‹ Muscinées (mousses, sphaignes, hépatiques)Chapitre 37 sur 395 · HYDROGRAPHIE DES VOSGES · texte numérisé non relu

HYDROGRAPHIE DES VOSGES

teaux. L’explication est la même que pour le gres vosgien et le grès bigarré. Dans le Jura, les blocs rocheux étant tres grands, les montagnes d’un relief très considérable, il en résulte que les quantités d’eau recueillies par les nappes argileuses imperméables, qui supportent un étage calcaire, sonténormes. Ces eaux venant à trouver une issue sur le versant d’une montagne donnent aussitôt de véritables torrents, des ruisseaux que l’on utilise, à leur sortie de la roche, pour faire marcher des usines. Certains massifs présentent cependant quelques sources disséminées. Ce phénomène nous a paru assez fréquent sur le versant nord du Suchet-et du Mont-d’Or.

Régions basses. Le muschelkalk, en Lorraine, forme peu de sources; le keuper, moins encore. Les collines jurassiques lorraines sont tout à fait analogues, sous ce rapport, au Jura de la grande chaîne : sources rares, mais abondantes. Elles redeviennent plus nombreuses dans les grès verts.

Les plaines de la Bresse, malgré leurs nombreux étangs, n’ont pas de sources proprement dites.

« Dans le grès des Basses-Vosges, nous voyons des sources avec un débit de 189 litres par minute, et dans les amas de cailloux, englobés de limon imperméable de l'étage tertiaire supérieur du Sundgau, il y a des sources assez abondantes pour mettre en mouvement des moulins, à une faible distance de leur origine. Dans la plaine d’Alsace, formée d’alluvions, la nappe d’eau souterraine est en rapport avec le niveau de l’'Ill et du Rhin, dont elle suit les variations. Les plateaux de lehm qui recouvrent le gravier sur de grands espaces, sont généralement sans eau; mais le lehm vient-1l à manquer, on y voit paraitre des sources assez fortes pour former des petites rivières telles que la Blind près de Colmar, la Lauter et la Zembs dans le Bas- Rhin (1).»

Outre les sources, d’autres stations humides, aquatiques, sont formées par les tourbières, les marais et marécages de toute nature, les étangs et les lacs.

(1) M. Grad : Bulletin de la Soc. d'Hist. nat. de Colmar, 1869, p. 350.

Dans les Hautes-Vosges, à des altitudes de 600 à 1200 m., dans le Jura, à des altitudes de 800 à 1200 m., les tourbières et les marais tourbeux sont également fréquents. Ce sont des stations chéries des mousses. Il s'en trouve encore çà et là sur le grès vosgien et le grès bigarré des Basses-Vosges et des Faucilles, par exemple aux environs de Bitche (Lorraine allemande), de Bellefontaine et de Dounoux (Vosges). Elles manquent dans toute la plaine de la Lorraine; dans les plaines de la Bresse et de l'Alsace, il n’y a guère que des marais tourbeux.

Les marais, marécages, les prés marécageux, les fossés vaseux et renfermant, à certaines époques, des eaux stagnantes, se rencontrent un peu partout. Les marais sur les pentes et dont les eaux s’écoulent assez facilement, sont plus répandus dans le systeme granitique et arénacé des Vosges que partout ailleurs; les mares à eaux stagnantes sont, au contraire, plus communs dans la région des plaines, à sols calcaires ou argileux imperméables. Les étangs, les lacs, pas plus que les grands cours d’eau, ne sont favorables aux mousses. Une petite tourbière de quelques mètres carrés nourrit plus de mousses que le lac de Gérardmer tout entier. Nous ne nous en occuperons donc pas.

Chapitre KEI. — Des relations entre la dispersion des mousses dans notre domaine et les conditions extérieures d'existence où elles se trouvent.

M. Godron dit, avec beaucoup de justesse, « que les conditions extérieures d'existence auxquelles les végétaux sont soumis, se rapportent à deux ordres de faits principaux : les influences atmosphériques et celles du sol dans lequel ils implantent leurs racines (1). »

« Les agents extérieurs, qui dépendent de l'atmosphère, sont la chaleur, la lumiere, l'air, l’eau, qui. dans chaque lieu se com-

(1) Godron : Géographie botanique, p. 11.

binent en un certain rapport pour former ce qu’on appelle le climat (1). »

Le sol ou support pour les mousses agit par sa nature minéralogique et par ses propriétés physiques.

Article 1°". — Influences atmosphériques.

Les principaux agents atmosphériques, dont nous ayons à nous occuper ici, sont donc la chaleur, la lumiere, l’air et l’eau, ou plutôt la vapeur d’eau tenue en suspension dans l’atmosphère. On pourrait y joindre l'électricité; mais son rôle sur la végétation, particulièrement des mousses, est encore si mal connu, qu'il vaut mieux n’en rien dire. Le concours simultané des autres agents est indispensable à l’accomplissement des fonctions végétatives. Les mousses, comme tout autre végétal, périssent dans un milieu privé d’air normal ; des ténèbres épaisses, une température inférieure à zéro, l'absence complète de vapeur d’eau, continuées pendant plus ou moins longtemps, leur seraient également fatales.

D'autre part, il n’est pas moins certain que les mousses exigent, selon les espèces, des sommes variables de chaleur, de lumière et de vapeur d'eau.

Certaines espèces se plaisent sur les rochers ou les coteaux secs, dénudés, exposés au midi; elles subissent donc, sans en paraître incommodées, les variations de température les plus brusques et les plus étendues. Complétement desséchées par le soleil pendant les grands jours d’été, elles ont à résister, pendant l'hiver, à l’action désorganisatrice des froids les plus intenses.

On peut citer comme appartenant à celte catégorie :

Gymnostomum tortile, Grimmia leucophæa,

Trichostomum flexicaule, — commutata, — couvolutum, — ovata,

Barbula rigida, Hedwigidium imberbe,

(4) Godron : Géographie botanique, p. 36.

Barbula membranifolia, Orthotrichum Hutchinsiæ, — cylindrica, — anomalum, — inclinata, Bryum alpinum, — squarrosa, Pterogonium gracile, Grimmia Donniana, Hypaum abietinum, — crinita, — albicans, — orbicularis, — chrysophyllum, — pulvinata, — rugosum, — decipiens, Andreæa rupestris, — funalis, — petrophila,

D’autres, tout en recherchant les rochers, ne s’établissent que dans les anfractuosités ou sur les pans tournés au nord et plus ou moins ombragés. Elles fuient l’action directe du soleil. Est-ce la vivacité de la lumière, une action chimique qu’elles subiraient de la part des rayons solaires, ou simplement la chaleur trop ardente qui les dessécherait, ou toutes ces causes à la fois qu’elles redoutent? Nous ne saurions le dire. Mais le fait paraît constant pour une foule d'espèces, dont voici les principales :

Hypaum umbratum, Bryum crudum,

— Halleri, — pyriforme,

— confervoides, Aulacomnium androgynum,

— alopecurum, Schistostega osmundacea,

— confertum, Encalypta ciliata,

— : heteropterum, — streptocarpa,

— catenulatum, Tetrodontium Brownianum, Leskea rufescens, Zygodon lapponicus,

— longifolia, — Mougeotii, Anomodon viticulosus, Seligeria pusilla, Cylindrothecium cladorrhi- — tristicha,

Zans, — recurvata, Myurella julacea, Dicranum fulvum, Bartramia Halleriana, — polycarpum,

— Œderi, Weisia Bruntoni.

— ithyphylla,

Ces deux listes sont formées d’espèces caractéristiques, sinon toutes, au moins la plupart. Mais l'intervalle qui les sépare se remplit d’abord, au centre, de mousses indifférentes à l'égard des conditions atmosphériques qui nous occupent ; elles croissent sur la terre des coteaux secs ou des forêts, sur les rochers ombragés ou découverts, par exemple :

Hypnum cupressiforme, Rhacomitrium heterostichum, — populeum, Barbula muralis,

Bryum cæspititium, — unguiculata, — capillare, Fissidens adianthoides.

— argenteum,

Un très grand nombre encore se rangent les unes à droite, les autres à gauche, préférant l’ombre, sans éviter tout à fait le soleil, ou croissant plus volontiers au grand soleil, mais encore çà et là dans des lieux ombragés. Dans tous ces cas, d’autres influences, celles du support en particulier, semblent devenir prédominantes et neutraliser l’action des agents atmosphériques.

Les espèces corticicoles (ou croissant sur les écorces) se développent également sur tout le périmètre des troncs d’arbres qu'elles ont envahis. On pourrait citer beaucoup d’espèces du genre Orthotrichum, comme se trouvant dans ce cas.

A un point de vue beaucoup plus important, les mousses subissent encore l'influence des agents atmosphériques.

À mesure qu'on s’avance des pôles vers l’équateur, toutes les autres conditions restant les mêmes, la température moyenne s'accroît, les divers phénomènes météorologiques, tels que la saison des pluies, la direction des vents, prennent des allures plus régulières, plus constantes. A ces variations dans l’atmospbère, d’après les degrés de latitude, répondent des changements incontestables dans le tapis végétal. Sous ce rapport, M. Schimper a divisé l'Europe en trois zônes :

1° La zône septentrionale, comprise entre le pôle et le

64° parallèle ;

2° La zône intermédiaire, allant du 64° au 46°;

3° La zône méridionale embrassant les terres limitées par

le 46° et la mer Méditerranée.

Le domaine de la Flore de l'Est étant compris entre 45° 36° au point où le Guier se jette dans le Rhône, au sud de Belley, et 49° 87° de latitude septentrionale, à la limite du département de la Meuse, on voit d’abord qu’il n’y a pas lieu d’attendre des modifications bien sensibles dans la dispersion de nos mousses, en raison d’une latitude trop peu différente d’elle-même en ses points extrêmes, et ensuite que le domaine de notre Flore, à part une lisière insignifiante, se range dans la zône intermédiaire de M. Schimper.

Un petit nombre d’espèces seulement, et en très grande partie de celles qui croissent sur les rochers calcaires plus chauds que les roches granitiques ou arénacées, sont plutôt de la zône méridionale. Ce sont :

Hypaum heteropterum, Trichostomum tophaceum, — dimorphum, — flexicaule,

Leskea Philippeana, Seligeria pusilla, Hedwigidium imberbe, — tristicha, Cinclidotus aquaticus, Gymnostomum calcareum,

— riparius, Phascum rectum.

D’autre part, la végétation bryologique prend souvent, dans nos contrées, un caractère boréal, mais c’est en vertu d’une autre cause, de l’altitude. Tout le monde sait, en effet, qu’en s’élevant dans les montagnes, selon la verticale, on rencontre une végétation analogue à celle qu’on trouverait en s’avançant, en plaine, vers le nord.

L’altitude apporte des modifications tres complexes dans le mode selon lequel les agents atmosphériques influent sur la végétation.

La plus importante de ces modifications est un abaissement de la température moyenne.

Dans les Vosges, l’ascension verticale moyenne, nécessaire pour obtenir un abaissement de 1 degré dans la température, semble pouvoir être fixée à 150—160 mètres; cette élévation varie, du reste, dans une mesure très étendue, selon les localités que l’on considère successivement, et, pour deux localites constantes, elle change encore avec les saisons.

Malheureusement nous ne connaissons pas, dans les Hautes- Vosges, les températures d’un nombre suffisant de localités pour asseoir des conclusions tout à fait satisfaisantes. Il faudrait pouvoir éliminer, des moyennes calculées , sur différents points, la part d'influence qui revient à la direction des vallées, à l'exposition, etc., ce qui n’est possible qu’autant que l’on dispose d’un nombre considérable d'observations.

La seule localité vosgienne un peu élevée, dont la température moyenne soit bien connue, est le Pré-Tonnerre, commune du Syndicat-de-Saint-Amé, alt. 620 m., calculée sur des observations faites depuis le 1° janvier 1853 jusqu’au {°° janv. 1871, par M. X. Thiriat; cette température est de 7° 9°.

Si, d’après un tableau publié par M. Grad (1), nous rapportons à la température moyenne de ce point, pendant les années 1867 et 1868, celles qui ont été constatées pendant la même période par M. Müller, à Ichtratzheim (Alsace), alt. 160 m., et par M. Bronswick, à Mirecourt (Vosges), alt. 279 m., nous obtenons, pour un abaissement de 1 degré, une élévation de

139 m. entre Ichtratzheim 148 >» » Mirecourt

Pour l'année 1869, nous avons, au contraire, dans les mêmes conditions, 174 m. entre Mirecourt et le Syndicat (2).

D'autre part, M. Grad, après avoir étudié attentivement la température des sources de l’Alsace et des Vosges, dit : « Nous constatons dans les Vosges une diminution moyenne de tempéralure de 1 degré par 200 mètres de hauteur verticale au-dessus du niveau de la mer (3). » Ce chiffre de 200 m. est exagéré

et le Syndicat.

si on le rapproche du tableau, donné par M. Grad lui-mème, des températures propres à un grand nombre de sources des Hautes- Vosges (4). D’après ce tableau, en effet, les ascensions nécessaires pour amener une diminution de température de { degré

(1) Bullet. Soc, d’Hist nat. de Colmar, 1870, p. 45.

(2) Météorologie agricole.... en 1869, par X. Thiriat, p. 51. (3) Bullet Soc. d’Hist. nat. de Colmar, 1869, p. 332.

(4) Bullet Soc. d'Hist. nat. de Colmar, p. 331.

oscillent entre 52 et 284 m., avec une moyenne de 182 m., sion rapporte les températures, indiquées pour diverses altitudes, à la température de 4° 75°, qui est celle des sources les plus élevées, à une altitude de 1300 m.

Dans le Jura, des recherches beaucoup plus étendues ont été faites sur le mème sujet.

Nous trouvons dans l'excellente Histoire naturelle du Jura, par F'e Ogérien, que, de Lons-le-Saunier, alt. 248 m., à Syam, alt. 585 m., on s'élève de 171 m., pour obtenir un abaissement de température moyenne de 1 degré; que de Lons-le-Saunier aux Rousses, alt. 1135 m., pour un même abaissement de température moyenne, l'ascension n’est que de 144 m.

Thurmann consacre de longs développements à l’étude de cette question. Nous ne reproduisons que quelques résultats :

« J'ai vu, dit-il, le décroissement dans la verticale varier singulièrement dans le Jura et monter tantôt très au-dessus, tantôt très au-dessous de 1 degré pour 200 mètres. Ainsi une vingtaine d'observations faites entre Porrentruy et Ie Waldeck, distants en verticale de 160 m., m'ont, excepté une seule fois, constamment fourni des résultats inférieurs à 200 m. Deux thermometres contrôlés avec soin étaient à la même minute observés dans les deux stations... La moyenne de toutes ces observations a fourni comme résultat un décroissement de 1° C. pour 154 m….. Au contraire, douze observations pareilles, distribuées sur quatre jours entre Porrentruy (450 m.) et l'auberge de la Caquerelle, au mont Terrible (850 m.), avaient fourni en moyenne 290 m. pour 4° C... Au Rœthifluh, M. Delcros a trouvé 180 m., au Chasseral, 209 m.

Entre Pontarlier et Besançon, l'ascension est... 2367. — — Neuchâtel, — 0055 — — Lons-le-Saunier, — RS ES

P. 46, Thurmann dit : « Les résultats obtenus ont été très divers, mais cependant tous compris entre 150 et 250 metres d’ascension pour 1° C. d’abaissement ; la plupart toutefois sont au-dessous de 200 mètres. On a reconnu, du reste, que ce chiffre est variable selon les saisons, et que l’abaissement est plus

rapide le long des pentes très inclinées que sur les pentes faibles, gradinées ou disposées en plateaux. >» Thurmann, malgré ce qui précède, finit par accepter une conclusion définitive qui ne ressort pas de ses prémisses. « Nous pensons, dit-il, qu’une ascension de 200 m. dans la verticale abaisse la moyenne annuelle d'au moins 1° C. dans nos contrées jurassiques. > Nous donnerons encore les températures moyennes que Thurmann, d’après l’ensemble des observations faites et certaines considérations théoriques, suppose être celle des diverses zônes du Jura et des Vosges :

0] Aluludes. Jura central. Jura occidental, Vosges.

Lisières basses ........ 0 149490 110 SR MAPS

on Plateaux et basseschaînes. 400 9 836 OO HER

Hauts plateaux et chaînes

we)

moyennes........... 700 DOME

(ep)

F | Sommités élevées ...... 1000 6 36 TOME OS

Sommités alpestres..... 1300 86 A 20) SE 108

1700 27786 D SQUREEE SES

En attendant des travaux plus strictement scientifiques et plus complets, ces chiffres peuvent nous donner une idée suflisante du décroissement de la température en raison de l'altitude; mais quand on veut se rendre compte de l'influence que cette diminution de la chaleur atmosphérique exerce sur la végétation et sur les mousses en particulier, il nous semble qu’il faut prendre en sérieuse considération deux autres faits :

1° Dans les hautes régions, surtout au-dessus de 1000 m., la neige tombe de bonne heure, souvent dès le mois d'octobre,

(1) Thurmann entend par Jura central toute la contrée comprise entre Bonfol et Soleure, d’une part, Besancon et Yverdun, de l’autre, ou entre Soleure et Besançon.

(2) Et par Jura occidental, la région limitée par Besançon et Yverdun, d’un côté, Bourg et Bellegarde, de l’autre,

et parfois dès les premiers jours de ce mois; elle tombe en abondance et ne fond que très tard, en avril-mai. Le 30 juin 1870, après des chaleurs nrolongées et très intenses , il restait encore de grandes quantités de neige dans l’escarpement du Castelberg, au Hohneck. Nous avons déjà dit que le 28 septembre 1860, il restait encore de la neige dans plusieurs escarpements de cette montagne. Il résulte de ce fait que les mousses, envahies de bonne heure et protégées tard par ce manteau de neige, n’ont pas à subir les effets désastreux des froids intenses qui font périr une foule de végétaux dans les régions basses, habituellement sans neige, même au cœur de l'hiver. Dans la région alpestre des Vosges, les sources, dont la température se maintient à 8 ou 4° au-dessus de zéro, se creusent sous la neige de vastes cavités où les mousses continuent à végéter, bien que très lentement. Aussi les végétaux, mousses et phanérogames, des régions alpestres, périssent lorsqu'on les transporte dans les régions basses, tués successivement par la chaleur excessive de l'été et par les gelées redoutables de l'hiver et du printemps. Dans les jardins botaniques, on n’arrive à les conserver qu’au moyen de couvertures et d’abris convenables. Le créateur a su donner à ces plantes un tempérament qui leur permet de prospérer dans le domaine qui leur a été assigné, mais les rend incapables d’envahir les cantons réservés à d’autres espèces.

2° Les hautes régions sont habituellement brumeuses, couvertes de brouillards, même pendant l’été. Ces brouillards, chargés de vapeur d’eau, fournissent aux mousses l'humidité si nécessaire à leur végétation. Cette circonstance nous parait d’une importance cépitale.

Combinée avec une température suffisante, la vapeur d’eau atmosphérique, maintenue dans un état de demi-condensation, permet aux mousses qu’elle baigne, dans la région alpestre, de développer et de mürir leurs capsules, dans un intervalle de temps très court.

Ce fait explique aussi la multitude et la belle végétation des mousses qui se voient dans le Haut-Jura, malgré la sécheresse naturelle du sol dans ces montagnes : elles prennent la frai-

cheur qui leur est nécessaire, non pas à leur support, mais à atmosphere.

L'action de la lumière varie aussi, en raison de l’altitude; la pression atmosphérique diminue. Ces causes concourent certainement dans la production d’un effet total, sans que nous puissions assigner à chacune d’elles sa part spéciale d'influence. Citons encore l’action des vents, qui deviennent plus violents, plus continus autour des masses élevées. Certaines espèces semblent tenir compte de cette influence dans le choix de leurs stations. Le Rhacomitrium lanuginosum aime les rochers élevés tournés vers le nord ou le nord-est; les Andreæa, au contraire, se plaisent à l'exposition du sud-ouest.

Après avoir indiqué les diverses influences atmosphériques sujettes à varier d’après l'altitude, il nous reste à faire voir comment, de fait, les mousses, dans les Vosges et le Jura, se coordonnent à ces variations.

1° Région alpestre. Mousses qui se maintiennent au-dessus de la limite des forêts, ou, dans les Vosges, ne descendent pas au-dessous de 1200—1150 m., et dans le Jura au-dessous de 1500—1400 m.

VOSGES. JURA

Hypnum callochroum, Hypaum Vaucheri Lesq.,

ochraceum, —— cirrosum F., Pogonatum alpinum, —— fastigiatum, Oligotrichum hercynicum, Myurella julacea, Bryum Duvalii, Timmia austriaca,

— Ludwigii, — megapolitana,

— cucullatum, Bryum Zierii,

— polymorphum, — arcticum,

— longicollum, Mnium orthorhynchum, Splachnum sphæricum, Encalypta apophysata, Rhacomitrium fasciculare, — longicolla,

— microcarpum, — rhabdocarpa,

— sudeticum, — commutala,

— patens, Barbula mucronifolia,

VOSGES. JURA

Grimmia Donniana, Barbula aciphylla,

— torquata, Trichostomum glaucescens,

— contorta, Desmatodon latifolius, Zygodon lapponicus, Distichium inclinatum, Desmatodon latifolius, Anacalypta latifolia.

Dicranum subulatum, Dicranum subulatum.

— Starckei,

Weisia crispula, Bruchia vogesiaca.

Quelques espèces des régions inférieures affectent, en passant

dans la zône alpestre, des formes spéciales ou variétés que l’on pourrait joindre aux listes précédentes .

VOSGES. JURA

Hynum fluitans v. purpura- Meesea uliginosa v. alpina, scens, Bryum capillare v. Ferchelü, Pogonatum urnigerum v. hu- — v. cochlearifolium, mile, et v. crassum, — turbinatum v. latifolium, Bryum albicans v. latifolium, — pallescens v. boreale, — pallens v. speciosum, v. contextum, — nutans v. subdenticu- etc.

latum,

Les tableaux qui précedent établissent que la végétation bryologique: des sommités alpestres des Vosges diffère à peu pres complétement de celle des mêmes régions dans le Jura. Les Dicranum subulatum et Desmatodon latifolius, les seules espèces communes, sont tres rares dans les deux chaînes de montagnes, et par conséquent peu caractéristiques. Cette diversité de la végétation dans des conditions météorologiques analogues prouve la prédominance, dans ce cas, de la nature chimique et des propriétés physiques du support.

2° Région montagneuse. Nous diviserons la région montagneuse en deux sous-régions. La plus élevée, allant de 700 ou 800 mètres jusqu’à la limite supérieure des forêts, comprend des

espèces qui sont encore influencées d’une manière évidente par Paltitude, tandis que les espèces des montagnes inférieures paraissent rechercher plutôt des stations favorables en raison des qualités physiques du support, que des conditions atmosphériques spéciales découlant de altitude.

4° Région montagneuse supérieure ou Région des Forêts.

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