UNE PERLE
D'où viens-tu, plus gai qu'un brave, Le soir d'un sublime assaut, Qu'un corsaire après l'épave, Plus beau Que Hoche et Marceau?
As-tu fait quelque algarade, Pris de force un jeune cœur?
Ton cheval, en camarade.
Prend part à ta bonne humeur.
Tu viens de loin, je présume, Avec un coureur pareil :
Il est blanc d'écume et fume Gomme un brouillard au soleil.
D'où viens-tu, plus gai qu'un brave, Le soir d'un sublime assaut.
Qu'un corsaire après l'épave, Plus beau Que Hoche et Marceau?
Nous avons fraîche litière £t foin sec au râtelier ; D'ailleurs, la poussière altère La bête et le cavalier :
Viens m'ouvrir ton cœur sans honte Je ne sais que trop, mon cher, Que la tentation prompte Est plus forte que la chair.
D'où viens-tu, plus gai qu'un brave^ Le soir d'un subUme assaut, Qu'un corsaire après l'épave, Plus beau Que Hoche et Marceau?
On fait rafraîchir sa béte, .
U vient trinquer avec moi;
Son beau visage reflète ' Un cœur plein de bonne foi« « J'aime, dit-il, une fille f Qui n*a rien ; j'en suis aimé :
« Quel affront pour ma famille! « De tous je serai blâmé. »
Il était plus gai qu'un brave,
Le soir d^un sublime assaut.
Qu'un corsaire après Tépave,
Plus beau
Que Hoche et Marceau?
<i Chacun dit : « C'est une faute! »
« Mon père, aux pas chancelants, « Veut tenir la dragée haute, « Jurant par ses cheveux blancs, i Ma mère, à genoux, supplie ; « Elle a peur qu'en son faubourg « On dise : « Il se mésallie, »
« Si je cède à son amour. »
II était plus gai qu'un brave,
Le soir d'un sublime assaut,
Qu'un corsaire après l'épave,
Plus beau
Que Hoche et Marceau !
« J*ai mis son cœur à l'épreuve ;
• De l'épreuve il est sorti
« Plus beau qu'une pièce neuve; a C'est mieux qu'un riche parti.
• Non, la vague qui déferle « Â la surface des mers
f Ne cache pas une perie
« Plus blanche au sein des flots verts« »
Il était plus gai qu'un brave,
Le soir d'un sublime assaut,
Qu'un corsaire après Tépave,
Plus beau
Que Hoche et Marceau!
BE PIEKRE DUPONT. S09
ff Pour elle gaiement j^affronta a De passer pour un vilain; «t Sur ma couronne de comte <x Je l'enchâsse dans Ter fin. • Il dit... Je vais à ma cave Choisir mon meilleur vin vieux Pour boire à ce noble esclave Enchaîné par deux beaux yeux.
11 était plus gai qu'un brave,
Le soir d'un sublime assaut.
Qu'un corsaire après l'épave,
Plus beau
Que Hoche et Marceau !
LES SOURCES DU DURTEINl
Oiseaux et poètes.
Garçons et fillettes.
Allez de bon matin Aux sources du Durteiat.
La naïade antique Y montre ses bras blancs Sous un simple portique De feuillages tremblants.
De frênes et de saules, D'aunes, de peupliers; J'ai cru voir ses épaules.
J'ai vu dans l'eau ses pieds.
Oiseaux et poètes,
Garçons et fillettes.
Allez de bon matin Aux sources du Durteint.
Avez-vous vu la fée Au long corsage d*or«
De roseaux verts coiffée ?
Son œil bleu vous endort ; \ Ses doigts, ses lèvres roses.
En un rêve charmant.
Vous promettent des choses Que le réveil dément.
Oiseaux et poètes.
Garçons et fillettes, Allez de bon matin Aux sources du Durteint.
Laissons dormir la fable Et tout ce merveilleux; Voyons sortir du sable Ces flots mystérieux:
Par l'ombre et les lumières L'œil n'est pas arrêté, L'eau fait des taupinières Dans ce sable argenté.
Oiseaux et poètes, Garçons et fillettes, Allez de bon matin
Aux sources du Durteint*
La source imperceptible Forme une nappe d'eau, Au moindre vent sensible^ Un limpide tableau ; Le cresson y surnage, Et maint petit poisson De sa queue au passage Donne à l'onde un frisson.
Oiseaux et poètes.
Garçons et fillettes.
Allez de bon matin Aux sources du Durteint
L'insecte y fait des bulles; Ety plus prompts qu'un baiser.
DE PIERRE DUPONT. AOl
Les ardents libellules Aiment à s'y poser; Leurs deux ailes de gaze Font frémir ce flot pur, Flot bleu qu'un oiseau raso, Un bel oiseau d'azur !
Oiseaux et poètes,
Garçons et fillettes, Allez de bon matin Aux sources du Durteint.
Ce saphir a des ailes ; C'est le martin-pêcheur. Oiseaux et fleurs nouvelles, Goûtez cette fraîcheur.
Contre la sécheresse Arrêtez-vous ici, De la soif qui nous presse Me prenez pas souci. .
Oiseaux et poètes,
Garçons et fillettes, Allez de bon matin Aux sources du Durteint.
Avant d'affreuses haines.
Avant de durs exils, Le Durteint de nos laines Savait teindre les fils ; Il rejoint la Voulzie Sur des bords dépeuplés* Pleure, ô ma poésie!
Ces tristes démêlés!
Oiseaux et poètes.
Garçons et fillettes, Allez de bon matin Aux sources du Durteint.
Pendant que l'industrie Envahit tout ailleurs,
Le rosier de la Brie, Provins, dort dans ses fleurs:
Un nom sur ses rivières Répond sans troubler Teau, Au bruit des lavandièns :
« Hégésippe Moreau. •
Oiseaux et poètes, Garçons et filietteâ, Allez de bon matin Aux sources du Durteint,