X PRÉFACE
la chose comme on voudra; mais, à coup sûr, que le peuple chante bien ou mal , que ses poëtes riment à tort et à travers, que ses tribuns ou ses Philosophes se disputent à ne plus s'entendre , que ses défenseurs le compromettent ; le progrès n'en fera pas une étape de moins, et la vérité se dégagera de ce chaos.
Les hommes simples et forts, ceux qui travaillent et qui font vivre sont entrés dans la cité et ont constaté leur droit à la vie morale et intellectuelle. Le mot de tyran devient ridicule parce que la chose ne se peut plus concevoir, etqu'elle est une monstruosité destinée à périr comme le mal.
Les muses sourient : après les cris de guerre, les peuples affranchis doivent se reposer dans l'harmonie.
la science crée et féconde : l'agriculture nourrira tous les hommes; l'industrie et l'économie générale faciliteront les rapports et rendront la vie plus douce. Les arts , qui tendent toujours à élever l'àme , relieront la terre au mouvement céleste. Ceux qu'on jugeait les plus grossiers entreront dans les théories comme des esprits purs. La Genèse dit que l'homme est fait à l'image de Dieu: nest-il pas temps enfin que Dieu se manifeste dans l'homme, et que, par un effort suprême, nous résolvions le problème de notre destinée?
Ne vous demandez pas ce qu'il fait quand 11 erre. Et qu'on ne le voit plus, le triste solitaire; H s'épuise à marcher sans trêve devant lui, Épiant si dans l'air quelque lueur a lui, Écoutant tour à tour les forêts et la foule, Méditant et cherchant à son idée un moule.
Il va , lorsque les bois , ter Jus par les autans. Semblent de leurs soupirs appeler le printemps. Chercher de noirs aspects et les plus sombres teintes, Pour dire vos douleurs et colorer vos plaintes, 0 cœurs qui désirez, las de tant de revers. Saluer le printemps après vos longs hivers I Quand la forêt verdoie et, plus hospitalière. Rappelle des oiseaux la troupe familière; Quand un soufile brûlant fait les plantes germer. Les fleurs s'épanouir et les couples s'aimer. Il va le long des près où la génisse broute. Le long de la rivière et sous la verte voûte
Que forment les tilleuls aux frênes mariés.
Étudier les tons charmants et variés
Qu'oQre à ses yeux épris la divine palette ;
Afin que dans son vers cet éclat se reflète
Et que, vous y plaisant, vous lui disiez : Ami,
Allez souvent au bois où vous avez dormi ;
Allez au bord des flots , allez sous l'ombre épaisse,
Dans la grotte inspirée oii vous rit la Déesse,
Y rêver de ces vers que dore le soleil.
Et ne hâtez pas trop pour nous votre réveil.
Voilà quel est son but, et s'il ne l'atteint guère ,
C'est que pour ses soupirs la Muse trop sévère
En aime ailleurs, peut-être, un autre qui la fuit,
Et se plaît à lasser l'amant qui la poursuit.
««a'MW'O
DE PIERRE DUPOStT.
LES BœUFS.
J'ai denx grands bœufs dans mon élable. Deux grands bœul's blancs marques de roux; La charrue est en bois d'crable.
L'aiguillon en branche de houx.
C'est par leur soin qu'on voit la plaine Verte l'hiver, jaune l'été; Ils gagnent dans une semaine Plus d'argent qu'ils n'en ont coûte.
S'il me fallait les vendre, J'aimerais mieux me pendre; J'aime Jeanne ma femme, eh bien! j'aimerais mieux La voir mourir, que voir mourir mes bœufs.
Les voyez-vous, les belles bêtes, Creuser profond et tracer droit.
Bravant la pluie et les tempêtes Qu'il fasse chaud, qu'il fasse froid.
Lorsque je fais halte pour boire , Un brouillard sort de leurs naseaux , Et je vois sur leur corne noire Se poser les petits oiseaux.
S'il me fallait les vendre,
t CIIAKTft ET POESIES
J'aimerais mlcUX rae pendre; J'aime Jeanne ma femme, eh bien ! j'aimerais mieux La voir mourir, que voir mourir mes bœufs.
Ils sont forts comme un pressoir d'huile, Ils sont doux comme des moutons ; Tous les ans, on vient de la ville Les marchander dans nos cantons, Pour les mener aux Tuileries , Au mardi gras devant le roi , Et puis les vendre aux boucheries; Je ne veux pas, ils sont à moi.
S'il me fallait les vendre.
J'aimerais -mieux me pendre; J'aime Jeanne ma femme, ch bien ! j'aimerais mieux La voir mourir, que voir mourir mes bœufs.
Quand notre fille sera grande*
Si le fils de notre régent
En mariage la demande,
Je lui promets tout mon argent;
Mais si pour dot il veut qu'on donne
Les grands bœufs blancs marqués de roux ;
Ma fille, laissons la couronne
Et ramenons les bœufs chez nous.
S'il me fallait les vendre, J'aimerais mieux me pendre; J'aime Jeanne ma femme, eh bien ! j'aimerais mieux La voir mourir, que voir mourir me* beufs.
D : PIBBRB DIPOKT.
LE CIIAM DES OUVRIEUS.
(mi)
Nous dont la lampe, le matin, Au clairon du coq se rallume, Nous tous qu'un salaire incertain Ramène avant l'aube à Tenclume Nous qui des bras, des pieds, des mains, De tout le corps luttons sans cesse , Sans abriter nos lendemains Contre le froid de la vieillesse.
Aimons-nous, et quand nous pouvons Nous unir pour boire à la ronde.
Que le canon se taise ou gronde.
Buvons, (1er) A l'indépendance du monde !
Nos bras, sans relâche tendus, Aux flots jaloux, au s^I avare, Ravissent leurs trésors perdus.
Ce qui nourrit et ce qui pare :
Perles, diamants et métaux, Frui du coteau , grain de la plaine; Pauvres moutons, quels bons manteaux Il se tisse avec notre laine!
r.HA'ÏTS KT POESIES
Aimons-nous, et quand nous pouvons Nous unir pour boire à l;i ronde, Que le canon se taise ou gronde,
D'jvons , (ter) A l'indépenclance du monde!
Quel fruit tirons-nous des labeurs Qui courbent nos maigres échines?
Où vont les flots de nos sueurs?
Nous ne sommes que des machines.
Nos Babels montent jusqu'au ciel , La terre nous doit ses merveilles : Dès qu'elles ont fini le miel , Le maître chasse les abeilles.
Aimons-nous, et quand nous pouvons Nous unir pour boire à la ronde, Que le canon se taise ou gronde,
Buvons, [ter] A l'indépendance du monde!
Au fils chétif d'un étranger Nos femmes tendent leurs mamelles.
Et lui, plus tard, croit déroger En daignant s'asseoir auprès d'elles; De nos jours, le droit du seigneur Pèse sur nous plus despotique :
Nos filles vendent leur honneur Aux derniers courtauds de boutique.
Aimons-nous, et quand nous pouvons
DB PIEHRB Dl'POMT.
Noos unir pour boire à la ronde, Que le canon se taise ou gronde ,
Buvons, {ter) K rindépendance du monde !
Mal vêtus, logés dans des trous.
Sous les combles , dans les décombres, Nous vivons avec les hiboux Et les larrons amis des ombres ; Cependant notre sang vermeil Coule impétueux dans nos veines; Nous nous plairions an grand soleil, Et sous les rameaux verts des chênes.
Aimons-nous, et quand nous pouvons Nous unir pour boire à la ronde.
Que le canon se taise ou gronde,
Buvons, {ter) A l'indépendance du monde!
A chaque fois que par torrents Noire sang coule sur le monde.
C'est toujours pour quelques tyrans Que celte rosée est féconde; Ménageons-le dorénavant, L'amour est plus fort que la guerre ; En attendant qu'un meilleur vent Souffle du ciel ou de la terre ,
Aimons-nous, et quand nous pouvons
Nous unir pour Boire à la ronde, Que le canon se taise ou gronde ,
Buvons, {ter) À l'indépendance du mondel