LE BUCHERON
Par mes efforts pesants Et mes grands coups de hache»
Il faut que je t'arrache, Vieux chêne de cinq cents ans !
Ainsi chantait avant Taurore Un bûcheron dans la forêt ; Aux fredons de sa voix sonore La montagne entière vibrait :
Dans les rameaux touffus du chêne Un nid d'oiseau chantait aussi,
Criant merci ; Et le bûcheron sans souci Chantait toujours à perdre haleine :
Par mes efforts pesants Et mes grands coups de hache.
Il faut que je f arrache, Vieux chêne de cinq cents ans !
Lorsque la cognée est trop lourde, Lorsque son front est en sueur, Il s'arrête, il boit àksa gourde Et sent renaître sa vigueur ; Il vit content et sans envie, La hache est le sceptre du bois;
Mais à sa voix Les oisillons sont aux abois, La mère tremble pour leur vie.
Par mes efforts pesants *
Et mes grands coups dé hache,
Il faut que je t'arrache Vieux chêne de cinq cents ans !
Déjà Tarbre se déracine, Petits oiseaux, prenez Tessor ; Mais ils n'ont pas d'ailes encore ; Bon bûcheron, que Tarbre tombe
Tout doucement :
On ne peut pas voir sans tourment Qu'un berceau devienne une tombe.
Par mes efforts pesants Et mes grands coups de hache.
Il faut que je t'arrache, Vieux chêne de cinq cents ans !