‹ Muse populaire: chants et poésiesChapitre 117 sur 188 · LA PLAINTE DU RUSSE · texte numérisé non relu

LA PLAINTE DU RUSSE

Un prisonnier qui de la Sibérie

S'était enfui miraculeusement

M'a dit les maux dont souffrait ma patrie;

Je les médite en mon isolement :

Pauvres mougiksï ou escompte nos âmes!

Troupeau de serfs à la glèbe attaché !

On nous vend, nous, nos enfants et nos femmes,

Gomme un bétail que Ton mène au marché.

Mais il ajoutait que la terre Verrait bientôt ces maux Unir, Et que, cette fois, la lumière Du soleil coucliant doit venir.

De la Russie il m'a peint la légende, Orgie infâme où le sang coule à flots !

On est grand czar, on est czarine grande Quand on ourdit de funèbces complots.

Pierre le Grand tient lui-même la hache Et Catherine a tué son mari ; Sur le velours le sang laisse une tache :

La peur fera changer le favori.

Mais il ajoutait que la terre Verrait bientôt ces maux finir, Et que, cette fois, la lumière Du soleil couchant doit venir

Et ce sont là nos pontifes suprêmes, Ceux devant qui nous sommes à genoux, Bénis par eux ou chargés d'anathèmes, J'est la rosée ou la foudre pour nous I Ah ! plaise à Dieu que l'univers échappe Au double joug dont ils pressent nos fronts, A cette tiare, à cette double chappe Dont les plis neufs caclient des éperons !

Mais il ajoutait qne la terre Verrait bientôt ces maux finir.

Et que', cette fois, la lumière Du soleil couchant doit venir.

De temps en temps le tambour nous déplace; Le knout en Tair, un soldat nous instruit ; Et, qu'on nous fouette ou qu'on nous tue en masse, La discipline en nos cœurs fait la nuit.

L'aigle noir double, en ses quadruples serres Tenant le sceptre avec la pomme d'or, Nous crie : « Il fiaut des peuples tributaires c Pour apporter des roubles au trésor! •

Mais il ajoutait que la terre Verrait bientôt ces maux finir, Et que, cette fois, la lumière Du soleil couchant doit venir.

Ce prisonnier dont la barbe était blanche, Dont chaque ride accusait un chagrin.

Dont rœil avait une expression franche.

Et dont le front semblait être d'airain, 51e dit, un jour d'intime confidence, Tout bas, un mot des Russes ignoré, Qui de ma nuit a rompu le silence Depuis qu'il a dans mon esprit vibré.

Mais il ajoutait que la terre Verrait bientôt ces maux finir, Et que, celte fois, la lumière Du soleil couchant doit venir.

liberté ! nom que mon peuple ignore.

Que le vieillard a prononcé lout bas, Tu m'apparais comme la belle aurore Qui mettra fin à nos sanglants combats.

Brisons le knout! rails, sillonnez le monde!

Peuples lointains, la Russie a du blé :

Apportez-lui la science féconde Et Tart divin, qui chez nous est voilé.

lyfais il ajoutait que la terre Verrait bientôt ces maux finir.

Et que, cette fois, la lumière Du soleil couchant doit venir.

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