‹ Muse juvénileChapitre 7 sur 62 · A BÉRANGER · texte numérisé non relu

A BÉRANGER

Ce n'est pas d'une vaine pompe Que j'entourerai ton cercueil ; .Te ne veux pas à son de trompe.

Béranger 1 annoncer ton deuil ; Mais, d'un simple pineau rustique, Je te chanterai, tout troublé, Pareil à la cigale attique Oui chante en la saison du blé.

Le poëte de la jeunesse, De Musset est mort, ce printemps, El toi. In meurs, beau de vieillesse Avec les rêves de vingt ans,

ÉTUDES LIT rÉRAir.ES. 17

En plein été : le soleil dore Les blés et gonfle le raisin.

Sois content ! nous pourrons encore Manger du pain, boire du vin.

La foule n'est pas ameutée ; Elle a des sentiments plus forts.

Elle accompagne son Tyrtée De rame plutôt que du corps.

Le Paris qui pense est en fête Et bourdonne comme un essaim.

Pendant que lame du poëte S'envole libre de son sein.

On voit la gentille ouvrière Pleurer au bras de l'ouvrier :

Le petit enfant tient sa mère Par le pan de son tablier.

Le poëte à l'écart s'isole, Refoulant au fond de son cœur Tout vers éclos, toute parole Qui ferait ombre à sa douleur.

C"est que Béranger fut un père Pour tous ceuK-là qui n'avaient rien.

On conçoit leur douleur amère, A voir briser ce doux lien.

II fut père aussi par l'idée; La jeunesse ne sera plus Par son mâle exemple guidée Au sentier des simples vertus.

Béranger, dans sa poésie, Nous a légué son testament ; Enivrons-nous de l'ambroisie Qu'il composait si sagement.

18 1:T13DES LITTKIlAir.r.S.

Sachons, par la vertu modeste, Comme lui garder le terrain ; Le temps vainqueur fera le reste, Semons! Dieu f;iit mûrir le grain.

0 mélancolique pensée, Qu'éclaire un sourire divin !

Sa nuise n'est pas trépassée, Sa chanson n'aura pas de lin ; Car le peuple a bonne mémoire, 11 sait arracher à l'oubli Des ans et de la tombe noire Les chants que l'on a faits pour lui

Par delà le marbre des tombes, Au pays bleu du pur amour, Plus loin que le vol des colombes.

Il est un céleste séjour Où la Muse, éternelle amie, Donne aux poètes son baiser :

Dans cette douce académie Béranger va se reposer.

Tout le jour la chaleur égale Tombant d'aplomb sur le sillon, La voix aigre de la cigale Interrompt l'inspiration ; Mais celte nuit, quand la rosée Tempérait cette vive ardeur, Ton âme blanche s'est posée, 0 Béranger ! près de mon cœur.

KTl'IiF.S I.lTTKRAIliF.S. 19

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