DRAMES
Vous connaissez ces mélodrames, Farcis de crimes, de noirceurs, Où des frères, sinon des sœurs, Enchevêtrent d'horribles trames.
Inépuisables arrosoirs, Les bourgeoises, en leurs alarmes, Et les bourgeois versent des larmes : Les nez chantent dans les mouchoirs.
Bah ! l'angoisse n'est pas profonde Et l'expérience soutient :
Après tous les malheurs du monde, A minuit, tout finira bien !
Quand, à plaisir, on désespère.
L'auteur, qui voit l'heure marcher, Va, pour ne se rien reprocher, Rendre sa fille au pauvre père.
Alors, laissant la claque ea train D'applaudir le père et la fille, Le traître, mort, se déshabille Et court prendre le dernier train.
Ah ! si les drames de la vie Avaient cet heureux dénoûment.
Madame, quel soulagement Et comme vous seriez ravie !
Votre amant et votre mari, Attelés de coun, l'un et l'autre, Tireraient un seul char, le vôtre, Et vous n'auriez qu'à dire : « Arri !
Mais il est des gouffres, ô femme, Où nulle espérance ne luit :
Le pire drame, c'est celui Qui se déroule au fond d'une âme.