LA VÉRONIQUE
Quand les chênes, à chaque branche.
Poussent leurs feuilles par milliers, La véronique bleue et blanche Sème les tapis à leurs pieds; Sans haleine, à peine irisée.
Ce n'est qu'un reflet de couleur, Pleur d'azur, goutte de rosée, Que l'aurore a changée en fleur.
Douces à voir, ô véroniques!
Vous ne durez qu'une heure ou deux.
Fugitives et sympathiques Gomme des regards amoureux.
Les violettes sont moins claires, Les bluels moins légers que vous, Les pervenches moins éphémères Et les myosotis moins doux.
T^ dahlia, non plus la rose, 19'imiteront point votre azur;
Votre couleur bleue est éclose Simplement comme un amour pur.
Douces à voir, ô véroniques!
Vous ne durez qu'une heure ou deux, Fugitives et sympathiques Gomme des regards amoureux.
Le papillon bleu vous courtise, L'insecte vous perce le cœur, D'un coup de bec Foiseau vous brise, Que guette à son tour l'oiseleur.
Rêveurs, amants, race distraite, Vous efTeuilleront au hasard.
Sans voir votre grâce muette.
Ni votre dernier bleu regard.
Douces à voir, 6 véroniques !
Vous ne durez qu'une heure ou deux, Fugitives et sympathiques Comme des regards amoureux.
fleur insaisissable et pure, Saphir dont nul ne sait le prix, Mélez-vous à la chevelure De celle dont je suis épris ; Pointillez dans la mousseline De sou blanc peignoir entr'ouvert, Et dans la porcelaine fine Où sa lèvre boit le thé vert.
Douces à voir, 6 véroniques!
Vous ne durez qu'une heure ou deux.
Fugitives et sympathiques Gomme des regards amoureux.
Fleurs touchantes du sacrifice.
Mortes, vous savez nous guérir; Je vois dans votre humble calice Le ciel entier s'épanouir.
H<i CHANTS ET POESIES
véroniques ! sous les chênes Fleurissez pour l^s simples cœurs Qui, dans les traverses humaines, Vont cherchant les petites fleurs.
Douces à voir, ô véroniques !
Vous ne durez qu'une heure ou deux, Fugitives et sympathiques Gomme des regards amoureux.
DIEU SAUVE LA RÉPUBLtOOt
La République dure encor Malgré nos fautes et nos crimes.
Comme un reflet de potirplre et d*br Son nom rayonne sur nos ciitieis ; L'espoir n'est point anéanti * Tant que la raison souver&ihe, Dominant sur chaque parti.
Dans les cœurs étouffe la hâinëi
Drapeaux, au vent ! tambours, battez aux champs.
Et que chaque bouche civique Ajoute en chœur, à la lin de nos chants,
Le mot d'ordre patriotique :
Dieu sauve la République !
Républicains, nous dominons Par ridée et par cette crainte Que les tyrans ont des canons Tonnants dans une guerre sainte.
Royalistes, que serions-nous ?
L'objet d'une immense risée :
Un roi nous mettrait aux genoux De l'Europe coalisée.
Drapeaux, au vent ! tambours, batteï ^wx cliamps, Et que chaque boudie civique
Ajoute en chœur, à la fin de nos chants, Le mot d'ordre patriotique :
Dieu sauve la République !
Républicains, les nations Ont mis en nous leur confiance, Et, royalistes, nous serions Geôliers de la Sainte-Alliance ; Quand un peuple est prédestiné Pour la défense d'une cause, S'il y manque, il est condamné, Et rhumanité le dépose.
Drapeaux, au vent! tambours, battez aux champs,
Et que chaque bouche civique Ajoute en chœur, à la fin de nos chants,
Le mot d'ordre patriotique :
Dieu sauve la République !
Par ses rades et par ses ports, Qui débouchent sur l'Atlantique, La France échange les trésors Et l'idée avec l'Amérique ; Paquebots et chemins de fer.
Passez le vent, coupez la brise :
La République tient la mer, La terre sera bientôt prise.
Drapeaux, au vent; tambours, battez aux champs,
Et que chaque bouche civique Ajoute en chœur, à la fin de nos chants.
Le mot d'ordre patriotique :
Dieu sauve la République !
Que font aux éternelles lois De la nature et de l'espace les vieilles colères des rois !
C'est un dernier boulet qui passe ; Las des sacrifices humains, Pour ne plus échanger des balles,
Les peuples vont porter leurs mains Sur les couronnes féodales.
Drapeaux, au vent ! tambours, battez aux champs.
Et que chaque bouche civique Ajoute en chœur, à la fin de nos chants,
Le mot d*ordre patriotique :
Dieu sauve la République !
Les Cosaques et les pandours
Ont, comme nous, d'humaines fibres :
Des Bomanofs et des Hapsboui^s,
Un jour ou Tautre ils seront libres ;
La République régnera
Sur tous les peuples, et la terre
Dans la paix se reposera
De cinq ou six mille ans de guerre.
Drapeaux, au vent! tambours, battez aux champs,
Et que chaque bouche civique Ajoute en chœur, à la fin de nos chants,
Le mot d'ordre patriotique :
Dieu sauve la République!