‹ Muse populaire (volume 2)Chapitre 18 sur 94 · LE TISSERAND · texte numérisé non relu

LE TISSERAND

Des deux pieds battant mon métier.

Je tisse, et ma navette passe.

Elle sifile, passe et repasse, Et je crois entendre crier Une hirondelle dans l'espace.

Au chanvre, quand j'étais petit, J'allais causer les chènevotes.

Tantôt je dénichais un nid , Tantôt déchirais mes culottes :

C'était le beau temp.^du plaisir.

Le ciel depuis en fut avare.

En septembre on fiiisait rouir Le chanvre dans la grande mare.

Des deux pieds battant mon métier,

DE PIERRE Dt'POT. US

Je tisse, et ma navette passe, Elle siffle, passe et repasse, Et je crois rniendre crier Une hirondelle dans l'espace.

Le chanvre aime le plat pays, Les oiseaux sous sa verte ombrelle Vont becqueter le chènevis :

Il a fleur mâle et fleur femelle.

De l'une on lire le gros fil Pour le cordage et la voilure ; L'autre fournit le plus subtil , Pour toile fine et pour guipure.

Des deux pieds battant mon métier, Je tisse, et ma navette passe, Elle siflle, passe et repasse, Et je crois entendre crier Une hirondelle dans l'espace.

Quand l'hiver chasse les oiseaux , A la veillée on vient en troupe ; Les filles tournent leurs fuseaux Et les garçons battent l'cloupe.

Chez un cordier, devenu grand, J'ai tourné la roue à mon aise.

Et depuis je suis tisserand.

Et le serai tant qu'à Dieu plaise.

Dos deux pieds battant mon mclier, Je tisse , et ma navette passe,

ki CHANTS ET POESIES

Elle siffle, passe el repasse, Et je crois entendre crier Un 3 hirondelle dans l'espace.

Tendre une chaîne et l'ajuster

Étampé contre la poitrine,

Nouer ses fils et les compter,

C'est minutieux, j'imagine :

Au fond des caves, le travail

Est plus beau, la toile est moins raldej

On perd la vue à fin de bail ,

Les lunettes sont un remède.

Des deux pieds battant mon métier, Je tisse, et ma navette passe, Elle siffle, passe et repasse.

Et je crois entendre crier Une hirondelle dans l'espace.

Encor, si je tissais en l'air, Comme fait ma sœur l'araignée, Sans ma lampe j'y verrais clair; Mais bah! ma vie est résignée, Il faut des voiles au vaisseau , Aux morts des linceuls, aux fillettes Qui me commandent leur trousseau Des drap de lit et des layettes.

Tes deux pieds battant mon métier, Je lisse, et ma navette passe, Elle siffle, passe et repasse,

DP. riERRB DlPO:«T. 45

Et je crois entendre crier Une hirondelle dans l'espace.

La propreté n'a pas de rang ; Dieu donne le chanvre et l'eau vive.

Faites gagner le tisserand Et les laveuses de lessive.

Sufllt-il pour être content De bien manger et de bien boire î Il faut avoir dans tous les temps Du linge blanc dans son armoire.

Des deux pieds battant mon métier, Je tisse, et ma navette passe.

Elle siffle, passe et repasse, Et je crois entendre crier Une hirondelle dans l'espace.

Page 1