KOSSUTH
Eossulh Ta (}it en ses adieux :
« Je reviendrai dans ma patrie, d La dernière fois que ses yeux Ont pu regarder la Hongrie.
Des hautes cimes du pays Quand il vit sa terre livrée, Une parole de mépris Sortit de son âme navrée ; Des profondeurs de sa douleur Jaillit une sublime plainte, Qui fut pour le monde en stupeur La trêve de la guerre sainte.
Rossuth Ta dit en ses adieux :
« Je reviendrai dans ma patrie, 9 La dernière fois que ses yeux Ont pu regarder la Hongrie.
« G^orgey! dit-il, c'est en toi, « Mon brillant compagnon de guerre, « Que j'avais mis toute ma foi, f Je t'aimais à l'égal d'un frère ; « L'or a donc été plus puissant f Sur ta vue aujourd'hui flétrie « Que la belle couleur du sang « Qui se répand pour la patrie? »
Eossulh l'a dit en ses adieux :
« Je reviendrai dans ma patrie, n La dernière fois que ses yeux Ont pu regarder la Hongrie.
Puis, l'œil tourné vers les créneaux De ses forteresses rendues,
DE PIERUE DUPONT. *93
Du Danube voyant les eaux
Et les campagnes étendues,
Il dit, 4e sa vibrante voix,
Aux rnonts, aux vallons, aux collines •
« Je viendrai dans quatorze mois
« Relever toutes ces ruines. »
Kossutb Ta dit en ses adieux :
Je reviendrai dans ma patrie, d La dernière fois que ses yeux Ont pu regarder la Hongrie.
Or, depuis, que de sang versé !
Les balles ont troué les têtes, Et plus d'un gibet s'est dressé Où pendent encor les squelettes.
Kossutb est libre cependant Comme son âme et sa parole :
Est-il un front de prétendant Où luise une telle auréole?
Kossutb Ta dit en ses adieux :
c Je reviendrai dans ma patrie, »
La dernière fois que ses yeux Ont pu regarder la Hongrie.
Le sultan Ta sauvé du czar El de TAutriche sanguinaire.
Planant au plus loin, son regard Peut cboisir dans toute la terre.
L'Amérique frète un vaisseau, Notre Paris ardent l'appelle :
On voudrait voir sous un arceau Passer une tête aussi belle.
Kossutb l'a dit en ses adieux :
« Je reviendrai dans ma patrie, »
La dernière fois que ses yeux Ont pu regarder la Hongrie.
Prenez g^rde, messieurs les roisi L'homme sans sujets ni proTÎnoes Qui suit toujours ses chemins droit$ Passe chez nous avant les princes.
Il n'est au-dessus du proscrit Qui survit plus grand à sa cause Que l'obscur martyr qui périt Et dans la tombe se repose.
Rossuth Ta dit en ses adieux :
c Je reviendrai dans ma patrie» v La dernière fois que ses yeux Ont pu regarder la Hongrie.
(erre des libres chevaux.
Où des vins le goût est si rare, Uongrie ! il en faut de nouveaux.
Pour le beau jour qui se prépare' Selle un cheval éblouissant Comme les coursiers de Taurore, Dans le hanap verse ton sang, Le grand Kossulh respire encore.
Kossuth Ta dit en ses adieux :
« Je reviendrai dans ma patrie, »
La dernière fois que ses yeux Ont pu regarder la Hongrie.
HÉGÉSrPPE MOREAU
SO décembre t8»l
Au cimetière Mont-Parnasse, Parmi la foule de ces morts Que le temps inflexible entasse Gomme un avare ses trésors.
DE PIEBRE DUPONT. 195
One tombe glt sous la mousse»
Dépassant à peine le sol.
Où dort une mémoire douce Gomme le chant du rossignol.
Passant, sur la pierre qui s*use Aux baisers de Tair et de Teau, Lisez un nom cher à la muse:
Uégésippe Moreau.
rTayant jamais connu sa mère, Par les étrangers accueilli.
Mendiant comme au temps d^Homérd, Dans ropprobre il aurait neilli; Chantant pour emplir sa besace, Les méchants Tauraient maltraité, Car par la vérité qui passe Le monde se croit insulté.
Passant, sur la pierre qui s'use Aux baisers de Tair et de Teau, Lisez un nom cher à la muse :
Hégésippe Morëau.
Il est mort à Tâge où Ton aime.
Après avoir souffert, aimé ; Au fond de ce double problème Son doux esprit s est abimé.
Son âme, rompant les lisières Qui la séparaient du repos, A gagné les célestes sphères; La nature a repris ses os.
Passant, sur la pierre qui s'use Aux baisers de Tair et de leau, Lisez un nom cher à la muse :
Hégésippe Moreau.
L'arbre mordu pendant la sève Par la dent de chèvre du mal
i% CHANTS ET POÉSIES
N'a donné que ses fleurs : son rêve
Ëlait loin de son idéal.
Quel gazouillis sa poésie,
Sœur des oiseaux, fille des fleurs,
Nous rapporta de sa Voulzie*,
Charme de Toreille et des cœurs!
Passant, sur la pierre qui s'use Aux baisers de Tair et de leau, Lisez un nom cher à la muse :
Uégésippe Moreau.
A côté de Burns * le rustique, Et de Perse ', mort comme lui, 11 rayonne au ciel poétique Et nous fait défaut aujourd'hui.
Son dédain noble et sans colère Irait au cœur des prétendants.
Calomnie, horrible vipère.
Comme il aurait brisé tes dents !
Passant, sur la pierre qui s'use Aux baisers de lair et de Teau, Lisez un nom cher à la muse :
Hégésippe Moreau.
Sur sa casse d*imprimerie .
Accoudé, méditant des vers, Entraîné par sa rêverie, Il travaillait tout de travers.
Ilélas! la muse son amante Lui préparait son piédestal !
Il exhala son âme ardente Sur le grabat d'un hôpital.
Passant, sur la pierre qui s*uso Aux baisers de 1 air et de leau/
• nuisseau.
> (éltbre poète rustique écossais.
* Saliriqtie latin, mort i b fleur de l'âge, comme n. Morcav.
E PIERRE DUrOiNT. 197
Lisez un nom cher à la musc :
Hégésippe Moreau.
Réparons Tinjustice noire De son âge contemporain ; Couronnons de fleurs sa mémoire»
Aussi durable que F airain.
Et, puisque des morls la poussière Aime riipmmage des petits, Cœurs simples, allez sur sa pierre Déposer des myosotis î
Passant, sur la pierre qui s'use Aux baisers de Tair et de leau, Lisez un nom cher à la muse :
Ilcgcsii^pe Moreau.