‹ Muse et musetteChapitre 110 sur 133 · PRIÈRE D*UN JOUR DE PLUIE · texte numérisé non relu

PRIÈRE D*UN JOUR DE PLUIE

Ma mie est sortie, au matin, Car elle n'en fait qu'à sa tête.

Me riant au nez, Tœil mutin.

Quand je prédisais la tempête.

Or, voici que souffle le vent.

Que du ciel noir tombe Taverse :

Des femmes passent, relevant Jupe et jupon que Teau traverse.

Contre la pluie éclaboussant A quoi peut servir son ombrelle ?

Mon Dieu, que Ton dit tout-puissant, Fais qu'il ne pleuve pas sur Elle !

Tendresses, 193

PREVISION

Quand sous le poids des ans vous me verrez tout autre, La démarche alourdie et les pas chancelants, Sentant ma voix plus faible et mes pensers plus lents. Et qu'au lieu d'un rêveur, j'aurai l'air d'un apôtre ;

Et quand mon œil terni, cherchant toujours le vôtre. Ne l'apercevra plus qu'entre des cils tremblants, Quand mes cheveux seront clairsemés et très blancs, L'amour survivra-t-il ? Que deviendra le nôtre ?

Mon amour est un chêne immense et grandissant. Dont les ramures vont, sans cesse envahissant, Sous leur ombre étouffer les frondaisons voisines ;

La sève dans le tronc puissant circule et bout ; Chaque jour plus avant s'enfoncent ses racines. Et l'arbre fût-il mort qu'il resterait debout.

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