LES INONDATIONS
Lyon, jain 1853.
Nous étions vainqueurs en Grimée, Et nous fêtions avec transport Les débris de la grande armée Qui touchait déjà notre port.
Après la guerre et la diselte, L'espoir verdoyait dans nos champs.
Et Tannée étalait, coquette, Les charmes trompeurs du printemps.
Dieu ! ta colère nous décime Par des fléaux ténébreux ; Ton bras nous tient suspendus sur Tabime :
Pitié pour cette race infime, Grâce pour tant de malheureux !
L'épi faisait courber la paille ; La vigne est belle, cette fois.
Et le vigneron qui la taille Ose à peine éclaircir son bois.
Le sol délaissé, la chaumière, Ont vu leurs hôtes revenir.
Leurs sueurs manquaient à la terre, Que leur sang ne doit plus rougir.
Dieu ! ta colère nous décime Par des iléaux ténébreux; Ton bras nous tient suspendus sur Tabime :
Pitié pour cette race infime, Grâce pour tant de malheureux:
On espérait... Le vent d'Afrique Se heurte avec le vent du Nord.
A cette secousse électrique Toute l'atmosphère se tord.
SS4 cbànts et poésies
Les neiges fondent, les nuages Ont Tair d'un flux et d'un reflux Qui veut engloutir ses rivages.
Les laboureurs n'espèrent plus.
Dieu ! ta colère nous décime Par des fléaux ténébreux ; Ton bras nous tient suspendus sur Tafainie; Pitié pour cette race infime, Grâce pour tant de malheureux!
Des monts neigeux rompant les chaînes, Les torrents comme des vautours S'abattent sur les vastes plaines, Les yeux sont tournés vers les tours; Dans la nuit, les maisons s'aflaissenU Demain éclairera l'horreur Et les traces de mort que laissent Les grandes eaux dans leur fureur.
Dieu ! ta colère nous décime Par des fléaux ténébreux; Ton bras nous tient suspeiHluis. sur l'abîme : Pitié pour cette race infime, Grâce pour tant de malheureux !
Le Rhône, la Saône, la Loire,
Vingt autres fleuves débordés
Ont envahi le territoire :
Portez secours aux inondés!
Des spectres flottent sur l'eau brune...
Écoutez d'où partent les crisl
La Pitié, d'un rayon de lune,
Éclaire ces pâles débris.
Dieu I ta' colère nous décime Par des fléaux ténébreux !
Ton bras nous tient su-pendus sur TaUme:
Pitié pour cette race infime, Grâce pour tant de malheureux!
Uarc-en-ciel parait dans les nues, Chacun s'émeut à ces douleurs ; Les nations sont accourues :
C'est un débordement des cœurs.
Que de mains on a tu se tendre Vers tous ces réchappes des eaux.
Dieu, quand nous voulons nous entendre.
Retient dans sa main les fléaux.
Dieu ! ta colère nous décime Par des fléaux ténébreux ; Ta main nous tient suspendus sur Tabime :
Pitié pour cette race inflme.
Grâce pour tant de malheureux!
TOUT BEAUI
ISiY
Tout beau!
Ma mignonne, Dis-nous du nouveau :
Si la ville est bonne, Si le temps est beau; N'attaquons personne, Ma chanson, tout beau !
J'arrive de Chine, Où tout va très-bien, Hormis la cuisine ; J'ai mangé du cliien, Des nids d'hirondelle!
Un Russe en rirait.
Lui qui mangerait Nos bouts de chandelle.
Tout beau!
Ma mignonne,
zm
cn\NTS ET POÉSIES
Dis-nous du nouveau ; Si la ville est bonne, Si le temps est beau ; N'attaquons personne, Ma chanson, tout beau !
Le Japon desserre Ses ports; nos vaisseaux, Bon vent d'ouest arrière.
Iront dans ses eaux ; Acier, soie et laine Chez eux se vendront.
Nos chattes boiront Dans leur porcelaine.
Tout beau !
Ma mignonne, Dis-nous du nouveau ; Si la ville est bonne.
Si le temps est beau; N'attaquons personne.
Ma chanson, toul beau î
L'Amérique libre Ne peut concevoir Une humaine fibre Chez l'esclave noir.
L'Europe l'accuse, C'est un faux semblant:
Du noir et du blanc Souvent elle abuse.
Tout beau î Ma mignonne, Dis-nous du nouveau ; Si la ville est bonne.
Si le temps est beau; N'attaquons personne, Ma chanson, tout beau!
Espagne, Italie, Terre de beaux arts.
De sainte folie, De sanglants hasards!
J'abjure les haines De ce sol béni !
J'ai laissé mon nid Au pays des chênes.
Tout beau !
Ha mignonne, Dis-nous du nouveau; Si la ville est bonne.
Si le temps est beau ; N'attaquons personne, Ma chanson, tout beau^
Londres ni sa brume Ne m'ont pas tenté.
Là, pourtant la plume Erre en liberté ; Espérons qif en France Bientôt on dira Tout ce qu'on voudra, Et sans défiance.
Tout beau !
Ma mignonne, Dis-nous du nouveau ; Si la ville est bonne.
Si le temps est beau ; N'attaquons personne.
Ma chanson, tout beau!
Paris me rappelle :
Là, l'idée éclôt; De la plus nouvelle J'entends le grelot.
Ah ! quand on sait mettre L'idée en chanson.
La bonne leçon î L'air apprend la lettre.
Tout beau !
Ma mignonne !
Dis-nous du nouveau!
Si la ville est bonne, Si le temps est beau ; N'attaquons personne, Ma chanson, toutbeaul
Les humains s'éclairent.
Et de tous côtés, Jamais ne brillèrent Tant de vérités.
En vain Tignorance Veut tout obscurcir; Chacun va cueillir Le fruit de science. -
Tout beau!
Ma mignonne, Dis-nous du nouveau ; Si la ville est bonne.
Si le temps est beau; N'attaquons personne, Ma chanson, tout beau i
Qu'on danse, qu'on rie, Qu'on chante à plaisir, Grâce à l'industrie Mère du loisir!
Vapeur, mécanique, Électricité, Du bal enchanté Mènent la musique.
Tout beau !
Ma mignonne.
Dis-nous du nouveau;
Si la ville est bonne.
Si le temps est beau; N'attaquons personne, Ma chanson, tout beau!