‹ Muse populaire: chants et poésiesChapitre 157 sur 188 · A BÉRANGER · texte numérisé non relu

A BÉRANGER

Air au vieux serge it.

A Déranger, notre vieux cl ef de file, Nous devons tous le tribut de nos airs ; Depuis trente ans la campagne et la ville Savent par cœur et fredonnent ses vers; De la Chanson il porte la couronne, Faite de lierre et d'antique laurier; J'y vois du pampre et la rose y Loutonne; Amis, chantons notre vieux chansonnier!

Enfant encore, il vit un bel orage, Quatre-vingt-neuf, la Révolution, Et, parmi nous, survivant d'un autre âge, 11 tient Tanneau de la tradition.

Contre Terreur, toujours prête à renaître, Plus de trente ans on Ta vu guerroyer:

Son esprit fier n'a pas connu de mailre; Amis chantons notre vieux cliansonaier^

De nos revers il a chanté l'histoire

Et le héros à Waterloo tombé ;

On dit qu'il a galvanisé sa gloire,

Qui sommeillait dans un cercueil plombé ;

Mais il s'est tu depuis, et son silence.

Quand tant de gens s'épuisent à crier.

< CLanson chantée par l'auteur à Béranger ea 18Si.

Dit à rhistoire assez haut ce qu'il pense ; Amis, chantons notre vieux chansonnier '

Né d'un tailleur, sur toutes les coutures, Il a tapé les habits galonnés, Il a puni toutes vos forfaitures, Gens de justice, et vous riait au nez ; Vous le faisiez asseoir sur vos sellettes, Sans lui, le temps allait vous oublier.

Quand vous osiez juger ses chansonnettes.

Amis, chantons notre vieux chansonnier!

Quand il frappait sur Tartufe et Basile, Ces bons messieurs, pleins de componction, A tout venant répétaient par la ville Qu'il s'attaquait à la religion.

Pour son malheur, parfois elle s'habille Des oripeaux qu'il a su balayer ; De plus d'éclat toute nue elle baille.

Amis, cliantons notre vieux chansonnier!

Mais revenons à cette bonhomie

Qui dans nos cœurs fera vivre ses traits;

Rappelons-nous Lisette, cette amie,

Dont il a peint de si légers portraits.

Revoyons-le buvant sous les tonnelles

Le vin du broc sans se faire prier,

Chantant la France ou le peuple ou les belles,

Amis, chantons notre vieux chansonnier !

N'oublions pas surtout le fou subhme Que l'avenir baigne de ses lueurs.

Qui, dans ses vers, voit se fermer l'abime Et se tarir la source de nos pleurs.

Déranger pauvre est bien de la famille De ces rêveurs que l'on voudrait nier; Près de leurs noms son étoile scintille ; Amis, chantons notre vieux chansonnier!

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