‹ Muse et musetteChapitre 17 sur 133 · LE VIEUX JARDIN · texte numérisé non relu

LE VIEUX JARDIN

A M, Auguste Deschamps,

Vergers illustres d'autrefois, D'Alcinoûs et de Laêrte, Jardins des reines et des rois, De Babylone, de Caserte,

Parcs de Mari y, de Trianon, Restes d'une gloire éphémère, Est-ce vous que je chante? Non, C'est le jardin de ma grand'mère.

Sans marbre, marche, ni gradin.

Sans bassin, sans ifs, sans statue, Qu'il me charmait, l'humble jardin.

Malgré ses planches de laitue !

Point d'arums, de camélias.

De rhododendrons, d'azalées ; Mais des soleils, des dahlias, Qui se penchaient sur les allées ;

Muse et Museiie.

Des bordures de buis, de thym, De violettes pâlissantes, Perlant la rosée, au matin, Sur les fraises envahissantes ;

Des cassis et des groseilliers, Aux grappes noires, rouges, blanches; Des pommiers et des framboisiers.

Des poiriers me tendant leurs branches;

Des pois de senteur nuancés.

Près du jasmin, du chèvrefeuille; Des pieds-d 'alouette élancés, Des roses que mon souffle effeuille ;

Géranium rouge, fuchsias, Quarantaines et giroflées, Œillets, pavots, hortensias.

Balsamine aux graines gonflées ;

Lys, ciboire au parfum troublant Au fond duquel l'abeille fouille ; Lilas violet et lilas blanc Que la pluie a tachés de rouille;

Qu'il ait disparu pour toujours Et sa trace même effacée, Moi, j'y promène tous les jours Mon souvenir et ma pensée,

Paysages et Souvenirs, 19

Et je vois encore aujourd'hui, En plein soleil, près de la porte, Avec son œil noir qui reluit, Ma petite cousine, morte.

AFRES L'ORAGE

A Madame Charles Ogier

Le soleil et la fraîche brise

Soulèvent une vapeur grise.

I-a fraîche brise et le soleil Tirent les parfums du sommeil.

Les papillons et les abeilles Pillent parterres et corbeilles.

Les abeilles, les papillons S'en vont remplir leurs corbillons.

Le blanc liseron et la rose Font perler l'eau qui les arrose.

La rose et le blanc liseron A l'envi relèvent le front.

^s lilas et les chèvrefeuilles )émasquent leurs fleurs sous leurs feuilles, ^s chèvrefeuilles, les lilas îgouttent leurs branchages las.

Paysages et Souvenirs. 21

Les iris bleus et les lis pâles Ont des transparences d^opales.

Les lis pâles, les iris bleus Frissonnent, craintifs et frileux.

Les coucous chez les primevères Ne trouvent point d^accueils sévères.

Les primevères, les coucous Redressent leurs fragiles cous.

Les jasmins offrent aux pervenches L'abri de leurs traînantes branches.

Les pervenches et les jasmins Se mêlent au long des chemins.

Les pinsons et les alouettes Recommencent leurs ariettes.

Les alouettes, les pinsons Reprennent leurs claires chansons.

Doux renouveau, le corps et l'âme S'allument d'une même flamme.

Joyeux printemps, l'âme et le corps Frémissent aux mêmes accords.

CIEL P.OMPADOUR

A M, René Cagnat,

Sur le ciel gris le couchant pose, D'un pinceau souple comme jonc, Des touches gorge-de-pigeon, Qu'un reflet bleu métamorphose.

D'un semis d'or vert il arrose Cet harmonieux badigeon Et le soleil fait le plongeon Derrière un large écran vieux rose.

Ces tons, délicats ou fanés, Pimpants encor, mais surannés, Qu'on pourrait croire chose morte,

Si galamment accommodés.

Ne sont vraiment pas démodés, Lorsque c'est le ciel qui les porte.

Paysages et Souvenirs. 23

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