EN SUIVANT LE CONVOI D'UN ENFANT
Dieu, destructeur jaloux des bonheurs éphémères, Assassin des enfants et tour menteur des mères, Quelle leçon de meurtre oses-tu nous donner ? En proie à cette horreur que nul mot ne peut dire, Quand nous croyons en toi rien que pour te maudire, Devons-nous te haïr ou bien te pardonner ?
Tandis que nous suivons, en deuil, hier en fête. Sous le linceul vivant de fleurs qui nous entête, Ce cercueil qui renferme un cadavre d'enfant, Tu ne comprends donc pas que cette atroce peine Nous remplit, débordants, de colère et de haine, Et ne nous montre en toi qu'un bourreau triomphant?
Et si tous, saluant, se signant au passage.
Arrêtés au trottoir comme sur un rivage,
Troublent une douleur qui voudrait s'isoler.
Si tu permets qu'on soit encor plaint par les autres,
Que des passants, émus, mêlent leurs pleurs aux nôtres,
Est-ce pour nous abattre, ou pour nous consoler?
Miettes de Philosophie. 115