L'IDEE ACTUELLE
Pendant que le doyen de la jeune science Baptise une planète, et dans sa prescience Lui donne, heureux augure ! un nom cher à Racchus, Nysa ; les Indiens dans le droit des vaincus, Et dans le sentiment comprimé de la race, Retrouvant 1 énergie, aux Anglais font la chasse Comme à la bête fauve ; et, dans leur cruauté. Foulent aux pieds la fleur de l'âge, et la beauté.
L'Occident se polit, l'Orient se rallume; Là-bas est la fournaise, et nous battons Tenclume. Toutes les vérités entrent en fusion :
Cherchons le métal pur, le céleste rayon !
L'humanité n'est pas sans raison décimée , 11 doit de tous ces flots de sang et de fumée Jaillir une lueur ; c'est aux plus clairvoyants A désigner du doigt cette étoile aux croyants.
Ne trouvant plus d'obstacle, et rien d'inaccessible, L'idée, à vol d'oiseau, vers son but invisible Marche, foulant aux pieds tout sentiment humain; On crie, on pleure, on soufl're; elle fait son chemin. Les anciens la nommaient Anankè, loi fatale; Elle broie ou réduit toute force rivale.
Toujours vaincu par elle, et toujours opposant Sa force d'inertie et son bon sens pesant
20 ÉTIDES LITTÉIIAIRES.
Aux affirmations des vérités nouvelles, L'homme pourtant tressaille au choc des étincelles, Et réiectricilé, ce miracle nouveau.
Brise la carai)ace où dormait son cerveau.
Ce mouvement divin met en émoi s.^s doutes Comme un troupeau de bœufs. De longs réseaux déroutes Qui vont, de ciiaque point, à tous points aboutir, Mille sifflets stridents, criant : Il faut partir! L'arrachant en sursaut à son bonheur placide, Le mettent en demeure; il faut qu'il se décide! S'il s'endort, l'ennemi va peut-être venir, Et l'ennemi mortel pour lui, c'est l'avenir.
Il rêve, il cherche un biais pour tromper sa paresse;
Il regarde le monstre en face, il le caresse;
Il s'offre à le servir, pour en tirer un gain :
Le riclie a besoin d'or, et le pauvre de pain ;
Le riche a peur, le pauvre a faim, double problème
Qui va les réunir dans un effort suprême ;
Le riche dit au pauvie : Allons! je t'aiderai,
Tu gagneras la vie, et moi je jouirai.
La puissance de l'or de l'antre noir des mines
Fait extraire la houille; on monte des usines.
Les bras sont occupés ; le fer coule à pleins bords.
Et, moderne Prolée, il revêt mille corps ;
Se fait rail, engrenage et charpente ; il enlace
Le monde en ses filets ; partout il tient la place;
L'or est son serviteur. Par la houille et le fer
iXous sommes toul-puissaiits, et sur ferre et sur mer!
La race s'endurcit aux travaux gigantesques ; On rêve une statue, un bas-relief, des fresques; C'est beau, mais n'allons pas, nouveaux Égyptiens, Mettre tout notre orgueil à des travaux païens. La besogne moderne est plus spirituelle ;
ETIDI'S LlTTEr.AlRES.
A nos coups de marteaux joignons de grands coups dailel
Faut-il, pour s'occuper à remuer un bloc,
Laisser la lerre en friche, et négliger le soc?
Ah I l'année est trop belle, et la terre amoureuse,
Ouvrant ses lianes bénis comme une épouse heureuse,
Comble de fruits trop beaux les vœux du laboureur,
Pour que Tamant ingrat renonce à son bonheur.
Pressons avidement la grappe blonde ou brune. Sans trop nous confier à Taveugle fortune; La grêle, les fléaux, la pluie et le beau temps Font aux agriculteurs des destins inconstants. Mais la douce concorde, à la science unie, Peut conjurer les maux, élablir rharmoiiie, Et faire de ce globe aujourd'hui divisé, De tant de flots de sang et de pleurs arrosé, Une verte oasis, une fraîche vallée, De tous les dons du ciel, de tous les fruits comblée, Où riiomme puisse enfin, au bonheur souriant. Vivre dans les douceurs du travail attrayant.
(Jue chacun, sans souci des retards, des mécomptes, ilàle ce jour prochain par des actions promptes I Si les moyens d'agir un moment font défaut. Pensez, rêvez, priez ! la force vient d'en haut. Combinant sagement les ébauches du rêve. Que la pensée invente, et (|ue le bras achève 1 Du tra\ail isolé qui se lait dans la loi. Rien ne se perd, tout est relié par la foi. L'erreur, les passions cachent aux yeux l'ouvrage; Mais, quand la main du temps détruit l'échafaudage. Le chef-d'œuvre apparaît dans toute sa splendeur, Et Dieu même applaudit à l'homme créateur.
LlTUrtES LIT IlLIiAiniôS.