‹ Muse populaire: chants et poésiesChapitre 129 sur 188 · COURTE ET BONNE · texte numérisé non relu

COURTE ET BONNE

Courte et bonne, Tel est mon refrain.

Au plaisir je m'abonne ; Je ne dois rien à personne, Je me moque du genre humain.

Il me faut, lorsque je m'habille, Des bas tinement tricotés Par une fillette gentille De seize ans au plus, tout comptés; Grand feU dès la fin de septembre Jusqu'à la Sainl-Jean tout au moins.

Pantoufles et robe de chambre :

Toute sorte de petits soins.

Courte et bonne.

Tel est mon refrain.

Au plaisir je m'abonne;

< La Teille du traité de Tilsilt, l'empereur Alexandre était i notre mercf, et, le lendemain, il préparait la coalition des puissances contre nous.

< Il n'est pas besoin de dire que cette chanson, légèrement satirique, n'exprime pas du tout les sentiments personnels de l'auteur. P. D.

Je ne dois rien à personne, Je me moque du genre humain.

Au saut du lit un petit verre De cognac de vingt ou trente ans, Pour chasser de mon atmosphère Les brouillards et les mécontents.

J'ai pris le genre humain en grippe, Mais Rose avance à petits pas :

— Rose, tu vas bourrer ma pipe Et dire que je n'y suis pas.

Courte et bonne, Tel est mon refrain.

Au plaisir je m'abonne ; Je ne dois rien à personne.

Je me moque du genre humain.

J'aspire de larges bouffées Que j'exhale en faisant des ronds. Dans ce nuage on voit des fées, Des sylphes dans ces fumerons.

Midi sonne, la table est prête.

Et l'appétit me tient rigueur !

— Rose, fais monter ce poète, Qui déjeune d'un si bon cœur.

Courte et bonne, Tel est mon refrain.

Au plaisir je m'abonne; Je ne dois rien à personne, Je me moque du genre humain.

Cher, abandonne ce madère Qui se récolte à Carpentras; Je verse dans ce petit verre D'un vieux cru que tu goûter.'^s.

Ce matin tu n'es pas en verve ; Est-ce que ton cerveau maigrit?

Voyons, que faut-il qu'on te serve Pour te donner un peu d'esprit?

Courte et bonne, Tel est mon refrain.

Au plaisir je m'abonne; Je ne dois rien à personne, Je me moque du genre humain.

Qu'on attelle ! De ma pouliche Viens voir Tallure et les harnais !

C'est tout ce qu'on fait de plus riche.

Regarde aussi mes deux poneys.

Au bois, de nos grandes coquettes Viens voir le plumage muer.

Je fais tourner toutes les têtes :

C'est très-gênant de saluer.

Courte et bonne, Tel est mon refrain.

Au plaisir je m'abonne; Je ne dois rien à personne, Je me moque du genre humain.

Est-ce au Palais -Royal qu'on dîne?

Va-t-on ce soir à l'Opéra, Au bal? Les vins et la cuisine Inspireront ce qu'on fera.

Diable, diable l quelle existence!

Cela peut-il durer toujours ?

Un soir, il faut donner quittance A ces pauvres petits amours.

Courte et bonne, Tel est mon refrain.

Au plaisir je m'abonne ; Je ne dois rien à personne, Je me moque du genre humain.

Il me faudra, pour la campagne, Un char à bancs américain.

Ferré d'acier pour la montagne, Et doublé d'un frais maroquin ,

Plus, droit de chasse, droit de pèche ; Plaines, grands bois et bel étang.

On jasera... Qui vous empêche, Mes beaux parleurs, d'en faire autant?

Courte et bonne, Tel est mon refrain.

Au plaisir je m'abonne; Je ne dois rien à personne^ Je me moque du genre humain.

Si Tâge l'ordonne, on se range :

On coiffe un bonnet de coton Enrubané d'une fontange, Comme un joli petit mouton.

On se fait chanter des prières, On siège au banc des marguilliers, £t l'on couronne des rosières Qui vous brodent des oreillers.

Courte et bonne, Tel est mon refrain.

Au plaisir je m'abonne; Je ne dois rien à personne.

Je me moque du genre humain.

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