LA CHANSON DE LA SOIE
C'est du pays bleu de In Chine, Contrée où fleurit Tinconnu Et plus d'une plante divine.
Que le mûrier blanc est venu.
Sa feuille est soyeuse et fertile.
Le ver à soie, en la rongeant, A son insu dévide et file Un écheveau d'or et d'argent.
Filez, moulins; glissez, navettes^ Tissez le satin, le velours ; Faites des robes de toilettes, Faites des nids à nos amours.
Les plus célèbres filandièrcs.
Les Parques, Uiiierve, Arachné,
Ont brisé fuseaux et filières Lorsque le ver à soie est né.
On peut comparer la finesse De son linceul, brillant réseau»
AuK fils blancs que la Vierge lai$sei S'éparpiller de son fuseau.
Filez, moulins; glissez, navettes ; Tissez le satin, le velours ; Faites des robes de toilettes, Faites des nids à nos amours.
L'an deux mille, une fée, en Chine, Surnommée Esprit du mûrier, De ses jardins fit une usine, Du ver à soie un ouvrier.
Un beau jour, la France Taccueillc, Et, dardant son plus chaud rayon.
Du mûrier fait pousser la feuille^ La soie est tissée à Lyon.
Filez, moulins; glissez, navettes; Tissez le satin, le velours; Faites des robes de toilettes, Faites des nids à nos amours.
La soie au courant bleu du Rhône Se trempe aussi bien que le fer; Voyez luire le salin jaune, Le rose ou blanc, le bleu, le vert.
Quand une fille ou blanche ou noire Danse dans féclat du satin.
Dans le velours ou dans la moire, C'est comme un rayon du matin.
Filez, moulins ; glissez, navettes ; Tissez le satin, le velours ; Faites des robes de toilettes, Faites des nids à nos amours.
Que de métiers 1 que de bobines !
Que de travaux et d'œuvres d'art !
Quel essor donnent aux machines Vaucanson et Thumble Jacquart !
Quand l'insecte a fini sa tâche, Des milliers de doigts-sont en jeu ; Les fils sont croisés sans relâche, L*homme achève Tœuvre de Dieu.
Filez, mouHns; glissez, navettes; Tissez le satin, le velours; Faites des robes de toilettes, Faites des nids à nos amours.
Dans ce labyrinthe des fées, L'esprit émerveillé se perd.
Mais combien d'âmes élouftées, Dans ce travail, comme le ver!
J'entendais une jeune fille Dire en pleurant sur son fuseau :
« Je suis comme l'humble chenille, i Et je file aussi mon tombeau. •
Filez, mouHns; glissez, navettes; Tissez le satin, le velours; Faites des robes de toilettes.
Faites des nids à nos amours.
A vos fuseaux chantez, fdeuses , Chante, canut, à ton métier, Car vos heures laborieuses Fleuriront comme l'églantier.
Voilà votre tour qui s'avance :
Voyez le bal étincelant.
Où chaque épousée entre en danso En beaux habits de satin blanc.
Filez, moulins; glissez, navettes; Tissez le satin, le velours; Faites des robes de toilettes.
Faites des nids à nos amours