LA SIBÉRIENNE
DÉNEMBtiElIENT DE LA POLOG!fB 1848 — 1847
Nous rentrons dans Tâge de fer :
Bourreau, fais Tapprét du supplice I Liberté, bon droit et justice.
Ne sont plus que des mots en Tair.
Nos pères croyaient voir Taurore D'un âge libre et florissant; Ils ne voyaient qu'un météore Chargé d'une vapeur de sang.
Adieu patrie Et liberté !
Ce qui n'est pas décapité Est fouetté Vers la Sibérie.
Eh quoi ! tout un peuple oserait
Se dire libre sur la terre !
Il faut le contraindre à se taire,
tOB CHAKTS ET POÉSIEil
II faut étoufler son secret.
A cette horde vagabonde
Refusez le pain et le sel,
Qu'il ne soit plus en lieu du monde
D'asile à ce grand criminel.
Adieu patrie £t liberté! €e qui n'est pis décapité Est fouetté Vers la Sibérie.
Si quelquHm s'avise ici-bas De redresser un peu la tète, Son front attire la tempête, L'embûche rampe sous ses pas.
Socrate n'est plus qu'un impie^ Galilée est chargé de fers ; Sur une croix Jésus expie La rédemption des pervers*
Adieu patrie Et liberté !
Ce qui n'esl pas décapité Est fouetté Vers la Sibérie, v
Tyrannie ! ô monstre géant !
Ta faim n'est jamais assouvie.
Il faut que toute noble vie
S*abîme en ton gosier béant.
Agneaux, taureaux, boucs et colombes.
Par centaines sacrifiés.
Sont tes plus humbles hécatombes;
11 te faut des peuples entiers.
Adieu patrie Et liberté!
Ce qui n'est pas décapité Est fouetté Vers la Sibçrie,
DE PIERRE bUPOST. jq^
Au moins n'avons-nous pas baisé Le pied fourchu de ct tte idole ; Nous luttons de notre parole.
Notre glaive s'étant brisé.
Frères ! notre cause est la vôtre !
Que le plus petit d'entre vous Se lève et se change en apôtre Pour annoncer les droits de tous !
Adieu patrie Et liberté !
Ce qui n'est pas décapité Est louetté Vers la Sibérie.
L'homme y sitôt qu'il vient au jour« A tout le genre humain pour frère, Et, dès le ventre de sa mère, A droit à la vie» à Tamour.
En prenant sa part dans Touvra^e, Il a, pourvu qu'il aime un peu, Un coin libre dans Théritage, Et ne doit de compte qu'à Dieu.
Adieu patrie ' Et liberté !
Ce qui n'est pas décapité Est fouetté Vers la Sibérie.
Tous ces droits sacrés nous sont prii Parla tyrannie... Aiiathème!
Entendez notre cri suprême, liommes libres de tous pays.
Qu'un luirra lointain nous réponde Quand nous allons nous engloutir ; Dieu doit la liberté du monde Au râle d'un peuple martyr.
Adieu patrie Et liberté!
Ce qui n'est pas décapilé Est fouetté Vers la Sibérie.