JE VOUDRAIS VOUS CHANTER
Je voudrais vous chanter avec des mots très purs Que n'aurait entendus jamais aucune femme.
Je voudrais éclairer tout mon cœur d'une flamme Qui vous dévoilerait les coins les plus obscurs.
Je voudrais vous aimer avec une âme neuve, Une âme de matin, une âme de printemps, Calice de fraîcheur, page blanche où le temps N'aurait encore inscrit l'ombre de nulle épreuve.
Mais les lilas de mai dans un jour sont fanés ; L'âme perd sa candeur et ses ailes de cygne ; Le poète rougit de ce langage indigne Dont les mots les plus doux ont été profanés.
REMINISCES CE
Je les ai vus déjà, ces noirs bandeaux lustrés, Avec leurs doux reflets de satin et de soie : Comme en un diamant la lumière y chatoie Et l'éclair des rayons y met des tons bistrés.
Je les ai vus déjà, de splendeur pénétrés,
Ces yeux profonds et clairs qu'un sable d'or poudroie :
Peiotrcs dont la palette illumine et flamboie,
Poètes et sculpteurs les ont-ils illustrés ?
Je me souviens enfin I Vous êtes la Madone,
I^ Vierge au pur regard qui prie et qui pardonne,
Et c'est vous qu'on adore aux pages de missel 1
Quel artiste signa le chef-d'œuvre suprême,
L'éciasant Michel-Ange ou l'exquis Raphaël?
Ne cherchez pasde nom: c'est Dieu! c'est Dieu lui-même I
MÉ TAMORPHOSE
Oa vous rêve parfois Peau-d'Ane ou Cendrillon, Sous ces épais bandeaux où le peigne se brise ; Oa vous voit, accoudée, en votre robe grise, Près de la chesninëe où chante le grillon ;
Mais, défaites le nœud de votre lourd chij^non, Dont le parfum subtil ainsi qu'un encens grise, Ceignez vos cheveux noirs d'un frais ruban cerise, l'-i vous voilà Carmen, et vous voilà Mignon.
Un éclair est moins prompt que la métamorphose, Et pour vous changer tant faut-il si peu de chose, Enfant au clair r^ard en sphinx à l'œil troublant?
C'est que, comme le phare où varie une flamme, Oii le feu tantôt brille et s'éclipse tremblant. Les yeux sont le vitrail où se reflète l'âme.
Muse et Musetie,