LES GRANDS ENFANTS
Enfants, nous jouons à tout âge, Kotre vie est un badinage ; Le plus vieux, comme le plus sage, N'est qu'un enfant.
Elle est enfant, la belle enfant Qui rêve, tout en s'agrafant Devant sa glace de Venise, D'un bel espoir dont elle a peur.
Et qui, sentant battre son cœur, Devient rouge comme cerise.
La rose et le myrte amoureux Ne sont que fleurs et tiges frêles; Beau papillon, garde tes ailes Si tu veux t'envoler aux cieux.
Enfants, nous jouons à tout âge, Notre vie est un badinage; Le plus vieux, comme le plus sage, N*est qu'un enfant.
Il est enfant ce grand enfant Qui se voit déjà triomphant A peine entré dans la carrière; Son harnais d'écarlate et d'or A beau luire, il est vierge en cor De sang, de poudre et de poussière.
Attends demain, beau glorieux:
Le laurier que ta gaieté raille Croît arrosé par la mitraille Et se moissonne dans les cieux.
Enfants, nous jouons à tout âge»
Notre vie est un badinage ; Le plus vieux, comme le plus sage, N'est qu'un enfant.
Tout homme n'est qu'un grand enfant ; Sa mère austère lui défend D'approcher de trop près la flamme :
Il touche à tout, le grand mutin !
Aux charbons ardents du destin.
Aux sombres mystères de l'âme.
Arrête, maudit curieux, A moins qu'un éclair de génie, Déchirant la voûte infinie, Ne t'ait fait entrevoir les cieux.
Enfants, nous jouons à tout âge, Notre vie est un badinage; Le plus vieux, comme le plus sage, N'est qu'un enfant.