‹ Muse populaire: chants et poésiesChapitre 32 sur 188 · LES LOUIS D*OR · texte numérisé non relu

LES LOUIS D*OR

Un soir, le long de la rivière, Sous l'ombre des noirs peupliers, Près du moulin de la meunière, Passait un homme de six pieds :

Il avait la moustache grise, Le chapeau rond, le manteau bleu; Dans ses cheveux soufflait la bise :

C'était le diable ou le bon Dieu.

Sa voix, qui sonnait comme un cuivre.

Et qui rendait le son du cor.

Me dit : Au bois il faut me suivre.

Je te promets cent louis d'or.

Je le suivis sans résistance Par son œil rouge ensorcelé, 11 m'aurait montré la potence Que je n'aurais pas reculé.

DE PIEBne DUPONT. 77

n marchait plus vite qu'un lièvre, 11 n'avait pas Tair de courir, La frayeur me donnait la fièvre.

Je croyais que j'allais mourir ; Mais lui, pour me faire revivre, Disait, rendant le son du cor :

Au fond du bois il faut me suivre, Je te promets cent louis d'or.

Au fond du bois nous arrivâmes; Il faisait nuit, les arbres verts Jetaient dans Tair de vertes flammes, Je crus entrer dans les enfers ; J'entends un bruit épouvantable Et je vois mon homme tout nu :

Holà ! je reconnais le diable A sa queue, à son front cornu.

Il me fait voir ouvert un livre, Où rien n'était écrit encor.

Et me dit de sn voix de cuivre :

Veux-tu gagner cent louis d'or?

Jure ton sang, jure ton âme, Jure le diable et jure Dieu, Que tu n'épouseras pas femme, Ni du hameau ni d'autre lieu Au moins avant la quarantaine ; Et qu'on te verra tous les jours Courir de fredaine en fredaine Sans te fixer dans tes amours ; Quand sa griffe eut rougi le livre, Sa voix résonna comme un cor ; 11 me dit : Signe, et je te livre En or sonnant cent louis^ d'or.

Au lieu de signer sur la page Où le diable avait mis ses doigts, Je songeai qu'il était plus sage De faire un grand signe de croix Le diable partit en fumée,

78 CHANTS ET l^OESISS

Et je fus traiiS[>or té soudain

Chez ma meunière bien-aimée,

Dans une chambre du moulia.

Elle disait : Tiens, je le livre

Mon cœur, mon moulin» mon trésoc :

Elle avait en gros sous de cuivre»

La belle avait cent louis d'or.

LA FÊTE DU CURë

Dans un modeste presbytère.

Un bon pasteur des plus' anciens»

Que Dieu laissait encor sur terre Pour faire le bonheur des siens.

Disait, chaque année à sa fête, A tout son troupeau réuni :

Mes chers enfants, mon âme est prête A regagner son premier nid.

Pourquoi tromper ceux que Ton ainaeî Lui répondaient les pays<'tns.

Vous nous dites toujours de même

Tous les ans; Vous nous direz encor de même ,

Dans dix ans.

Alors il leur contait sa vie,

Qui datait déjà de longtemps ;

En sa jeunesse poursuivie,

Il avait eu d'affreux instants*

A son arrivée au village,

On avait planté ce noyer,

Dont le soixantième feuillage \

Ne laissait pas de Tégayer.

Pourquoi tromper ceux que Ton aînie?

Lui répondaient les paysans.

DE PIEHUE DUPOKT. 7>

Vous nous dites toujours de même

Tous les ans; Vous nous direz encor de même

Dans dis ans.

Enfin, joyeux de leur tendresse.

Il disait pour les consoler :

Mes bons amis, rien ne me presse»

Et j'attendrai pour m'en aller Que les rameaux dont se couronne Le yieux noyer soient reverdis, Puisque parmi vous Dieu me donne Un avant-goût du paradis.

Pourquoi tromper ceux que Ton aime?

Lui répondaient les paysans.

Vous nous dites toujours, de même

Tous les ans; Vous nous direz encor de même

Dans dix ans.

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