‹ Muse populaire: chants et poésiesChapitre 118 sur 188 · LE DERNIER BEAU JOUR · texte numérisé non relu

LE DERNIER BEAU JOUR

Les feuilles rouges du coteau Disent que la vendange est faite; L'automne, de son long manteau Secoue encore un jour de fête.

Ne restons pas à la maison :

profitons de Theure sacrée Où le soleil, à Thorizon, Tamise une poussière ambrée.

L'automne, d'un dernier regard Charme et dore cette journée; Fêtons, sans attendre plus tard.

Le déclin si doux de Tannée!

Dans le sol, fraîchement creusé, Le laboureur marche en cadence; On voit jaillir le blé rosé De ses mains pleines d'espérance.

Les étourneaux sur les sillons S'abattent comme un noir nuage

Ou s'envolent par tourbillons Sur les pommiers du voisinage.

L'automne, d'un dernier regard Charme et dore cette journée ; Fêtons, sans attendre plus tard, Le déclin si doux de Tannée !

Plus d'hirondelles dans Tazur !

Une seule, vraie âme en peine, Reste à l'écart sans abri sûr Contre la froidure prochaine.

Tes sœurs, pauvre oiseau du bon Dieu, Ne reviendront que l'autre année ; Viens, pour attendre au coin du feu, Te blottir sous ma cheminée !

L'automne, d'un dernier regard Charme et dore cette journée; Fêtons, sans attendre plus tard, Le déclin si doux de l'année !

A notre nébuleux climat Plus d un oiseau reste fidèle ; Le peuplier est un grand mât Où la pie agite son aile ; En haut chante un chardonneret; Le roitelet grimpe et s'abrite Au vieux chêne de la forêt ; En bas pousse une marguerite.

L'automne, d'un dernier regard Charme et dore cette journée; Fêtons, sans attendre plus tard, Le déclin si doux de l'année!

C'est que l'année a beau finir, On dirait qu'elle recommence, Et rien n'étouffe l'avenir ; Herbe, fleurette, oiseau, semence

Quand sur les arbres dépouillés, Corbeau des hivers, tu te poses, A la cime des cornouillers On voit déjà des bourgeons roses.

L'automne, d'un dernier regard Charme et dore cette journée; Fêtons, sans attendre plus tard, Le déclin si doux de Tannée!

Le ciel rougit, Tair devient froid, Le sarment dans Tâtre pétille; Allons nous chauffer à Tétroit, Au cercle aimé de la famille ; Et là, devisant, espérant.

Chacun racontera la sienne ; Doux fruits, vin doux et rire franc Combattront le froid et la peine.

L'automne, d'un dernier regard Charme et dore cette journée; Fêtons, sans attendre plus tard Le déclin si doux de Tannée I

LA MUSiaUE

Langue de l'univers, musique aérienne.

Contraste harmonieux du silence et du bruit, puissance nouvelle et cependant ancienne Comme T invention du jour et de la nuit; Tu nais du roulement des sphères dans l'espace Par le souffle divin qui jamais ne se lasse ; Produite incessamment comme Tair «t le feu, musique, fille de Dieu !

En rhythmant notre joie.

En charmant notre peine,

Guide la caravane humaine

Dans le grand chemin hleu, musique, fille de Dieu !

De tes sons répandus, Tenfant qui vient de naître Essaye en bégayant à former un faisceau ; Tout chante à son oreille, il veut prouver son être En modulant un son, comme un petit oiseau ; Mais cette voix, plus tard, agrandie et rhythmée, Change en pas de géant les pas de ce pygmée ; Amphyon fait monter, une lyre à la main, Les pierres du grand mur thébain.

En rhythmant notre joie,

En charmant noire peine, Guide la caravane humaine

Dans le grand chemin bleu, musique, fille de Dieu!

La musique est la clef des plus profonds mystères Elle n'a pas besoin d'antres ni de trépieds : Orphée, avec -sa lyre, attire les panthères, Et les tigres soumis viennent lécher ses pieds ; Le vieil Homère, aveugle, en parcourant la Grèce, A pour guider ses pas la douce enchanteresse. Et son rhythme, surpris aux lois de l'univers. Rend impérissables ses vers.

En rhythmant notre joie,

En charmant notre peine, Guide la caravane humaine

Dans le grand chemin bleu, musique, fille de Dieu!

L'orgue enfle ses tuyaux sous la voûte ogivale. Et vaguement traduit les murmures des bois.

Hommes, femmes, enfants, chantent dans Tintervalle, Et Tairain, prisonnier dans Tétain. suit les voix; La tempête s'annonce aux éclats de la foudie, L'harmonie est intense, elle va se dissoudre

t80 CUANTS ET POÉSIES

Gomme en gouttes de pluie, enfin monte un chant pur De rossignol en plein azur.

En rhythmant notre joie,

En charmant notre peine, Guide la caravane humaine

Dans le grand chemin bleu, musique, fille de Dieu!

Arrache-toi d'un bond à ces voûtes. de pierre; Musique, vole aux champs où sont les laboureurs ; Beethoven dira la sublime prière Du travail arrosé par leurs larges sueurs; Il rhythme en la guidant vers la terre promise Cette lente cohorte, à la douleur soumise, Qui tend aux fleurs, aux fruits ses lèvres et ses mains Pour abréger les longs chemins.

En rhythmant noire joie,

En charmant notre peine, Guide la caravane humaine

Dans le grand cliemin bleu, musique, fille de Dieu!

Descends dans les cités où la foule s'agite.

Et, même après Mozart, appelle du nouveau.

Au-devant du Freyschutz elle se précipite; Rien ne peut apaiser sa grande soif du beau ; Rossini vous enivre, et, par ses accents mâles Le maître Meyerbeer vous frappe et vous rend pâles Comme seront les morts au dernier jugement Dans leur sombre épouvantement.

En rhythmant notre joie.

En charmant notre peine, Guide la caravane humaine

Dans le grand chemin bleu, musique, fille de Dieu !

Ton pouvoir est si grand, ô musique sublime.

Que Pjganini seul, de son archet fiévreux.

DE PIERRE DUPONT. . Î8l

Tenait une assemblée, en faisait sa victime, Et d'un son vous rendait heureux ou malheureux : On se fait égorger aux durs accents du cuivre. Mais, ô frêles beautés, on désire de vivre Quand les touches d'ivoire, agiles sous vos doigts, Accompagnent vos douces voix!

En rhylhmant notre joie,

En charmant notre peine, Guide la caravane humaine

Dans le grand chemin bleu, musique, fille de Dieu !

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