierre précieuse nommée houeï, à l'usage du roi, et la tenait élevée en haut; l'intendant des cérémonies portait élevées en haut la coupe et la pierre précieuse nommée mao. Le grand historien monta sur l'escalier des Hôtes, et remit au roi le testament, qui était écrit.

» Il dit : L’auguste prince (le roi décédé), appuyé sur la petite table de pierres pré cieuses, a déclaré ses dernières volontés. Il vous ordonne de suivre les instructions de vos ancêtres, de veiller avec soin sur le royaume de Tchéou, d'observer les grandes règles (les lois constitutives, selon le commentaire), de maintenir la paix et les bonnes: mœurs dans le royaume, et enfin d’imiter et de publier les belles actions et les instructions écrites de Wen-Wang et de Wou-Wang. |

» Le roi se prosterna plusieurs fois, se leva, et répondit : — Tout incapable que je suis, me voilà chargé du gouvernement du royaume; je crains et je respecte l'autorité du ciel. |

» Ensuite, le roi prit la coupe et la pierre précieuse, fit trois fois la révérence (à la représentation de son père mort), versa trois fois du vin à terre, et en offrit trois fois. Alors le maître des cérémonies répondit : « C’est bien. »

» Le régent du royaume prit la coupe, descendit, se lava les mains, prit une autre coupe, la plaça dans le vase appelé tchang, et fit la cérémonie en avertissant (en pu= bliant l'acte par lequel il prenait possession du royaume au nom du jeune roi); il donna ensuite la coupe à un des officiers des cérémonies, et salua. Le roi lui rendit le salut.

» Alors le régent du royaume, reprenant la coupe, versa du vin à terre, s’en frotta les lèvres, revint à sa place, et, après avoir donné la coupe à un officier des cérémo nies, salua. Le roi lui rendit lé salut.

» Le régent du royaume descendit de sa place, et fit retirer tout ce qui avait servi à la cérémonie. Les princes vassaux sortirent par la porte de la salle des cérémonies (miao), et attendirent.

» Le roi, étant sorti, s'arrêta en dedans de la porte de l’appartement du nord. Le régent du royaume (prince vassal, chef des grands vassaux}, à la tête des princes vas= saux d’occident, entra par la porte qui est à gauche; et Pi-Koung, à la tête des princes vassaux d’orient, entra par celle qui est à droite. On rangea les chevaux (présents des princes vassaux) de quatre en quatre; ils étaient de couleur tirant sur le jaune, et leur crinière était teinte en rouge. Les princes vassaux, prenant leur koueï : et les pièces de soie (qui désignaient la redevance), les tinrent élevés entre les mains, et dirent : « Nous qui sommes vos sujets vassaux, chargés de la défense du royaume, nous pre” » nons la liberté de vous offrir ce qui est dans notre pays. » Après ces paroles, ils firent plusieurs révérences à genoux, et le roi, héritier de l'autorité et des prérogaz tives des rois ses prédécesseurs, rendit le salut.

" Petite tablette que les princes et les grands plaçaient par respect devant leur visage en parlant au roi.

» Le régent du royaume et le prince de Joui se saluèrent mutuellement en joignant les mains et en s’inclinant légèrement ; ensuite ils firent la révérence à genoux, et dirent : « Nous prenons la liberté de parler ainsi au fils du Ciel. » En considération de ce que Wen-Wang et Wou-Wang ont gouverné avec beaucoup de prudence et avec un cœur de père les pays occidentaux (les provinces occidentales de la Chine, dont le chef-lieu était dans le Chen-Si), l'auguste Ciel leur a donné avec éclat le royaume, après en avoir privé la dynastie de Yu; et ces deux princes ont été très-soumis aux ordres du Ciel.

» Vous venez de prendre possession du royaume; imitez leurs actions, récompensez et punissez à propos, procurez le bonheur et le repos à vos descendants : voilà ce que vous devez avoir soigneusement en vue; tenez toujours en bon état vos six corps de troupes, et conservez ce royaume que vos ancêtres ont obtenu avec tant de peine.

» Alors le roi dit : « O vous qui êtes des divers ordres de princes vassaux de tous les royaumes (formant l'empire chinois}, voici ce que Tchao vous répond :

> — Les rois mes prédécesseurs, Wen-Wang et Wou-Wang, pensaient plus à récompenser qu'à punir; leur libéralité s’étendit partout ; leur gouvernement était sans défaut, et fondé sur la doctrine : voilà ce qui les rendit si illustres dans tout l'empire. Leurs officiers, intrépides comme des ours, étaient en même temps sincères et fidèles ; ils ne pensaient qu'à servir et à défendre la famille royale; c’est pour cela que ces princes recurent les ordres du souverain maître (Chang-Ti), et que l’auguste Ciel, approuvant leur conduite, leur donna autorité sur tout l'empire.

» Ils ont créé des princes vassaux, afin que ceux-ci défendissent le royaume de leurs successeurs. Vous qui êtes mes oncles paternels, pensez que vous, vos pères et vos aïeux ont été sujets des rois mes prédécesseurs, et qu’ils ont maintenu la paix. Votre corps est éloigné de la cour, mais votre cœur doit y être; partagez avec moi le travail et les inquiétudes; remplissez tous les devoirs de sujets vassaux : quoique je sois jeune, ne me couvrez pas de honte. ;

» Les grands et les princes vassaux, après avoir recu les ordres du roi, se saluèrent mutuellement, les mains jointes, et se retirèrent promptement. Le roi quitta le bonnet de cérémonie pour prendre le vêtement de deuil. » ( Chou-King, liv. IV, ch. 29, 95.)

Un vieux saule sous lequel ce roi s’asseyait pour rendre la justice, lui servait de tribunal pour juger les différends qui naissaient entre les laboureurs; et ce saule est devenu aussi célèbre dans la poésie chinoise que le chêne de Vincennes dans l'histoire de saint Louis.

Nous ne pouvons nous dispenser de rapporter encore quelques faits qui se passèrent en Chine pendant cette période.

Tchéou-Koung, régent de l'empire sous la minorité de Tching-Wang (roi parfait) fut

un des plus grands hommes de la Chine. Il fit construire dans le Ho-Nan, une ville qui porte aujourd'hui le nom de Teng-Foung. Le plan de cette ville a depuis servi de modèle pour toutes les villes chinoises. Il y fit élever l'observatoire qui y subsiste encore; on y montre le gnomon dont il se servit pour mesurer l'ombre solstitiale et l’élévation du pôle. IL connaissait la propriété du triangle rectangle et l'usage du tchinan (indicateur du sud), nom que porte encore aujourd’hui la boussole chinoise. On conserve de cette époque une monnaie de cuivre et d’or, ayant un trou carré au milieu.

« À la troisième année du règne de Zching-Wang, il y eut des hommes du royaume de Ni-Li, qui abordèrent en Chine sur des demeures flottantes (joung, jonques). Ces hommes se flattaient d’avoir abandonné leur royaume en marchant au milieu d'une nuéé ambulante.… Le roi les accueillit, et les instruisit des cérémonies que devaient observer les étrangers. »

On pense qu'il s’agit ici de l'Égypte, et de l’arrivée de familles juives qui s’établirent alors en Chine. Nous verrons d’ailleurs qu’à cette époque les flottes phéniciennes et hébraïques parcouraient les archipels de l'Océanie, et y déposaient des traditions et des usages qui, selon MM. de Freycinet et Dumont d’Urville, s'y sont conservés parmi les insulaires actuels. |

. Mou-Wang (roi magnifique) fit un voyage dans l'occident de la Chine, à la montagne Kuen-Lun. Il s’y rendit sur un char attelé de plusieurs chevaux vigoureux que conduisait un de ses mandarins. C’est la première grande excursion royale hors des limites de l'empire. Il parvint jusqu'au royaume de Si-Wang-Mou, la mère du roi occidental. On se fit réciproquement des présents, et la reine elle-même se rendit à la cour impériale. Selon les historiens persans, Mou-Wang visita la Bactriane et la Babylonie. Quel» ques missionnaires Chrétiens prétendent qu’il ne s’agit ici que d’une interpolation de l’histoire de Salomon et de la reine de Sabah, contemporains de Mou -Wang; d’autres missionnaires, au contraire, établissent que le fait chinois est étranger au fait judaïque. Et M, Pauthier, prenant, comme quelques philosophes chinois, le nom de Si-Wang-Mou pour un nom d'homme, conjecture qu’il n’est que la forme chinoise du nom de S'akya- Mouni, surnommé Bouddha dans l’Inde, et Fo en Chine, lequel vivait aussi à cette époque, et dont la doctrine fut introduite officiellement dans l'empire dix siècles plus tard. Quoi qu’il en soit, les annales chinoises rapportent que Mou-Wang ramena de l'Occident des hommes d'art (koung-jin), par le secours desquels il fit construire de nouveaux palais et de magnifiques jardins.

Les Kiouan-Joung (chiens de barbares), vaincus par Mou-Wang , lui donnèrent en tribut de grands sabres à deux tranchants, nommés hoen-ou ( protecteurs), et des étoffes du nom de ko-hoan (qui se nettoient par le feu). C’est vraisemblablement de la toile d'amiante, que les Grecs disaient connue et employée par les Brahmanes anachorètes de l'Inde.

Sous Li-Wang, il y eut une grande révolte du peuple. Toute la famille royale, au nombre de trois cents personnes, fut exterminée. Il n’y eut d’épargné que le roi qui réussit à prendre la fuite, et le plus jeune de ses enfants qu’un ministre parvint à dérober à la fureur du peuple en lui livrant son propre fils qui fut pris pour l’héritier du trône. Plus tard, il le fit reconnaître par les mandarins, sous le nom de Siouen-Wang (roi proclamé). Cet événement historique a fourni le sujet du drame chinois connu sous le titre de l’Orphelin de la Chine. | |

L'histoire chinoise mentionne plusieurs éclipses de soleil observées depuis l’année 722 jusqu’à l'année 480 avant notre ère, L'une de ces éclipses, répondant au 3 février 625, parait être celle qui fit cesser le combat entre les Lydiens et les Mèdes, sous le règne de Cyaxares.

À la mort de Mou-Koung, grand vassal préposé aux frontières du Chen-Si, un fils de. ce prince, son char, trois enfants de sa famille, des tigres enchaïnés qui marchaient à la suite, furent ensevelis avec lui, On ensevelit en tout cent soixante et dix-sept personnes. Getle coutume, qui était regardée comme usuelle, paraît être d’origine seythique. Hérodote nous apprend, en effet, qu’à la mort d’un roi scythe, on enterrait avec lui une de ses femmes, un échanson, un cuisinier , un écuver, un secrétaire, un huissier, après les avoir préalablement mis à mort: on y comprenait encore six chevaux, et un choix de ses effets les plus précieux. Les Francs avaient conservé cette coutume en entrant dans la Gaule. Elle existe encore chez plusieurs peuples de l'Asie. Étrangère à la Chine, elle n’y a point subsisté. |

À dater du règne de Siouen-Wang, l'autorité des Tchéou s’affaiblit de plus en plus. Ce n’est plus guère qu'une suite de règnes anarchiques, de crimes, d’assassinats, de

troubles de toutes sortes, de guerres continuelles que se font les nombreux vassaux pour agrandir leur puissance et pour se rendre indépendants. Huit des principautés vassales étant gouvernées par des membres de la famille impériale, cette famille aurait pu se maintenir à la tête des autres toujours divisées; mais elle n’était pas moins divisée elle-même; et, longtemps avant de succomber, elle se trouva incapable de contenir les rebelles ou d'empêcher les guerres particulières. Les Tartars du Nord el ceux de l'Ouest combaltaient tantôt pour leur propre compte, tantôt pour celui des grands vassaux. Toutes les provinces furent ravagées, l'instruction publique négligée, le haut et le bas, c’est-à-dire tous les rangs de la société chinoise, démoralisés… El comme si rien ne devait manquer à l'image orientale de notre moyen âge, les vassaux altérèrent les monnaies. Alors on fondit la petite monnaie pour fabriquer des pièces plus grandes avec la marque royale. Cette monnaie trop forte gênant les échanges, on inventa une espèce de papier-monnaie, billets de banque ou de convention, dont chaque contractant prenait la moitié pour empêcher la fraude. Lorsqu'un siècle plus tard les billets-à-ordre furent définitivement établis, on employa, pour ces conventions, des pièces de peau de certains cerfs qui étaient nourris dans le parc intérieur du palais. Le papier dit de Chine ne fut inventé qu’en l’an 220 avant notre ère.

Ainsi, pendant que l'empire était en proie à ces grands désordres intérieurs, les Tartars le menaçaient incessamment sur toute la chaîne dorsale qui forme ses frontières du nord et de l'ouest. Ils demandaient à la Chine une partie de son territoire pour s'y établir. « La maison royale est près de sa chute. Les faisans à longues queues (les étendards) des Barbares du Nord (joung) se déploient avec orgueil dans les airs. On ne peut les empêcher d’accourir. Ils se précipitent sans interruption dans les plaines qui séparent les fleuves Tsi, Lo et Ho. » Les Tartars, vingt fois repoussés, vingt fois reparurent plus redoutables. Pour opposer une barrière à l'invasion étrangère, autant qu’à leur propre défense entre eux, les grands vassaux préposés aux frontières construisirent dans leurs principautés de longs murs d’une grande épaisseur, flanqués dc tours à la distance de deux traits de flèche pour que de tous les points on püt atteindre l'ennemi. La jonction de ces fortifications détachées formera un peu plus tard la grande muraille de la Chine.

Ainsi la division a pénétré tous les éléments de la féodalité chinoise : cette forme sociale est prête à se dissoudre. L'empire cherche à se reconstituer sur une autre base, et celle autre base sera encore celle qu'ont posée, dès l’origine de la nation, les empereurs Yu, Chun et Yao. Cette tendance instinctive de l'empire à retourner au passé sera puissamment secondée dans l'élément religieux par Lao-Tseu (le vieilenfant, né en 604), et dans l'élément politique et social par Koung-Fou-Tseu (né en 351). Un article spécial sera consacré plus tard à ces deux philosophes chinois. Nous nous bornons à rappeler ici que Lao-Tseu fit, comme autrefois Wou-Wang, un voyage au mont Kuen- Lun, vers l’Inde, où Pythagore pénétrait à la même époque. Ils remontaient au berceau commun, espérant y recueillir, l’un pour l'Orient, l’autre pour l'Occident, tous deux également démoralisés, des doctrines plus pures, plus conformes à la destination morale du genre humain.

Fe PÉRIODE DU vif AU 1° SIÈCLE AVANT JÉSUS-CHRIST. — (Guerre médique. République romaine. Alexandre le Grand.) — Suite de la troisième dynastie dite des Tchéou. — Les Onxe derniers rois.

Cycles, Avant Jésus-Christ, 36 519 ire année du règne de Keng-Wang.

37 477 45° id, id.

Cycles. Avant Jésus-Christ.

{re année du règne de Youan-Wang.

id. Tching-Ting-Wang.

id. Kao-Wang.

id. Weï-Lie-Wang.

Observation. « C’est seulement jusqu’à cette année 425 ayant JéSus- Christ, que certains critiques outrés, qui n’ont eu ni les lumières ni les secours nécessaires pour pouvoir démèêler les temps antérieurs, font commencer la certitude d’une chronologie non interrompue”e fixée par les cycles année par année. » Amior.

9% année du règne de Weï-Lie-Wang.

gre id. Ngan-Wang.

id. Lie-Wang.

id. Hien- Wang.

19e id. id.

dre id. Chin-Tseng-Wang.

id. Nan-Wang.

18° id. id.

La 59° année du règne de Nan-Wang, les Tchéou sont éteints.

Depuis le règne de Keng-Wang, la forme féodale se décompose de plus en plus; déjà on pressent la réunion prochaine dans une seule main de tous les membres épars du grand et vieil empire chinois. Le nombre des États feudataires diminue peu à peu. Siang-Wang, prince de Thsin, ayant détruit et humilié ses rivaux, rendit Nan-Wang, son roi suzerain, spectateur impuissant de son agrandissement et de ses triomphes: Bientôt il ne déguisa plus ses projets; il offrit solennellement le sacrifice au Souverain suprême (Chang-Ti), s’attribuant ainsi une prérogalive qui n’appartenait qu’au roi dynastique. Nan-Wang fut obligé d’implorer la clémence du vainqueur, qui lui assigna

une ville pour demeure.

Quatrième dynastie dite des Tsin. — Cette dynastie compte sept souverains.

Cycles. Avant Jésus-Christ,

Empire des Thsin; 52 année de Siang-Wang. 1e année du règne de Hiao-Wen-Wang.

id. Tchouang-Siang-Wang.

id, Wang-Tching.

10° id. id.

26° id. Thsin-Chi-Hoang-Ti.

Observation. « Jusqu’alors les empereurs de la Chine s'étaient contentés du titre de heou (prince), de wang (roi) ou de {à (empereur); mais celui-ci prit l’auguste titre de hoang-ti qui signifie souverain seigneur, empereur suprème, et tout ce qu’on peut dire de plus grand. Ses successeurs ont conservé ce titre fastueux jusqu’à présent. Le titre de thian-tseu (fils du ciel) marque la subordination, et la subordination la plus exacte, qui est celle du fils pour son père: le titre de hoang-ti marque une autorité absolue et parfaitement indépendante. C’est cet empereur qui fit brûler les livres et persécuter les lettrés. »

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