TES YEUX
Tes yeux sont bleus comme le ciel , Ou comme une onde qui s*épanche, Comme les ailes d'Ariel, Comme l'iris et la pervenche.
Le myosotis pâlirait A côté d'eux, terne et livide, Et l'alouette se prendrait, Trompée, à ce miroir limpide.
Tes yeux sont verts comme la mer Et sans cesse changeants comme elle.
Le soleil prête au flot amer Une douceur toujours nouvelle :
Ainsi la lumière, irisant Ta prunelle aux clartés sereines, Y met ce vague séduisant, Charme dangereux des sirènes.
i86 Muse et Musette.
Tes yeux sont gris, d*un gris si clair Qu'on y voit le moindre nuage, Lac trans{>arent, qu'un soufiQe d'air Ride à l'approche de l'orage.
On y distingue tour à tour Les teintes de la tourterelle.
De la perle où se rit le jour.
De l'ardoise, nuit étemelle.
Tes yeux sont noirs, d'un noir profond, Abîme où tout va disparaître, Dont personne n'a vu le fond.
Et non pas même toi, peut-être :
Parfois un penser attristant Les trouble d'un reflet de bistre ; Parfois, colère d'un instant, n y passe un éclair sinistre.
Tes yeux sont bleus, verts, gris ou noirs.
Suivant la saison et l'année, Suivant les matins et les soirs, Suivant Thcure de la joiunée.
Surtout selon le sentiment Qui le délie ou qui t'enchaîne, El qui varie à tout moment, Depuis Tamour jusqu'à la haine.
Tendresses. 187