SYRIE. — PALESTINE
La Syrie, qui portait dans son origine le nom indigène d’Aram et que les Arabes désignent sous le nom de Bar-el-Cham (le rivage de la gauche en opposition avec l’Yémen ou le pays de la droite); la Syrie, comprise entre 30° 36’ et 37° 2 de latitude nord, et entre 32° 48’ et 37° de longitude est, a pour bornes : les pachaliks d'Itchil au nordouest, de Marach au nord, de Reha au nord-est et de Bagdad à l’est ; au sud-est elle a pour limites l'Arabie, et au sud et au sud-ouest l'Égypte avec laquelle elle ne confine que sur une très-petite portion ; elle est baignée à l’ouest par la Méditerranée qui s’y termine. Sa longueur est de 135 lieues du nord au sud ; elle a 68 lieues dans sa plus grande largeur et 6,100 lieues carrées. On ne saurait évaluer, même approximativement, la population de cette contrée; mais c’est l’exagérer ,beaucoup que de la porter, comme quelques voyageurs, à 3,000,000 d'individus.
Les côtes présentent de nombreuses découpures : on remarque, en commençant par le golfe de Scandéroun, qui en est la partie la plus septentrionale, le cap Khanzir, le golfe de Souvadié, le cap Ziaret, le golfe de Ladikiéh, le cap Ras-el-Hesn; les baies de Yripoli, de Bérout, de Saïd et de Saint-Jean-d'Acre, et le promontoire de Jaffa.
Deux chaînes de montagnes, venant de l'Arabie, entrent dans la Syrie par le sud. La plus occidentale longe la Méditerranée, dont elle ne s'éloigne généralement que de 7 à 8 lieues, projette vers cette mer un rameau assez important qui se termine par le mont Carmel, élevé de 3,000 pieds, et présente ensuite le mont Thabor qui a la même élévation *. L'autre chaîne, courant presque parallèlement à la première, avec laquelle elle circonserit entièrement le bassin de la mer Morte, se réunit à elle pour ne plus former qu’une seule chaîne connue sous le nom d’Anti-Liban qui a la même direction, et qui jette vers l’est de faibles ramifications, tandis qu'il étend vers l’ouest une branche considérable, divisée elle-même en plusieurs autres qui s’écartent jusque sur les côtes et dont le mont Liban, haut de 1,400 toises, est le point culminant. L'Anti- Liban prend ensuite le nom de monts Ansariéhs et s’abaisse bientôt vers le mont Casius
. des anciens, pour livrer passage à l’Oronte, au delà duquel il se relève sous la dénomination d’Alma-Dagh; il offre alors les montagnes connues jadis sous les noms de Piérius et de Rhassus, et va se réunir, sur la limite septentrionale de la Syrie, à la grande chaîne du Taurus, dont une branche remarquable, celle des monts d'Aïntab ou Aïtab, couvre le nord-est de cette contrée.
On a observé dans le pays que nous décrivons une grande quantité de volcans; et quoique aujourd’hui il n’y en ait aucun en ignition, les feux souterrains agitent souvent le sol et produisent des tremblements de terre qui ont porté la destruction dans les principales villes : celui de 1822, entre autres, ruina presque entièrement Alep,
* Cetle chaîne offre encore les monts Ébal et Garizim, ainsi que le Golgotha ou Calvaire, tandis que les chaînes orientales présentent les monts Galaab, Aburim et Moab à l'est de la mer Morte.
Antioche, Scandéroun, etc.; et Ses secousses s’étendirent jusqu’à Tripoli, Saïd et Jérusalem. Le bassin du Jourdain offre beaucoup de traces volcaniques; les eaux bitumineuses du lac Asphaltite, les tourbillons de fumée qui s’en échappent, les nouvelles crevasses qui se font sur ses rivages, les laves, les pierres ponces rejetées sur ses bords, et le bain chaud de Tabariéh, prouvent que cette vallée a été le siége d’un feu qui s’est à peine éteint. : |
L'Oronte et le Jourdain descendent tous deux du Liban; le premier, qui coule au nord, à sa source au pied d’un contre-fort du Liban, forme le lac Famiéh, reçoit les caux de celui d’Antakiéh et se jette dans la Méditerranée après un cours de 80 lieues: Sa largeur est d'environ 240 pieds; sa profondeur n’a pas plus de 4 ou 5 pieds, mais ses bords sont élevés et argileux. Ainsi encaissé il ne fournit de l’eau aux campagnes voisines qu’au moyen de machines à roues établies sur ses bords, ce qui lui a valu le nom d’Obstiné. Quoiqu'il soit le roi des fleuves de là Sÿrie, il resterait à sec pendant l'été sans les nombreuses barres qui en retiennent les eaux: L’Oronte est appelé par les Arabes Nahr-el-Aaszi où Makloub.— Le Jourdain (en arabe Æl-Cheria ou Arden), prénd sa source dans le lac Phiala au pied d’une montagne de l’Anti-Liban. Profond de 6 à 7 pieds, large d’une centaine, il parcourt au plus 40 lieues. Ses eaux sont troubles et déposent un limon bitumineux, ce qui n’empêche pas cette rivière d'être poissonneuse. Parmi les aütres rivières qui, pour la plupart, ne sont que des torrents, le Kasmié ou Casimir paraît répondre au Léontos des anciens; le Nahr-el-Kébir serait l'Eleutherus, dans laquelle une fausse tradition fait périr Frédéric Barberousse, et qui terminait la Phénicie.
Les lacs sont formés par les nombreuses chaînes transversales qui arrêtent le cours des fleuves. Outre les lacs Famiéh et Antakiéh dont nous avons parlé, on trouve encore celui de Bahr-el-Kades, près d'Hems. D'autres lacs sans écoulement existent dans les parties orientales et méridionales : on cite ceux d’Aela, du Vieux-Alep, de Geboul et d'Al-Zarka, qui tous ont les eaux salées. Le lac du Pré (Bahr-el-Mardjs), non loin de Damas, rassemble les eaux séléniteuses des montagnes voisines. Mais le plus fameux est le lac Asphaltite (la mer Morte) qui probablement a toujours été, comme aujourd'hui, sans communication avec la mer: A
Le sol est un sable mêlé d’une quantité suflisante de terre végétale et de calcaire. Toute la partie de la Syrie située à l’est des montagnes est entièrement plate, couverte de sables et n'offré qu'un désert immense, nu, aride, fréquenté seulement par quelques tribus de Bédouins; ôn y rencontre cependant quelques oasis qui servent de stations aux cäravanes; c’est à l'extrémité de ce désert que se trouvent les ruines de Palmyre. Mais la partie habitée de cette contrée peut être regardée comme une suite de vallées dont lé plus grand nombre est d’une étonnante fertilité.
Si l’agriculture était moins négligée; si l’art aidait un peu la nature, on pourrait rapprocher en Syrie, dans ün espace de vingt lieues, les richesses végétales des contrées les plus distantes. On y récolte des grains, du sésame, de la garance, du lin, du safran, du coton et d'excellents fruits tels qu’oranges, citrons, pistaches, grenades, | pêches, abricots, amandes, figues et melons; les coteaux sont garnis d'oliviers et de vignes. On voit croître sans culture là canne à sucre, le nopal sur lequel croit la cochenille, l’indigotier et plusieurs espèces de plantes aromatiques. La vallée comprise entre le Liban et la Méditerranée est surtout remarquable sous ce rapport : sa proximité des montagnés et de la mer la rendént abondante en riches productions de toute sorte; on y rencontre le palmier, le pistacia terebinthus, que distinguent ses excroissances cornées. En remontant les pentes du Liban, on trouve toutes les productions d'Europe; la vigne et le mürier y sont cullivés avec soin, et le vin et la soïe qu'ils
fournissent rivalisent avec ceux de France et d'Italie; la culture de l'olivier et du tabac ÿ ont aussi une certaine extension. Ce qui fait que les plaines sont moins bien cultivées que les montagnes, c’est que les habitants des premières sont constamment en proie äux extorsions des pächas. À la bäse orientale de l'Anti-Liban s'étendent, éntre deux fameaux de cette chaîne, de superbes plaines qui, recevant une partie de l'humidité des montagnes, donnent d’abondantes récoltes de grains. Le Liban et l’Anti-Liban renferment d’épaisses forêts de sapin, mais on n'y rencontre que rarement le cèdre si renommé; la seule espèce de chêne que possède la Syrie se trouve près de Kaisariéh.
Tous nos animaux domestiques se retrouvent en Syrie, mais elle y ajoute le bufile et le chameau; les chevaux sont d’une belle race, surtout ceux du pachalik de Damas; les Mmulets et les ânes se distinguent par une rare légèreté; les moutons à large queue ÿ. Sont en grand nombre; les gazelles remplacent nos chevreuils; les chacals, les hyènes, les caracals et les guépards s’y rencontrent au lieu de loups. Le gibier et la volaille Sont abondants; les äbeilles donnent un miel très-estimé; et parmi les mollusques on distingue celui qui donnait aux anciens Syriens leur pourpre fameuse. Malheureusement, cette fertile région est sujette à des nuées de sauterelles qui dévorent les plantes et dévastent les campagnes.
Le règne minéral ne parait pas être très-riche; on ne connaît guère qu’une mine de fer un peu importante; le marbre, l’albâtre, la pierre à bâtir, la pierre à chaux, la ierre à foulon qui remplace quelquefois le savon, y sont plus communs. Nous avons dit que plusieurs lacs fournissent du sel et que le bitume n’est pas rare dans cette contrée.
La Syrie a trois climats distincts; les cimes du Liban, couvertes de neiges, répandent une fraicheur salubre dans l’intérieur, tandis que les parties maritimes, plus basses, éprouvent continuellement des chaleurs humides et que les feux du soleil dessèchent les plaines voisines de l'Arabie Déserte. De là la variété des saisons et des productions : les premières suivent presque le même ordre qu’en France dans les montagnes; l'hiver, qui dure de novembre en mars, est vif et rigoureux. La neige y couvre quelquefois la terre de plusieurs pieds: L'automne et le printemps y sont doux et l'été n’y est pas insupportable. Dans les plaines, au contraire, dès que le soleil revient à l'équateur, on ressent des chaleurs accablantes jusqu’à la fin d'octobre. En revanche, l’hivér y est si tempéré, que les orangers, les dattiers, les bananiers et autres fruits délicieux y croissent en pleine terre. Ainsi, quelques heures de chemin séparent l'hiver du printemps.
Suecessivement envahie par les Persans, les Grecs, les Arabes, les croisés et les Turcs, la Syrie présente une population très-mêlée. Les indigènes, fondus avec les Grecs, ne forment qu’une bien petite portion des habitants. Un grand nombre d’Arabes y sont cultivateurs; on voit aussi beaucoup d’Arabes Bédouins ou nomades. Les places civiles et militaires sont occupées par les Turcs. Enfin, les Druzes, les Moutoualis, les Ansariéh et les Maronites constituent de petites nalions que nous décrirons à la suite des autres peuples de la Turquie d'Asie.
La Syrie est divisée en quatre pachaliks qui présentent les subdivisions indiquées dans le tableau suivant :
0m mm mm
CHEFS -LIEUX.- EYALETS OÙ PACHALIKS. TT Re mers À
D'EYALETS OU PACHALIKS. DE LIVAHS OU SANDJAHS. | | Aïntab.
Scanderoun, ÂLEP. e e e L e e e e Alep. L e e L2 L2 e Antakiéh.
Chogr.
TRIPOLL, Fr ST Me er dite THDOHS RE EPS CE Latakiéh.
Baïrout.
Caïffa. .
ACRE AU AM. RSC APS PU ANNE PERTE nd Saïde.
Tabariéh.
. : Nazareth.
Hamah.
Naplous.
D'AMAS SNS MO MR ET Er ee DAMAS PSE MT RSR Gaza. Jérusalem. Tadmor.
Le pacha d’Alep compte dans le rayon qu’il.gouverne les hordes turbulentes des Kourdes et des Turcomans; celui de Damas paye aux cheiks des tribus arabes, au nom du sultan, les sommes d'argent qu’on lui présente enveloppées dans un morceau d'étoffe, d’où l’on nomme ce genre de cadeaux chourrah-er-sultän (l'étoffe du sultan); enfin, les provinces gouvernées par les pachas de Tripoli et d’Acre ou de Saïde sont occupées par les Maronites, les Druzes et autres peuplades indépendantes.
De cette situation politique résulte une anarchie qui prend divers aspects suivant que les pachas, les cheiks arabes, ou les émirs druzes font preuve de caractère et de conduite. On a vu des chefs entreprenants créer des États indépendants, mais la Syrie retourne toujours sous le joug incertain des Turcs. Au reste, le sort dü peuple est toujours le même : Le cultivateur est dépouillé par les pachas ou pillé par les Arabes: les arts et métiers restent stagnants ou languissent faute de bras et de connaissances : le commerce, en butte à des vexations arbitraires, reste circonscrit dans de timides échanges ou livré aux hasards des caravanés. Quant au voyageur, il n’a que le choix des brigands dont il veut se faire escorter. Tel est l'état déplorable d’un pays riche par son sol, important par sa position et qu’une nouvelle croisade arracherait promptement à la barbarie. |
Aer, chef-lieu du pachalik de ce nom, est, selon la Byzantine, l’ancienne Berœa : les Grientaux la nomment Hares-EL-Cuampa. Cette ville qui l'emporte sur toutes celles de la Turquie d'Asie pour la grandeur et la richesse, ainsi que pour la politesse des habilants, est enfermée dans l’enceinte d’une muraille sarrasine qui a neuf portes et couvre un espace de 4 milles de circonférence. Alep est située au milieu d’une plaine bornéeau sepientrion par trois ou quatre petites collines sur lesquelles la cité se prolonge; au midi se déploie le vaste désert de Palmyre. Les rues sont propres, bien pavées, circonstances fort rares dans les villes d'Asie. Les maisons, construites en pierres de taille, ont les toits plats. C'est sur ces terrasses que dorment les habitants pendant l'été, ce
qui explique le grand nombre d’aveugles que l'on voit dans cette ville. On compte douze églises appartenant aux Arméniens, aux Maronites, aux Syriens et aux Francs établis à Alep. Les musulmans y ont cent mosquées dont l'architecture de quelques-unes est remarquable. Les juifs possèdent deux synagogues, temples sans éclat et sans richesse. On cite quarante caravansérails, dix ou douze médressés, deux hôpitaux (morestan) ; deux bibliothèques publiques. On subvient à l’entretien de ces établissements au moyen
des revenus des legs pieux ou vakoufs qui leur sont attachés. On rencontre à chaque
pas, dans Alep, des traces du violent tremblement de terre du 13 août 1822, qui ren-
versa 40,000 maisons dont les débris ensevelirent 20,000 personnes.
À quelques minutes à l’ouest d'Alep, le Koïk roule ses eaux auxquelles on préfère celles des fontaines de Haïlan, village à deux lieues au nord-est de la cité, bien que ce soit à ces dernières que l’on attribue la singulière maladie appelée habab-el-séné (ulcère d’un an) par les gens du pays, et bouton d'Alep par les Européens. Les habitants ont une fois seulement dans leur vie le habab-el-séné; les étrangers qui y séjournent quelques semaines n'échappent point à cette espèce d’épidémie : que ce soit au bout de six mois ou de vingt ans, elle paraîtra. Le bouton se montre indistinetement sur toutes les parties du corps, cependant il choisit de préférence les joues, le front et le bout du nez. On rencontre dans les rues d'Alep une infinité de personnes qui ont été défigurées par le bouton. S’il y en a un seul, on le nomme bouton mâle; quand il y en a plusieurs, ce qui arrive fréquemment, on l'appelle bouton femelle. Le habab-el-séné paraît d’abord aussi pelit que la tête d’une épingle; pendant neuf mois il se développe et acquiert le volume d’une noix; il suppure pendant dix mois, puis une croûte se forme après un a, à partir du jour de la naissance du bouton. La croûte tombe, mais il reste une marque ineffaçable.
Dans le pachalik d’Alep se trouvent les restes imposants d'Hrérapouis ou Bambyce qui a repris aujourd'hui son ancien nom syrien de Mabog, que les Arabes prononcent MEMBEDGE. |
Anrakrén n’est qu’une misérable ville remplie de jardins; mais elle s'élève sur les ruines de l’illustre Antioche (Antiochia magna) bâtie par Antigonus, jadis plus grande, plus riche que Rome, mais détruite plusieurs fois et, en dernier lieu, par les mameluks en 4269. Antakiéh renferme actuellement 6 à 7,000 individus : le centième à peu près de la population d’Antioche.
BeyLAN n’a rien de remarquable, si ce n’est sa situation sur les deux penchants d’une vallée profonde et d’où l'on jouit d’un beau coup d'œil sur la Méditerranée et le pays qui l’en sépare.
Le port d’Isxexneroux (Alexandrette) a un climat délétère. Cette petite ville qui est l'ancienne Alexandria ad Issum, est presque abandonnée depuis les tremblements de terre de 4822. Ses pigeons sont célèbres : on les dépêchait autrefois pour porter de promptes nouvelles à Alep dont elle est, pour ainsi dire, Le port : les montagnes intermédiaires sont couvertes de bourgs et de villages.-On rapporte que dans ceux de Kesfin et de Marlaouan, les femmes poussent l'hospitalité aussi loin que jadis les Babyloniennes; cette prostitution légale ressemble à un reste des anciens cultes asiatiques.
Kruis, à 42 lieues au nord d’Alep, est l'antique Ciliza. Ses 12,000 habitants sont trèsindustrieux ; on fabrique des cotonnades, des harnais de chevaux et la meilleure huile de l'Orient.
Cnocr ou Gesser-Cnourz, ville de 4,000 habitants, est entourée de beaux vergers et Siluée dans une vallée profonde où passe l’Oronte que l’on traverse sur un pont de sept arches.
Famén, autrefois Apamea, fondée par Séleucus Nicator, qui lui donna le nom de
b29 ASIE. — TURQUIE D’ASIE.
sa femme, fut jadis célèbre par ses haras, et n’a presque aucune importance aujour* d'hui. ;
Hews où Hows, l’ancienne Æmesa, où l’on adorait une pierre noire dans un fameux” temple dont on ne voit plus même les ruines; Homs renferme 30,000 habitants qui s'occupent activement de la fabrication et du commerce des étoffes de soie. Cette ville est la patrie d'Héliogabale, et a conservé quelques antiquités.
Hawar, l'antique Epiphañia, après être un peu déchue, a repris son ancienne impor tance; elle est la résidence des grands seigneurs turcs, disgraciés ou retirés des affaires Partagée en deux quartiers, elle s’approvisionne d’eau au moyen d’une vaste machine. hydraulique dont la grande roue a 70 pieds de diamètre. Ceux qui disent que cette ville donna le jour au célèbre Aboulfeda, prince et géographe arabe, sont dans l'erreur; ce grand auteur reçut en effet le titre de prince de Hamah, et gouverna pendant 49 ans celle principauté, mais il naquit à Damas. La population de Hamah est évaluée depuis 20 jusqu'à 100 mille âmes ; il peut y avoir 300 familles grecques.
À 67 lieues au sud-est d'Alep et à cette même distance au nord-est de Damas, se trouve Pazmyre, le Tadmor de Salomon et la résidence de l’immortelle Zénobie; elle est située dans un petit canton environné de déserts et désert lui-même. Des monceaux de ruines attestent seuls l'antique splendeur de cette cité : ce ne sont partout qu'arcs et voûtes, temples et portiques; on admire une colonnade qui dut avoir 4,000 pieds de longueur, laquelle comménce à un superbe portique et aboutit à un mausolée; le temps a respecté en partie les péristyles, les entre-colonnements, les entablements dont l’élé= gance égale la richesse des matériaux. On trouvera des renseignements plus étendus sur ces restes dans nos Monuments les plus remarquables.
Laprkrén ou LarTaAkiÉH (l’ancienne Laodicea ad mare), a été reconstruite par un aga« turc; ses exportations de tabac la rendent florissante. Ladikiéh qui, antérieurement se nommait Ramitha, fut appelée Laodicea par Séleucus Nicator, qui la baptisa ainsi en l'honneur de sa mère. Le port de cette ville nommé la Scala ou la Marina, forme une ville distincte de la ville haute, dont il est séparé par des enclos plantés. Composé de deux rues parallèles et d’une autre qui conduit à la mer, ce quartier est rémpli de cafés et de lieux de rendez-vous pour les marins.
Tripozt (Tarabolos en turc), bâtie au pied d’une montägne dépendante d’une des branches du Liban, et couronnée par un château fort, est une ville longue, étroite, traversée par une petite rivière du nom de Kadéchah (la sainte), et que l’on appelle encore“ Nabr-Abou-Ali. Les maisons sont construites en pierres, entourées de jardins bien entretenus, et les rues, pavées pour la plupart, sont ornées de fontaines. Cette ville; dont la population est de 47,000 habitants, a des bazars bien fournis de marchandises indigènes et étrangères ; elle est très-commerçante, quoique son port, ainsi que la plu" part de ceux de cette côte, n’offre aucune sûreté ni aucune commodité; elle exporte des soies, des cotons et des cendres. Le khan des fabricants de savon est un vaste bâtiment bien bâti avec un bassin et une fontaine au milieu. Outre divers débris, le monument qui atteste le mieux l’antique splendeur de cette cité, est ce qui reste d’un magnifique théâtre à la porte du Nord et dont les Tures ont fait sauter des parties con- Sidérables pour se procurer l'immense quantité de marbre dont ils ont orné leurs bains et leurs mosquées. — Le nom de Tripoli signifie trois villes, et fut donné à l’antique cité parce qu’elle doit son origine à trois colonies distinctes venues de Tyr, de Sidon etd’Arados, et qui s’établirent en trois endroits différents du promontoireet de la plaine triangulaire qui, de la ville, se prolonge jusqu’à la côte, Leurs faubourgs s'étant accrus progressivement, ces trois villes finirent par se confondre et n’en former qu’une. Du nom de Tripoli, les indigènes firent, par corruption, Tarabolos et ensuite Tarabolos-el-Cham
(Tripoli l'oriental), afin de le distinguer de Tripoli en Barbarie, qu’ils appellent Tarabolos-el-Gharb ou Tripoli l'occidental. — Depuis El-Mina ou le port, jusqu'à l’'embou- Chure dé la Kadéchah, on voit sur le bord de la mer six tours carrées, isoléés à dix minutes de marche l’une de l’autre, élevées pour la défense du port et dont la construction paraît être due aux Sarrasins. Chacune de cés tours porte un nom particulier.
Barroun et Drépars sont les échelles du pays des Maronites; la première représente Väntique Botrys, la seconde Byblos. À quelque distance de cette ville, coule le fleuve ‘jadis connu sous le nom d’Adonis ; et qui a reçu depuis celui d’'Ibrahim-Pacha; ses eaux ne se rougissent pas du sang du favori de Vénus, mais de la craie rougeâtre qu'elles tiennent en dissolution à certaines époques de l’année.
Baïrour (Berytus) renfermait 40,000 à 12,000 individus avanti840, époque à laquelle elle fut bombardée pendant 8 où 40 jours et presque réduite en cendres par les Anglais. » Elle est la résidence d’un évêque gréc et d’un évêque arménien; on y voit des églises, un couvent de capucins et quelques mosquées.
Saïnr, Tsaïpa ou Seyne, a succédé à Sidon, la mère de toutes les cités phéniciennes. Ce n’est plus aujourd'hui qu’une ville de commerce de 5,000 à 6,000 individus. On y remarque les restes d’un beau palais bâti dans le goût italien et; du côté de la mer, une haute muraille dominée par une tour dont la construction est attribuée à saint Louis: Ses environs renferment d’antiques tombeaux que des bergers ont choisis pour retraite.
Sour, sur l'emplacement de 7yr, la reine des mers et le berceau du commerce qui —civilise les peuples, a pris quelque extension depuis 1815. C'est aujourd'hui une assez jolie ville moderne dont les habitants; au nombre d'environ 10,000, sont pour les trois “quarts des Arabes catholiques, tandis que le reste est composé d'Arabesmahométans et de Tures. Sour a deux ports : le septentrional est assez spacieux et assez profond pour les petits bâtiments qui le fréquentent et qui, une fois entrés, y trouvent un abri contre lous les vents; mais le passage du Bogaz ou de la Barre en rend l'entrée assez difficile et parfois dangereuse.
. Acre Où SANT-JrAN-D'ACRE (en arabe Arco), célèbre au temps des croisades, fut connue dans l'antiquité sous le nom de Ptolémaïs. On sait quelle résistance cette ville défendue par les Tures et les Anglais, commandés par l'amiral Sidney-Smith, opposà aux Fran- Gais conduits par Bonaparte. Acre a une population de 20,000 âmes. Les maisons sont construites avec une solidité qui indique le besoin de la défense; ses bazars, généralement beaux et voûtés, sont bien approvisionnés, mais la plupart des rues sont trèsétroites.
BaaLnex est comme ensevelie au milieu des ruines d'Héliopolis. On y admire le portique du temple du Soleil, construit sous le règne d’Antonin le Pieux; ce temple, bien que défiguré par deux tours turques, est encore d’une beauté inexprimable; on a tiré d'une carrière voisine les matériaux qui servirent à sa construction. Il reste au fond de cette carrière une pierre qui a 70 pieds de longueur, 14 de largeur et 14 pieds 8 pouces d'épaisseur. On peut juger par là des dimensions que devaient avoir.les édifices auxquels on employait de tels blocs...
Damas s'étend sur la lisière orientale d’une belle plaine près d’une chaine de collines au nord-est. Les maisons qui ont le bas construit en pierres, le haut en briques; les édifices publics peints des plus riches couleurs; tout cela donne à la ville un aspect ravissant. Le château et la grande mosquée sont deux édifices imposants par leur magnificence. Damas offre un paysage vraiment digne de l'imagination d'un conteur arabe : dé nombreux minarets s'élèvent dans tous les quartiers ; des jardins l'entourent du côté du nord; des plantations d’oliviers et de longues avenues au midi, de nombreux
villages à l'est, le grand faubourg de Salbeyah à l’ouest, de sombres et hauts cyprès,
des peupliers élancés, des champs de blés, des rivières et des ruisseaux qui fertiliseut
le sol; tout jusqu'aux rues qui sont bien pavées, jusqu'aux mosquées, aux églises et aux cafés, contribue à donner à celte cité un caractère unique d'élégance. D'un aspect
simple au dehors, les maisons particulières offrent dans l’intérieur tout l'éclat et tous
les agréments d’un luxe raffiné; les pieds se posent sur le marbre et l'œil s'égare au
milieu de l’albâtre et des dorures. Chaque grande maison possède un ou plusieurs jets
d’eau qui jouent dans de superbes bassins, et la moindre habitation a trois conduits” d'eau : l'un pour la cuisine, l’autre pour le jardin, le dernier pour nettoyer les immon-
dices. «— La population s'élève à près de 150,000 âmes. Le commerce et le passage des
caravanes animent cette grande cité qui se distingue par la fabrication des armes *
landis que d’autres manufactures produisent d’excellent savon et des étoffes mélées dé
coton et de soie ; les ouvrages d’ébénisterie en bois précieux, enrichis d'ivoire et de
nacre de perle, excitent l'admiration des Européens. Buckingham estime la longueur de
Damas à trois milles, et sa largeur à deux.
Il nous reste à considérer l’ancienne Palestine avec les petites provinces qui, le plus souvent, en ont fait partie, et qui dépendent du pachalik de Damas.
La Palestine est située entre 31° et 33° 25’ de latitude nord, et entre 320 1B/ et 34° 30/ de longitude est ; sa longueur est de 60 lieues du nord au sud, et sa largeur, de l’est à l'ouest, de 40 lieues. Le tableau suivant présente les divisions les plus modernes dé l'ancienne Palestine.
I. Ez-Kons. . . . . . . . . Jérusalem ou El-Kods, Jéricho, etc., et le nord-ouest de la Judée. IE. Er-KHaliL. . . . . . . . Hébrou et le midi de la Judée. IT. Gaza ou le FaLEsTIN. . . . La côte avec Jaffa, Gaza, etc.
IVEULOUDD EN EME CE . «+ «+ Le canton de la ville de Loudd,
V. Nasocos ou NaPLousE. . . La ville de ce nom avec l’ancienne contrée de Samarie. VI. Argra. . . . . . . . . . Le mont Carmel avec une partie de la plaine d’Ezdrelon. ll VIS SAPHAD.. , . , . .. . . L'ancienne Galilée (Belâd-el-Bouschra), pays de l'Évangile. VIT. BgLan-Scnexyr. . . . . . L'ancienne Trachonitis avec le Beläd-Hauran, l’Auranitis, etc.
IX. EL-Gaur oriental. . , . . L’ancienne Pérée, Un canton est nommé Es-Szalth.
X. EL-SGHARRAT. . . . . . . Au sud-est et au sud de la mer Morte, avec El-Dgébaïl ; l’an-
| cienne Gébalène, "
Au sud de Damas se rencontrent les contrées de Hauran et de CHAULAN, formées presque en entier d’une vaste plaine qui présente l'aspect d’une mer ondoyante lorsque le vent remue les épis. On ne remarque guère dans ces contrées que l'ancienne Bostra ou Bosra, chef-lieu du pays de Haouran, et capitale de l'Arabie romaine dans le nr sièele: encore cette cité n'offre-t-elle plus que des ruines.
Le district de Botuin (Batanea) renferme les ruines magnifiques de Gerasa (aujourd'hui Djerrach) ; on y voit le mont Edjeloun (Gilead) qui produit des chênes à noix de galle.
La contrée de Ec-BerxA (Peræa) a pour chef-lieu Es-Szazrn, dont les habitants
* Les sabres si renommés de cette ville étaient, à ce qu’il paraît, fabriqués avec des bandes minces et alternatives d’acier et de fer, ce qui les rendait si flexibles qu’ils se pliaient jusqu’à la poignée quoiqu’ils pussent néanmoins couper les corps les plus durs. Le secret de cette fabrication est perdu depuis que Tamerlan emmena les ouvriers en Perse, Cependant on y fabrique encore des sabres, mais ils ne valent pas les anciens,
n’obéissent à personne, et dont le territoire présente un mélange de vignes, d’oliviers et de grenadiers.
Kérek est un chef-lieu de canton qui répond à l’ancienne Moabius.
… Le district de Sarap ou Sarer fut autrefois la Galilée; la ville qui porte le nom de Safad est, dit-on, Bethulia, patrie de Tobie et qu’assiégea Holopherne; c’est une des quatre villes réputées sacrées par les Juifs qui y ont de tombeaux.
TagariÉH (appelé Tabäria par les indigènes), est une ville de 4,000 âmes, elle remplace l'antique Tibérias, qui donna son nom au lac voisin, lequel porte aussi celui de Génézareth ou de mer de Galilée. Dans la partie basse de la ville, on trouve une petite chapelle qui, selon la tradition, est bâtie sur l'emplacement de la demeure de Simon, fils de Jonas (ou l’apôtre saint Pierre), qui y exerçait l'humble profession de pêcheur. Cet édifice de forme oblongue, voüté, et dans chaque côté duquel on a percé deux PEN croisées pour recevoir la lumière, sert de khan aux voyageurs sans abri.
La fameuse CAPHARNAUM était un peu plus loin que Tabariéh, mais on n’en voit aucune trace.
NasrA (Nazareth) a 4, 000 habitants, presque tous chrétiens. Le couvent des franciscains est regardé comme le plus beau de la Palestine; l’église de l'Annonciation est également la plus belle après celle du Saint-Sépulcre de Jérusalem; au-dessous est une autre église souterraine qui passe pour avoir été construite sur l'emplacement de la demeure de la Vierge Marie, et dont chaque partie est occupée par une chapelle; non loin de là, les religieux montrent aux pèlerins l'atelier de Joseph, l’école fréquentée par Jésus, et une pierre en forme de table sur laquelle on assure que le Rédempteur du
- monde mangea avant et après sa résurrection. : Cana, célèbre par le miracle de l’eau changée en vin, est dans les environs et peuplée de 500 familles.
C'est à deux lieues au sud de Nazareth que se trouve le mont Thabor (l Atabyri ion ou Plthaburius des anciens), au haut duquel une tradition vénérable place la scène de la transfiguration du Christ.
La Galilée deviendrait un paradis si elle était habitée par un peuple industrieux. L'ancienne Samarie comprend les districts d’Arera et de Narcous.
Au sud-ouest de Saint-Jean-d’Acre est le mont Carmel, nom fameux dans les fastes de la religion ; c’est là que le prophète Élie prouva par des miracles sa mission divine.
NapLous (la Néapolis du siècle d'Hérode, appelée Sichem dans l'origine) renferme, dit-on, 10,000 âmes. On y montre les grottes sépulcrales de Joseph, de Jacob et de Josué, et le puits creusé par ce dernier.
Sésasre ou KaLaAD-SanouR, l'antique Samarie, n’est plus qu’un petit village, mais le pays produit abondamment du blé, des soies et des olives.
La Judée proprement dite est composée de l’ancien pays des Philistins, celui de Khalil ou d'Hébron, et celui d’El-Kods ou de Jérusalem.
Jarra (l’ancienne Joppé) est un port célèbre auquel on donne 4 à. 5,000 habitants. Cette ville est fameuse par la tradition qui assure que Noé y construisit l'arche, et que c'est là que débarquèrent les matériaux que Salomon employa à la construction du temple de Jérusalem.
La ville sainte, JÉRUSALEM, quoique peuplée de 20 à 30,000 habitants, ne présente à > Ja vue que de tristes masures qui ressemblent plutôt à des prisons qu’à des habitations; toutefois l’intérieur est plus riche et plus élégant que ne le font présumer les dehors, Les Latins, les Grecs et les Arméniens ont chacun un couvent qui ressemble à un chäteau fort. Le temple de’ Salomon est remplacé par une mosquée dont les chrétiens ne Peuvent approcher et où ils n'ont pas même la permission d'entrer. On voyait dans
l'enceinte de l’église du Saint-Sépulcre la place où fut élevée la croix de J, C., et la grotte où son Rte visible fut déposée. Une garde turque lève des droits d'entrée sur le pieux pèlerin qui visite les saints débris. Tel est l'empire de la vérité que le. mahométan même, s’arrêtant avec respect devant ces lieux où le fondateur du christianisme confirma par sa mort sa parole divine, s’écrie : Ici mourut un ami de l'humanité, un martyr de la vertu :.
Peu de villes éprouvèrent autant de révolutions que Jérusalem. Capitale du puissant royaume de David et de Salomon, ses temples furent ornés de l’or d'Ophir et des cèdres du Liban. Dévastée par les Babyloniens, elle renaquit plus belle sous les Macchabée et les Hérode; les sépulcres royaux, au nord de la ville, prouvent que l’architecture grecque s’y introduisit, et elle comptait alors plusieurs centaines de milliers d'habitants. Mais une vengeance céleste l’atteignit, et dans l’année 70, Titus la détruisit de fond en comble. Adrien bäâlit sur ses ruines la ville d'Ælia-Capitolina, mais, depuis Constantin, l'usage rétablit l'antique nom de Jérusalem. Les Persans et les Arabes s’en emparèrent dans le vire siècle, et elle reçut des derniers le nom d’El-Kods (la sainte), et quelquefois celui d'El-Chérif (la noble). En l'an 1098, les croisés la délivrèrent des mains des infidèles; le trône des Godefroi et des Baudouin jeta un éclat qui disparut bientôt dans les ténèbres des discordes, et en 1187, Saladin replaça le croissant sur les cimes de Sion. Depuis cette époque, conquise Lour à tour par les sultans de Damas, de Bagdad et d'Égypte, elle changea pour la Rides de. fois de maitre en devenant une s Le turque en l’an 1517.
BeruLéem, où naquit J, C., est une petite ville habitée par des chrétiens et des musulmans qui s'accordent dans leur penchant à la révolte. La crèche où reposa le Sauveur est recouverte d’une magnifique église ornée par les dons pieux de toute l’'Europe et dont la fondation est due à sainte Hélène.
HéBron (en arabe Khalil et Kabr-Ibrahim) porta antérieurement le nom de Kiriath- Arba, et prétend à une très-haute antiquité : selon Moïse et l'historien Josèphe, elle était plus ancienne que Tanis, Memphis, etc. Cette ville, située au sud de Jérusalem, dans une contrée moins aride, compte 4 à 5,000 habitants qui, dit-on, se livrent au brigandage; elle produit de belles vérreries et exporte une grande quantité de dibs, espèce de sucre de raisin; mais elle se vante à tort de posséder le tombeau d'Abraham, en vénération chez les musulmans comme chez les chrétiens, ainsi que ceux d’Isaac, de Rebecca, de Jacob, de Rachel et de Joseph. .
Ricua, Raua ou Ra#, l'antique Jéricho, est à 7 lieues au nord-est de Jérusalem, dans la vaste et fertile plaine d’El-Gor. Cette ville, que Moïse appelait : « cité des palmiers » ne mérile plus ce nom, puisque les plantations d’opobalsomum ou baumier de la Mecque ont disparu. Au lieu de la muraille qui défait les armées, on ne voit qu'une haie de bois mort ; et ses nombreuses habitations ont fait place à une douzaine de maisons en pierres, couvertes en chaume.
Il ne nous reste maintenant qu’à jeter un coup d'œil sur les peuples de la Turquie d'Asie dont la simple énumération prouvera qu'aucune contrée ne présente sur la même superficie une telle variété. En Palestine et en Syrie, des Turcs, des Arabes, des chrétiens de plus de sept communions, des Druzes, des Arméniens et des juifs; dans l'Asie Mineure, des Turcs, des Arabes, des Kourdes, des Yezidis, des Yourouks, des Turcomans, des sabéens, des Francs, des Arméniens, des Grecs et des juifs ; et parmi les Frances
* En 1811, un incendie réduisit en un monceau de ruines ce sanctuaire commun des nations chré-
tiennes; le cénotaphe qui recouvre l'entrée du tombeau résista, comme par miracle, à la chute de 14 coupole enflammée,
ï PR ot à v
M & ’ S] ‘af 4 É
Ture de Mardin.
(Asie.)
une Lelle diversité de croyances, qu’à Smyrne on en compte jusqu'à dix. Mais tous ces peuples vivent dans des conditions différentes que l'exposé de leurs mœurs et coutumes ya mettre en évidence.
On trouve dans la Turquie d’Asie des sectaires de tant de cultes, qu’il est indispensable d'en donner ici la nomenclature : Turcs, sunnites, sujets turcs schiites; Turkomans, musulmans sunnites; Kourdes, musulmans mixtes; Yezidis, idolâtres; Yourouks, Schiites ; Arméniens orthodoxes ; Arméniens latins; chrétiens catholiques; chrétiens . grecs orthodoxes ou unis; chrétiens grecs schismatiques ; chrétiens chaldéens; chrétiens jacobites ; juifs et sabéens.
Malgré tout ce qu'on a dit du fanatisme et de l'intolérance des Tures, tant de cultes divers sont, non-seulement tolérés, mais ils ont leurs temples et leurs ministres. Les Turcs d'Asie sont encore plus indolents, plus mous que ceux d'Europe, mais de nobles qualités compensent ces défauts, Ils sont francs, hospitaliers, généreux, fidèles à leur parole. Dans ces derniers temps, ils se sont montrés fort récalcitrants pour toutes les réformes de Mahmoud I, Ils ont le plus profond attachement à leurs anciens usages, et les Turcs campagnards sont d’une admirable simplicité. Leur extrême propreté, quant à ce qui concerne leurs vêtements et Loute leur personne, disparait dans la tenue des maisons et surtout des rues, sans que l’on s'explique cette disparate. Les Turcs font preuve dans le commerce d’une exacte probité, et montrent en toute occasion leur aversion et leur mépris pour la fraude.
Le Ture mardin des environs de Maaden porte un costume très-pittoresque, dont nous donnons la figure, d’après un dessin pris sur les lieux.
Si quelque chose peut prouver ce que nous avons avancé touchant les innombrables et riches ressources de la Turquie d’Asie et principalement de l'Asie Mineure, ce doit être le commerce qui se fait par divers ports de ces régions. Ce commerce, en effet, quoique faible si on le compare à celui des temps anciens, est encore assez considérable, pris absolument, et se soutient en dépit de tant de causes d’anéantissement. Nous avons vu que Smyrne, Alep, Bassora et quelques autres places moins importantes exportent des laines, des tapis, du tabac, de l'opium, des essences et une foule d’autres objets en échange desquels on reçoit des draps, des vins, des liqueurs, des soieries, des rubaneries, divers tissus, de la quincaillerie, etc. Mais si l'Asie Mineure était peuplée et cultivée suivant son étonnante fertilité, toutes ses branches de commerce seraient - décuplées, et une infinité d’autres naîtraient ou progresseraient. Les Turcs d'Asie travaillent bien les métaux ; leurs armes blanches sont d’une trempe supérieure; ils joignent l’art à l'élégance dans la fabrication des étoffes de soie. S'ils n’ont point d'ébénistes habiles, c'est que l’usage de nos meubles leur est inconnu; car, par les petits ouvrages qu’ils exécutent pour les riches et les harems, on voit qu'ils feraient de rapides progrès dans cet art, s’ils avaient l’occasion de s’y adonner. Leur ignorance de tout ce qui lient à la mécanique est une conséquence de celle qu'ils ont en mathématique. La famille arabe, beaucoup plus intelligente que la famille turque, a des mœurs qui l’éloignent des arts libéraux, sans quoi l'on verrait renaître parmi elle tout ce que les Mores d'Espagne créèrent d’élonnant et de superbe. L'architecture ottomane semble n’exister que pour les mosquées dont un grand nombre méritent d’être citées. Mais lorsque le sentiment religieux, si profond chez lui, n’inspire plus le Turc; lorsqu'il bâtit pour l'homme, son génie s'éteint, et il construit des édifices massifs et sans goût. IL y a bien quelques caravansérails, quelques bazars, élevés sur de vastes proportions, mais ces grandes constructions sont dépourvues d'élégance. Ge que les Turcs entendent parfaitement, c’est la distribution des jardins dont la plupart sont délicieux et où tout esl réuni pour charmer l'œil, procurer d’impénétrables ombrages et une douce fraicheur.
Nos jardins d'Europe, même les plus beaux, ne sont que de pâles copies de ceux de Smyrne, de Damas et des bords de la mer de Marmara. )
Ceci nous conduit à parler des rues que l’on a généralement critiquées, et de leurs maisons dont la façade présente un aspect sombre et disgracieux. Les villes turquesne sont point, comme les nôtres, remplies de voitures et d’équipages; leur largeur west suffisante du moment qu’elle laisse un libre passage aux bêtes de somme; d’ailleurs, la plupart de ces villes étant sous un ciel brûlant, le but unique a été de préserver les habitants de l’ardeur du soleil : c’est à quoi tend la disposition qu’ils ont adoptée en faisant surplomber les murs de façade, de manière que les maisons soient plus rappro= chées au faîte qu’à la base; ils bâtissent contre la chaleur, et leur attente n’est pas déçue: On a raison de se récrier sur la malpropreté de leurs rues; si chacune d'elles avait des agents qui tinssent strictement à leur propreté, les villes turques deviendraient un séjour très-agréable : car tous ceux qui ont pénétré dans l’intérieur des maisons ont pu remarquer que l'aménagement y est ingénieux et commode, et qu’il n’y a rien de plus délicieux, en été, que ces cours où règne la fraicheur, et qui, entourées d’une galerie soutenue par des colonnettes, communiquent à une suite de petits appartements tous très-frais. Chaque pays doit avoir son architecture quant aux habitations, et il serait absurde de bâtir à Toulon comme à Saint-Pétersbourg. Ainsi, lorsque la France devint maîtresse d'Alger, l'administration s’empressa de faire abattre plusieurs quartiers ; les architectes de Paris et de Marseille se sont mis à l'œuvre; et, en 1854, trois larges et belles rues présentaient déjà l’élégant coup d’œil d’une ville régulière d'Europe ; mais hélas! dans ces belles rues on est grillé; et les jolies maisons sont tellement chaudes; déjà si infestées de puces et de punaises, que l’on préfère habiter les maisons turques, naguère si dédaignées. Que les Turcs soient propres; et leur système de construction sera à l'abri de toute critique. | |
Les Kourpes ou Kurpes descendent des anciens Karduchi où Gordyæi ou Kyrti; ils par= lent le persan, mêlé de plusieurs mots arabes et chaldéens. Ils se serventde l'écriture per= sane, et chaque village entretient un mollah ou docteur qui entend le persan. Le mahométisme s'allie chez eux à diverses superstitions qui semblent être des restes de la croyance des mages. Les Turcs disent qu’ils révèrent le diable, v'est-à-dire le mauvais principe (l’Ahriman des anciens Perses) ; ils n’ont point de mosquée et ne prient point aux heures désignées par le Coran; ils n’observent pas le jeûne du Ramazan (Pâques des Turcs), et ne font jamais le pèlerinage de la Mecque. Environ 109,000 Kourdes sont chrétiens nestoriens : ils obéissent à deux patriarches héréditaires; l’un, toujours appelé Mark-Eïman, demeure à Kodjianisi, et a sous lui cinq évêques suffragants ; l’autre réside à Roban-Ormes, et prime sur treize évêques. La dignité épiscopale, de même que celle du patriarcat, est héréditaire de l'oncle au neveu, ce qui fait que l’on voit quelquefois un enfant de douze ans ordonné évêque. Les prélats vivent dans une grande ignorance et le bas clergé sait à peine lire.
Xénophon nous apprend que les Karduques avaient toujours bravé la puissance du grand roi et les armes des satrapes. Les Kourdes n’ont rien perdu de cet esprit de rébellion et d'indépendance. 40
Les Kourdes observent dans leurs montagnes une espèce de gouvernement féodal; chaque village a son chef qui est vassal du prince de la tribu. Toute la nation est divisée en trois factions principales. Les A4ssiretta ou petites tribus, sont presque toujours en guerre ouverte contre les princes et les détrônent quand elles le peuvent. Lorsqu’elles sont en paix , les tribus refusent non-seulement de payer l’impôt au Grand Seigneur, mais encore elles en prélèvent souvent sur les pachas qu’elles attaquent et mettent à contribution. Aussi la politique du divan entretient-elle constamment la division entre
les chefs kourdes. Get état d’anarchie continuelle a séparé de [a nation un grand nombre de familles qui ont adopté la vie errante des Turcomans et des Arabes ; elles se sont disséminées dans le Diarbékir, dans les plaines d’Erzeroum, d’Érivan, de Sivar, d'Alep et de Damas. Toutes les peuplades réunies sont estimées à 140,000 tentes, ou 140,000 hommes armés; et la population générale, suivant M: B. Poujoulat, s'élève à 3,000,000 d’âmes. Comme les Turcomans, les Kourdes sont pasteurs et vagabonds, mais ils s’en écartent quant aux usages. Les Kourdes n’accordent leurs filles en mariage qu’à prix d'argent, et ils ont une réputation de brigandage justement méritée.
Le type kourde est remarquable par la régularité des traits et par l'empreinte d’une certaine fierté sauvage qui n’est pas sans noblesse. L’œil du Kourde est noir, vif, intelligent ; sa taille est haute, et ses formes ont de belles proportions; son teint est blanc et toute sa physionomie est spirituelle. Le grand Mahomet disait, en parlant des “Kourdes, qu'ils amèneraient le bouleversement du monde. Ces hommes, en effet, sont capables de supporter toutes les privations, toute sorte de fatigues. M. Fontanier parle ainsi de ces peuples : Ils ne manquent pas, dit-il, d’une certaine loyauté : un vol est-il commis, le voleur soupçonné peut nier deux fois, mais à la troisième, il se croit consciencieusement obligé d’avouer la vérité; ce n’est pas toutefois une raison suffisante pour qu'il restitue. « Je L’ai volé ton bien par la force, dit le coupable, reprends-le de méme ou tu ne l’auras pas. » Souvent ils sont en guerre entre eux. On voit des villages dont un quartier se bat contre l’autre et l’on y met le feu. Passe-t-il un étranger, un vieillard, une femme, le combat est suspendu pour recommencer bientôt après... Aussitôt qu’on a mis le pied dans une tente, qu’on s’est assis sur le tapis, on peut se croire dans une parfaite sécurité. Elle est plus grande encore lorsque l’on a bu dans la coupe de la famille et que l’on a mangé de son sel.
Personne n'’ignore qu’en Asie et spécialement chez les Kourdes, chaque blessure est évaluée à un certain prix : une dent brisée vaut un chameau; un bras cassé vaut deux chameaux ; un chien de berger tué est remplacé d’une façon assez singulière : on élève Vanimal par la queue et on jette de l’orge sur son corps jusqu’à ce qu'il soit entièrement recouvert ; cette orge appartient au plaignant. Quand un homme a été tué, le meurtrier est livré aux parents de la victime qui le mettent à mort ou s'accordent avec lui moyennant une somme nommée le prix du sang. Gette législation n’a rien d’étrange dans un pays où la justice n’agit pas d'office; si personne ne porte plainte d'un meurtre, il reste ordinairement impuni; c’est aux proches qu'il appartient de poursuivre et de demander réparation. Mais les Kourdes trouvent plus honorable d'exercer eux-mêmes leur vengeance que de la demander aux tribunaux, et c’est aussi la marche qu'ils suivent habituellement. Lorsqu'un membre d’une famille a été tué, c'est le parent au degré le plus rapproché qui se charge du soin de le venger; s’il est homme d’hon- neur comme on l'entend dans le pays, «ilne doit pas dormir avant de s'être défait du meurtrier; il doit veiller le jour et la nuit, guetter son adversaire et prendre sang pour sang. » S'il réussit, la famille du défunt doit à son tour le venger. D'après cet usage il n’y aurait de terme à ces querelles que par l'extinction des familles, mais l'hospitalité sert à les apaiser. À cet effet, un meurtrier n’a qu’à chercher à se rendre dans la tente du parent du défunt; s’il est assez heureux pour s’y établir sans être aperçu, s'il se livre à lui sans aucune condition, celui-ci est dans l'obligation de faire la paix avec le coupable et de lui donner un baiser sur le front en témoignage d'une réconciliation que l’on scelle encore davantage en mangeant des aliments dans la préparation desquels le sel est entré. C’est pour ce motif que dans le cas où la vengeance doit être éclatante, où il n’y a aucune possibilité d’accommodement, le Kourde offensé renverse sa Lente;
sa famille demeure en plein air, tandis que la carabine en main, il erre dans les bois et sur les montagnes en réclamant l'hospitalité.
Voici un exemple de l’intrépidité de ces hommes parmi lesquels il s’en est trouvé qui ont fait preuve d’un grand caractère au milieu des dangers. Une troupe de soldats
osmanlis fit prisonnier un chef kourde à peine âgé de trente ans, et qui passait pour l'un des plus redoutables; sa taille était haute et admirablement proportionnée : on n'avait pas vu encore un Kourde si beau que lui. Traduit devant Hafiz-Pacha, celuisci et le cadi de l’armée épuisèrent auprès de lui toutes les ressources du langage pour en obtenir des révélations sur ses frères. Un vizir qui serait venu dans la tente du géné= ralissime n’eût pas été accueilli avec plus de considération, ni servi avec plus de soin, et le séraskier alla jusqu’à lui promettre de le nommer colonel d’un de ses régiments s’il consentait à répondre franchement à ses questions. — « Détrompe-toi, pacha; répondit le jeune chef, si tu as cru trouver en moi un second Revendouz-Bey *. Après avoir été chef des Kourdes, je ne commanderai jamais à d’autres hommes; si j'étais à la tête d’un de tes régiments, ce ne serait que pour tourner mes armes contre toi, et Dieu sait que je ne suis pas un traître! Quant aux révélations que tu attends de mois tu ne les auras jamais; le malheur m’a jeté entre tes mains, fais de moi ce que tu voudras. » — Ayant perdu tout espoir de le gagner par la douceur, on employa les tortures ; le général lui fit d’abord administrer 500 coups de bâton sur la plante des pieds. Mais tandis que, couché à plat ventre, le Kourde recevait les coups, il se fit apporter un chibouque, et, relevant la tête qu’il appuya sur sa main droite, il se mit à fumer aussi tranquillement que s’il eût été insensible à la douleur. Cette force d'âme frappa les deux exécuteurs du châtiment infligé au jeune chef, et ils en interrompaient parfois le cours. Ce supplice dura deux jours, et le troisième, le Kourde inébranlable fut placé, nu, dans une chaudière d’eau bouillante. On continuait à lui adresser les mêmes questions, mais il ne prononça pas un mot. —« Tu ne réponds pas, lui dit Hafiz-Pacha, est-ce que tu n’entends plus mes paroles? » —« Grâce à Allah, répondit. le patient d’une voix calme en levant la tête et promenant sur ses ennemis un regard plein de haine; grâce à Allah, mes oreilles ne sont point fermées, mais ma langue reste muette, » — « Quel supplice plus cruel pourrions-nous donc inventer pour faire parler cet homme? » demanda le cadi au général. À ces mots le visage du Kourde s’anima d’une expression de fierté sublime. — « Aucun supplice, s’écria-t-il en mon trant du doigt un homme qui élait en face de lui, ne saurait être‘comparable pour moi, à celui que j'éprouve en voyant là, devant mes yeux, un lâche Kourde qui a aban= donné ses frères pour venir se livrer à nos ennemis. » — L'homme que désignaient ces paroles saisit un pistolet qui pendait à sa ceinture, mit le bout du canon dans sa bouche, ét, dans son remords de transfuge, il se fit sauter la cervelle... Un moment après, l’infortuné retenu dans l’eau bouillante expirait sans avoir fléchi un instant.
Les histoires grecque et romaine nous montrent-elles un soldat, un chef même, qui, ait prouvé une fermeté plus héroïque, plus admirable que ce jeune barbare dont le monde ne connaîtra jamais le nom ?.….
Quoique l’on ait beaucoup vanté les vertus hospitalières des Kourdes, il paraîtrait qu'ils sont cruels et sans foi. Nul mensonge ne les effraye quand ils doivent en retirer quelque intérêt. Le meurtre, le pillage, le mépris de toute domination : telles sont leurs seules préoccupations, tel est leur principal caractère. Ils reçoivent l'étranger avec de
: Bevendouz-Bey était le chef suprême des Kourdes qui, en 1826, cerné de toutes parts , offrit de capituler si on voulait lui faire grâce, Accueilli avec bonté par le Sltah qui lui accorda son pardon, Revendouz-Bey lui jura fidélité et combattit désormais dans les rangs des Turcs.
». | di Ÿ £ C\
er 07
ATEN CLEP
Kurde.
Asie.)
grandes démonstrations d'amitié ; mais sous le prétexte d'admirer ses armes, ses vêlements, ses bagages, ils le volent et le maltraitent. Souvent, dit M. Poujoulat, ils ont énlevé un cheval à un cavalier en lui souhaitant un bon voyage à pied’!
Le costume des Kourdes consiste en une longue robe serrée et assujettie par une ceinture en tissu dans laquelle ils passent leurs pistolets et un large couteau recourbé. Sous cette robe, qu’ils ne mettent que hors de la tente, ils portent une veste étroite, boutonnée ou croisée sur la poitrine. Le pantalon est large et s'attache au-dessus de la cheville au moyen d’une coulisse. Leur coiffure est un turban auquel ils ajoutent une masse de tresses qui tombent sur les côtés. Les militaires ont un feutre pointu, terminé dans le bas par deux pointes qui effleurent les épaules. Cette étrange coiffure offre quelque ressemblance avec nos tricornes. Les chaussures se composent de bottines : les Kourdes parlent avec dédain des hommes qui se chaussent de babouches. Dès leur jeunesse, les Kourdes sont familiarisés avec les armes; ils combattent à cheval au moyen du sabre, de la massue, de la lance et du fusil à mèche; cette dernière arme leur sert en fuyant comme en attaquant : ils font feu en se tournant sur leur cheval qui est lancé au grand galop. ch
Brûlé par le soleil, le visage des femmes n’est pas gracieux. Elles ne sont point voiléés et portent une robe boutonnée au cou, mais ouverte et flottante vers la ceinture et le bas, et sous laquelle elles ont une chemise fort ample, couverte en partie d’un large pantalon. Leurs ceintures sont belles et garnies d’une agrafe d’or ou d’argent. Les plus riches se couvrent en hiver d’un manteau en satin à manches courtes et étroites: celui des autres est en étoffe de coton ouatée. Toutes portent communément üne sorte de pèlerine qui, par devant, ne descend que jusqu’au bas du sein, tandis que par derrière elle tombe jusqu’à la jarretière. Leur bizarre coiffure ressemble à une mitre fort élevée et est faite de mouchoirs de couleurs très-variées; le devant de cette coiffure est recouvert, chez les riches, d’une dentelle d’or; leur longue chevelure noire, entremélée de petites pièces de monnaie, flotte sur leurs épaules. Quelques-unes de ces femmes vont pieds nus et ne portent sur la tête qu'un léger mouchoir jaune ou bleu qui retombe en arrière. Ce sont, au reste, de véritables amazones qui montent parfaitement à cheval et sont armées comme leurs maris.
Les Yézipis habitent le pays appelé Sindjar, contrée riche en pâturages, en fruits de toute espèce et bien arrosée d’eaux vives. Ge peuple est accusé d’adorer le diable, et sa conduite justifie assez cette opinion. Leur nom leur vient de Yézid, général arabe, qui fua Hussein, petit-fils de Mahomet, et qui persécuta avec acharnement la famille d'Al. Le meurtrier de Hussein est considéré comme le fondateur de la secte des Yézidis, et son exploit est le sujet de la haine invétérée qui existe entre ses sectateurs el les musulmans. Quoiqu'ilsreconnaissent que la miséricorde de Dieu est infinie comme sa sagesse, les Yézidis ne se font aucun scrupule de rendre hommage à Satan, parce qu'ils croient fermement qu’il sera réintégré un jour dans les honneurs qu’il a perdus par sa dés-
: ]1 n'appartient plus guère à des voyageurs européens de louer la prétendue hospitalité des Kourdes dépuis l'assassinat dont ils rendirent victime l'infortuné Schultz, savant Allemand envoyé par le gouxernement français en Asie pour y opérer des recherches scientifiques. Après avoir visité la Perse, Schul{z se mit en route pour le Kourdistan, pendant l’automne de 1829. Il était escorté de son domestique et de six soldats, que lui avait donnés Arsliar-Khan, alors gouverneur d’une province persane. Le voyageur ét sa petite troupe furent massacrés impitoyablement par les Kourdes mêmes qui avaient fait mine de les protéger. Ce furent des paysans arméniens, obligés par la force d’enterrer les corps de ces malheureux, qui annoncèrent cette affreuse nouvelle à Arsliar-Khan. Les effets et les nôtes de Schultz laissés dans le palais du prince persan furent envoyés à l'ambassade française à Constantinople, mais les bagages que le voyageur avait dans son voyage au Kourdistan restèrent au pouvoir des brigands,
obéissance. « Pourquoi, disent-ils, outrager le démon et intervenir entre un ange déchu et son souverain? Dieu a-t-il besoin que nous maudissions celui qu’il punit, et me peut-il pas arriver qu'il lui pardonne? » Mais ce raisonnement n’est pas adopté par les Turcs : « Les Yézidis, disent ceux-ci, se sentant couverts de crimes par suite de leurs brigandages, craignent, el avec raison, plus que les autres hommes, les tourments du feu éternel, et ils cherchent à se faire aimer du diable, en lui rendant un culte pendant leur vie, afin d’être épargnés par lui quand ils seront précipités dans l’infernal abime.w L'homme qui blasphémerait contre le démon dans le pays des Yézidis serait immé: diatement lapidé. Quand leurs affaires les appellent dans les cités turques, c’est leur faire un affront impardonnable que de mal parler de Satan en leur présence, et celui qui a commis cette imprudence est perdu, s’ilest rencontré par un Yézidis. Plus d'une fois des sectateurs de Yézid, ayant été arrêtés pour crime par la justice turque et con damnés à mort, ont préféré subir le trépas que de renier le diable qu’ils adorent sous la forme du serpent, ce qui présente un vague souvenir de nos traditions bibliques. = Cette nation a dans l’année une nuit consacrée à une grande fête en l'honneur de Lucifer : c’est la dixième nuit de la lune d’août. Des plus lointaines contrées, les sectaires se réunissent avec leurs femmes et leurs filles près d’une haute montagne, située à 50 lieues au sud-est de Mardi», et au pied de laquelle se trouve une caverne dont nul n’a mesuré la profondeur, et qui, dans leur opinion, se prolonge jusqu'aux régions infernales. A l'heure de minuit tous les assistants se placent devant l’abime dans lequel on jette des chèvres et des moutons-vivants, de l'argent, du pain, des fruits et des vêtements, le tout à la gloire de la redoutable royauté des ténèbres. Puis, à la lueur des torches flamboyantes, au son des fifres, des cors, des cimbales et des tambours, ils exécutent des danses, des rondes en l'honneur du noir empire. Après ces effroyables danses, la multitude en délire s’avance vers un souterrain situé à quelque distance du lieu où se sont passées les premières scènes : hommes, femmes, enfants s’y précipitent, au milieu des ténèbres, et là s’accomplissent d’affreuses orgies, sur lesquelles l’imagination ose à peine s’arrèler. Ces réunions monstrueuses et nocturnes rappellent celles de ce genre qui se tiennent dans les montagnes des Ansariéh, le premier jour de l’année, et qui sont appelées Bok-Bech (fêtes d'empoignement). — Ces peuples n’ont rien d’exclusif dans leur doctrine ; ils ne repoussent rien, et dans l'espérance d'obtenir un jour les félicités éternelles, ils se mettent, pour ainsi dire, sous la protection de tous les cultes et de tous ceux qu’ils supposent puissants dans la catégorie des esprits : ainsi ils ne passent jamais devant un monastère chrétien sans s’y arrêter avec une pieuse pensée. Mais ils sont presque Loujours contraires à l'opinion des Turcs : par exemple, le vin étant interdit par le Coran, les Yézidis ont pour cette liqueur une grande véné= ration; ils boivent en tenant soigneusement le verre des deux mains, et s'ils en laissent tomber quelques gouttes par terre, ils prennent religieusement la terre où les gouttes ont été répandues, et la portent dans un lieu caché où le pied de l’homme ne puisse la fouler. La haine entre les Yézidis et les musulmans est poussée jusqu’au plus violent fanatisme. Ainsi il n’y a pas pour un Yézidis un acte plus méritoire que de tuer un musulman, et celui-ci croit cueillir la palme du martyre s’il meurt de la main du premier. C'est pour cela que de temps immémorial, les gouverneurs de Diarbékir, de Moussoul, de Mardin, prennent parmi les Yézidis les exécuteurs des hautes œuvres. Si le chef de ceux-ci n’usait pas d’une autorité sévère, tout le peuple en masse voudrait remplir les fonctions de bourreau dont on change tous les six mois. En quittant cet emploi, considéré comme honorable et saint, le Yézidis rentre dans ses foyers environné de Îa vénération publique; il est fêté, admiré; chacun veut le voir, le toucher, et si, pendant l'exercice de son ministère, quelques gouttes de sang musulman sont res-
lées sur ses habits, on met ceux-ci en morceaux qui sont distribués au peuple comme des reliques précieuses. Lorsqu'un Yézidis meurt de la main d'un Turc sans avoir été vengé, les funérailles, ordinairement accompagnées de réjouissances, se font en silence et sans pompe. Les plus proches parents du défunt se rasent la barbe en signe de déshonneur, et ne la laissent repousser que lorsque la vengeance a apaisé les mânes irriés du mort. Le faquir préside aux cérémonies funèbres; il place Le mort debout, le frappe à la joue droite avec la paume de la main et lui dit : Bechek (va en paradis). — Il y a parmi cette nation une tribu privilégiée à qui l’on confie la garde du tombeau de Vézid, fondateur de la secte. Le chef de cette tribu, toujours pris parmi les descendants du général arabe, est regardé comme un saint et grand personnage, et celui qui peut obtenir un vêtement du saint pour s’en faire un suaire, croit avoir sa place inévi- -(iblement marquée dans le paradis. — Le chef de la tribu tant respectée a toujours auprès de lui un jeune homme appelé £ochek ou disciple, sans le conseil duquel il ne peut rien faire. Le glorieux privilége de recevoir les révélations du démon n’appartient qu'au kochek qui est consulté dans toutes les entreprises. Il se couche à plat ventre sur le cercueil en pierre de Yézid, dort ou fait semblant de dormir, et pendant son sommeil l'esprit infernal lui dicte les réponses qu’il doit faire à ceux qui sont venus l'inlerroger. Il arrive même que les Yézidis achètent du kochek des places dans le paradis, eL'ils se croient très-honorés s’il consent à se choisir des épouses parmi leurs femmes. — On à avancé à tort que ces peuples étaient circoncis : ils ne subissent la circoncision que le jour où ils sont contraints d’embrasser la foi musulmane. Ils regardent comme choses inutiles en ce monde la prière et le jeûne, aussi bien que la lecture et l'écriture : « Cheik Yézid, disent-ils, nous ouvrira les portes du paradis. » Le nombre des Yézidis est évalué à 200,000, et celui des guerriers qu’ils peuvent mettre en Campagne dans leurs guerres continuelles contre les pachas est estimé à 5,000 cavaliers et 6,000 fantassins. Divisés en un grand nombre de tribus indépendantes, ayant chacune leur chef qui prend le titre de prince, ils habitent quelques villages, mais principalement des tentes en poil de chèvre. Leur langue est le kourde. Ils vivent en partie de brigandages, attaquent les caravanes qu’ils pillent, tuent leurs conducteurs excepté quand ce sont des chrétiens, car les Yézidis ménagent les chrétiens. Leur aspect est, dit-on, hideux; ils ne se rasent jamais et portent les cheveux longs et sales.
Les SéknsBétKLous (hommes portant huit bouquets de barbe, dont deux sur le front, deux pendent du nez, deux sortent des oreilles et deux descendent du menton) forment une autre peuplade de la Mésopotamie. Ils adorent les chiens noirs et vouent une espèce de culte à tous les insectes de la terre. Leur tradition rapporte que l’arche de Noé, s’avançant vers le mont Ararat, où elle devait s’arrêter, heurta contre un rocher, près de la grande montagne de Sindjar, et fit une voie d’eau. Le serpent qui était dans l'arche offrit à Noé, qui désespérait de se sauver, de le secourir à condition qu'après le déluge le patriarche le nourrirait de sang humain. Celui-ei accepta la proposition, et le serpent avec ses longs plis boucha la voie d’eau. En sortant de l'arche il rappela la promesse qui lui avait été faite, mais, d’après le conseil de l'ange Gabriel, Noé brüla le serpent et en jeta, au loin, les cendres qui produisirent les légions d'insectes qui poursuivent l'homme. — Cette peuplade est la même que celle qui, du temps des croisades, sur les bords de l’Halys causait. tant d’effroi au pauvre peuple, « aux nobles dames, aux femmes très-délicates, aux illustres matrones d'Occident, » et qu’Albert d’Aix peint ainsi : « Les hommes de cette nation du Khorassan sont horribles à voir : ils ont sur le devant, sur la droite et sur la gauche de la tôte, des tonsures en forme de collier, et à côté de ces tonsures, on voit pendre quelques mèches de cheveux qu'ils ne coupent jamais, et qui leur donnent un aspect hideux. En outre, ils ne
se font jamais la barbe et la portent fort longue, de sorte qu’on ne saurait les comparer, pour leur apparence, qu'aux esprits noirs et immondes, » Ce portrait convient encore parfaitement aujourd’hui aux Sékiisbéiklous,
Les Turcomans (Turkmènes ou mieux Trouckmènes) sont originaires des bords de la mer Caspienne, Ils s’établirent d’abord dans l'Arménie majeure, appelée pour cette raison Turcomanie. Mais leur amour pour la vie errante en a amené plusieurs hordes dans l'Asie Mineure et dans le gouvernement d'Ischil. Soit l’effet de l'excellent climat du pays qu’ils habitent depuis leur migration, soit la régularité de leurs habitudes, leur race s’est tellement embellie qu’ils ne le cèdent point aux Turcs, —Cette nation tartare appartient à la secte des mahométans sounnites et observe rigoureusement les pratiques du culte qu’elle a embrassé; bien qu’ils aient des chefs ou princes, ces nomades ne reconnaissent qu’imparfaitement leur autorité, et prétendent que Dieu seul est leur chef; cependant ils conservent un grand respect pour leurs prêtres ou kasi. — Ignorants et contents de leur pauvreté, ils parlent la langue turque, vivent sous des tentes de feutre et n’emploient d'autre combustible que la fiente de leurs vaches. Leur nourriture consiste en un peu de farine et de gruau, en lait aigri et en viande, produits de leurs troupeaux. — On évalue le nombre de ces peuples à 60,000 familles, dont on compte 30,000 individus dans les pachaliks d’Alep et de Damas, les seuls de la Syrie qu’ils fréquentent. En été, une grande partie de leurs tribus passe dans l'Arménie et la Karamanie où ils trouvent des herbes plus abondantes, mais ils reviennent aux approches de l'hiver dans leurs quartiers accoutumés. — Les femmes sont bien faites et ont une physionomie gracieuse; elles filent des laines et font des tapis, en usage dans ces contrées depuis un temps immémorial ; elles sont mises avec propreté, mais sans recherche, et leur habillement ressemble assez à celui des femmes grecques de Brousse et des environs. —Les hommes ont la taille élevée et les épaules larges ; ce sont des cavaliers vigoureux, des soldats infatigables, presque toujours à cheval, la lance sur l'épaule, le sabre courbe au côté, le pistolet à la ceinture. Ils se rasent la tête, portent des vêtements en étoffes de laine cramoisie, et des bonnets ronds garnis de peau d'agneau noire d’Astrakhan.— Les Turcomans ont souvent des discussions avec les Tures qui les redoutent. —Ils sont d’ailleurs obligeants, hospitaliers et bons agriculteurs quand ils se fixent. — Les hommes de travail ont une veste el un pantalon appropriés à leurs occupations, et il n’y a plus guère que les chefs de famille et les anciens qui portent la robe flottante.
Dans le Diarbékir, on trouve quelques familles de Saséens. Ces anciens adorateurs des astres, qui prétendent descendre en ligne directe, et sans aucun mélange avec lesautres peuples, des Chaldéens, ont conservé leur culte; mais comme ils sont en horreur aux musulmans, ils vivent misérablement dans des cavernes, et cette antique race va s'éleindre.— Les habitants des environs d’Angora ont conservé quelquès-unes de leurs plus vieilles traditions, et les principaux d’entre eux se vantent d’être les descendants de ces Gaulois qui, après la défaite de Brennus, vinrent fonder une colonie dans l’Asie Mineure, et donnèrent. à ce pays le nom de Galatie. Ces rejetons des Gaulois, venus des environs de Toulouse, sont aujourd’hui les plus sales des Turcs, et ne font guère honneur à leurs ancêtres de belliqueuse mémoire.
Les ANSsartËn où NASsARIENS habitent la contrée qui s'étend depuis Antioche jusqu’à la rivière dite Nabr-el-Kébir, Les savants les plus versés dans les langues et les his- Loires d'Orient les regardent comme une secte mahométane fondée dans le vire siècle par un certain Nassar, mais qui, d’après un passage de Pline, paraît être une ancienne peuplade syrienne qui, même du temps des Romains, conservait son tétrarque ou prince particulier. Cette peuplade, qui peut armer 42,000 à 15,000 hommes, habite,
selon Burckhardt, des montagnes d’un accès difficile. En dépit de toutes les suppositions faites sur leur culte qui paraît admettre un Dieu en cinq personnes, on ne sait rien de certain si ce n’est qu'ils ont plusieurs degrés d'initiation.
C'est dans cette même contrée que les croisés rencontrèrent la fameuse nation des Assassins, gouvernée par le Vieux de la Montagne, dont on rapporte ainsi l'origine : Après la mort de Mahomet, ses disciples se dispersèrent en plusieurs sectes ennemies; de celle des Ismaéliens sortirent les califes fatimites qui enlevèrent aux Abbassides l'Égypte et la Syrie. Afin d'augmenter et d'assurer leur puissance, ces califes détachèrent, dans les différentes provinces soumises à l'autorité spirituelle et temporelle des califes de Bagdad, des missionnaires qui enseignaient en secret les dogmes des Ismaéliens et excitaient les peuples à la révolte. Vers le milieu du v° siècle de l’hégire, l’un de ces missionnaires était un certain Haasan, fils d’Ali, qui, après avoir longtemps travaillé à faire reconnaître la suprématie du calife fatimite Mostanser, alors régnant sur l'Égypte, se déclara indépendant et s'établit au sein des montagnes de l’ancienne Parthie, à peu de distance de Kazvin, d’où lui vint le nom de Cheik-al-Djebel, (cheik ou prince de la montagne). Les princes qui lui succédèrent pendant deux siècles étendirent leur puissance jusque dans la Perse, et ce fut dans les montagnes de l’Anti- Liban que se fixa leur lieutenant; ce sont aussi les Ismaéliens de ces montagnes qui furent connus des Occidentaux sous la dénomination d’Assassins. Il paraît que cerlaines préparations végétales, connues de quelques cheiks de cette secte, étaient employées par eux pour exalter l'imagination de leurs hommes. C'est ainsi que le Vieux de la Montagne se rendit redoutable par le zèle aveugle de ses sujets qui, d’après ses ordres, allaient donner la mort à ceux qu’il désignait pour victimes... et les trônes les plus augustes n'étaient pas une protection suflisante contre leurs coups. L'Assassin périssait-il dans ces sortes d’expéditions, les nymphes du paradis qu'on lui avait fait connaître dans une vision lui tendaient les bras et lui offraient leurs charmes divins.
Les Maronrres et les DruzEs se sont établis dans les montagnes du Liban dont les forêts de cèdres leur forment des asiles inaccessibles aux armes et non aux intrigues des pachas turcs.
Le pays des MaroniTes, le Kesraouan, s'étend depuis le cours du Nabr-el-Kébir jusqu’à celui du Kelb. Ces peuples, dont on estime la population à 150,000 âmes, vivent dans des villages et des hameaux. Le village de Kanobïn, résidence de leur patriarche, peut être considéré comme leur chef-lieu; la plupart des cellules du monastère où demeure ce patriarche sont taillées dans le roc, ainsi que l’église et Les deux souterrains qui servent de cimetière, l’un aux moines et l’autre aux patriarches. Le son des cloches et la pompe des processions prouvent la liberté du culte chrétien. Deux cents monastères observent rigoureusement la règle de Saint-Antoine; les antres et les cavernes renferment un grand nombre d’ermites. La ferveur de dévotion qui règne parmi les Maronites rappelle les siècles de l'Église primitive. Quoique réunis à l'Église romaine et ayant renoncé à l’hérésie de Maron, leur fondateur, ils conservent l'usage . de célébrer l'office divin dans leur propre dialecte qui est un mélange de syriaque et d’arabe, et maintiennent l'antique institution du mariage des prêtres. — Ces peuples exportent leurs blés, leurs vins, leurs cotons par Tripoli et Djebail. Divisés en peuple et en cheiks ou notables, ils s’adonnent avec ardeur au travail, cultivent la terre et vivent frugalement au milieu de leur chaste famille, sous un toit rustique, où le voyageur chrétien trouve toujours une douce et cordiale hospitalité.
La contrée habitée par les Druzes, au sud du pays des Maronites, est partagée en plusieurs quartiers qui diffèrent par le sol et les productions. Au nord, le Mainéh ren-
ferme au sein de ses rochers de riches mines de fer. De belles forêts de sapins distinguent le Gharb, qui vient ensuite. Les vignes et les müûriers viennent dans le Sahhel,
pays plat voisin de la mer. Le canton central, appelé Choüf, produit les meilleures soies. Au midi se trouve leFefah, ou district des pommes. Le Chakif nourrit les meilleurs tabacs. Enfin le nom de Djourd désigne la région la plus élevée et la plus froide, où, durant l'été, les pasteurs se retirent avec leurs troupeaux. Deir-el-Kébir ou Dalil= Camar (maison de la lune), gros bourg mal bâti dans le canton de Choûf, est la résidence de l’émir ou prince des Druzes, qui y habite une forteresse. — C’est la religion qui sépare cette peuplade des autres Syriens. Longtemps ignorée en Europe, con centrée parmi les okhals ou docteurs des Druzes, elle est aujourd’hui connue par la publication de plusieurs pamphlets dogmatiques écrits en arabe, mais d’un style trèsobscur. Les Druzes croient à un seul Dieu qui se montra pour la dernière fois sous une figure humaine, en 1050, dans la personne de Hakem, calife d'Égypte. La circoncision, le jeûne et la prière leur sont élrangers; ils mangent du porc, boivent du vin, se marient entre frère et sœur et ont le droit d’avoir plusieurs femmes. Dans la persuasion où ils sont que les autres croyances viendront se fondre dans la leur, ils Les regardent ioutes avec indifférence; cependant ils paraissent avoir un mépris particulier pour le mahométisme. Ce système de déisme s'allie à la métempsycose et à l’adoration d'un veau. Ces traces d'anciennes religions des Samaritains et de quelques sectes juives autorisent la judicieuse conjecture d’après laquelle la société politique des Druzes serait antérieure à l’époque du calife Hakem et de son prophète Hamzah ou Hamzeh: Cette conjecture acquiert encore un plus grand caractère de vraisemblance, si l'on rapproche les passages où les Hébreux parlent d’une nation d’Jtur’s, ceux où les Grecs et les Romains vantent la valeur indomptable des Jfuræi, maîtres du Liban depuis Béryle jusqu’à Damas, et le témoignage d’un voyageur moderne, selon lequel le véritable nom des Druzes serait Durzi ou Turzxi. On est tenté de penser que ces anciennes nations se sont toujours maintenues dans une sorte d'indépendance au milieu des révolutions qu'a éprouvées la Syrie, et, qu'à une association déjà formée, la doctrine d’Hakem n'a fait que prêter une nouvelle énergie. — Une note sur les Druzes, extraite d’un manuscrit daté de Sayde, dit que le nom de ce peuple indiquerait une secte qui étudie les mystères : il dériverait du verbe darass (étudier). Le fondateur de cette secte serait Mansour-ebn-el-Aazir, nommé Mohamed-ben-Ismael par les Turcs, qui naquit au Caire l’an 985 de notre ère, succéda à son père, se déclara troisième calife de la race des Fathmioun en Égypte, puis prétendit être un dieu incarné et descendu de Fatime, fille de Mahomet; ses prosélytes devinrent nombreux : il conquit la Syrie, persécuta les juifs et les chrétiens, et fut massacré en 1021. Son disciple Hamzeh déclara qu’il avait disparu en laissant un manuscrit précieux sur sa doctrine, qui n’est autre chose qu'un tissu de rêveries, mélange de doctrines juives, chrétiennes et musulmanes. — Quelle que soit l’origine de cette nation, qui se compose de 450,000 habitants et peut mettre 15,000 hommes sous les armes, y compris 4,000 chrétiens qui demeurent dans des villages où ils ont leur église, elle représente à elle seule, en Turquie, la dignité de la nature humaine. Républicains par l’austérité de leurs mœurs, toujours redoutés comme rebelles, ou respectés comme vassaux libres par les pachas voisins, ils obéissent cependant à un prince héréditaire. —Lorsqu’une famille régnante vient à s'éteindre, les suffrages du peuple élèvent au trône un autre prince qui est obligé de ‘se reconnaître tributaire de la Porte. — Le Hakenïÿ, ou émir régnant, ne peut déclarer la guerre ou faire la paix qu'avec l’assentiment des notables ; mais tout paysan qui acquiert quelque crédit par son mérite ou son courage, a droit de donner sa voix dans l’assemblée générale. — Les okhals (prêtres) ont dupe rs degrés d'initiation dont le plus élevé
i ji ff N
Po