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AUX PEINTRES ET AUX SCULPTEURS

Il est beau de survivre à soi-uième, à sa race. Par une œuvre qui laisse une immortelle trace.

Toile, sculpture, monument, Poëme, inventions, chefs-d'œuvre du génie : Il est beau de noter dans la grande harmonie

Sa joie ou son gémissement.

Les savants ont trouvé les lois do l'équilibre; Le poêle fait voir qu;- la pensée est libre,

Ses vers survivant au héros, Les champs élyséens de l'art, autre pairie, Lor.sque Tarliste est mort, gardent sa rêverie

Sur la toile, dans le Paros.,

U KTUDES LITTERAIRES.

Quand l'œuvre de l'artiste est de haute portée, On peut le comparer à l'ancien Prométhée,

L'audacieux voleur du feu ; Être peintre ou sculpteur, c'est tirer de son âme Kt du soleil fécond une céleste flamme,

C'est savoir créer après Dieu.

C'est revêtir d'un corps une âme, une pensée. Ce n'est pas copier une ligne tracée,

Voler nu décalque un détail !

C'est faire percevoir aux grossières paupières La distribution des ombres, des lumières,

Le secret du divin travail.

Depuis qu'avec l'iode on reproduit l'image Opp( sée au soleil, figure ou paysage.

Que deviendrait votre talent, Peintres, si vous restiez imitateurs serviles? Si vous ne pensez pas, vous êtes inutiles;

0 peinture, prends ton élan 1

Peindre, c'est de sa flamme éclairer ses semblables, Traduire ce qu'on pense en traits ineffaçables,

Montrer le jeu des passions, Leurs fièvres, leurs transports, leurs délires, leurs crisi-s, Les dévoiler à nu, comme on les a surprises,

Avec l'éclair ou les rayons.

0 peintres! quel splendide et plantureux domaine! Depuis les profondeurs que couvre l'âme humaine,

Jusques aux profondeurs du ciel.

L'ombre dans Murilio, dans Rubens la lumière, La force de l'antique et la beauté première

Dans Michel-.\nge et Raphaël!

Et comme la musique a ses notes sans nombre.

r.TUDRS I.ITTKRAIRES.

Votre art fait découvrir, de la lumière à Tonibro,

Des nuances à linllni :

Échelle de Jacob par qui le ciel sublime, S'abaissant jusqu'à nous, est à la terre infime

Mystérieusement uni.

Donc peignez la nature et ses grandis secousses Qui vous poignent au ca?ur si terribles, si douces !

Soleils levants, soleils couchants, L"Océan et le ciel sillonnés de tempêtes Soudain rassérénés, et, charme des poètes,

Les modestes travaux des champs.

Sur un fond argenté, des arbres fus de taille, Dont le feuillage vert s'éparpille et s'éraille

Comme des nuages flottants.

Couvrent une pelouse où danse un chœur de grâces Oui semblent apporter des célestes espaces

Le frais sourire du printemps.

Quelle est cette fournaise où l'or fondu bouillonne? C'est le Sahara fauve, immense, monolone.

Sur un chameau, dans le lointain, Un voyageur tout blanc semble implorer la nue Qui refuse une larme à la soif qui le tue ;

11 ne songe plus qu'il a faim.

0 modernes grandeurs ! Devant l'artillerie Qu'aurait dit Tamerlan? La science aguerrie

Fait de sombres équations.

Et nos soldats bronzés par le soleil d'Afrique Atteignent en Crimée à la splendeur épique

De la crinière des lions.

Mais allez plus avant dans le monde moderne ! Le Dante n'avait pas entrevu la caverne

16 KTUHES I.lTTF.l'.AlRES.

Où sonne le pic des mineurs.

La houille qui s'exliaie en vapeur des narines De nos chevaux d'airain, et chauffe nos machines,

Nous ouvre une ère de splendeurs.

Sculpteuis pour qui l'on cherche, en la montagne obscure, Le marbre élilouissanl, celle neige qui dure.

Retenez avec le ciseau La beauté qui s'envole et la force qui tonilie, La pureté du lis, l'amour de la colombe,

L'idéal, ce divin oiseau.

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