TOMBES CELTIQUES
A Charles Ogtef.
Menhir rayant le ciel d'une âpre silhouetle,
Qne la brume enveloppe et que le vent fouette,
A ton faîte un signal hîssaît-il son flambeau?
D'un culte primilif es-tu l'obscur symbole,
Ou de Bel, ou d'Hésus la téntibreuse idole?
Le menhir répondit : « Je ne suis qu'un tombeau! »
Dolmen de dur granit, table cyclopéenne Que ses piliers massifs peuvent porter à peine, De la croûte du globe effroyable lambeau.
Es-tu demeure, abri, crypte, cave ou caverne, Antre de Polyphème ou de l'hydre de Lerne?
Le dolmen répondit : « Je ne suis qu'un tombeau ! >
Cromlech, anneau rompu serti de pierre brute,
Marques-tu, de tes blocs où soudain le pied butte,
Le cercle noir décrit par le vol du corbeau
Ou, dans les champs déserts, la ronde que les fées
Mènent jusqu'au matin, folles et décoiffées?
Le cromlech répondit : « Je ne suis qu'un tombeau! »
Choses de Bretagne.
Tumulus qui surgis, humble et morne collirn.', Que le temps désagrège et l'orage ravine, Bien qu'ajoncs et genêts le fassent un manteau. Est-ce la main de Dieu qui te tira de terre.
Ou l'homme dressa-t-il ta croupe solitaire?
Et le tumulus dit : « Je ne suis qu'un tombeau! s
A M, Le Coarer.
I^ plaine monte en pente douce Vers le coteau coififé de bois.
Une herbe courte et rude y pousse.
Pas un arbre. Pas une voix.
La paix y règne en souveraine Et le silence n'est troublé Que par uue plainte incertaine, Soupir des flots au vent mêlé.
En longues files symétriques Courant de l'un à l'autre bout, Les hautes pierres granitiques Semblent des morts restés debout.
Elles se dressent éternelles.
Noirs fantômes sous le ciel gris.
Pour le temps qui passe autour d'elles Leur fierté n'a que du mépris.
Choses de Bretagne.
La légende, en sa fantaisie, Ose seule les expliquer ; L'histoire tourne en poésie ; La science doit abdiquer.
Mais elles n'ont point de mystère Pour les petits gars en sabots :
Ils savent que sur cette terre Rien ne dure, à part les tombeaux ;
Que dessous ces géants de pierre, Narguant la pluie et l'aquilon.
Dorment de leur creuse paupière Les morts couchés tout de leur long;
Et que, si tous, sinistre foule.
Sortaient de leur tombe, insurgés, Par l'immense et funèbre houle Les vivants seraient submergés.
Muse et Muselle.