L -OSSUAIRE
A Madame Jules LeBaady.
Au fond de l'humble cimetière, Le long du vieux mur de granit, Entre les ronces et le lierre, Comme dans la feuîllée un nid, lohabitiie, inhabitable, Le toit croulant de vétusté, Une masure lamentable Fait ventre et penche de côté.
Une porte basse y pénètre,
Mais disjointe et ne s'ouvrant plus.
Un soupirail sert de fenêtre.
Coupé de barreaux vermoulus.
Là dedans, Dieu! comme il fait sombre!
A peine y tremble une lueur :
Quand mon regard a fouillé l'ombre.
Je recule, frappé d'horreur.
Choses de Bretagne.
La masure est un ossuaire :
O morts sur qui le temps coula, Dévorant chair, cercueil, suaire, Ce qu'il reste de vous est là !
Ah! les tristes, tristes reliques!
Dans ces ossements secs et nus L^s obèses, les faméliques Ne sauraient être reconnus,
Os de vieillards, os de lilleltes.
Sinistre et lugubre bazar, On ferait d'^trauges squelettes En vous raccrochant, au hasard.
Et vous, crânes, dont les yeux vides S'ouvrent sous un front qui jaunit, La mort, en effaçant les rides, A sa façon vous rajeunit.
Ces mâchoires sont effrontées Avec leurs rictus impudents :
Les unes bâillent édentées, Les autres ont toutes leurs dénis Petites dents toujours vivantes.
Que délaissèrent à jamais Les lèvres roses des amantes, ' Peut-être est-ce vous que j'aimai
Specîacle eac-;;- plus eftoyable.
Oh ! et â02l les Jt-ags ebeveax gris
De ct'.'.ts, que le nal accable
Saas que leurs cœurs eo soient aigris :
Epouses qui demeureot veuves.
Mères doai le fils a péri.
Que la vie abreuva d'épreuves,
A qu: la m-jit seuk- a souri.
Pauvres cheveux, je vous vénère.
Par taul de douleurs argentés; Mais je ne sais pas de prière Pour celles qui vous ont portés; Leur souffrance a prié pour elles, lù, s'il est un Dieu de bonté, Les anges ont pris sur leurs ailes Ces âmes dans l'éternité.
doses de Bretagrit