‹ Muse juvénileChapitre 9 sur 62 · L'AIR NATAL · texte numérisé non relu

L'AIR NATAL

Il semble que Ton boit du l;iit dans lair ualal,

Quelque chose de doux, de fort et de vital,

Qui rafraîchit le sang, qui parfume Thaleiiie,

Qui réchauffe le conir et retrempe la veine.

On se reprend à vivre, on respire à nouveau,

C'est un baume divin pour l'âme et le cerveau.

On est comme un enfant, on rêve d'algarades,

On vient de renouer avec ses camarades,

Grandis, barbus, voués aux travaux les plus durs.

Et Ton retrouve en eux -les amis les plus sûrs.

J'en omettrai plus d'un de qui la modestie,

Si je le désignais, me prendrait à partie :

Mais, c'est Jean le meunier! la fortune a souri

A ses constants efforts ; c'est un joyeux mari ;

De ses soins assidus sa femme se contente,

Et c'est dans le ménage une parfaite entente ;

Sa fille a les yeux bleus, et déjà son garçon

Porte un sac de farine et chante la chanson.

C'est Duiiiihiné-Beaux-Bras, le charpentier robuste;

11 équarrit un chêne, il le hisse et l'ajuste

Si bien, que dans un jour il couvre un bâtiment.

C'est Pierre, qui laboure avec acharnement,

C'est François, jardinier, doux, patient, habile,

Dont les derniers semis ont étonné la ville;

C'est Jules, qui dms l'ombre étudie un rayon

Et prépare en secret sa réputation.

Les femmes ont changé, leurs filles sont plus grandes;

Leurs yeux, ronds autrefois, sont fendus en amandes;

Leur Uiille est élancée, et leur bel eniboiiiioiiil,

Où la nature seule a prodigué sun soin,

Prouve à ceux qui jamais ne sont las de se plaindre

Que la race chez nous n'est pas prête à s'éleindre.

(Juclqiies-uns ont vieilli ; c'est charmant, un vieillard

Qui conserve le feu de l'âme et du regard !

S'il lire de sa cave obscure et bien voûtée

Une vieille liqueur avec art dégustée,

Quelque grise bouteille élamée aux parois

De ces rubis plus beaux que la pourpre des rois,

Un vin portant sa date, où sanglant se reflète,

A distance, l'éclair d'une fauve comète.

Du monde fantastique il vous livre la clé.

Ut ce philtre vainqueur vous tient ensorcelé.

Le havane brûlant, estompe de nuages

Bleuâtres les contours des plus douces images,

Jeunesse, joie, amour... L'essaim des noirs soucis

Se perd dans la vapeur des lointains indécis.

Et si vous retrouvez une ancienne servante.

Une seci nde mère, à l'autre survivante,

Qui vous regarde en face, et dans ce grand garçon

Reconnaît un enfant, presque son nourrisson :

Assez !... je ne veux point évoquer la famille ;

C'est d;uis l'ombre du cœur un diamant qui brille;

Les plus purs sentiments restent les plus cachés,

Connne l'eau de la source aux veines des rochers;

Mais jaime à voir au bord d'une poudreuse roule,

Des lianes d'un rocher vert l'eau filtrer goutte à goutte.

Je ne dis rien non plus des bois, des prés, de l'eau.

Des monts; je me réserve, en quel(|ue cliMut nouveau,

De vous peindre les bords de la Saône et du Hliùne,

(]e climat plantureux, cette fertile zone

Où les arts, l'industrie et les fruits les plus doux

Aux plus exquises fleurs ont donné rendez-vous ;

L'hoaune est de pair avec la plus riche nature,

L'amour est le degré de la température ;

KTUDES LITTliliAlHLS.

Les waggoiis entraînés, les hateaux à vapeur, S'entre-croisent, lullant à (|ui sera vainqueiu'; Quatre chemins de fer l'ont de la ville un centre Par où tout passera... Lion, sors de ton antre, El regarde à tes pieds, majestueusement. Toutes les nations circuler librement.

Lyon, 14 oclobie 1857.

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