DUO D'AMOUR
Dans la forêt mystique, aux yeux jaloux fermée, Où le rosier d'amour fleurit tous les cent ans, Le bien-aimé vient, seul avec sa bien-aimée.
Ravir la fleur de pourpre au centième printemps.
Us vont, et sous leurs pas la fleur des prés s effeuille, L'oiseau vient se poser sur le cou des amants; Aux senteurs du bois frais leur âme se recueille Et passe tout entière en leurs chuchotements.
• Oh ! » dit le bien-aimé d'une voix aussi douce Que vos légers parfums, pâles fleurs des lilas, Ou qu'un rayon brisé du soleil dans la mousse,
• Je vous aime, et d'aimer ne serai jamais las. »
• Oh! » dit la bien-aimée avec mollesse et grâce, Gomme répond l'écho d'un son plus affaibli,
i Je vous aime, et d'aimer ne serai jamais lasse; Je sens que mon amour est plus fort que l'oubli. •
c Oh! disent-ils encor, pour que notre amour vive, c Élevons-le vers Dieu, son princioe et sa fin .
ZiO CHANTS ET POÉSIES
« L'amour qui se retrempe à cette source vite, • Gomme Téternité, n'a pas de lendemain.
« Étendons son bienfait à Thumaine famille, « Cette race d'enfants qui n'aime pas enoor : « Quand les fauves épis abondent, la faucille
(( Doit laisser aux glaneurs quelque» parcelles d'or*
« De ce foyer divin jetons les étincelles <( À tous les vents; les cœurs sont prompuà s'enflammer; a Qu'en nous voyant unis comme de» tourterelles, < Tous ceux qui n'aimaient pas soient désireux d'aimer!
(t Car l'amour est fécond; il a créé lè monde : « Par lui, Tœuvre immortel croit et se rajeunit; <t 11 germe sous la glèbe, il tressaille dans Tonde; « Il luit avec Tétoile et chante au fond du nid.
« Bans nos bras enlacés et dans nos chevelures c II fait à notre insu glisser le doux frisson ; « C'est un archet divin par qui les créatures « Comme un seul instrument vibrent à Funlsson. »
Ils devisaient encor. .. D'une touffe embaumée faillit la rose rouge avec mille parfums.
Le bten-aimé la voit, l'offre à la bien-aimée. Et la rose d'amour hiit dans ses cheveux brun^.
L*AUBERGE DU NAUrMOt
Encore cette histoire :
Ëcoutez-la bien ! Je Tai lue en un grimoire Ancien .-
Un jour d'automne, par la ptiiîe, Vn pèlerin marche essoufflé,
!>ï! PlERnE DUPONT. Ci7
Et, sur sa barbe qu'il essuiej Aussi des pleurs ont ruisselé.
Il est en quête d'une grâce Où son bonheur est attaohé ; Sa femme en son hameau trépasflo D'un mal aux médecins caché.
Encore cette histoire :
Êcoutez-la bien !
Je Tai lue en un grimoirç Ancien.
Fille d'une grande origine, A n'en juger que par ses traits, La sourde langueur qui la mino Ajoute un charme à ses attraits.
Son front lisse n'a pas de ride, Ses yeux ont des regards pâlis:
Sa chair, délicate et candide, Est faite du tissu des lis.
Encore cette histoire :
Écoutez-la bien !
Je l'ai liie en un grimoire Ancien.
Le pèlerin, par la pensée,
La voit mourante sur son lit;
Cependant sa marche forcée
Par la fatigue s'affaiblit;
Le tableau d'une vieille auberge
S'offre à son œil découragé :
C'est un vaisseau que l'eau submergo,
A renseigne du Naufragé. .
Encore cette histoire :
Ecoulez-la bien !
Je l'ai lue en un grimoire Ancien.
Notre homme entre, s'essuie et mange; Sur une autre table accoudés, Deux hommes, à figure étrange»
Sans rien dire jouaient aux dés.
Sur le tapis on ne voit luire Ni pièce d'or ni marc d'argent; A peine on distingue un sourire De Tun à l'autre s'échangeant.
Encore cette histoire :
Écoutez-la bien!
Je l'ai lue en un grimoire Ancien.
Seigneurs, votre jeu m'intéresse»
Dit le pèlerin curieux; J'y hasarderais quelque pièce Si le gain luisait à mes yeux.
On ne joue ici que son âme, Dit l'un d'eux, un vrai sorcier.
Dont Tœil, aigu comme une lame, A des éclairs comme l'acier.
Encore cette histoire :
Ëcoutez-la bien !
Je l'ai lue en un grimoire Ancien.
Si vous pouvez guérir ma femme, Dit le passant, je tiens l'enjeu.
•En deux coups il perdit son âme Et regagna sa femme au jeu.
Au retour, sa femme guérie Lui dit d'un air mystérieux :
Votre âme s'est évanouie, Je ne la vois plus dans vos yeux
Encore cette histoire .
Ëcoutez-la bien !
Je l'ai lue en un grimoire Ancien.
I>r PIKRRE DUPONT. 219
A CCS mois, il chancelle et tombe, Il va descendre chez les morts, Quand un baiser de sa colombe Happelle son âme en son corps.
Du pacte infernal qui rengage, Par Tamour il est dégagé.
N'allez pas en pèlerinage À l'auberge du Naufragé.
Ainsi finit Thistoire, Vous m'en croirez bien !
Je Tai lue en un grimoire Ancien.