SONGES CREUX
Des formes vagues dans la nuit Passent sâns haleine et sans bruit :
On dirait, en leurs voiles sombres, Des fantômes, des spectres d'ombres.
En vain de leurs mains de désir Mes bras tentent de les saisir.
Rêves que je ne puis étreindre, Ne vous dois-je jamais atteindre?
Vous qui peut-être m'aimerez, Quel est le corps que vous prendrez?
Et vous qui fûtes les aimées, Pourquoi vous vois-je inanimées?
Formes vagues, qui dans la nuit Passez sans haleine et sans bruit.
N'est-il donc parmi vous, ô femmes.
Qu'âmes sans corps ou corps sans âmes?
Muse el Musette.
PBNSERS DE CRÉPUSCULE
A M. Constant Roui}.
Le jour s'achève el la nuit tombe.
Sur la terre l'ombre descend.
Le soleil, au bord de sa tombe, jette un éclat éblouissant Et flambloie, avant de s'éteindre A l'horizon incandescent, Dans l'Océan, qu'il semble teindre Avec la pourpre de son sang.
Un voyageur poursuit sa route Sous le ciel gris, sous le ciel noir.
L'oreille tendue, il écoute, Tout là-bas, l'angelus du soir.
Comme il est loin l'obscur village Où l'on aura gîte et repas!
Marcheur lassé, perdant courage, Oui, tu peux ralentir le pas.
Pleurez, cloches aux glas funèbres, Le soleil éteint désormais.
Toi qui t'en vas par les ténèbres, Puisses-lu n'arriver jamais !
Calme, dans ce trop court voyage, L'impatience qui te mord.
A quoi boo marcher davantage?
As-tu d'autre but que la mort?
Ah ! je comprends ; non, je devine Quelle foi l'entraîne au delà.
Tu croîs en la bonté divine :
Tu n'entends pas t'arréter là !
O frère, ta croyance est belle.
Qui fait ta force et ton soutien.
Dieu veuille en mon cerveau rebelle Mettre un espoir comme le tien !